CHAPITRE IV
ALUEEVTS
£iirïi?esUoM. — Lorsqu'on a trop mangé, les aliments peuvent nuire par leur quantité et par leur qualité, surtout si on a pris des aliments de trop lourde digestion, et qu'il en résulte un malaise immédiat. On y remédie souvent d'une manière suffisante avec une tasse de café noir. Si cela ne suffit pas, que la tète reste douloureuse, qu'il y ait une sensation de poids au creux de l'estomac, avec oppression, nausées, froid et tremblement, surtout chez les enfants il faut donner Pulsatilla, une cuillerée toutes les
•demi-heures jusqu'à ce qu'il survienne des vomissements ou que le malaise disparaisse. Si Ja céphalalgie, la pression et Ja pesanteur de l'estomac et les nausées persistent, il faut donner Chamomilla après Pulsatille, et trois heures •après Nux vomica, lorsque Camomille n'a pas soulagé. Il est rare alors que tout ne soit pas fini le lendemain. S'il restait cependant encore des erïvies de vomir avec ou sans -efforts, des renvois d'un goût putride, ou rappelant celui des aliments, il faudrait donner Antimonivm crudum (une cuillerée toutes les 6 heures)-, Bryonia, si les renvois sont amers; 'Nux vomica, quand ils ont un goût de pourri ; Arnica, pour les renvois ayant le goût d'œufs gâtés ; Pulsatilla pour les renvois acides et ceux qui ont un goût de graisse ; arsenic, s'ils sont acides et acres à la gorge.
En tout état de cause, il faut mettre le malade à la diète absolue et au repos pendant au moins vingt-quatre heures, lui permettre ensuite quelques potages légers et rien de plus, jusqu'à ee que l'estomac soit bien remis.
indigestions des enfants. — Elles surviennent facilement chez ceux qui ont une mauvaise nourriture, qu'on bourre de bouillie trop épaisse ou de panade mal cuite, surtout quand on y ajoute l'emploi répété de quelque purgatif: huile de ricin, Rhubarbe, sel de Glauber, ou autres.
Le premier soin qu'il faut avoir est de changer la nourriture du petit malade ; après quoi, on remédie aux vomissements avec //jecacwarz/ja, surtout quand la diarrhée existe en même temps; si ce médicament n'arrête pas les accidents, au bout de 12 heures, on passe à Puisât il la. China convient lorsque les selles sont mêlées d'aliments non digérés, surtout si le petit malade est déjà miné par une diarrhée antérieure; s'il y a, au contraire, de la constipation en même temps que des vomissements, il faut donner Nux vomica.
[Pour éviter ces acccidents, il faut veiller avec beaucoup de sollicitude sur la nourriture de l'enfant. Dans les pre-
miers mois de son existence, le lait de sa mère ou de sa nourrice lui suffit ; on peut seulement lui faire prendre de temps à autre un peu d'eau sucrée. Vers le quatrième mois, il est bon d'ajouter un peu de bouillie au lait, bien cuite, faite avec de la farine de froment de premier choix,, ou mieux avec de la farine de gruau. On donne d'abord une bouillie par jour, puis deux : une le matin et une autre le soir.
Lorsqu'on arrive ainsi à doubler le potage, il est souvent bien de donner une fois de la bouillie, et une fois une petite panade faite avec de la biscotte bien cuite.
Après le sixième mois, il faut songer à changer encore : on passe au bouillon. D'abord au bouillon de poulet, puis au bouillon de bœuf léger. On fait alors un repasàla bouillie au lait et un autre avec un potage au bouillon.
C'est seulement après le huitième mois qu'on doit permettre une nourriture plus solide, un peu d'œuf à la coque, un peu de jus de viande. A la fin de la première année, il convient de sevrer l'enfant, et alors les aliments doivent être choisis et variés. Les potages au lait et au gras en feront toujours la base; il faudra seulement y ajouter un peu de viande, une fois par jour; mais très-peu de légumes et moins encore de fruits.
Les mets devront être préparés au beurre, jamais a la graisse.
C'est en prenant ces précautions que l'on ménagera l'estomac des enfants, condition utile pour le présent et pour l'avenir.]
Les aliments, ai-je dit, nuisent surtout par leurs qualités.
Aliments contenant de la graisse. — L'indigestion causée par des aliments gras: viande de porc, pâtisserie, beurre rance, est guérie par Pulsatilla à laquelle doit parfois succéder Carbovegetabilis.
Celle qui a été produite par de la pâtisserie chaude, par
du pain cbaud ou trop tendre, et qui se traduit par une sensation de gonflement de l'estomac, tel que cet organe semble devoir éclater, le malade ayant de l'oppression et gémissant sans cesse, réclame Btlladona.
L'indigestion produite par les autres aliments et caractérisée par des renvois ayant le goût de ce qui a été mangé, avec nausées, efforts de vomissements, est arrêtée par Aniimonium crudum ou Pulsatilla, médicaments qu'il faut parfois alterner.
