CHAPITRE XI
BRULURES, GELURE (CONGÉLATION).
Brûlures. — [Elles nesontpas toujours identiques; les unes rougissent à peine la peau, les autres la détruisent profondément. Aussi ont-elles été divisées en trois-classes ou degrés, suivant l'étendue de désorganisation des tissus.
Le premier degré est caractérisé par une simple rougeur de la peau accompagnée d'une douleur cuisante parfois très-vive : la guôrison dans ce cas a lieu sans suppuration.
Au deuxième degré, non-seulement il y a de la rougeur, mais il se forme des ampoules semblables à celles des vésicatoires. Tly a toujours alors suppuration.
Au t?ioisième degré, la peau est détruite dans son épaisseur, il se fait une tache grise, laquelle devient noire. Les tissus s'enflamment autour et. l'escarre se trouve peu à peu éliminé. Il y a donc ici suppuration forcée.
Ces trois degrés coïncident souvent.
Plus la brûlure est étendue et profonde et plus les accidents généraux sont graves et redoutables, variant depuis la simple fièvre jusqu'au délire et aux convulsions qui souvent précèdent la mort.
Traitement. —Lorsque la brûlure est produite par l'inflammation des vêtements, il faut d'abord éteindre le feu. On y réussit en recouvrant le sujet et en l'enveloppant de vêtements de laine, surtout d'un drap mouillé.
Le feu éteint, il fautmettre la blessure à découvert; on déshabille donc le malade en ayant lesoin de couper ce
is.
qu'on ne peut enlever. Puis, pour peu que la brûlure soit étendue, on met le malade dans un bain d'eau tiède, ce quidiminue la douleur.
Si la brûlure est au -premier degré, l'Arnica étendu d'eau, employé en même temps à l'extérieur et à l'intérieur, est le moyen principal. Il convient très-bien aussi dans la brûlure au deuxième degré ; en l'employant sans retard, on évite souvent la formation des ampoules.
Si ces dernières sont complètement formées, on les perce d'abord, mais sans enlever la peau qui s'est soulevée, et on applique des compresses arniquées.
C'est encore le môme début de traitement pour le troisième degré. En un mot, l'Arnica employé à l'extérieur et ù l'intérieur est le moyen par lequel il faut commencer, en attendant le médecin. On doit en continuer l'application pendant 48 heures au moins.
Si la brûlure est légère, la guérison est fort avancée à cette époque; quand elle est plus profonde, l'élimination commence alors, et il faut changer les médicaments en raison des accidents qui arrivent. On se laissera guider pour cela par les instructions du docteur Héring. Je recommanderai seulement Aconit, lorsque la fièvre s'allumera ; Belladona, dans le cas où une rougeur érésipélateuse tenderait à se développer; Lachesis pour faciliter la chute de l'escarre et Silicea pour hâter la cicatrisation des plaies qui restent ensuite.
Aconit et Belladona doivent être administrés comme il a été dit pour les maladies aiguës ; il suffit de répéter Lachesis 3 à 4 fois en 24 heures, il en est de même de Silicea.
Quant au régime, on ne doit pas changer les habitudes du malade, silalésion a peu d'étendue et s'il n'y a pas de fièvre. La diète est indiquée, au contraire, dès que celle-ci parait ; seulement elle ne doit pas être de longue durée ; etdu momentoùla suppuration s'établit, il faut nourrir le malade.
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Le mode de pansement varie encore suivant le degré de la brûlure : souvent l'application des compresses suffit; la ouate a son utilité quand la destruction est profonde et la douleur très-vive; mais c'est souvent un grand embarras dans la suite. On choisira donc, suivant les circonstances, parmi les moyens que Héring indique. En tout cas, l'intervention du médecin sera toujours nécessaire dès que l'accident aura quelque gravité.]
Quand la brûlure est superficielle, le meilleur remède à lui opposer est la chaleur, tandis que le plus mauvais est de la tremper dans l'eau froide ou d'appliquer dessus des substances froides, comme la pulpe de pommes de terre, de carottes, etc., lesquelles laissent toujours les ampoules et les ulcères se former, tandis qu'une douce chaleur évite môme la gangrène : ceci est vrai surtout pour les brûlures des doigts. Cependant l'application de la chaleur sèche n'est pas toujours possible ; d'abord, lorsque la surface brûlée est très- étendue, ce qui empêche la chaleur d'agir uniformômément partout, et ensuite pour les enfants, chez lesquels ce procédé serait trop douloureux. Il n'est pas non plus applicable aux brûlures accompagnées de destruction de la peau, quand elles intéressent le visage. Il faut dans ces cas employer des remèdes d'une application plus facile et dont l'action soit homœopathique, c'est-à-dire qui agissent en produisant des symptômes analogues à ceux de la brûlure.
