M MÉDECINE
jattribue le plus souvent les affections inflammatoires de la membrane péritonéale qui entoure le foie, à une turgescence particuliére de ce viscére, qu'il est aisé d'observer dans presque toutes les fièvres épidémiques, intermittentes, bilieuses, ou inflammatoires , etc. : Je crois donc ces maladies le plus souvent symptomatiques.
Au reste , de quelque importance que soïent ces considérations pour le diagnostic, la connaissance exacte et l'origine des maladies du foie, elles ne peuvent cependant pas beaucoup en changer et en diriger le traitement, qui est indirect , et doit étre opposé à la seule inflammation. L'appareil antiphlogistique adapté aü degré de la maladie, remplit seul toutes les indications. Cependant nous regardons cette distinction comme nécessaire pour le traitement, afin que l'on ait plus d'égard à l'altération des humeurs, lorsqu'un icière inflammatoire se joint à l'affection du parenchyme du foie. Nous faisons un plus grand usage dans ce
dici sterilem hunce campum , physiologico eque ac pathologico intuitu excolere adnitebantur , ità quidem , ut hodiè jam utilissimos indè fructus colligere licuerit. On aime à voir les savans étrangers s'affranchir ainsi d'un vain préjugé national, et rendre justice au vrai mérite. ( Note du traducteur.)
cas des lavemens émolliens , qui peuvent parveniren partie jusqu'au foie par absorption. Dans aucun cas nous ne négligeons l'emploi des remèdes adoucissans locaux.
Le cours de l'hépatite ne diffère pas D coup de celui de la péripneumonie : elle se termune le... le 9.5 on. le 11.:40ür ;. elle dure plus long-temps quand elle saccompague d'un ictére inflammatoire.
Les crises étaient assez évidentes et avec des évacuations remarquables.'Quelquefois il survenait des urines abondantes avec un sédiment blanc, copieux, léger, ou des sueurs qui soulageaient le malade. On ne voyait point de crachats, à moins que le poumon ne füt aussi affecté. Nous observàmes trois cas de diarrhée salutaire, ce que la sitaation anatomique des viscéres explique aisément,
La convalescence des hépatites est plus tardive que celle des maladies de poitrine : la raison en est inconnue.
Nous n'observàmes point de terminaisons malheureuses de ces phlegmasies du foie, tant que les convalescens restèrent dans notre liópital; nous vimes par-tout des signes de résolution bénigne, et jamais de suppuration. Je conviens aussi que les suppurations surviennent trés-tard dans ce viscère indolent, et peuvent
126 | MÉDECINE être facilement méconnues dans le commencement.
Nous recümes un malade présentant tous les symptômes d'une Hépatite, et déjà consumé par une phthisie. La phthisie fut tellement exaspérée , qu'il succomba comme nous le rapporterons plus bas. Nous trouvàmes cependant le foie sans lésion. |
Les lièvres intermittentes présentaient dans ce mois le type quotidien, et tierce simple ou double. Les simples naissaient ordinairement des doubles. Un léger caractère inflammatoire
.S'unissait déjà à plusieurs ; d'autres étaient pluiôt d'une nature pituiteuse ou cachectique. Les unes et les autres, quand on éloignait les complications, et qu'on les rendait simples, cédaient aisément à nos décoctions fondantes et amères de chicorée et de dent.de-lion, dont voici la formule :
Pr. Racine de dent-de-lion, . , .. , —— dechicorée, , . . . à. à. une once.
Faites bouillir dans s&ffisante quantité d'eau pendant une heure : à la colature fortement exprimée , qui sera d'une livre , ajoutez :
Selammoniac, ... .... . un gros.
Sucre blanc, ...:....... demi-once.
On en prendra une demi-tasse toutes les heures. Nous avons rarement besoin d'employer le
. quinquina dans les fièvres intermittentes du
printemps : celles qui ne cédent pas aux pre-
miers remédes, se guérissent ordinairement
par les extraits de petite-centaurée ou de tréfle
d'eau, mélés avec une eau aromatique quelconque, et donnés par cuiliérées.
