‹ Médecine homoeopathique domestiqueChapitre 67 sur 110 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Corps étrangers. — Les lésions que déterminent les corps étrangers varient en raison de la nature et de la

(1) On peut voir d'après ce qui précède combien l'homœopathie est utile pour traiter les suites des grandes opérations chirurgicales. Sa supériorité a été reconnue du reste par les chirurgiens qui ont consenti à s'en servir, notamment par le docteur Boyer pour celles qui se pratiquent sur les yeux, la cataracte en particulier. Notre

forme de ces corps, en raison aussi des tissus et des organes au sein desquels ils ont pénétré. Autre chose est, en effet, l'action d'un corps aigu, piquant, et celle d'un corps mousse et arrondi, autre chose l'introduction d'un de ces corps dans l'œil, dans l'oreille ou dans le larynx.

Corps étrangers aigus. — Je citerai, parmi ceux que l'on rencontre le plus souvent, les aiguilles, les épines, les échardes. Pour les extraire, on essaye de les saisir avec une petite pince [fig. 405;, voire même avec l'extrémité des doigts, s'il est possible. Dans le cas contraire, il faut agrandir la plaie pour atteindre le corps plus facilement.

Corps étrangers obtus. — Ils agissent par compression en môme temps qu'ils déchirent.

Corsps étrangers àla fois arrondis et aigus.

— Il faut citer comme exemple les crochets dont les dames se servent pour broder, et aussi les hameçons. Il y a une difficulté pour les extraire, parce qu'il faut les faire basculer de manière à leur faire parcourir la même direction qu'ils ont prise pour entrer.

L'action des corps étrangers, ai-je dit, varie aussi en raison de l'organe ou des tissus qu'ils ont atteints; non-seulement le mode d'extraction change alors, mais les médicaments changent souvent aussi, parce qu'ils doivent être en rapport avec les accidents qui surviennent.

Traitement. — On voit par là que, dans le cas d'introduction d'un corps étranger au sein de l'organisme, il y a trois indications à remplir : 1° extraire le corps; 2° mettre la plaie qui reste alors béante dans les conditions les plus favorables à la cicatrisation ; 3° don-

Fig. 105.-

Pince à

disséquer.

collègue, le docteur Raymond et Bojanus, l'ont constatée également à la suite des grandes opérations.

300 1ÉSIONS MÉCANIQUES.

lier les médicaments capables de prévenir les inflammations consécutives ou de les guérir lorsqu'elles éclatent.

Corps étrangers île rœil. — Ils varient depuis le grain de poussière que le vent fait voler, jusqu'à la parcelle de fer rougi que les forgerons se font souvent sauter jusque sur la cornée.

Quand il s'agit d'un corps insoluble comme la poussière, on pratique des lavages à grande eau ; mais on comprend que ceux-ci seraient nuisibles, si le corps introduit dans l'œil était soluble, parce que le liquide ne tendrait qu'à le diviser.

Il faut également éviter de frotter l'œil trop longtemps, parce que cela ne fait que l'irriter davantage. On réussira souvent à expulser la cause de cette irritation en essayant d'ouvrir l'œil dans un verre plein d'eau, et l'y maintenant, quelques secondes.

L'huile d'olive arrête l'inflammation lorsqu'elle a été causée par un acide énergique ou par un sel caustique ; mais elle est nuisible lorsqu'il s'agit de poussière de cantliarides ou des débris d'un autre insecte mort. Le blanc d'œuf est très-bon dans le cas où il est entré dans l'œil des fragments aigus de substances minérales, des couleurs', des corps acérés. Contre la chaux, la cendre, les matières tinctoriales et peut-être aussi le tabac, on recommande d'enduire les paupières de crème.

Si quelque substance dure, introduite dans l'œil, ne peut en être expulsée par les moyens que nous venons d'indiquer, et continue de causer de l'inflammation et de la douleur, il faut relever les paupières, rouler en un mince cornet un petit morceau de papier, dont on se servira comme d'un pinceau, en le promenant sur le globe de l'œil de manière à repousser en dehors le corps étranger. Le papier buvard est le plus propre à cet usage, parce que le corps étranger lui adhère plus facilement. S'il est nécessaire d'introduire la pointe du papier assez loin entre l'œil

et la paupière, il faut auparavant le mouiller avec de la salive.

