PRÉPARATION DES MALADES A L'OPÉRATION
Chez les malades obèses, à ventre très développé, il convient avant l'opération, d'assurer la régularité des selles. Chez eux, il faut craindre la paresse et même la paralysie intestinale, après l'opération, et il ne faudra pas négliger de leur donner, dès le deuxième jour, une purgation saline.
Chez tous les malades, on devra, comme on le fait d'habitude en chirurgie générale, donner une purgation saline, la veille de l'opération, le matin de bonne heure.
Appareil cardio-vasculaire. — L'état du cœur et des vaisseaux doit toujours appeler l'attention de l'opérateur. Il ne suffit pas, comme on le fait trop souvent, d'ausculter rapidement le malade pour constater qu'il n'existe pas de lésions valvulaires. En réalité, au point de vue chirurgical, la lésion valvulaire, bien compensée, a peu d'importance; dans ces cas, l'anesthésie est bien supportée et l'état du cœur n'aggrave pas l'acte opératoire. Ce qu'il importe surtout, c'est de se rendre compte de l'état du muscle cardiaque : par l'auscultation, par l'état du pouls, par l'étude générale du malade, on déterminera quel est l'état de son cœur. Si on constate quelques défaillances, de l'irrégularité du pouls avant l'opération, de sérieuses complications post-opératoires sont à craindre. Aussi, ne devra-t-on opérer qu'après avoir régularisé autant que possible l'action du cœur par les moyens appropriés à chaque cas, le régime, les toniques cardiaques, la régularisation des fonctions rénales, etc.
La tension artérielle devra toujours être mesurée et, lorsqu'elle atteint ou dépasse 10, — ce qui est fréquent chez nos malades — il est nécessaire de l'abaisser par le régime végétarien déchloruré, par la régularisation des fonctions digestives, au besoin par l'emploi des médicaments, qui, comme la trinitrine, ont une action marquée sur la tension artérielle.
J'insiste sur ce point habituellement négligé, non seulement parce que chez les hypertendus le saignement opératoire est plus considérable, mais surtout parce que, souvent, ces malades ont des vaisseaux altérés et on peut craindre des hémorragies cérébrales. Deux fois déjà, dans un cas de néphrolithotomie et dans un autre de prostatectomie, j'ai vu les malades avoir une hémorragie cérébrale le jour même de l'opération. Chez un autre malade, la tension artérielle atteignait 22; je l'avais fait entrer dans la maison de santé, pour le préparer à l'opération, lorsqu'il eut une énorme hémoptysie, qui faillit l'emporter : malgré la grande amélioration qui s'ensuivit, je m'abstins d'opérer ce malade du calcul qu'il portait dans son rein.
Poumons. — Tous les malades, qui vont être opérés, doivent être soigneusement auscultés, ceux surtout qui ont déjà un certain âge. Les congestions pulmonaires hypostatiques, favorisées par la position cou-
Albarran. — Méd. opér'. Voies urin. •">
cliée des malades, sont surtout à redouter chez ceux qui ont de l'emphysème et de vieux catarrhes bronchiques. Autant que possible, on n'opérera ces malades que lorsqu'ils sont dans les meilleures conditions; on ne les fera pas anesthésier avec l'éther; on aura soin de leur éviter tout refroidissement. Après l'opération, on les tiendra, le plus possible, assis dans leur lit; on veillera, par des médicaments appropriés, à faciliter l'expectoration, et on emploiera, suivant les besoins, la révulsion sur la poitrine avec des ventouses, des sinapismes, des cataplasmes sinapisés.
Système nerveux. — J'ai dit, plus haut, comment il faut craindre, chez certains malades nerveux, des troubles post-opératoires qui se manifestent, le plus souvent, par des vomissements incoercibles, par du hoquet qui peut être continu, ou par des phénomènes de parésie intestinale, avec météorisme considérable.
Depuis l'année 1896, j'ai appelé l'attention sur la gravité que peuvent acquérir, dans certains cas, ces phénomènes nerveux d'ordre réllexequi ont déterminé la mort de quelques malades. Pour les prévenir, on s'efforcera, avant l'intervention, d'inspirer au malade pleine confiance dans l'issue de l'opération et on le préparera en employant les calmants nerveux. Après l'opération, les moyens qui réussissent le mieux contre les vomissements et le hoquet prononcé sont les lavages de l'estomac, la révulsion épigastrique ou l'application de la glace sur l'estomac. En cas de paresse intestinale, les grands lavages intestinaux, les lavements purgatifs, les lavements électriques : au besoin, si les phénomènes paralytiques intestinaux s'accompagnaient d'obstruction pour les gaz et les matières, je n'hésiterais pas à pratiquer l'anus contre nature. J'ai vu en effet un opéré de néphro litholomie succomber brusquement après une obstruction paralytique de l'intestin.
Les phénomènes nerveux consécutifs aux opérations rénales se manifestenl plus particulièrement par des phénomènes de shock prolongé, accompagné ou non du collège symptomatique précédent. Dans ces ras, on emploie les injections sous-cutanées de strychnine, de caféine cl d'huile camphrée et les injections sous-cutanées de sérum à la dose de 500 à 500cc, répétées deux ou trois fois dans la journée. Il ne faut pas employer les injections massives intraveineuses de sérum, chez des malades dont les reins n'ont pas un fonctionnement parfait, surtout chez ceux atteints de congestion pulmonaire, par crainte de provoquer une poussée d'œdème.
Fonctions rénales. — Roui- favoriser le rapide retour des fonctions rénales à l'étal normal après l'opération, pour se mettre en garde contre des oliguries prolongées cl contre l'anurie réflexe, qui, ellemême, a pu être observée, il convienl de prendre quelques précautions avant l'opération.