Celui que l'on trouve en premier lieu est la teinture de cantharides dont le docteur Wûrzler de Bernbourg a fait l'éloge dès 1847, mais que la plupart des homœopathesont négligé depuis. Et cependant les effets des cantharides sur la peau saine ressemblent tellement à ceux de la brûlure, quel'actioncurative de ce médicament est un des arguments les plus puissants que nous puissions opposer aux critiques de nos ennemis et présenter comme un argument décisif en faveur de notre cause.
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On prend la teinture de la 3e dilution, on l'étend sur la partie brûlée soit avec le doigt, soit avec un pinceau, et on recouvre le tout avec une compresse de toile; il faut répéter cette opération toutes les 15 minutes environ. Si la peau est très-dure, on peut se servir de la teinture mère ; mais si la peau est fine, surtout chez les enfants, il faut toujours recourir au moins à la 3e dilution. Il peut même arriver que celle-ci soit encore trop énergique ; on prend alors 1 cuillerée de teinture que l'on mêle à 10 cuillerées d'eau froide, et les compresses sont trempées dans cette solution. L'application de la cantharide doit être continuée sans interruption pendant 8 ou 42 heures, aussi bien la nuit que le jour.
Quand la brûlure est très-étendue, il est très-douloureux pour le malade d'enlever ainsi les compresses pour les humecter; il faut alors les laisser en place et les arroser avec la mixture dont je viens de parler. Il faut au surplus être très-prompt dans son pansement, le contact de l'air étant toujours une cause de grande souffrance.
Dès que la douleur a cessé, on arrête l'emploi des cantharides et on fait un pansement fixe auquel il faut toucher le moins possible.
Enfin, si la brûlure est profonde, que l'épidémie ait été entièrement détruit, la suppuration ne tarde pas à s'établir et les douleurs à reparaître, les cantharides sont alors sans objet.
Le savon est un des meilleurs remèdes et contre les brûlures superficielles et aussi contre les brûlures profondes et ulcérées. Il est bien supérieur aux autres, parce qu'on peut facilement se le procurer et l'appliquer. Il faut prendre du savon blanc ordinaire et non du savon noir, le râper et le délayer dans l'eau tiède pour le convertir en une pâte épaisse ; on en fait un emplâtre en étendant cette pâte sur des pièces de toile ou de mousseline dont on
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couvre la partie brûlée. Il faut avoir soin que l'emplâtre soit en contact avec tous les points de la brûlure. Quand il s'est déjà formé des ampoules, il faut les crever afin d'en faire sortir la sérosité, mais se bien garder d'enlever l'épiderme, parce qu'il sert à protéger les tissus.
On peut renouveler le pansement toutes les 24 beures, en ôtant avec soin l'emplâtre ancien pour le remplacer immédiatement par un nouveau sans laver ni essuyer.
Au premier abord l'application de l'emplâtre de savon accroîtra probablement la douleur, mais cette exacerbation sera passagère et suivie bientôt d'un soulagement notable. Il faudra continuer le même traitement jusqu'à ce que la blessure soit cicatrisée. La promptitude de la guérison dépendra évidemment de l'étendue de la brûlure; mais elle sera toujours plus rapide que si l'on avait, au début, appliqué de l'eau froide, de l'eau de Groulard, etc. Les brûlures légères se guérissent en 2 ou 3 jours, celles qui sont plus graves en réclament 8 ou 10; en tout cas, le traitement se montrera toujours efficace, même contre celles qui auront amené une perte de tissu; généralement il empêchera la suppuration et ne laissera pas de marques, s'il a été habilement appliqué.
Veau de chaux, mélangée d'huile douce, constitue aussi un bon topique contre les brûlures ; on peut l'appliquer de la même manière que le savon et l'employer lorsque celui-ci est trop irritant.