Pour s'assurer si aucun corps n'adhère à l'intérieur des paupières, on n'a qu'aies prendre entre le pouce et l'index, les tirer, les relever et mouvoir l'œil dans toutes les directions. Pour retourner la paupière supérieure, on saisit les cils entre le pouce et l'index d'une main et l'on appuie sur la partie supérieure à l'aide d'un crayon tenu dans l'autre main, en recommandant au malade de regarder en Las. On peut ainsi facilement retourner la paupière, découvrir le corps étranger qui pourrait adhérer à la membrane intérieure et l'enlever.

. Les ouvriers qui forgent le fer sont exposés, en attisant leur feu ou en battant le fer, à recevoir dans l'œil des parcelles de ce métal chaud, parcelles qui adhèrent ordinairement avec une grande ténacité. On peut les extraire au moyen d'un crin double qu'on introduit sous la paupière et qu'on promène çà et là, ou bien au moyen d'un cureoreilles. Il n'est jamais nécessaire d'employer un aimant, car, dans le cas où le corps étranger sera libre de toute adhérence, la pointe de papier aura le même effet.

On enlève à l'aide d'une aiguille à cataracte les parcelles adhérant à la cornée; mais cette opération délicate doit être faite par la main habile d'un chirurgien exercé.

Il est toujours nuisible de frotter l'œil; il vaut mieux appliquer dessus une compresse de linge trempée dans l'eau. Quelquefois le sommeil diminue la douleur que causent les corps étrangers.

Si l'œil est rouge et enflammé après que le corps étranger a ôlé enlevé, il faut donner Aconit. Le même médicament est très-utile lorsqu'on ne peut pas extraire ce corps immédiatement, car il diminue la douleur, évite la congestion sanguine et permet d'attendre l'arrivée du chirurgien. [Ge médicament doit être administré comme dans les maladies aiguës.] Si après plusieurs doses d'A-

conit, l'œil reste toujours rouge et sensible, il faut donner Sulphur, et, dans le cas où celui-ci est sans effet, Calcarea, puis Silicea. [Il suffit de faire prendre ces médicaments à raison de deux cuillerées chaque jour, une le matin et l'autre le soir; en tout cas, il ne faudrait pas en donner plus de trois.]

Corps introduits dans 1 oreille. — Ces COrps sont OU

des insectes, ou des pois, ou de petites pierres, etc. Lorsqu'un insecte s'est introduit dans l'oreille, il faut coucher le malade sur le côté opposé et verser de l'huile d;olive clans le conduit auditif jusqu'à ce que l'insecte remonte et devienne visible; alors on l'enlève à l'aide d'un petit morceau de papier roulé ou d'une petite pince.

Les enfants s'introduisent souvent dans les oreilles des graviers, des grains de plomb, des perles, des noyaux de cerises, des morceaux de bois, des pois, des haricots, des épingles, etc. Si l'on soigne cet accident avant qu'il ait causé de l'inflammation et de l'enflure, on peut généralement extraire le corps étranger à l'aide d'une pince trèsmince ou d'une épingle à cheveux, dont l'extrémité recourbée a été pliée de façon à former un angle obtus avec les deux branches.

Celles-ci ayant été introduites dans un bouchon de liège, l'opérateur doit se placer derrière le patient, tirer l'oreille en l'écartant de la tète, d'abord en haut, puis en bas, afin devoirleplus profondémentpossible, il trempe Finstrument dans l'huile d'olive, et en appuie la partie courbée sur le bord de l'oreille externe, l'introduit et le pousse jusqu'à ce qu'il passe derrière le corps étranger; alors il le soulève un peu et l'extrémité de l'épingle saisit l'objet par derrière et l'entraîne au dehors comme ferait une cuillère.

Si Ton ne peut réussir à faire passer l'épingle derrière le corps étranger, il faudra essayer de l'expulser par irrigation. On se sert à cet effet d'une petite seringue à canon

étroit {fig. 106), on emplit l'instrument d'eau tiède, on en glisse l'extrémité au delà de l'objet, de manière que l'eau, s'accumulant derrière celui-ci, tende à le faire remonter vers l'orifice du conduit auditif externe. Le corps ayant été enlevé, il faut faire des lotions d'eau et d'Arnica. [On peut se servir aussi d'un petit appareil consistant en une boule de caoutchouc, munie d'une soupape intérieurement et communiquant avec un tube aspirateur, et aussi munie d'un tube conducteur. Le tube aspirateur étant plongé dans une cuvette remplie d'eau, le malade, qui tient la tête penchée au-dessus du vase, presse d'une main sur la boule de caoutchouc etde l'autre main dirige le tube conducteur vers l'oreille : une petite coupe de crislal. s'appliquant contre l'oreille, est destinée à recueillir l'eau et à la conduire au dehors par un tube de décharge s'ouvrant au fond du verre {fig. 107)].