La scarlatine se recontrait fréquemment, soit dans la ville , soit dans notre hôpital; elle était plutôt de forme miliaire qu'accompagnée de vraies taches ; elle n'était pas maligne, et nous ne la rendions telle par notre traitement simple. En effet, nos seuls remédes étaient les décoctions d'althzea avec le rob de sureau ; nous y ajoutions quelquefois d'autres moyens, que l'urgence des symptómes et sur-tout l'angine rendaient nécessaires.
La diarrhée ne nous parut jamais salutaire , et encore moins nécessaire pour la guérison ; il suffisait que le ventre fût libre, et cela était toujours utile. Lorsque les forces tombaient , et que les symptômes graves survenaient , le camphre était d'un grand secours.
La scarlatine est presque endémique dans notre ville, et le sera long-temps encore, tant qu'on n'en détruira pas la contagion. On l'observe chaque année, et dans toutes les saisons ; son cours n'est pas aussi réglé que celui des autres fiévres exanthématiques contagieuses ,
ou au moins on observe de grandes anomalies dans la durée de son éruption, de son efflorescence et de sa dessication. Cependant elle se termine assez ordinairement en neuf jours, quand elle est simple. La desquamation est par-tout lamelleuse, à l'exception de la face oà elle est quelquefois surfuracée.
La tendance de la scarlatine à se porter sur le cerveau , est la méme que celle de la rougeole à se porter sur la poitrine. La tendance à produire la leucophlegmatie est aussi constante; et parmi ces hydropisies consécutives, la plus fréquente parait étre celle du cerveau. On peut conjecturer qu'elle commence à se développer par plusieurs phénoménes que présentent les convalescens, tels que vertige, somnolence, indifférence d'esprit, pesanteur de tête, gonflement des paupières.
Pour prévenir tous ces signes funestes, ou au moins pour les étouffer entièrement dès leur naissance , il faut employer les remédes apéritifs qui ouvrent tous les émonctoires du corps, y unir un bon régime , et sur-tout éviter tout refroidissement. Je crois que les légers sudorifiques et les diurétiques conviennent mieux que les laxatifs.
Nous ne renvoyons volontiers les convales-
cens, que quand ils ont à peu prés recouvré leur force naturelle, |
Nous croyons qu'il convient d'enseigner aux élèves, avec le plus grand soin, les règles du traitement de cette maladie insidieuse.
Nous observames de grandes vicissitudes atmosphériques, et des changemens subitis du baromèire et du thermomètre, le 8 et le 27 du mois. Le génie épidémique n'en fut Suspe de pas vot trouble.
Maladies sporadiques.
Nous eü&mes beaucoup de peine à établir un diagnostic juste de la maladie d'une jeune fille, qui entra dans notre hópital pour une palpitation de coeur trés-violente , b uso méme à l'eil. Plusieurs symptómes hystériques concomitans nous firent d'abord soupconner que cette maladie était nerveuse ; mais ensuite nous abandonnâmes cette opinion, en considérant la violence et la continuité des mouvemens du cœur, qui ne présentaient aucune rémission :
et sur-tout le rapport de cette fille, qui nous dit avoir contracté son mal en portant un fardeau trop pesant. Alors nous conjecturámes que c'était une dilatation d'un des gros vaisveaux, ou une altération organique du cœur.
