Tome I
ni au changement des qualités de l'air, comme plusieurs le croient, ni aux remèdes employés, ni aux efforts critiques de la nature.
Laissons donc ce sujet aux observateurs plus exacts et plus clair-voyans. |
Je ne sais quel remède conseiller localement sur les parties affectées du rhumatisme.
L'usage des fomentations chaudes et humides, des cataplasmes et des bains, à moins que leur chaleur ne soit toujours trés-égale, produit rarement du soulagement dans le premier degré de la maladie; souvent au contraire il exaspére tous les maux. Les applications humides ne conviennent pas dans le rhumatisme , comme dans l'érysipéle. Le changeinent de température de ces applications augmente les souffrances; car les parties couvertes de fomentations tiédes, sont beaucoup plus irritables et beaucoup plus sensibles à toute impression extérieure.
Les frictions sèches, les fumigations, toutes les substances résineuses, spiritueuses , huileuses, les irritans et les vésicatoires produisent quelques effets salutaires sur la fin de la maladie ; mais dans son premier degré, pendant la violence de la fièvre et de l'inflammation, ces remédes augmentent lirritation el les souffrances.
Dans ce premier degré, le plus grand et le seul secours est de tenir continuellement les membres malades enveloppés avec des étoffes de laine, ou, ce qui vaut mieux, avec du taffetas ciré, de manière qu'ils soient maintenus daus une chaleur toujours égale, et comme imacérés dans leur propre sueur. Les étoupes de chanvre ou de lin peuvent servir à cet usage chez les pauvres.
Mais ces moyens ne produisent pas toujours un soulagement prompt et assuré dans cette maladie dont on ne connait aucun traitement fixe, ni empirique , ni rationnel, et qui sembie née , ainsi que l'hystérie , pour vexer les médecins. Souvent ces affections ne cédent en rien, ou sexaspeérent par l'emploi des remèdes les mieux indiqués ; tandis que par des moyens contraires, ridicules ou superstiiieux, elles guérissent inopinément , ou plutôt elles cessent quand leur cours est achevé.
Si l'on considère que les applications externes les plus nuisibles au rhumatisme , sont les corps humides et froids, et les métaux qui sont les meilleurs conducteurs de l'électricité, tandis que les corps qui en sont de mauvais conducteurs , comme les substances résineuses et spiritueuses, la soie, la laine procurent quelquefois du soulagement quand on les applique
extérieurement; si l'on considère en outre que les affections des articulations ont quelque rapport avec une commotion électrique ; si, enfin, lon considére aussi que les exacerbations ont lieu la nuit, et les rémissionsle jour , et qu'elles sont influencées par la température sèche ou humide de l'atnosphére, ne serait-on pas tenté de conjecturer, ou au moins de soupconner que l'électricité atmosphérique , ou l'électricité animale concourent pour quelque chose à la production du rhumatisme?
Nous renvoyàmes un seul malade atteint de goutte, sans quil fát entiérement guéri : il lui resta une roideur dans la main droite; mais je lai vue plus tard se dissiper par un grand exercice.
Maladies sporadiques.
Nous n'eümes aucune maladie sporadique digne de remarque, que des fièvres gastriques légitimes qui, pour des raisons connues, sont si communes aux temps de la Quadragésime et de Pâques, qu'on pourrait les prendre pour des maladies épidémiques.
PRATIQUE. 149 Ayril 1807.
Au commencement du mois, le temps fut serein et modérément chaud ; ensuite il y eut des pluies. Au milieu du mois, les arbres étant déjà en fleurs, il survint des froids et des neiges, avec un vent du nord impétueux. A la fin, il y eut des chaleurs.
La plus grande hauteur du thermométre fut, le 28, de 19 d. au - dessus de zéro; la moindre fut de 1 d. au-dessous de zéro le 19.
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 8 L |, le 9. Son plus grand abaissement fut de 27 p. 7 L ?[, le 16.
La plus grande variation subite du thermométre, fut un abaissement de 4 d. du 18 au 19. Le barométre n'eut pas de variations subites.
Le nord-ouest fut le vent dominant,
Maladies épidémiques.
