CHAPITRE PREMIER
[Toutes les maladies, si l'on en excepte celles qui sont le résultat de violences intérieures, sont générales, c'està-dire qu'elles intéressent non-seulement l'organe qu'elles ont envahi, mais encore la vie tout entière. Ce désaccord de la force vitale est même le point initial de toute souffrance, les altérations d'organes sont seulement des effets ou des conséquences (1).
Parmi ces affections, il en est cependant qui se localisent dès le premier moment de leur apparition, les unes sur la gorge, où elles produisent l'angine et ses variétés, les autres sur le poumon pour donner naissance à la pneumonie, etc; d'autres se développent sur une sphère plus large. Précédées de ce groupe de symptômes qu'on appelle la fièvre, elles éclatent à la fois ou successivement sur les organes les plus éloignés, tant l'organisme semble leur appartenir, depuis leur début jusqu'à leur terminaison. Les fièvres, le rhumatisme et la goutte sont de ce nombre. Il m'a donc paru important de rapprocher ces affections et quelques aufres, bien que le docteur Héring les ait disséminées dans son ouvrage.
§ 1. — Des Fièvres.
€e qu'est la fièvre. — La fièvre est l 'expression du
(1) Voyez Léon Simon père, Commentaires sur Vorganon. Paris, 185G, p. 357.
désaccord de la force vitale : elle est caractérisée par un malaise général accompagné de courbature, de mal de tête, d'absence d'appétit, el surtout par l'accélération du pouls et les cbangements de la température du corps,. tempérarature qui s'élève d'une manière parfois considérable. Le plus souvent cette augmentation de cbaleur est précédée de frissons et suivie de sueur plus ou moins abondante.
Ce qu'est le pouls. — Le pouls n'est autre chose que le battement des artères, battement dont le nombre est, en bonne santé, de 60 pulsations à la minute, mais qui peut arriver à 100, 120, 130 pulsations par le fait de la maladie.
Le pouls est eu rapport direct avec les battements du cœur, il indique donc, avant tout, les perturbations de cet organe; aussi faut-il, pour que son accélération indique la fièvre, qu'elle se joigne à une augmentation de chaleur de la peau, à la soif et à tous les caractères que je viens d'indiquer.
Manière de tâter le pouls. — On tâte lepouls en comprimant une artère, l'artère radiale, contre l'os sur lequel
Fig. 113. — Comment on tâte le pouls.
elle repose. Pour cela, on fait fléchir légèrement Pavant-bras sur le bras, et on le place de manière que le pouce se trouve
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en dessus. On saisit alors le poignet avec une main, en plaçant les extrémités des quatre doigts sur la même ligne et en les appliquant à plat sur le bord supérieur du bras (fig. 113) ; on les avance vers le milieu du bras ou on les remonte vers son bord jusqu'à ce qu'on ait trouvé l'artère qui suit le bord de la saillie que forment les tendons en cet endroit. On reconnaît qu'on a rencontré le vaisseau aux battements que l'on perçoit; c'est le nombre de ces battements, appelés pulsations, qui indique la fréquence du pouls. On peut indifféremment interroger le bras gauebe ou le bras droit.
Il faut toujours, quand on tâte le pouls, tenir compte nonseulement de s& fréquence, mais encore de sa force,' c'està-dire de la violence avec laquelle l'artère beurte le doigt.
Variété des fièvres. — La fièvre peut durer avec la même intensité aussi longtemps que la maladie, elle est alors dite continue, ou bien elle cesse entièrement à certaines époques pour reparaître à d'autres temps avec les mômes caractères, elle est dite alors intermittente; il y a aussi la fièvre rémittente, qui ne cesse pas, mais présente ebaque jour un ou deux redoublements très-marqués.
Quant aux fièvres, elles sont éruptives, intermittentes, typhoïdes ou inflammatoires. L. S. F.
§ 2. — Fièvres éruptives.
[Ce sont celles pendant le cours desquelles la peau se couvre d'une éruption caractéristique. Le docteur Iiéring indique les suivantes :]
Erytiièmc — Il y en a plusieurs espèces; celui qui est accompagné de fièvre oblige à tenir le malade chaudement, pas trop cependant, car les excès de température sont toujours nuisibles en pareil cas. S'il n'y a pas de fièvre, il n'en faut pas moins éviter de se refroidir, et, si l'on a ce malbeur, il faut recourir de suite aux médicaments.
33* MALADTES GÉNÉRALES.
Quand l'Erylhôme régne clans une localité ou dans une maison, il arrive souvent que les habitants souffrent de l'influence épidémique sans avoir l'éruption elle-même, ils ont de l'oppression, des vertiges, des troubles de la vue, des tremblements, des nausées, des vomissements, des coliques accompagnées de diarrhée, une grande agitation, des évanouissements, etc. Ipéca convient très-bien en pareil cas; il faut mettre une goutte de la 6e dilution dans 8 cuillerées d'eau et donner une cuillerée toutes les heures ou toutes les 2 heures. Ce médicament favorise l'éruption quand elle doit paraître, ou guérit quand il n'y a pas lieu qu'elle sorte.