Fruits. — Si le mal a été causé par les fruits, il faut donner Pulsatilta ou Arsenicum : Pulsatilla, s'il y a nausées et renvois; Arsenic, lorsque des vomissements aigres soulagent ; Pulsatilla, quand la boucbe estsècbe sans soif; . Arsenic, si la soif est ardente et continuelle ; Pulsatilla, si le malade est buveur de bière; Arsenic, s'il fait abus d'eau-de-vie ; Pulsatilla, cbez les enfants d'un caractère doux, pleureur, obéissant, craintif, surtout vis-à-vis des personnes étrangères; Arsenic, chez ceux qui ont un caractère opiniâtre, emporté, colère et qui craignent la solitude; s'ils veulent avoir beaucoup de cboses à la fois, c'est Puisatilla; s'ils ne veulent rien donner, et s'ils ne veulent pas qu'on les regarde, c'est Arsenic. (Voy. Diarrhée.)
La viande et les poissons gâtés sont aussi d'une funeste influence sur l'estomac. Le meilleur moyen de parer à leurs effets est d'administrer le plus tôt possible un peu de poudre de charbon mêlée à de l'eau-de-vie. Si les souffrances persistent, on peut donner (24 ou 36 heures après) China, et ensuite Pulsatilla, s'il y a encore des renvois putrides et un goût semblable dans la boucbe.
Aliments trop salés. — Il faut prescrire Carbo végétabilis et Arsenic, s'il a été fait abus du sel en nature. On pourrait aussi, en pareil cas, faire respirer de l'esprit de nitre dulcifié (ni tri spiritus dulcis).
Légumes. — Bryonia remédie aux mauvais effets des choux, surtout de la choucroute.
Causticum, aux souffrances causées par des aliments trop chauds ou des boissons brûlantes.
Je parlerai plus loin (1) des effets produits par le vievx fromage et les viandes de porc gâtées ou provenant d'animaux malades.
Effets généraux des aliments «le mauvaise qualité.
— Quelle que soit l'influence sous laquelle s'est produitle dérangement de l'estomac, il en résulte souvent des symptômes locaux ou éloignés, qui font eux-mêmes varier le médicament. On. doit ranger parmi ces troubles habituels:
1° La fièvre composée de froid et de frissons qui durent autant que les douleurs d'estomac, que celles-ci soient accompagnés de diarrhée ou de constipation. Lorsque le sujet qui éprouve ces symptômes est d'un caractère vif et emporté, il faut donner Bryonia, et Capsicum à ceux dont le caractère est phlegmatique, maladroit et disposé à prendre tout en mal. Lorsque la fièvre vient tous les deux jours seulement, Antimonîum crudum est indiqué, ou ff-eca ; ce dernier médicament convient aussi quand elle vient tous les jours. Il faut faire prendre 4 doses ftlpeca^ 3e trituration, le jour de l'intermittence, et 2 le jour de l'accès, en ayant le soin de ne rien donner pendant les périodes de froid et de chaleur, mais seulement quand la sueur est établie. On termine ce traitement en donnant 6 globules de Nux vomica, 30, au septième jour de la maladie. Il ne faut manger aucun fruit tant que la fièvre existe.
2° insomnie.— Causée par une surcharge de l'estomac, elle cède à Coffea, surtout chez les enfants, ou à Pulsatilla. Si elle est venue justement parce qu'on a bu du café, c'est Nux vomica. Si elle est venue paice qu'on a trop mangé le soir, il faut tâcher d'aider à la digestion en buvant de l'eau sucrée froide ou même de l'eau pure, si le sucre donne de l'acidité à l'estomac.
(\) Voyez Empjtionnemcnls.
3° Cauchemars. — On les évite en rie mangeant pas trop le soir. Quand ils ne sont pas accompagnés de fièvre, il n'y a pas à s'en préoccuper autrement que pour modifier son régime. S'ils persistent, on leur oppose quelqu'un des médicaments dont je parlerai plus loin (Voy. Cauchemar*).
4° Éruptions de la peau. — Celles qui surviennent par surcharge de l'estomac, s'accompagnant de frissonnement et de mauvaise humeur, cèdent d'ordinaire à Pulsatilla ; et à Ipéca, quand il y a en même temps des nausées et de l'oppression. Bryonia viendrait ensuite dans le cas d'insuccès de l'Ipéca (comparez avec empoisonnements par de mauvais aliments et éruptions).
