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FIÈVRES PERNICIEUSES

Ces fièvres, comme les intermittentes, sont dues à un mauvais air, appelées miasmes. Au début, elles seront traitées de la même manière que la fièvre d'accès. Mais elles ne peuvent l'être que par un médecin homœopathe. — Si le sang se porte brusquement à la tête, et qu'il en résulte la perte de connaissance, donnez glonoine; aconitum, rarement; belladonna, encore plus rarement, en comparant les symptômes établis aux articles « Conversion de la tête et mal de tête ».

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Si nous avons dit du choléra qu'il ne tranchirait pas les limites que nous lui imposons par le soufre, dont nos bas doivent être saupoudrés en temps d'épidémie cholérique, nous pouvons en dire autant de la fièvre jaune. Mais comme c'est une maladie très-différente, nous avons à indiquer un moyen différent, car, ici, le soufre fomenterait le mal.

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Dans le choléra, je recommande la peur, les précautions et le soufre; dans la fièvre, j'ai à prescrire l'effroi, l'exercice et le charbon de bois.

L'effroi chasse tout le monde; — que celui donc qui peut fuir, le fasse; le plus tôt ne sera que le mieux. Les malades eux-mêmes doivent déserter ; ils ont à craindre l'agglomération.

La fièvre jaune a toujours un point central, ou plusieurs, d'où elle rayonne dans les environs ; elle se communique par la respiration de l'air ambiant, qui tient en suspension le gaz délétère qui donne le mal , et dont l'action est plus ou moins pénétrante, selon les susceptibilités individuelles, exactement comme cela a lieu dans les maladies par infection. Ce gaz délétère, pour agir, doit se trouver dans un certain état de condensation, et n'agit que lorsqu'il est combiné et mêlé à une masse considérable d'air.

Ce miasme, cause de la fièvre jaune, diffère des autres miasmes : il est sans doute similaire aux miasmes des marais, source des fièvres intermittentes; mais il n'est pas, comme ceux-ci, limité à certaines localités : il se déplace avec l'air, et répand le mal et la mort partout où il passe.

Les cas isolés de fièvre jaune, qui éclatent particulièrement dans une atmosphère pure, dans un air plus élevé, plus frais et agité, ne répandent pas la maladie; il n'y a pas d'exemple à cet égard. - Aussi , dès qu'une épidémie se déclare, il faut s'empresser d'isoler les malades, et il faut le faire avant que ne s'éveille la panique, cette maladie de l'esprit pire que la maladie elle-même. Isoler le malade, c'est aussi faire la part du feu, qui embrase tout ce qui est combustible. Si l'on use de cette précaution, l'isolement, on empêche ainsi la propagation de l'épidémie. On s éloignera donc de ce foyer d'infection, car, tons tant que nous sommes, nous sommes de la matière combustible

J admire la grandeur d'âme de tous ceux qui sont appelés a donner des soms aux malades dans cette terrible ma-

ladie; j'admire surtout les médecins de la vieille école, qui accomplissent si pleinement leur devoir en présence d'un mal qu'ils ne peuvent conjurer, semblables à leur illustre prédécesseur, Galien, qui, aussitôt qu'il éclatait une épidémie, montait sur sa mule et s'en allait, muni de ses précieuses boîtes et suivi de ses esclaves, secourir les malades.

Mais quel déploiement de force morale et de science pour ne prescrire que le calomel, et par la seule raison que les malades ont les yeux jaunes et que le foie y est pour quelque chose ! car ils supposent gratuitement que le calomel agit sur le foie... — pour donner la quinine, qui remplit les Petites-Maisons d'idiots et de fous; les maisons de Charité d'aveugles, de sourds et de boiteux, pour grever ainsi la société d'une charge nouvelle par suite de l'emploi de cette drogue !

La chose la plus pressée à faire est de détruire le miasme dans tous ses foyers de génération. On commencera par l'assainissement des lieux, le dessèchement des marais, mais en temps opportun, et jamais durant l'état épidémique, en hiver et non en été; par la désinfection des habitations malsaines, des bâtiments dans lesquels auront régné la fièvre jaune ou des maladies semblables. — Et c'est encore une des plus grandes absurdités de la vieille école que de croire que le chlorure de chaux, bon pour neutraliser certains miasmes, le soit également pour celui de la fièvre jaune, qui en diffère entièrement.