Fig. 107. — Appareil à douches auriculaires.

Si la douleur et l'inflammation viennent et

persistent, il faut donner Arnica à l'intérieur Fir* 106; ~ sî'-

r 7 ringue a canule

pendant 12 heures, et après, Pulsatilla. Si jres-ionguepour l'inflammation est déjà très-forte et l'oreille injecliontellement enflée qu'on n'en puisse rien retirer, Pulsatilla sera encore indiquée.

Dans certains cas accompagnés de vive douleur, fièvre

intense, paroles incohérentes, sorte de délire, surtout chez les enfants, il faut donner Belladona après Pulsatilla, quand celle-ci n'a pas réussi ; en dernier lieu, on prescrit Sulphur, quand il reste de la douleur.

[Arnica, Puisât Ma, Belladona, seront donnés comme il a été dit pour les maladies aiguës ; quant à Sulphur, il ne faut pas en faire prendre plus de 3 cuillerées par jour.]

Corps introduits clans les narines. — Les corps

étrangers introduits dans le nez, s'ils ne sont pas trèsadhérents, peuvent être chassés avec assez de facilité'. Pour cela on fait d'abord une forte inspiration,, puis on ferme la bouche de façon à forcer l'air à s'échapper par les narines pendant l'expiration. On peut obtenir le mêuie résultat en chatouillant les fosses nasales avec une plume, ou en prenant une prise de tabac, ce qui amène un éternuement.

Quelquefois les corps qui obstruent le nez peuvent être arrachés avec une pince, ou avec l'instrument que nous venons d'indiquer à propos des corps introduits dans l'oreille, ou avec un autre analogue, plus long, destiné à pousser le corps étranger jusqu'au fond du nez pour le faire tomber dans l'arrière-gorge. Il ne faut pas faire trop d'essais de ce genre, et, quand on échoue, demander un chirurgien qui possédera tous les instruments et l'habileté nécessaires. L'enflure, qui empêche l'extraction d'un corps étranger ou qui persiste après qu'il a été extrait, peut être considérablement diminuée par Aconit ou Arnica, ou, si ceux-ci ne réussissent pas, par lïhus ou Belladona. S'il reste de la douleur et de la suppuration, on donne Sulphur. [Même mode d'administration que plus haut.]

Corps étrangers introduits dans l'œsophage. —

Quand un corps étranger s'est introduit dans l'œsophage, il faut d'abord essayer de le faire rendre ; on y parvient quelquefois en frappant le malade entre les épaules. Lorsque ce moyen ne réussit pas, il faut, en faisant ouvrir la

bouche et en abaissant lai angue avec une cuillère, s'assurer si Ton ne pourrait saisir ce corps et l'enlever.

Si on a avalé une trop grosse bouchée d'aliments, qui reste dans le gosier à cause de son volume et de sa dureté, on doit d'abord chercher à exciter le vomissement, surtout si les efforts pour vomir font remonter le corps qui obstrue l'œsophage. Il suffît d'ordinaire, pour arriver à ce résultat, de chatouiller la gorge avec les barbes d'une plume, ou de mettre du tabac sur la langue, ou encore de faire pénétrer dans la gorge de la fumée de tabac. Si l'on peut voir la bouchée àl'ouverture de la gorge, une légère pression de bas en haut pourra la faire remonter dans la bouche. Il ne faut toutefois jamais employer la violence dans ces opérations.

Si le corps étranger est déjà descendu trop loin dans la gorge pour qu'on puisse constater sa présence, il faut chercher à le faire descendre dans l'estomac, surtout s'il est mou, soluble, et s'il n'est arrêté dans l'œsophage que par son volume. Parfois le patient sentira que la bouchée descend petit à petit, par les seuls efforts de la déglutition auxquels il se livre; on peut alors la laisser glisser naturellement dans l'estomac, ou bien en aider la marche en faisant boire quelques gorgées d'eau, pourvu que la substance ne soit pas susceptible de se gonûer en se pénétrant de liquide. Mais si les symptômes deviennent alarmants, il faut pousser en bas la substance par un moyen mécanique. Pour cela on prend une baguette de bois mince et flexible, ou mieux une baleine à l'extrémité de laquelle on attache une éponge que l'on fixe à l'aide d'une soie ou d'un fil.