5° lies maux de tête. — Quand ils sont caractérisés par une sensation de plénitude telle qu'il semble que le crâne va éclater, et qu'il y a des nausées, il faut donner Ipéca: s'il y a douleur pressive, chaleur au cerveau, aggravation enlisant et en marchant, renvois putrides après le repas, c'est Arnica ; et Aconit, quand il s'agit de battements et d'élancements dans la tête, augmentés en parlant et accompagnés de nausées. Antimoniumcrud ré pond aux symptômes suivants: mal de tête sourd et général, qui augmente en montant les escaliers et en fumant, avec perte de l'appétit, goût amer, renvois, nausées et envies de vomir; Bryonia quand la douleur est brûlante, pressive et distensive, lorsqu'il semble, en se baissant, que le cerveau va sortir par le front, et quand cette ^douleur devient déchirante et lancinante par la marche, ou encore quand elle se compose d'une sorte de ballottement, comme s'il y avait de l'eau dans le crâne, s'aggravant le matin et étant alors accompagnée de frissons. Si la douleur est déchirante et pulsative, plus forte le soir après s'être couché, ou quand elle n'occupe, qu'une moitié delà tête, le goût de la bouche étant putride ou terreux, sans soif, il faut prescrire Pulsatilla. Enfin, Carbo vegetabilis serait indiqué par : pesanteur de la tête, sensibilité du cuir chevelu, tremblementdes mâchoires
goût salé de la bouche, crampes d'estomac; surtout si le malade a fait autrefois abus de mercure (comparez avec l'article : Maux de tête).
6° Vomissements. — Ils sont arrêtés par Ipéca, quand la langue est chargée; par Tart. emeticus. si elle est nette; s'ils viennent pour avoir trop mangé de pain et qu'il y ait pression au creux de l'estomac, c'est Bryonia, et Palsatilla, quand on a trop mangé de toutes choses, que les aliments prennent un goût amer tandis qu'on les mâche, et que Je vomissement est suivi d'une sensation de brûlure dans la gorge . Enfin , s'il y a beaucoup de renvois bruyants, chaleur au visage et battements de cœur, Sepia est indiquée. 7° Crampes d'estomac. — Elles seront combattues par desmédicaments en rapport avec la nature de l'aliment qui les a produites (voir plus haut) ; s'ils ne suffisent pas, il faudra recourir à quelques-uns de ceux qui seront indiqués plus loin (voir Maladies de l 'estomac).
8° Fiatuosités. — Lorsqu'elles distendent le ventre et gênent la respiration, surtout quand elles se développent après avoir fait usage de boissons gazeuses, de choux, de choucroute ou de quelques autres aliments flatulents, Bryonia les fait promptement cesser. China convient mieux quand il a été fait usage de bière trop nouvellement fabriquée; surtout si le ventre est tendu, douloureux, sensible à la pression surtout autour du nombril, s'il y a expulsion de fiatuosités intestinales fétides, et qu'on soit pris de frissonnement chaque fois que l'on boit. Nux vomica convient mieux quand on éprouve de la pression au creux de l'estomac aussitôt après avoir bu, ce qui gêne la respiration et fait croire que les vêtements sont trop serrés autour de la taille, au niveau de la ceinture, et qu'on éprouve dans le ventre un poids comme par une pierre. Pulsatilla ser# préférée quand les souffrances seront venues après avoir fait usage d'aliments trop gras ou pour avoir bu trop d'eau, si les vents roulent beaucoup et
bruyamment dans les intestins, que le ventre soit dur et tendu, qu'il y ait aggravation le soir, et que les gaz semblent remonterjusque dans la poitrine et y déterminer des douleurs aiguës, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, douleurs plus fortes au niveau des dernières côtes et à la région du cœur. Phosphorus conviendra lorsque ces souffrances existeront sans gonflement apparent du ventre, pourvu que le malade soit anxieux et très-agité. EnOn, il y a des personnes qui sont habituellement tourmentées par les gaz et se trouvent forcées de les expulser en grande quantité ; on remédiera à cette infirmité avec Carbo végétât i lis.
9° Tranchées. — Celles qui surviennent par surcharge de l'estomac, après un repas trop copieux, sontsouventarrêtées par une tasse de café noir ; quand ce moyeu ne suffit pas, il faut donner Pulsatilla ou Colocynthis. Cepa serait utile si les tranchées étaient venues après avoir mangé des cornichons ou de la salade, et Ipéca si à la douleur ainsi causée par des acides, se joignait la diarrhée.
10° iHarrhée. — Celle qui est due à une mauvaise digestion cède d'ordinaire à Pulsatilla. On pourra, chez les enfants, donner Ipéca quand il y aura en même temps des tranchées et des vomissements ; Coffea, s'ils ont de l'insomnie, et qu'ils soient très-surexcitôs. Si les tranchées semblent partir du bas-ventre et remonter vers l'estomac, etque chaque selle soit suivie d'une grande faiblesse, c'est Nux vomica qu'il faut donner. La diarrhée causée par les fruits et composée de matières glaireuses avec coliques légères, mais sensibilité extérieure du ventre, réclame Pulsatilla, et Arsenic lorsque les selles sont aqueuses, de très-mauvaise odeur et accompagnées de douleurs vives et d'une forte sensation de chaleur dans les intestins. Arsenic est encore indiqué quand les selles et les douleurs viennent surtout depuis minuit jusqu'au matin ; tandis que Pulsatilla convient mieux quand elles ne viennent que le matin.