C'est encore par suite d'un vieux reste de superstition que les médecins se mettaient à la recherche d'un seul antidote pour la neutralisation de tous les poisons, et essayaient en même temps d'inventer un seul remède pour toutes les maladies. Toute substance qui est apte a en détruire une autre doit avoir avec celle-ci une affinité chimique. Des expériences faites à ce sujet ont convaincu qui a voulu l'être, que les chlorures combinés au miasme n on pas apporté la moindre modification à l'état des choses. Il

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en est de même de toutes autres fumigations , même la plus ridicule, celle des feux dans les rues !

Mais le feu laisse après lui une substance qui , ainsi que la chimie Ta constaté depuis plus de cent ans , a la propriété très-particulière d'absorber les gaz : c'est le charbon de bois ordinaire. — Il est prouvé par l'expérience qu'une faible portion de charbon absorbe une quantité étonnante de gaz, surtout s'il est brisé, et encore mieux s'il est réduit en poudre et si répandu qu'il soit sur une grande, surface. Et ce qu'on a particulièrement remarqué, c'est que les gaz morbifiques de cette classe à laquelle appartient le miasme de la fièvre jaune sont, par préférence, absorbés en grande quantité par le charbon. On a vu, en effet, quelques baquets remplis de poudre de charbon suffire à la désinfection de tout un navire. Ne parvient-on pas à assainir par ce moyen les eaux les plus corrompues ? Pourquoi ne s'en servirait-on pas pour purifier l'air des hôpitaux et la chambre d'un malade? Si on ne l'a pas fait, pourquoi ne le ferait-on pas?

Comme l'usage du charbon pourrait être prescrit et qu'il pourrait être rendu obligatoire par l'autorité , et afin d'en rendre les effets patents dans l'application générale, que l'on fasse publiquement l'expérience suivante, au sujet de l'utilité presque infaillible du charbon :

Mettez un rat mort dans une petite boîte en bois , sur une couche de charbon de trois pouces d'épaisseur, et remplissez ensuite la boîte avec cette poudre de charbon, de manière à couvrir le rat de quelques pouces. Tout le monde connaît l'horrible puanteur d'un rat mort. Eh bien ! placez cette boîte sur la table ronde de la chambre d'un conseil municipal, et priez tous les conseillers de venir journellement chacun à son tour exercer son odorat. Au jour de l'ouverture de cette boîte, ils ne trouveront, même après avoir enlevé la couche supérieure de charbon, d'autre odeur que celle d'un air renfermé; toute l'odeur sera

sortie en quelques minutes. Le rat pourri pourra être placé dans le parloir sans que personne s'en cloute, et il n'en restera, après quelques semaines, que la peau, les poils, les muscles desséchés et les os.

Si une tombe a été remplie avec du charbon , dans une épaisseur de deux ou trois pieds, on peut l'ouvrir plus tard sans danger. Un corps, enfermé hermétiquement dans un cercueil , couvert de charbon , peut être déplacé sans inconvénient.

Mais laissons cela de côté; l'essentiel, ici, c'est la cessation prompte de la fièvre; tout cela est indépendant du traitement du malade ; et si tous les cas étaient traités par la méthode homceopathique, on s'apercevrait bientôt, en une seule semaine, de ses bons résultats. Or, ce n'est pas accidentellement , mais bien par suite d'une loi de la nature , qu'il existe un véritable antidote chimique, qui a tout à la fois la vertu de prévenir et celle de guérir, s'il est pris à l'intérieur ; et ici l'élément chimique est l'analogue de l'élément dynamique. Il arrive , en effet, que, parmi les symptômes du carbo vegetabilis recueillis par Hahnemann, nous trouvons une similitude frappante avec le groupe de symptômes qui caractérise la fièvre jaune ; mais laissons aux médecins le soin d'examiner ce qu'il y de scientifique dans cette thèse ; cela ne peut concerner tout le monde.

Lemeilleur préservatif de la fièvre jaune est donc le carbo vegetabilis dans ses préparations homœopathiques; ses degrés d'atténuation et sa répétition ne peuvent être le sujet d'une grande importance ; le temps et des observations attentives nous indiquent ce qu'il y a à faire à cet égard. Mais si on l'administre tout à fait au commencement de la maladie, il est suffisant. Une seule dose prise dans les plus hautes dilutions, a réussi dans plusieurs cas. Un malade qui, dès le premier jour, avait les gencives saignantes, se trouva bien de prendre une dose de la troisième trituration, toutes les six ou sept heures, pendant quelques jours.

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