Fig. 108. — Baleine dont une extrémité est garnie d'une éponge, et l'autre d'un crochet de Graaf.

ciré (fig. 108). On enduit cet instrument d'huile et on l'introduit avec précaution dans l'œsophage en le poussant

doucement jusqu'à ce que l'obstacle soit forcé. [On peut aussi se servir, dans ce cas, d'une sonde œsophagienne qui sera toujours beaucoup plus commode.]

Il arrive souvent que la présence du corps étranger produit une contraction qui empêche le mouvement de déglutition de s'accomplir ; l'excès de la douleur produit encore le même effet, ou bien il y a de l'étouffement ; il faut alors donner/#rca/m;et, quand elle ne soulage pas, Cliamomilla; puis, dès que le spasme cesse, on recommence les manœuvres pour faire descendre le corps étranger. Lorsqu'au contraire le malade devient pâle, éprouve des nausées, voit toutes ses douleurs augmenter dès qu'il parle, il faut donner Cocculus; s'il y a rougeur de la face, et des mouvements constants et involontaires de déglutition, Belladona. [Tous ces médicaments doivent être employés par olfaction, puisque le malade ne peut avaler.]

Bien souvent la sensation de corps obstruant l'œsophage persiste après que celui-ci est déjà descendu dans l'estomac. Il ne faut pas attacher d'importance à cette sensation qui s'effacera d'elle-même ou après l'ingestion d'un médicament. On peut être sûr qu'elle est fausse lorsque la douleur n'augmente pas et qu'il ne se déclare pas d'autres symptômes, surtout lorsque les liquides peuvent être avalés sans revenir par la bouche et le nez, et qu'ils traversent le point douloureux sans augmenter beaucoup les souffrances., C'est dans ces cas qu'il faut donner Arnica suivi de Mercurius, s'il y a lieu, ou bien recourir à un des médicaments indiqués plus haut. Mais s'il reste dans le gosier quelques parcelles d'aliment causant une irritation constante, il faut donner Silicea.

S'il reste dans la gorge un os trop gros pour pouvoir descendre, il faut l'extraire par le procédé que nous allons indiquer plus loin, ou appeler un chirurgien.

Si des objets aigus, tels que morceaux de verre, arêtes de poisson, petits os, aiguilles, etc., sontarrêtés dans la gorge,

il faut agir avec précaution et sans violence. Quelquefois il suffira, pour entraîner ces corps, d'avaler à plusieurs reprises, sans les mâcher, de grosses bouchées de pain, de pommes de terre, des figues, des pruneaux, etc.; si ce sont de petits objets acérés qui percent la muqueuse, on doit préférer des pilules de cire de la grosseur d'une balle de fusil ; on choisit de la cire fraîchement sortie de la ruche et l'on roule ces pilules dans les doigts jusqu'à ce qu'elles deviennent rondes et lisses.

S'il survient des symptômes dangereux, tels que vive douleur, hauts-le-cœur suffocants, grande angoisse, convulsions, etc., il faut se hâter de vaincre l'obstruction, ou tout au moins de l'amoindrir. On peut y arriver à l'aide d'une corde à violon ou d'un fil métallique plié de façon à former une anse. On pousse doucement l'instrument jusqu'à ce qu'il se trouve au-dessous du point endolori; là, on lui imprimera un mouvement de va-et-vient, puis un mouvement de rotation et on le retire doucement. Dans certains cas il yaudra mieux employer la baleine ou la baguette de bois dont j'ai parlé. On tâche d'introduire l'éponge sèche en la faisant tourner sur elle-même et de la placer au-dessous de l'obstacle ; une fois qu'elle s'y trouve, on fait avaler au patient une grande gorgée d'eau, de manière à la gonfler, puis on la retirer doucement. On peut encore se servir d'une plume attachée à un fil que l'on introduit dans le gosier de façon que ses barbes pressent contre les parois de l'œsophage, et, en la faisant pivoter, on peut dégager et extraire le corps étranger. On peut encore extraire les épingles, aiguilles, arêtes de poisson à l'aide de rubans de soie attachés à une baleine ou à une baguette flexible et qu'on fait pivoter plusieurs fois.

On extrait facilement un hameçon tenant encore à une partie de la ligne. Pour cela on transperce une balle de plomb, et l'on fait passer au travers le fil de la ligne, de sorte que le patient l'avale. Le poids de la balle dégage

3 08 LESIONS MECANIQUES.

l'hameçon, et la pointe de celui-ci, mise en contact avec le plomb, ne peut plus s'accrocher à l'œsophage; quand on le retire, la halle et l'hameçon sont enlevés du même coup.