É ry thème papule ax. — Les enfants, et parfois aussi les adultes, sont sujetsàvoirsurvenir, après un refroidissement, des taches rouges, lisses, proéminentes, ayant le volume d'une grosse tête d'épingle, éruptionqui augmente par l'effet du froid ou de la chaleur extérieure, cause la nuit un prurit brûlant, et rend le sommeil très-agité ; il y a des frissons le soiret de la chaleurlanuit; les enfants sont agités et agacés; ils crient beaucoup. Il faut débuter ici par Aconit, donton doit répéter les doses de 3 en 3 heures, et, si le mieux n'est pas sensible au bout de 24 heures, on le remplace par Chamomi lia donnée de môme pendant 2 jours environ; puis on arrive hSulphur, dont il faut faire prendre 3 à4 cuillerées par jour. Ce dernier médicament cause souvent une sueur abondante qu'il faut bien se garder de supprimer.
Urticaire (Fièvre ortiéé). — Elle se compose d'une éruption de taches blanchâtres, proéminentes, reposant sur un fond rouge et ressemblant tout à fait à celles que l'on obtient en se frottant avec des orties ; il y a en même temps une démangeaison acre, surtout vers minuit, absence d'appétit et sensation de plénitude au cœur; les malades sont faibles et de mauvaise humeur.
Si la maladie est venue pour avoir fait usage d'aliments malsains, il faut prescrire Pulsatilla; quand elle est due
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au contact du Sumac, il faut donner Belladona ou Bryonia ; et Dulcamara quand la maladie est venue après un refroi-. dissement. Belladona et Apis se trouveraient indiqués par un mal de tête intense avec rougeur du visage. Belladona s'adresse aussi à l'urticaire des enfants, quand l'éruption est d'un rouge jaunâtre et accompagnée d'un prurit intense qui disparait quand on se gratte. Apis serait préférable si l'enfant était très-irritable et si les parties malades se trouvaient être gonflées, violacées ou pâles et transparentes, l'enflure étant portée à l'extrême, et la démangeaison étant brûlante, lancinante, devenant insupportable quand on se gratte, cette opération soulageant seulement quand elle est exécutée avec énergie.
Si V urticaire est accompagnée de rhume de cerveau, il faut donner Hepar ou Cepa;Hepar, quand l'éruption débute par les membres supérieurs; Cepa, lorsqu'elle se développe tout d'abord sur les cuisses; Hepar, si l'air extérieur cause de la cbaleur ; Cepa, quand il cause du soulagement ; Hepar, si l'enfant a un caractère violent et emporté ; Cepa, quand il est doux, craintif ou anxieux. Enfin, Arsenic, réussit souvent dans des cas où tout a écboué. Apis, Calcarea et Arsenic doivent être employés lorsque la maladie récidive après avoir été guérie.
Il arrive parfois que des tacbes lisses et rouges paraissent de temps à autre sur certaines parties^du corps, causant un violent prurit et une douleur d'écorcbure ; ceci se voit cbez ceux qui font abus de vin ou d'eau-de-vie ; Nux vomica arrête le développement du mal; si elle ne suffit pas, il faut que Sulphur lui succède.
Souvent aussi, pendant la dentition, les jeunes enfants sont sujets à des éruptions composées de taches rouges, saillantes, venant surtout aux cuisses, et s'effaçant rapidement; Sulphur les fait disparaître et empêche leur retour. Ces taches viennent souvent au visage et cèdent alors à Calcarea , laquelle, suivant Goullon , conviendrait sur-
tout quand il y a : fièvre, vomissements acides, diarrhée ou légères convulsions avant que les taches se forment. Enfin, Arsenic doit être employé quand l'éruption cessera pour être remplacée par des accès de convulsions ou de toux croupale.
L'urticaire n'étant pas une maladie grave et à marche rapide, les doses de médicament ne doivent pas être trop rapprochées; il suffit, en général, d'en donner de A à 6 cuillerées en 24 heures. On doit choisir toujours une dilution moyenne; une solution de A à 6 globules pour 8 cuillerées d'eau suffit. Il faut tenir le malade chaudement; les précautions, sous ce rapport, ne doivent cependant pas être aussi rigoureuses que pour les autres fièvres éruptives, l'urticaire n'offrant pas autant de danger par le fait de sa rétrocession. — Il convient de mesurer l'alimentation sur l'intensité de la fièvre; la diète ne doit donc pas être absolue, surtout de longue durée.
Rougeole. — On la reconnaît aux symptômes suivants : le malade est tout d'abord pris de fièvre, les yeux sont rouges et larmoyants, le nez coule, une toux fréquente, sèche, accompagnée de douleurs dans la gorge, survient, mais il n'y a pas de mal de gorge comme dans la scarlatine ; puis il se développe de petites taches rosées, irréguliôres, disparaissant sous la pression du doigt pour revenir aussitôt en se caractérisant du centre à la circonférence.