Chlorure de chaux. — Dans des cas très-graves de brûlures de la main par l'huile de térébenthine ou l'alcool, lorsque les cantharides et le savon étaient restés sans effet, unliniment composé de chlorure de chaux et d'huile douce a calmé immédiatement la douleur et guéri la main en peu de temps. Ce traitement a même réussi alors que tous les autres moyens étaient restés sans effet.
Si Ton n'a pas de chaux sous la main, mais qu'on possède de l'huile de lin, on enduit avec les parties malades; on
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peut ajouter à cette huile du sel finement pulvérisé. Cette opération doit être faite dans un mortier préalablement chauffé et séché.
Dans tous les cas, il faut préserver autant que possible la blessure du contact de l'air; on doit donc avoir soin de ne pas renouveler le pansement trop souvent, ni de laisser la plaie découverte plus de temps qu'il n'est strictement nécessaire. Il importe aussi de ne pas laisser les compresses former des plis, de peur que ceux-ci ne s'attachent aux tissus malades, ce qui empêcherait d'enlever l'emplâtre qui pourrait adhérer à la plaie. S'il existe des ampoules, on les pique afîn de les vider; mais on a soin, comme je l'ai déjà dit, de ne pas enlever la peau qui les forme et qui protège les tissus sous-jacents.
Il y a encore quelques autres moyens dont il est possible de faire usage lorsqu'on n'a rien de mieux sous la main. J'indiquerai : 1° la ouate ; on l'applique par son côté cotonneux; il faut d'abord vider les vésicules, quand il en existe; de plus on doit laisser le pansement en place jusqu'à ce que la cicatrisation soit complète. Dans le cas cependant où la suppuration se formerait, il serait nécessaire de découvrir les parties qui lui donneraient naissance.
2° La farine, la poudre d'amidon, qui peuvent servir aussi à calmer la douleur. On en met une couche d'au moins un 1/2 centimètre d'épaisseur.
3° La teinture d'ortie blanche : On peut la préparer soimême au printemps, en faisant digérer dans l'alcool les feuilles et les fleurs de celte plante. On met 1 cuillerée à café de teinture dans 8 cuillerées à bouche d'eau, les compresses sont trempées dans ce mélange et appliquées sur la partie malade.
A0 Causticum, 3e dilution. Pour l'application externe, on en met de 3 à 6 gouttes pour 12 cuillerées d'eau; en môme temps on doit donner ce médicament à l'intérieur, [à la dose de 6 globules pour 6 cuillerées d'eau, 1 cuillerée
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toutes les 6 heures]. On peut l'appliquer aussi sur les ulcérations consécutives aux brûlures.
5° Arsenicum et Rhus toxicod. peuvent aussi être employés à l'extérieur et à l'intérieur, comme le Causticum.
6° Enfin, les brûlures causées par l'acide sulfurique ou tout autre acide réclament l'eau de chaux; celles qui sont l'effet de l'application d'un alcali sont soulagées par le vinaigre. Contre les brûlures par le phosphore il n'y a pas de meilleur remède que l'huile, l'huile d'olive surtout ; il faut en renouveler les onctions jusqu'à ce que la douleur cesse. Celles qui sont dues à l'action de la pierre infernale, qu'elles intéressentla peau, l'œil ou la muqueuse de la bouche, cèdent à l'eau salée, qu'il faut appliquer aussi concentrée que possible. On peut aussi donner l'Arsenic à l'intérieur.
Brûlures internes. — Elles peuvent occuper la bouche, l'œsophage ou l'estomac ; elles sont dues alors à l'ingestion d'aliments trop chauds, ou le rectum, lorsqu'on a pris un lavement trop chaud aussi. On les combat avec avantage par Causticum, 12e dilution, 6 globules pour 8 cuillerées d'eau, 1 cuillerée de 4 en 4 heures. Ce médicament peut être donné en lavement dans le cas de brûlure du rectum [on se sert alors de la 3e dilution, 12 à 15 gouttes pour un verre d'eau froide].
Arsenic, Rhusv Carbo vegetabilis, peuvent remplacer le Causticum et être employés de la même manière.
