DES BRULURES OU ÉCHAUBOULURES
Quand on s'est brûlé ou échaudé, le meilleur moyen pour y remédier est d'exposer la partie au feu, et le pire de tous est l'immersion dans l'eau froide ou l'application de substances froides, telles que pommes de terre, betteraves, etc. Tout le monde sait qu'à la suite d'une brûlure, il se forme des vessies ou phlyctenes et des plaies. La chaleur ôte en peu de temps
inflammation et ses effets consécutifs. - L'emploi de la chaleur sèche est souvent inapplicable dans les brûlures à grande surface, parce qu'il est impossible que son rayonnement porte uniformément. Ce procédé, douloureux pour les enfants, doit
HÉMWG. û
être employé avec ménagement ou pas du tout. 11 est également contre-indiqué dans le cas où la peau est détruite, et que la lésion a atteint le visage. C'est pour cela qu'on a pensé a d'autres moyens qui sont d'une application plus facile, et dont les effets se rapprochent de ceux d'une chaleur modérée.
Le meilleur moyen est V esprit-de-vin, Yeau-de-vie forte, ou le rhum, etc., surtout quand on les applique chauds. À cet effet on mouille avec une compresse la partie brûlée jusqu'à ce que la douleur s'affaiblisse, sans s'inquiéter de son exacerbalion momentanée.— Ce procédé s'emploie également dans les brûlures étendues, à l'aide de compresses trempées dans un peu d'alcool. Cependant si la brûlure occupait une trop grande surface, comme la moitié du corps, et que les parties fussent trop profondément atteintes, on s'en abstiendra ; il en sera de même si la brûlure a atteint un organe délicat, comme l'œil, ou tout autre également susceptible. 11 faut s'attendre que a ce ces fomentations alcooliques restent sans effet , si, dans les premiers moments d'angoisse et de trouble, on a eu recours a des applications d'eau froide.
Un moyen qu'on recommande depuis quelques années dans les brûlures assez étendues est le coton cardé. On l'applique par couches superposées sur la partie souffrante On commence par percer les phlyetènes, et puis on lave avec de 1 eau chaude. Si la plaie vient à suppuration, on changera les couches supérieures en laissant en place la première. On procédera a ce pansement avec soin. Plus cette application est promp ement faite mieux on s'en trouve. Mais si déjà on a employé des applications froides, ce dernier moyen (le coton cardé) devient
P1'Èucoup decas, il est un autre bon moyen à employer : ,.w le savon. Il conviendra surtout dans les brûlures graves et «rotondes, et dans le cas où l'on aura eu recours à des moyens Sus efficacité, et dont on a compromis la guenson On rape du Savon ordinaire dans de l'eau tiède; on lui donne la consisi,nce d'un Uniment, et on l'étend sur des compresses qui seront appliquées sur les parties brûlées, compresses qui seront assez Sdes pour les couvrir complètement, parce que la ou elles ne por teraient pas, la guérison ne s'opérerait pas. Si les ph ycr L se sont déià formées, qu'on les crève, et qu'on enlevé " L me détaché de la peau. C'est alors qu'il faut faire le pSS,qu'oD laisserai place pendant dix-huit ou v.ngt-
quatre heures; au bout de ce temps, on lèvera l'appareil avec une précaution extrême, sans essuyer ni laver, et on le remplacera par un autre. Ce pansement provoque d'abord une sensation de brûlure, qui ne dure pas. Si les douleurs qui se sont apaisées recommencent encore une fois, il faut panser de nouveau. — D'après cela, on conçoit qu'il convient de faire une certaine provision de ce liniment, qui alors sera plus homogène que celui qu'on aura fait à la hâte. — On procédera ainsi jusqu'à ce que les plaies soient cicatrisées, ce qui aura lieu beaucoup plus vite dans les cas simples que dans les cas compliqués, et dans ceux-ci beaucoup plus vite que si on les avait déjà traitées par l'eau froide, l'eau de Goulard, etc., etc. Dans les brûlures simples, la guérison a lien au bout de deux jours; dans les brûlures compliquées, il faut en général huit jours. — Ce procédé est également bon lorsque la brûlure a détruit la peau jusqu'à l'os. D'ordinaire, la guérison s'opère sans suppuration; et il n'en reste pas la moindre trace, si le pansement a été fait avec tout le soin nécessaire.
L'eau de chaux mêlée avec l'huile douce forme un excellent topique pour les brûlures. 11 peut s'appliquer comme le savon, et le remplace, si dans un moment donné, il paraît trop irritant. Dans les cas les plus graves de brûlure de la main par l'huile de térébenthine ou l'alcool, lorsque la teinlure cantharide ou le savon n'ont pu être utilisés, faites un liniment avec une solution de chlorure de chaux et d'huile d'olive; l'emploi est suivi d'un soulagement marqué, et la main est guérie en peu de temps. Il est particulièrement applicable dans les lemps chauds, lorsqu'il s'est établi une suppuration. — Eu procédant au pansement, on aura soin de garantir la plaie de l'impression de l'air : aussi ne faites pas ce pansement trop souvent pour ne pas laisser la plaie à découvert plus de lemps qu'il ne faut; couvrez exactement et avec précaution toutes les parties lésées ; veillez à ce que des plis ne se forment pas sous la compresse ; et qu'en l'enlevant aucun débris de la plaie ne la suive, ni que rien du linimenl n'y reste attaché. On coupera donc avec soin toutes les phlyctènes qui se forment ; on étendra la peau si elle tendait à se plisser, et le pansemeut sera fait d'une manière solide, mais cependant sans avoir trop d'épaisseur; il y aurait quelque inconvénient à ce qu'il fût trop lourd.