Quand on n'a pas de balle de plomb sous la main, on peut se servir d'une racine pivotante quelconque, d'un morceau de carotte, de navet ou autre ; on coupe cette racine de manière qu'elle puisse pénétrer dans l'œsophage ; elle doit, pour un adulte, avoir deux doigts d'épaisseur environ, on y creuse un canal au centre et dans le sens de sa longueur; on passe la ligne à travers ce canal et l'on en prend l'extrémité libre avec la main gauche ; puis on pousse doucement la racine dans l'œsophage jusqu'à ce qu'elle arrive au point où l'hameçon est accroché à la muqueuse; arrivé là, on pousse une dernière fois avec plus de force pour détacher l'hameçon; cela fait, on tire vivement la ligne pour implanter ce même bameçon dans la racine. Dès lors il est aisé de retirer l'un et l'autre.

Pour les opérations de ce genre, il faut faire asseoir le patient sur une chaise et lui faire tenir la tête en arrière par un aide, abaisser la langue avec la cuillère, puis introduire doucement et avec précaution l'instrument préalablement huilé, en ayant soin de l'appuyer sur la partie postérieure du gosier. On reconnaît à la résistance, aux mouvements convulsifs et à la douleur qu'éprouve le patient, que Ton approcbe du siège de l'obstruction. Quand on arrive au sommet du gosier, en retirant l'instrument, il faut avoir soin de ne pas heurter l'ouverture' du larynx, et pour cela on doit, autant que possible, faire que le corps appuie en arrière, et brusquement abaisser la tête du malade.

Dans des cas très-dangereux où l'expérience même d'un homme de l'art ne peut apporter aucun soulagement, il ne reste plus qu'une chance de succès, c'est de faire une incision dans l'œsophage. Quelques personnes qu'on avait

cru sur le point d'étouffer ont été sauvées par ce moyen. Mais c'est là une opération extrêmement difficile et dangereuse.

Corps étrangers introduits dans l'estomac et dans

les intestins. — L'introduction de corps étrangers tels que boutons, pièces de monnaie, anneaux, etc., fait assez fréquent chez les enfants, et cause d'une grande inquiétude pour les parents, n'a pas généralement Je conséquences sérieuses ; en effet, le corps ingéré traverse tôt ou tard les intestins sans causer beaucoup de douleur; cependant, s'il est trop volumineux, il peut amener de très-graves désordres et quelquefois la mort.

On facilitera la sortie du corps étranger de l'estomac et son passage clans l'intestin, en faisant manger une grande quantité de riz bouilli, de potage ou tout autre mets farineux qui en distendra les parois, et pourra faire une masse au centre de- laquelle le corps se placerait. Puis, pour le faire sortir de l'intestin, on frictionnera l'abdomen , on se couchera sur le ventre , on prendra un exercice modéré, afin d'en hâter l'évacuation. Les personnes sujettes à la constipation ne devront pas prendre de purgatifs, qui ne font qu'affaiblir les intestins, elles se nourriront d'aliments légers, de beaucoup de beurre, et prendront tous les jours un lavement d'eau ou de lait.

Pour s'assurer si le corps étranger a été évacué, il faudra verser les selles dans un vase plain d'eau; lorsque les matières fécales seront dissoutes il faudra filtrer le liquide à travers un tamis; si le corps avalé était une aiguille, if faudrait filtrer les matières à travers une étoffe grossière. Cependant les aiguilles se frayent généralement un tout autre passage et sortent du corps sans causer d'accident; si elles y séjournent trop longtemps, il faut donner toutes les semaines Silicea suivi iïllepar.

Si, quelque temps après l'ingestion d'aiguilles ou de pièces de monnaie, il se déclare des symptômes inquié-

taats, tels que douleur violente en un oertain point des entrailles, comme si quelque chose y était comprimé, il faut donner Ipecacuanha, et, s'il fait du bien, le répéter à chaque recrudescence des symptômes; quand il est sans effet, Veratrum ou Nux vomica. Cependant s'il apparaissait des symptômes encore plus violents, tels que coliques et constipation, il faudrait donner Opium ; si l'on ressent des douleurs lancinantes dans un point déterminé, comme si un abcès allait se former, il faut donner Lachesis. Quelquefois l'irritation mécanique causée par le frottement d'une pièce de monnaie ou d'un morceau de métal contre les parois de l'estomac peut provoquer des symptômes graves du côté du cerveau contre lesquels tous nos remèdes seront sans effet, la cause du mal étant toujours présente.