Les remèdes anühystériques volatils , par lirritation. qu'ils produisaient, exaspéraient le
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mal, jusqu'à causer des défaillances. Les réfrigérans, employés pendant plusieurs semaines, n'amenaient point de soulagement. Les astringens, privés de tout principe volatil, sur-tout l'acide sulfurique trés - étendu , apportaient quelque calme, de manière que la malade pouvait se lever, les battemens de cœur étant moins violens : ces derniers remédes apaisaient certainement les mouvemens du cœur, el diminuaient l'éréthisme,
Tous ces moyens étant insuffisans, nous eûmes recours à la digitale pourprée, pour ralentir la circulation et rendre les anxiétés pius supportables. Nous employàmes d'abord lin.
fusion de cettey plante ; ensuite sa teinture rendue. plus active par l'union de la liqueur de corne de cerf succinée, d'aprés le conseil d'un médecin, qui nous assura que sur luiméme il adoucissait par ce remède une palpitation de cœur. provenant d'une affection organique; mais, dans ce cas et dans plusieurs autres, nous observàmes très-peu la propriété attribuée à ce médicament de ralentir la circulation: et en général nous ne croyons nullement cette propriété constante. Les effets vénéneux de ce remède commençant à se manifester , nous l'abandonnàmes: son usage plus prolongé n'est Jamais sûr.
Enfin, cette malade ennuyée nous quitta, et revint ensuite peu de temps après. Alors l'emploi des préparations de camomille vulgaire, principalement son extrait et le campire donnés en poudre, produisirent un trèsgrand soulagement. Les intervalies des palpitations devinrent si grands, que cette fille put reprendre ses occupations ordinaires. Alors nous abandónnàmes toute idée d'aliération organique du cœur , et nous conjecturàámes que l'affection était hystérique. Cette maladie présente certainement des phénoménes bien extraordinaires, et semble née pour tromper les médecins.
En général, ce mois et le suivant furent funestes aux hystériques et aux phthisiques.
Nous efñmes deux érysipeles de la face ; ils : paraissaient idiopathiques , et guérirent par la méthode ordinaire.
Nous observámes sur un jeune homme un autre genre d'exanthéme analogue à l'érysipéle, quon appelle Zoster ou Zona, qui entoure presque comme une ceinture tout l'abdomen.
Cette maladie ne paraissait guère de nature dartreuse; mais avait plutôt les caractères du pemphygus, ou d'un érysipèle froid et bénin.
La peau, quiétait peu enflammée, présentait plusieurs vésicules jaunes, qui s'ouvraient spon-
tanément , ou par le frottement , laissant de petits ulcères qui se guérissaient aisément ; d'autres vésicules reparaissaient ensuite.
La propriété évidente qu'ont plusieurs maladies impétigineuses de s'étendre, me parait moins dépendre de l’âcreté de la sérosité qui sen écoule, que de la propagation de l'inflammation aux parties contiguës que nous observons souvent aussi dans les érysfpèles. Nous appelons ces érysipèles ambulans , et métastatiques ceux qui passent subitement aux parties éloignées. Quel est le médecin qui expliquera celte nature particulière de ces inflammations ?
La fièvre concomitante de cet exanthème fut très-légère , et paraissait être de nature pituiteuse. Ainsi, le caractère de cette maladie fut froid ; ce que nous observämes aussi plus tard dans un autre cas.
Nous n'eûmes pas besoin d'un traitement bien actif. Les remèdes légèrement résolutifs , qui produisent de légères transpirations , intérieurement, les antimoniaux à très-faible dose ; extérieurement, les préparations de plomb trésétendues remplirent toutes les indications. Ces médicamens internes modéraient la fièvre; les moyens externes dissipaient l'inflammation cutanée, et consolidaient les ulcères nés de la rupture des vésicules. Il ne' resta aucune trace
du mal. Nous vimes par la suite un cas semblable. Nous ne pümes jamais découvrir la cause particulière de cette maladie.
Mars 1607.
LE commencement de mars fut froid. Avec la nouvelle lune, on vit paraître des neiges qui fondirent de suite. Le milieu du mois fut serein et chaud ; la fin venteuse et froide. On vit encore des neiges.
La plus grande hauteur du thermomètre fut de 11 d. au-dessus de zéro le 19. Le moindre fut de 3 d. au dessous de zéro le 17.
de 28 p. 11 L le 1*?*. Son plus grand abaissement fut de 27 p. 101 le 5.