La teinture de cantharide élendue à la dose de cinq à dix gouttes dans un demi-verre d'eau, forme un remède précieux
pour les brûlures. On mouillera la plaie avec des compresses trempées qu'on laissera en place et cela deux ou trois fois par jour, ou toutes les fois qu'il se déclarera de l'aggravation.
On en fera usage dans les brûlures légères comme dans les profondes, immédiatement après l'accident, et même plus tard, qu'on ait ou non employé de remèdes appropriés.
Lorsqu'on n'a pas sous la main des moyens plus efficaces et plus prompts pour calmer les douleurs violentes de brûlures, on emploiera avec avantage la poudre à poudrer ou la fleur de farine, dont on couvrira la plaie par couches épaisses; cela constituera un pansement sec, qu'on renouvellera aussi souvent que les douleurs reviendront ; on n'enlèvera jamais la dernière couche : il faut que la poudre finisse par former une croûte d'une certaine épaisseur.
Dans les brûlures produites sur les parties internes, par les boissons ou les aliments trop chauds, comme la bouche, la gorge ou l'estomac, ou encore dans le rectum, à la suite d'un lavement trop chaud, il faudrait faire dissoudre quelques globules d'arsenicum dans une lasse d'eau: on prendra une gorgée de cette solution si la bouche est le siège de la brûlure; ou bien on en avalera une cuillerée à café de temps en temps, si c'est l'estomac; et on le donnera en lavement, si c'est l'intestin. Siarsenicum ne suffit pas, qu'on essaye alors de causticum, rhus, ou carbo vegetabilis.
Quand la brûlure est le résultat de l'action de l'acide sulfurique ou de tout autre acide, employez l'eau de chaux ou de la craie dissoute dans l'eau. Pour les petitesbrûlures qui atteignent les mains des ouvriers, il n'y a pas de meilleur remède que le gutta-percha dissous dans l'huile de térébenthine, ou Je collodium.—Si elle dépend de l'action des substances alcalines, employez alors le vinaigre ou des pommes râpées.
Contre les brûlures par le phosphore, il n'est pas de moyen préférable à l'huile, surtout l'huile d'olive, dont les onctions seront renouvelées souvent, et toutes les fois que les douleurs augmenteront.
Si, par suite de brûlures violentes, il se déclare de la fièvre, donnez aconitum ; Y arnica ne sera jamais employé dans ce genre de lésion. Si des spasmes et des convulsions se déclarent, donnez chamomilla. 11 arrive d'autres fois qu'on est pris de diarrhée ou de constipation : il n'y a dans cette double circonstance rien a faire. Seulement, dans le dernier cas, si la constipation se
DES CORPS ÉTRANGERS INTRODUITS DANS l/ORGANISME. 1 49
prolongeait quatre ou cinq jours, on donnera un lavement d'eau tiède. Mais si, par suite de la diarrhée, on ressent des coliques, donnez d'abord pulsatillaei plus tard sulphur. calcarea, surtout si elle a lieu entre le soir et minuit. Toutefois, comme la diarrhée est un accident favorableau malade, il ne faut pas la combattre. Si elle durait après la guérison complète, on doit l'arrêter ; donnez alors ipecacuanha et deux jours après bryonia; s'il y a débilité, et que la diarrhée ait lieu le matin , arsenicum.
Dans les cas les plus ordinaires, cette diarrhée disparait d'ellemême quand le malade a eu soin de prendre souvent de l'eau froide et de se promener au grand air : ces deux choses sont indispensables à la guérison des brûlures à grandes surfaces. Si les pieds et les mains enflent, donnez calcarea.
Les emplâtres de plomb et l'eau de Goulard sont des moyens dont on n'a jamais eu à se louer. Les suppurations abondantes, les ulcères, les cicatrices difformes qui en résultent n'auraient pas amené un élat pire si l'on eût abandonné les brûlures à elles-mêmes. — Qu'on reste donc bien convaincu que tout individu qui a le malheur de se brûler, et le malheur plus grand d'employer des préparations de plomb, subit un véritable empoisonnement, ainsi que le prouvent les expériences de tous les jours. Cet accident est encore plus prompt, plus funeste chez les enfants, puisqu'ils ne peuvent manquer de succomber, et non pas, comme on dit, par suite de brûlures, mais bien par suite du poison, ce dont il est facile de se convaincre par le relevé des symptômes. — On recommandera donc d'une manière expresse de ne faire jamais usage de ce remède dangereux.