Complications. — Les brûlures profondes amènent souvent des convulsions : Chamomilla, 6e dilution, les calme; de la constipation ou de la diarrhée; la première cède souvent à un simple lavement; quand il ne suffît pas, on a recours à Nux vomica; la seconde réclame Puisât illa suivie de Sulphur. Il faut savoir que la diarrhée n'est pas toujours préjudiciable, de sorte qu'on ne doit pas trop se hâter de l'arrêter, à moins qu'elle ne retarde la cicatrisation. Dans ce cas, on recourt à Calcarea, si les selles sont plus nom-
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brcuscs entre midi et minuit que pendant le reste de la jou/née,et hArsenicum si elles sont plus fortes entre minuit et midi. Le plus souvent la diarrhée s'arrête d'elle-même si l'on boit de l'eau froide et si l'on prend beaucoup d'exercice en plein air; ces deux choses sont nécessaires pour le rétablissement des personnes qui se sont grièvement brûlées.
Si les mains, les pieds et le ventre sont très-enflés, qu'on donne Calcarea.
J'ajouterai qu'il faut se tenir en garde contre l'application d'onguents de plomb, d'eau de Goulard, etc., lesquels n'ont jamais fait le moindre bien ni empêché la suppuration, les ulcères et les cicatrices vicieuses. En ne faisant rien du tout, on serait sur de ne pas avoir plus de mal. On ne saurait trop discréditer auprès des gens sensés l'emploi de ces abominables remèdes, et l'on ne saurait trop répéter que l'application de l'eau de Goulard sur une grande étendue du corps, dans les cas de brûlures vastes et graves, est presque inévitablement funeste. Les enfants traités par cette eau, lorsque la moitié du corps avait été brûlée, sont morts, non pas seulement des suites de la brûlure, comme on le prétend, mais encore des effets du poison qui avait été absorbé.
Congélation; gelure. — Lorsque le froid dépasse une certaine limite, il peut en résulter des accidents; en général le nez, les oreilles, les doigts e^ les orteils sont les parties qui en ressentent le plus d'influence ; elles peuvent geler. Le meilleur moyen à employer en pareil cas est le Camphre, auquel il faut joindre l'exercice ; le plus mauvais est l'eau-de-vie. Il faut surtout éviter de toucher des corps métalliques; par exemple, les personnes qui portent des lunettes doivent avoir soin d'envelopper avec de la laine ou de la soie les portions qui se trouvent en contactavec la peau.
Si le froid a frappé l'exlrémité des orteils, il faut appli-
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quer ceux-ci sur un carreau de vitre. Lorsque c'est le nez, les oreilles ou les membres qui sont gelés, il faut les frotter avec de la neige, ou bien faire des lotions d'eau froide, le malade étant dans une chambre fraîche. Mais il serait dangereux d'employer la neige en friction, si la désorganisation était imminente, parce que ce moyen pourrait l'augmenter et amener des désordres internes ; c'est seulement au moment où les tissus commencent à dégeler que les frictions sont utiles.
Le camphre convient encore quand il survient une rougeur consécutive; dans ce cas, la neige et la glace sont nuisibles. Si ce médicament n'amène pas un soulagement rapide, il faut employer la teinture de cantharides, en suivant le procédé indiqué à propos des brûlures.
Quant aux autres symptômes, on combat le mal de tête avec Glonoin ou Lachesis, surtout quand il est venu après une application intempestive de glace sur la tête, et on oppose aux douleurs osseuses, surtout quand elles sont brûlantes, Buta. J'indiquerai plus loin comment il faut traiter les engelures. (V. Maladies de la peau.)
Il arrive souvent que ceux qui portent de la glace dans leurs mains éprouvent de vives douleurs' qui s'étendent dans les bras; Arsenic les fait cesser quand elles sont brûlantes et que la chaleur procure du soulagement; Carbo vegetabilis convient dans les mêmes circonstances ; mais Secale est indiqué lorsque la chaleur augmente la douleur. Enfin, quand la partie congelée enfle, devient bleue, même noire, Lachesis est préférable à tout.
Quand on a été longtemps soumis à l'action d'un froid humide, il fautbo'ire une tasse de café dès que Ton rentre chez soi ; si le froid était sec, il faut préférer la bière. Parmi les médicaments Rhus convient aux effets de l'humidité [Dulcamara aussi] et Aconit à ceux du froid sec ; Glonoin répond à l'un et à l'autre, surtout quand ils engendrent le mal de tête. (Gomp. avec V article Refroidissements.)
HiniNO. — Méd. hom. 19