Quelquefois les objets avalés traversent sans difficulté le tube digestif et s'arrêtent à l'anus. Pour en faciliter la sortie, on peut prendre des lavements de lait ou d'huile de lin ou d'olive, ou bien introduire dans le rectum des suppositoires de beurre de cacao, lesquels protègent l'anus contre les blessures que pourrait causer la dureté du corps étranger. Celui-ci peut être facilement évacué par ce moyen, surtout si on l'attire à l'aide d'une baleine recourbée ou du manche d'une cuiller. Si l'on ne peut pas réussir, il faut appeler un chirurgien, mais ne jamais faire usage de purgatifs, ceux-ci pouvant être dangereux. Si l'anus se contracte convulsivement, il faut donner Ignatia, Belladona ou Lycopodium.

Des sangsues avalées par inadvertance peuvent faire naître des symptômes graves, tels que douleur de brûlure à l'estomac, hoquet, crachements de sang, fièvre lente qui mine visiblement le malade. On peut en prévenir les conséquences en administrant immédiatement quantité de sel de cuisine dissous dans l'eau et du beurre fondu. Chez les enfants, le sucre donne souvent du soulagement. On combat les autres symptômes par Arnica suivi quelques

CORl'S ETRANGERS. 311

jours après <¥Arsenicum. [On n'a pas à craindre de pareils accidents avec rhomœopathie.]

Si d'autres êtres vivants, des insectes par exemple, se sont introduits dans l'estomac, il faut faire avaler de l'huile d'olive ou du beurre salé, et si cela ne soulage pas, un morceau de camphre gros comme un pois, broyé dans l'huile. S'il s'agit de vers, de petits reptiles, de grenouilles, etc., il faut boire de l'eau sucrée et manger du sucre jusqu'à ce qu'il agisse comme purgatif. Quand ce moyen ne réussit pas, il faut prendre de Ylpecacuanha ou de la graine de moutarde à dose suffisante pour produire le vomissement. Pour combattre les résultats nuisibles de l'action d'un émétique, il faut respirer du camphre, et donner plusieurs doses de Nux vomica, ou ïïlpecacuanha, si ce dernier n'a pas été déjà employé comme vomitif.

Corps introduits dans le larynx ou dans la trachée. — C'est surtout quand on parle ou que l'on rit en mangeant, ou lorsque l'on fait une grande inspiration en tenant quelque chose dans la bouche, que l'on peut faire pénétrer quelque corps étranger dans les voies aériennes. Ce malheur arrive aussi aux enfants qui essayent de recevoir avec la bouche un objet qu'on leur lance; et, comme on le dit vulgairement, quand on avale de travers, ce qui veut dire que le corps est entré dans le larynx ou dans la trachée-artère, au lieu de pénétrer dans l'œsophage. Alors il est inutile de pencher le patient en avant, de lui frapper le dos avec le plat de la main ou de lui chatouiller la gorge pour le faire vomir, tous ces moyens étant incapables d'amener l'obstacle au dehors; il est môme important de ne pas user de violence en pareil cas, le résultat pouvant être alors funeste, en ce sens que le corps peut descendre encore et obstruer davantage les voies aériennes. Le mieux est d'incliner la tête en arrière autant que possible, afin d'expulser le corps étranger en provoquant la toux ; mais ce moyen ne réussit que dans le cas où le corps n'est

pas fortement fixé à la trachée. Avant toute chose, il faut s'assurer de la présence du corps étranger ; pour cela on saisit la trachée entre le pouce et l'index et on lui imprime un mouvement brusque, au milieu duquel on entend un petit bruit, si le corps est plus petit que la cavité dans laquelle il se trouve.

Quelquefois le patient s'endort après l'accident et le changement de position dégage le corps étranger ; pour cela il faut que la tête soit un peu basse. On est même parvenu souvent à un bon résultat en mettant doucement le malade la tête en bas ; le corps étranger retombe alors dans la bouche par son propre poids.

Si le danger est imminent, que l'on n'ait pu déplacer le corps en question, et que celui-ci gêne la respiration au point de faire craindre l'asphyxie, il faut s'adresser à un chirurgien pour qu'il pratique la trachéotomie; car c'est le seul moyen de sauver le malade, et avec lequel on puisse espérer le succès, alors même que le sujet paraît déjà suffoqué. Cette opération, bien faite, est beaucoup moins dangereuse qu'on ne le suppose, car la plupart de ceux sur lesquels on la'pratique en guérissent. Ne voiton pas, chaque jour, la trachée être coupée par accident, dans une tentative de suicide par exemple, et le malade guérir? C'est donc une faute de ne pas avoir recours à cette opération lorsqu'on peut faire venir à temps un chirurgien habile.