La plus grande variation subite fut, pour le thermomètre, une élévation de 7 d. du 18 au 19 ; et pour le baromètre, un abaissement de 5 |. du 3 au 4.
Le nord-ouest et le sud-ouest furent les vents dominans.
Les péripneumonies continuèrent à régner ; mais elles furent plus douces et de nature catarrhale, avec des évacuations séreuses.
Les hépatites furent rares : mais l'ictére fut fréquent et sans inflammation. Auparavant, les
hépatites étaient. sans ictére; maintenant les ictères étaient sans phlegmasie , et sans autre affection sensible du foie. Toutes les jaunisses viennent-elles réellement d'un vice dn foie ? Nous les vimes toutes se guérir aisément par les légers fondans et les laxatifs.
Le caractère inflammatoire commençant à diminuer, les phlegmasies qui- survinrent ré- clamérent moins lemploi de la saignée. Les fiévres intermittentes quotidiennes, ou doubletierces, présentaient encore dans leur début quelques marques du caractére inflammatoire , qui disparaissaient facilement sans saignée.
Quand ces affections étaient rendues simples, les amers achevaient aisément leur cure. Les fièvres simples de printemps résistent peu à ces remèdes.
Ce mois fut encore plus funeste aux phthisiques que le précédent. Voici je crois quelle est la cause de l'exacerbation constante des phthisies aux époques des équinoxes. Les fièvres intermittentes, sur-tout les quotidiennes de printemps, qui ont toujours quelque chose du caractère inflammatoire , règaent alors; ce qui est bien propre à exalter et à exaspérer les fièvres hectiques , et la diathése inflammatoire qui les accompagne. En effet, la fièvre hectique présente déjà elle-même souvent des exacer-
PRATIQUE. 135 bations périodiques qui simulent une fièvre intermittente légitime. Quand la constitution épidémique favorise le règne des fièvres intermittentes , la fiévre hectique se redouble; ses symptômes s'aggravent , et la suppuration augmente. C'est alors une fibre nouvelle qui survient sur une autre fiévre.
Il est difficile dans ce cas de rempli dications curatives. Les remèdes qui Cônviennent à la fièvre intermittente exaspèrent la phthisie ; ceux au contraire qui soulagent la phthisie , augmentent la diathése périodique. Dans ce cercle vicieux , on trouve difficilement un terme moyen : ceux qui cherchent à éviter Charybde tombent dans Scylla; et avant qu'aucune des deux fièvres soit adoucie, il survient promptement une péripneumonie suffocante, ou le degré colliquatif de la phtisie.
Je prouverai ailleurs pet je démontrerai par mes expériences combien le quinquina luiméme convient peu dans cette ons gi de fièvres.
Nous observames dans ce mois plusieurs cas de rhumatisme aigu, et de goutte de méme natüre. Au reste, je ne sais si ces maladies, qui ne s'engendrent guére que par une disposition: particuliére et individuelle, et dont le pombre ne répond pas toujours aux qualités
de l'atmosphère, doivent être rangées parmi les maladies sporadiques, ou parmi les épidémiques. ll me parait y avoir quelque analogie entre les affections érysipélateuses et rhumaiismales. | |
Quand ces rhumatismes ne sont que des symptómes des fièvres épidémiques régnantes, leur nombre s'accroit et répond en partie à celui de diièvres. Ils sont cependantrarement irés-nombreux ; car, pour les produire, ïl faut toujours une disposition particulière et inexplicable du corps. - |
Quand au contraire ces affections rhumatismales sont primilives, et quand elles prennent naissance dans quelque saison de l'année, sous l'influence de causes sporadiques , et d'une disposition particulière cachée, alors la fièvre qui accompagne l'affection primitive est elleméme sporadique et syynptomalique,et,comme toutes les fièvres de cette nature, plus ou moins inflammatoire. 7
Tel est le résultat de nos observations sur ces maladies dans ce mois. Voici quelle fut la marche de cette fiévre rhumatismale. J'ai eu occasion de l'observer souvent dans ma praiique; J'en ai été atteint moi-méme d'une manière grave, et j'en ai encore des restes.
