INCISION DES ABCES DE LA PROSTATE
tion du tissu cellulaire rétro-prostatique fait adhérer le rectum à la prostate.
Il arrive souvent que, lorsque avec le bistouri on a contourné le bulbe et coupé les faisceaux recto-urétraux, le pus jaillit dans la plaie et l'abcès se trouve ouvert. Dans ce cas, on abandonne de suite le bistouri et, avec le doigt, on agrandit l'ouverture faite à la collection.
D'autres fois, on arrive bien au bec de la prostate, mais on ne trouve pas d'espace décollable : il faut alors introduire un doigt dans le rectum et, se guidant sur ce doigt, continuer l'incision du périnée profondément, dirigeant le bistouri en avant, pour ménagerie rectum. On verra, à un moment donné, le pus sortir par l'incision, et, comme dans le cas précédent, on agrandira, avec le doigt, l'ouverture de l'abcès.
Parfois enfin, il n'existe pas encore de périprostatite, la collection est limitée à la glande et on réussit, comme dans la prostatectomie, à décoller le rectum, à placer un écarteur et à bien voir la face postérieure de la prostate : dans ce cas, on fera, en plein tissu prostatique, une incision antéro-postérieure de chaque côté de la ligne médiane ; ces incisions auront 3 centimètres de longueur et feront sortir le pus.
Régulariser la cavité de l'abcès. — De quelque manière qu'on soit arrivé à ouvrir la collection purulente, il faut introduire le doigt dans la cavité et détruire les brides incomplètes qui la cloisonnent; on ne doit pas oublier qu'il peut exister, à côté d'une collection principale, d'autres abcès plus petits et ne pas négliger de les ouvrir. Mieux qu'avec des tampons, on régularise avec le doigt la cavité de l'abcès. En somme, il faut bien vider l'abcès et faire en sorte que l'ouverture de la collection soit large. Ces manœuvres provoquent un certain saignement qu'on arrête facilement en tamponnant la cavité.
Drainage. — On met dans la cavité de l'abcès un drain n° 55, qu'on fixe avec un crin à la lèvre antérieure de la plaie périnéale. En cas de saignement, on tamponne autour du drain. Exceptionnellement, si la plaie ne saigne pas, on ne met qu'un tube à drainage, sans mèches périphériques.
Pansement.
La plaie drainée est laissée largement ouverte. On la recouvre de compresses aseptiques et de coton hydrophile, le tout soutenu par un bandage en T.
Soins consécutifs.
Pansement tous les jours, avec lavage de la cavité à l'eau oxygénée.
Le drain est enlevé après deux ou trois jours : la plaie laissée ouverte
n'est pas garnie avec des mèches. On se contente chaque jour, en faisaul
le lavage, d'écarter les lèvres de la plaie cutanée avec la canule en verre de l'irrigateur, pour empêcher la fermeture hâtive de la peau.
Cinq à six jours après l'opération, on s'assurera, par le toucher rectal, que l'évacuation du pus se fait bien ; au besoin, on aidera cette évacuation par quelques pressions faites avec le doigt rectal.
Accidents opératoires.
Blessure du rectum. — On évitera ce fâcheux accident opératoire, en suivant bien le bulbe de l'urètre pour arriver à la prostate. Si on n'est pas très sûr de sa technique, il faut introduire l'index de la main gauche gantée dans le rectum pour se guider. Si, malgré tout, on ouvrait le rectum, je crois que le mieux serait de ne pas faire de suture de l'intestin, qui ne tiendrait pas dans ce milieu infecté, et, si une fistule stercorale persistait, attendre plusieurs semaines pour l'opérer.
Ouverture de l'urètre. — La paroi postérieure de l'urètre prostatique est toujours très fragile, en cas d'abcès de la prostate; autant que possible, le chirurgien doit éviter de crever l'urètre, ce qui d'ailleurs n'est pas toujours possible. Parfois, l'urètre s'est déjà ouvert spontanément lorsqu'on intervient; d'autres fois, lorsque la collection est vidée, on constate que le canal s'est ouvert pendant les manœuvres : parfois encore, c'est deux ou trois jours après l'opération que l'écoulement de l'urine par le périnée, pendant les mictions, témoigne de l'ouverture secondaire de l'urètre. L'ouverture de l'urètre est, parfois encore, provoquée par le cathétérisme, pratiqué au moment de l'opération pour se guider dans l'ouverture périnéale, ou, après l'opération, pour vider la vessie du malade. Ce cathétérisme préalable ou consécutif est inutile : on peut très bien ouvrir les abcès de la prostate par le périnée sans qu'il soit besoin de conducteur urétral. Après l'opération, le malade urine seul à moins qu'on ait trop fortement tamponné la plaie et, dans ce cas, il suffirait de la détamponner.
Si l'urètre est ouvert, le chirurgien ne doit pas s'en préoccuper : le plus souvent, en quelques jours, la fistule urétrale se ferme d'ellemême. Si, par exception, la fistule persistait après la guérison de l'abcès, on pourrait la traiter, suivant les cas, par la cautérisation galvanique ou par la résection du trajet fistuleux.