Comme les symptômes de l'obstruction de la trachée ressemblent à ceux de l'obstruction de l'œsophage, il faut toujours explorer la gorge en y introduisant le doigt, ou une baguette flexible, ou une sonde, en caoutchouc, afin de s'assurer si le corps ne serait pas dans l'œsophage au lieu d'Olre dans le larynx. De plus, quand l'obstruction de la trachée existe, on constate le signe suivant : la douleur est ressentie à la partie antérieure du cou, de sorte que le malade peut en indiquer la place avec le doigt ;

elle est plus en arrière lorsque le corps étranger est dans l'œsophage. Dans les deux cas la déglutition et la respiration sont difficiles ; mais lorsque la trachée est obstruée, la dyspnée est encore plus prononcée, la face devient bouffie, pourpre, violette même, les yeux sortent des orbites; la voix est aussi plus altérée, elle devient rauque, quelquefois elle manque complètement ; la toux est sifflante ou vibrante et les quintes tendent à se terminer par la suffocation. Dans certains cas, les symptômes ne paraissent pas, au premier abord, bien inquiétants, mais ils augmentent graduellement en intensité, ou quelquefois ils disparaissent par moments pour revenir ensuite avec plus de violence.

Quand on est sûr qu'un corps étranger existe dans la trachée, il faut donner tout d'abord Ipecacuanha, le répéter s'il soulage et y revenir dès qu'il y a une recrudescence de symptômes. Il ne faut donner avec cela rien autre chose que du sucre ou de l'eau sucrée jusqu'à ce que le médecin soit arrivé ; mais, en l'attendant, on peut remplacer Ipéca, par Belladona, lorsque le premier de ces médicaments n'a pas amené un soulagement rapide. Si le patient s'endort, il ne faut pas l'éveiller ; et, si les symptômes reparaissent, il ne faut pas lui donner immédiatement une nouvelle dose de médicament, mais attendre qu'ils deviennent réellement plus graves. Quelquefois le corps étranger est rejeté pendant le sommeil. Si, en dépit de ces médicaments, le malade est en danger d'étouffer, il faut donner Tartarus emelicus (3° trituration); et lorsque la ligure devient d'un rouge violacé, Opium, aussi à la 3e dilution. Il faut répéter ces médicaments toutes les 5 minutes, en donner 2 ou 3 gouttes sur la langue, ou 3 ou 4 dans 1 cuillerée à café d'eau.

il arrive parfois que le corps étranger n'étant pas assez volumineux pour empêcher complètement le passage de l'air, ets'étant placé de manière à ne point exciter la toux ou gêner la parole, peut rester quelques jours, même

Héking. «» Méd. hora. 18

314 LESIONS MECANIQUES.

plusieurs semaines, sans faire sentir sa présence ; puis tout à coup la toux devient pénible, fréquente, rauque et faisant croire àl'invasision du croup. Il faut débuter alors par Tartarus emeticus , 3e dilution, donné comme il vient d'être dit pour Opium ; puis, quand le soulagement n'est pas complet au boutd'une heure, on passe à Silicea, 30e dilution, donnée aussi à intervalles très-rapprochés. Lorsque ce dernier médicament reste sans effet, tout est inutile et il faut songer à l'opération. Celle-ci même serait sans résultat si le corps étranger avait pénétré profondément, ce que l'on reconnaîtrait à ce que la respiration resterait très-pénible entre les quintes de toux. Dans ce cas, en effet, le poumon se congestionne et le malade meurt.

Lorsqu'au contraire ces médicaments soulagent, sans arrêter complètement la toux creuse et rauque qui revient par accès, surtout la nuit ou au moindre mouvement, que le malade se plaint de la gorge, la respiration restant faible, ou encore si la toux est courte sèche et continuelle comme au début de la phtbisie, il faut prescrire Silicea 30° dilution (5 globules pour 8 cuillerées d'eau, 6 à 8 cuillerées en 24 heures), médicament qui a procuré maintes fois un soulagement notable dans les cas les plus graves. Enfin, quand les symptômes se modifient, sans s'améliorer beaucoup, que la toux reste pénible surtout le matin, on donne Hepar sulfuris, comme Silicea.

On peut aussi avoir avalé de la poussière, un cheveu, des barbes de plume, et éprouver une toux violente et pénible,, Belladona la calme rapidement, Bepar complète l'action de la Belladone. Il faut en même temps faire boire au malade un peu d'eau sucrée.