' Ces affections rhumatismales étaient ordinai-
PRATIQUE. 197 rement précédées d'une tension et d'un gonflement dans les muscles, ou dans quelque articulation ; une légère angine survenait aussi : on attribuait toujours cet état à l'impression d'un froid humide. Énsuite, des chaleurs fébriles se manifestaient sans avoir été précédées de frisson, qui ne se remarque guére que dans les fiévres quiont descrises. Les rémissions avaient toujours lieu le jour, les exacerbations la nuit: presque jamais on n'en voyait dans les intervalles comme dans les autres fiévres continues. On ne remarquait aucun chaugement dans la fiévre et dans ses symptómes ; aucune lendance à des crises manifestes et sufhisantes : de-là, aucune espérance de crise salutaire , ni aucune crainte d'une * re imprévue par une crise insidieuse. La seule crainte que l'on pouvait avoir était le transport de la maladie sur d'autres organes (1). En effet, dans le rbu-
(1) Le transport du rhumatisme sur un organe important, peut quelquefois devenir prompiement mortel. M. Chomel (Essai sur le rhumatisme , 1815, pag. 56) assure avoir vu une péricardite succéder à un rhumatisme et causer la mort. J'ai été témoin moi-même d'un cas seniblable bien remarquable. Un homme de trente ans était depuis deux mois, à l'Hótel-Dieu de Paris , atteint d'un rhumatisme chronique qui a:taquait principalement les articulations des genoux et des bras. Tout-à-coup,
matisme , l'affection locale est vague, la fièvre constante. Dans les autres maladies, au contraire , la fièvre change, et l'affection locale est fixe.
De-là , cette fièvre rhnmatismale, quiest un effet et une dépendance de l'affection locale, persiste autant que cette dernière ; et comme les affections rhumatismales locales sont trèstenaces et durent souvent plusieurs semaines , de méme aussi la fièvre concomitante demeure immuable pendant le méme espace de temps.
sans qu'on ait pu en savoir la cause , cet homme perdit connaissance , la face était trés-pále , le pouls faible et irrégulier ; cet état ressemblait à une apoplexie : rien ne pouvait tirer le malade de son d H mourut le lendemain. À l'ouverture du cadavre, on ne trouva rien dans le cerveau; mais la péricarde était trós-rouge , et adhérait au cœur-dans presque toute son étendue. Personne n'aurait pu sans doute soupçonner l'existence d'une péricardite. Il est fait mention dans la Revue médicale ( cahier de mai 1824) d'un cas observé à la clinique de M. Laennec, qui a beaucoup d'analogie avec le précédent : il s'agit d'un nègre goutteux depuis de longues années , qui présenta successivement des signes d’inflammation des synoviales , des membres inférieurs , des plévres , et enfin de l'arachnoide. Après la mort on trouva des lésions dans tous ces organes, et en outre une péricardite des plus fortes qu'on n'avait pas reconnue. Ces deux observations prouvent combien le diagnostic de la péricardite est souvent obscur. ( Note du traducteur.)
PRATIQUE. 130 Nous avons vu cette fièvre persister pendant quarante jours, sans éprouver presque aucun changement, chez une fille attaquée d’un rhumatisme des muscles dorsaux et intercostaux, avec des congestions graves au poumon. Une saignée pratiquée le 3:.° jour procura du soulagement.
La fiévre ne diminue qu'avec le rhumatisme; elle devient déjà beaucoup moins forte, quoique ce dernier n'ait pas encore complétement disparu.
L'origine et le caractére de cette maladie sont sans doute bien extraordinaires. On lui donne vulgairement pour cause une suppression de transpiration, ou un refroidissement d'une partie; mais d’après celte manière de voir, on a une théorie insuffisante ou fausse. IL vaudrait mieux avouer que l'on ignore la nature et les causes de cette maladie.