Le premier médicament qu'il faille donner est Pulsatilla, môme lorsque la maladie règne épidémiquemeut. Dans ce cas, il faut administrer cette substance à tous ceux qui se trouvent pris (le frisson, de rhume de cerveau et de toux. C'est seulement quand la fièvre est très-intense qu'il faut débuter par Aconit pour en venir à Sulphur et kPulsatilla dès que le sujet devient frissonnant, surtout si l'éruption ne se dessine pas; dans ce cas, Bryonia est très-utile pour la favoriser, quand elle a rempli ce but, on revient à Pulsatilla. Les symptômes accessoires peuvent faire varier le môdi-
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camcnt. Ainsi, Jpeca est convenable lorsque la poitrine semble très-fortement comprimée; Bryonia, quand il existe des douleurs élançantes sur quelque point, et Anlimon. crud., quand les deux premiers médicaments ont échoué. Arnica et Dulcamara sont convenables quand les glandes qui sonten avant des oreilles et au-dessus s'engorgent. Dans les cas les plus graves, quand l'enfant paraît déjà presque mort, on peut obtenir de bons résultats avec Camphora, 3e, surtout si la respiration est brûlante; Carbo vegetab. convient mieux si la respiration est froide; Camphora, en teinture, réussit encore quand il arrive des maladies consécutives à l'éruption ; Carbo vegetab. est utile dans les mêmes circonstances. Si les yeux restent douloureux à la lumière, Sulphur, Calcarea, Antimon. crud.,, doivent être consultés. Phosphorus répond parfaitement aussi à la toux. [Ce médicament est spécifique dans les rougeoles graves où il survient une diarrhée abondante avec sécheresse de la langue, qui devient noire, la toux étant fréquente et pénible.] Chez les adultes, lorsqu'une vive rougeur de la peau se manifeste en quelques heures, il faut donner Pulsatilla à doses répétées ; Apis peut être utile pour combattre les autres symptômes concomittants.
Il faut tenir les malades chaudement, sans exagère^ cependant la température de leur chambre; ne pas les laisser se lever et ne changer ni le linge du corps ni les draps du lit tant que dure l'éruption. Les tisanes doivent être bues chaudes. Les infusions de fleurs de mauve ou de violette sont préférables à toute autre au début et tant que l'éruption n'est pas bien sortie. C'est seulement quand elle entre en décroissance qu'on peut les remplacer par quelque sirop.— Tant que l'éruption n'est pas arrivée à son apogée, la fièvre est ardente et le malade doit être mis à la diète; au moins ne doit-on lui permettre qu'un peu de bouillon coupé ou de lait, quand il s'agit d'un enfant. Si celui-ci est très-jeune et non sevré, on lui laisse sa nourrice. —
On donne les médicaments de 3 en 3 heures tant que dure la fièvre; on éloigne dés qu'elle diminue et que l'éruption pâlit. Lorsque la toux persiste après la disparition des autres symptômes, il suffit de donner 3 à 4 cuillerées en 24 heures.
Roséole. — [C'est une éruption composée de taches analogues à celles de la rougeole, mais plus pâles. La fièvre est toujours modérée, et la maladie passagère.]
Aconit. — Doit être donné au début; si l'agitation est très-marquée, on alterne ce premier médicament avec coffea; puis on a recours à quelqu'une des substances qui ont été indiquées à propos de la rougeole. [Mêmes précautionshygiéniquesque pour cette dernière maladie, même mode d'administration des médicaments; diète moins sévère dans les premiers jours.]
Scarlatine lisse. — [C'est une des plus dangereuses parmi les fièvres éruptives, parce qu'elle rentre facilement et se trouve alors suivie de symptômes dangereux du côté du cerveau. Le médecin doit toujours ici intervenir.]
Elle se compose de larges taches d'un rouge plus ou moins franc, lesquelles envahissent toute la surface du corps, sans qu'il y ait à leur surface aucune rugosité; ces taches pâlissent momentanément sous la pression du doigt. Belladona est ici le médicament principal; il faut parfois l'alterner avec Mercur. solub. ; dans les cas graves, surtout s'il arrive un peu de miliaire, il faut donner Cakarea.
Chez les enfants, quand il survient de la fièvre avec mal de gorge en avalant, et que celle-ci présente une rougeur scarlatineuse, on doit craindre l'éruption, et il faut toujours débuter par Belladona.
Quand l'éruption sort avec peine, il faut avoir recours à Bryonia; puis, dès que l'éruption se caractérise, on donne Sulphur, un grain (06r,05) de la troisième trituration dissous dans un verre d'eau, dont on fait prendre une cuillerée à thé toutes les 6 heures. La fièvre vient-elle à