Parfois aussi les enfants avalent incomplètement, de sorte qu'il reste quelque parcelle d'aliment à la partie supérieure du larynx, d'où il résulte des quintes de toux trèspénibles; Tartarus emeticus, 3e dilution, donné comme il a élè dit plus haut, les calme rapidement; puis, quand les

quintes reviennent après s'être calmées, et qu'elles s'accompagnent d'une mauvaise odeur de l'haleine, on donne Silicea, 30e dilution, 3 globules le matin et 3 globules le soir. Presque toujours tout le corps étranger est rejeté par la toux, à moins que le petit malade ne l'avale après l'avoir déplacé, et le soulagement en est la conséquence. Dans les cas rebelles on donne Silicea et Hepar.

Corps étrangers introduits sous la peau. — Dès

qu'un corps étranger s'est introduit sous la peau, il faut couvrir la partie malade d'une compresse trempée dans de l'eau à laquelle on a ajouté de la teinture dîArnica; puis on fait coucher le malade et on se procure tout ce qui est nécessaire pour procéder à l'extraction.

Celle-ci offre des difficultés qui varient en raison du volume du corps étranger. Quand il est aigu et mince, comme il arrive pour les épines, les piquants de chardons, les petits éclats de bois, on essaye de le saisir avec les doigts ou avec wie pince; mais quand ils sont plus ténus encore, plus profondément enfoncés, et quand ils ont pénétré dans une partie très-sensible, onpeut essayer de les enlever avec un morceau d'emplâtre agglutinatif qu'on applique sur la partie malade, et auquel le corps vient adhérer, de sorte qu'on peut l'enlever avec Pemplàtre; il faut appliquer celui-ci aussi chaud que possible. Si ces corps étrangers sont très-nombreux, comme il arrive pour les piquants de certaines plantes, il faut enduire d'huile la partie malade et la tenir aussi près que possible d'un foyer ardent ou d'un corps chaud, quel qu'il soit, puis on prend un couteau mousse et on racle tout autour en exerçant une certaine pression sur les tissus, on parvient ainsi à faire saillir les extrémités des aiguillons et on les arrache. Il est quelquefois nécessaire de répéter plusieurs fois de suite ces diverses opérations.

Le môme procédé est applicable à l'extraction de petits morceaux de verre, mais il est souvent douloureux. Aussi

ai G LÉSIONS MÉCANIQUES.

vaut-il souvent mieux laisser la suppuration s'établir et entraîner elle-même les éclats qu'il faut faire disparaître. S'ils restent malgré cela, on donne Hepar, et, quand celui-ci ne suffit pas à activer assez la suppuration, Silicea. Enfin dans le cas où la suppuration s'étend en profondeur et où Silicea et Hepar restent sans effet, il faut donner Lachesis et plus rarement Mercurius. [Tous ces médicaments doivent être prescrits à la 30e dilution, à la dose de 5 à 6 globules pour 8 cuillerées d'eau dont le malade prend 3 cuillerées par jour, -4 au plus.]

Plaies par armes à feu. — [Elles présentent toujours deux éléments, 1° la destruction des tissus, 2° l'introduction sous la peau d'un corps étranger (plomb ou balle). Ces plaies sont souvent le résultat d'un accident de chasse; au moins ces dernières sont-elles les seules dont il doive être question dans un traité de médecine domestique, les autres rentrant dans le cercle de la médecine militaire.

Or, en pareil cas, le corps étranger se compose de grains de plomb, lesquels sont venus frapper le chasseur. Il faut autant que possible commencer par les extraire, tout en se rappelant que, quand ils sont disséminés, ils peuvent rester implantés sous la peau sans causer d'accidents, ou en déterminant une suppuration qui les entraîne. D'autres fois, la charge fait balle, les grains se trouvent réunis et les tissus sont plus profondément altérés. C'est alors que la gangrène peut apparaître.

La première chose à faire est de laver la plaie et d'y appliquer des compresses froides trempées dans de l'eau avec addition de teinture d'Arnica, compresses qu'on renouvelle dès qu'elles paraissent se sécher. En môme temps, on donne ce même médicament à l'intérieur et l'on tient le malade au repos jusqu'à l'arrivée du chirurgien. Celui-ci seul peut traiter les accidents consécutifs. Si un fusil a éclaté entre les mains du chasseur, les désordres sont plus graves encore, on doit agir comme il vient d'être dit

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et se buter d'appeler l'homme de l'art, car les suites peuvent être mortelles.!

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