Ayant eu de fréquentes occasions d'observer le rhumatisme et la goutte, je vais essayer de fixer l'attention des médecins sur quelques-uns de leurs phénoménes.
On peut croire que ces affections appartiennent au systeme lymphatique; parce qu'elles tirent ordinairement leur origine d'une lésion des fonctions de la peau , par les vicissitudes de l'air; parce qu'elles s'associent souvent aux
maladies cachectiques, dans lesquelles le système lymphatique est spécialement affecté ; et parce qu'enfin elles s'adoucissent par les remèdes qui activent les fonctions du système absorbant.
Le simple attouchement des parties malades nous démontre que les glandes et les plexus des vaisseaux lymphatiques sont affectés. En effet, dans le rhumatisme musculaire le plus aigu, on rencontre des tubercules de diverse dureté, et des glandes lymphatiques cllesmémes, qu'on distingue aisément par leur gonflement. L'analogie prouve que la méme chose peut avoir lieu dans l'intérieur des articulations , et sur-tout dans les glandes synoviales.
En outre, des expériences directes prouvent que dans la goutte et le rhumatisme aigu, le sang tiré des veines présente les humeurs lymphatiques beaucoup plus épaisses et beaucoup plus disposées à la coagulation que dans toute autre inflammation.
Il semble que l'on pourrait croire que dans les affections rhumatismales , la lymphe épaissie forme diverses stases dans le système absorbant, sur-tout si les vaisseaux lymphatiques se resserrent ; que de ces stases il peut naitre des congestions et des engorgemens; que les plexus et les glandes lymphatiques ainsi obs-
trués, peuvent former des tumeurs; que ces tumeurs réunies peuvent devenir elles-mémes douloureuses , et, par la pression qu'elles exercent, gêner et faire souffrir les parties voisines : et alors , par le moindre mouvement musculaire, les douleurs les plus vives peuvent survenir. Considérés sous cet aspect, le rhumatisme et la goutte ne différent pas essentiellement, D'aprés cette maniére d'envisager ces maladies, la plupart de leurs phénomènes semblent explicables. On conçoit en effet , par-là, pourquoi la tuméfaction des parties est souvent énorme, la maladie longue et accompagnée d'aphtes ; pourquoi la tendance à la suppuration est rare, les artéres sécrétoires étant sans lésion ; pourquoi la maladie change si souvent de place; pourquoi enfin les affections des extrémités sont si fréquentes, ainsi que leurs terminaisons par l'hydropisie.
Il reste encore un probléme trés - difficile à résoudre. Pourquoi, quand on a une fois éprouvé cette maladie, a-t-on une disposition toute particulière à l'éprouver de nouveau par la plus légére cause, et à être tourmenté presque continuellement par des douleurs rhumatismales ou arthritiques? Les fonctions de la peau et du systéme absorbant sont encore trop obscures pour que l'on puisse éclaircir sufhsamment cette question.
j 142 MÉDECINE
Je propose ces idées aux médecins prudens; pour qu'ils s'occupent sérieusement de cet objet, et pour que les théories insuffisantes de cette maladie soient abandonnées, et sa à nosologie fondée sur d'autres principes.
La cause prochaine des affections rhumatismales étantinconnue, leur traitement rationnel doit l'étre aussi. L'empirisme ne nous a rien appris de plus : aussi, nous sommes si malheureux dans leur traitement , que souvent elles semblent plutót se dissiper par le concours de circonstances favorables inconnues, que par les efforts de notre art. La méthode de traitement indirecte qu'on peut seule employer est très-peu eficace.
Les sudorifiques sont sur-tout un remède trés-infidele, ainsi que tout régime chaud et sec. Souvent les malades baignés de sueurs sont en proie aux plus grandes douleurs; et, quelquefois plus tard , les souffrances sont adoucies d'une manière imprévue , par cette méme méthode continuée long-temps et avec constance.
Dans le commencement de la maladie, tant que les forces vitales sont en excès, ou plutôt sont opprimées par les obstacles qui gênent le libre exercice des fonctions; tant que les douleurs sont très-vives par la tuméfaction inflammatoire des parties, la saignée est très-
PRATIQUE. 149 utile. Quand même elle ne soulage pas subitement, elle empêche par la suite le développement des douleurs chroniques qui pourraient survenir. L'application des sangsues sur les parties affectées et enflées est aussi d'un: grand secours. Je ne sais d'où vient la prévention de certains médecins et du public conire la saignée, à moins qu'ils ne confondent le rhumalisme avec la rhumatalgie.
Les décoctions émollientes avec le rob de sureau, eL une petite dose des sels neutres convenaient trés-bien à nos malades, en provoquant de légères sueurs, et en tenant le ventre modérément libre.
Non seulement ces évacuations reláchent les fibres tendues, elles excitent encore la circulation du systéme absorbant , qui semble éprouver de si grands obstacles dans cette maladie : de-là vient sans doute cette tuméfaction des glandes lymphatiques, si douloureuse par le moindre mouvement, qui ue peut guère s'expliquer autrement, comme nous lavons dit plus haut,
Nous avons souvent observé des évacuations alvines d'une nature particulière, sur-tout dans la goutte aiguë, qui ne présentait d'ailleurs aucun caractère bilieux. Les selles étaient trèsfétides, ayant une odeur d'œufs pourris, où
144 MÉDECINE d'eaux thermales sulfureuses. Dans ce cas, la fièvre étant d'ailleurs très-vive, personne ne révoquera en doute l'utilité des laxatifs acidules.
Après l'emploi de ces moyens, quand la fièvre a diminué , de très-légères doses de camphre , qui ne sont pas toujours nuisibles méme dans les inflammations, semblent être un reméde utile, ainsi que les préparations antimoniales données à trés-faible dose.
Les stimulans trop actifs, administrés sous le titre de diaphorétiques, augmentent plutót l'action du système artériel que ceile du système veineux. Non seulement iis ne soulagent pas dans le moment, ils exaspérent encore beau coup létat futur de la maladie; ils donnent spécialement naissance à ces douleurs chroniques perpétuelles, à ces rhumatalgies, et à ces arthrodynies rebelles auxquelles la maladie a déjà d'elle-méme une disposition particulière. On observe des rhumatismes habituels comme des érysipèles.
L'usage mal ordonné des rémèdes vulgaires antiarthritiques , pois la plupart dans la classe des poisons , ale méme inconvénient que lemploi des stimulans volatils. Donner ces remèdes comme spécifiques pendant la première violence de la fièvre, est certainement un empirisme dangereux.
Le calomel a aussi un effet salutaire aprés la diminution de la fiévre.
On pourrait peut-étre dire que notre pratique est inactive dans ces maladies ; mais nous avons observé que, parla méthode stimulante, elles ne guérissent pas beaucoup plus vite, et toujours d'une manière beaucoup moins sûre.
Nous avons souvent fixé notre attention sur les phénomènes et les circonstances qui accompagnent la guérison inattendue du rhumatisme aigu, sans les secours de l'art; mais cela a toujours élé en vain.
Nous n'avons Jamais observé des phénoménes clairs et évidens aprés lesquels ces maladies disparaissent ; jamais aussi des évacuations manifestes et vraiment critiques. Une femme atteinte de goutte m'a offert une seule fois, vers le déclin de la maladie, quelque chose de particulier, savoir : des urines excessivement abondantes ; un grand vase en fut rempli en une seule fois; ces urines étaient chargées d'un mucus gélatineux particulier. Depuis ce tempslà, dans certains cas, j'ai eu égard à l'évacuation des urines avec avantage pour les malades. . Les circonstances auxquelles on peut attribuer le soulagement des rhumatismes , ne sont pas moins obscures. En effet, on ne pent attribuer ce soulagement, qui est souvent subit ,