Lrs inflammations furent déjà beaucoup moins dominantes. Nous n’eûmes plus de pleurésies et de péripneumonies vraies. Les fiévres intermittentes présentaient encore quelques marques du caractère inflammatoire ; elles étaient plus nombreuses que le mois précédent,
et avaient presque par-tout le type quotidien ou double-tierce.
Au commencement, ces fièvres étaient pres-que continues, accompagnées de légères inflammations locales, sur-tout de péripneumonie et d'hépatite, qui persistaient encore ensuite pendeant le paroxisme , quoique la fièvre fût devenue vraiment iniermittente.
Dans ces affections, l'usage prématuré du quinquina eüt été nuisible. On obtenait une bonne convalescence en employant une méihode légérement résolutive et antiphlogistique , tant que le caractére inflammatoire subsistait ; et ensuite , les légers amers , la chicorée, la centaurée et le tréfle d'eau, qui suffisent ordinairement pour combattre les intermittentes de printemps.
Les fiévres quartes, méme invétérées, qui duraient depuis l'automne, cédaient à ces remédes amers et fondans.
Le froid ayant repris avant la fin du mois, le caractère inflammatoire se monira de nouveau. On vit paraître cà et là dans la ville, des toux inflammatoires, et des péripneumonies graves, qui demandaient la méthode antiphlosistique. Aussi les sujets atteints d'hémoptisie , les phthisiques, les goutteux etleshystériques, furent en mauvais état.
Maladies sporadiques.
Ux ictére, provenant d’un accès de colère, chez un sujet qui avait déja le foie légèrement engorgé, guérit aisément. On voit souvent de semblables ictéres chez les pauvres, disparaitre sans médicamens, par la seule cessation du spasme.
Une nombreuse expérience m'a prouvé que les médicamens résolutifs, qui irritent doucement les intestins , et les eccoprotiques réussissent mieux au commencement de lictére , que les stimulans antispasmodiques. Ces remédes doux, par le léger stimulus qu'ils impriment aux intestins, relàchent le foie, ouvrent ses conduits, et diminuent son engorgement par les sécrétions qu'ils augmentent,
Si ce viscére tombe ensuite dans un état de collapsus , les légers stimulans amers et nervins, principalement la teinture aqueuse de rhubarbe, et les préparations de camomille, achévent heureusement la guérison.
Nous eûmes dans ce mois un nouvel exemple de zona, d'une natureintermédiaire entre l'érysipèle et le pemphygus, chez un sujet jeune, froid et mou. Nous crûmes que des saburres gastriques cachées étaient la cause de cette
maladie, dont le cours fut long comme celui d'une légère fièvre pituiteuse : elle fut | guérie heureusement par lemploi des résolu- lifs et des légers apéritifs intérieurement, et des préparations de plomb exiérieurement. Je crois méme que les remédes externes furent superflus dans ce cas.
Bien plus, je crois que des maladies semblables , et plusieurs autres de peu d'importance, que nous avons coutume d'attaquer avec un appareil médicamenteux , guériraient aisé-' ment d'elles-mémes , et par les seules forces de la nature. Je voudrais faire un grand catalogue des maladies de ce genre, que les médecins traitent par une méthode active , superflue et inutile, et aprés la guérison desquelles ils recueillent des louanges non méritées.
Nous parvinmes en peu de jours, par les mucilagineux et les légéres doses d'opium , à pallier chez un peintre une colique de plomb qui revenait chaque année à la méme époque, suivant le rapport du malade. Cet homme, en léchant son pinceau, n'avait point contracté cette maladie , qui devait son origine aux vapeurs de la céruse et de l'orpiment , ce qui est beaucoup plus ordinaire.
Mai 1807.
Au commencement de ce mois, le temps fut inconstant , les vents furent désagréables et froids, les pluies courtes, mais fréquentes, avec quelques intervalles d'un ciel serein. Plus tard, et à la fin, la température fut digne du mois de mai.
La plus grande hauteur du thermométre fut de 24 d. le 30; la moindre, de 7 d. le 11.
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 7 L ‘| le 17; la moindre fut de 27 p. 11 L. le 6.
La plus grande variation subite fut, pour le thermométre , un abaissement de ro d. du 3 au 4; et pour le baromètre, une élévation de 5 L du 7 au 8.
Le nord-ouest et l’ouest furent les vents dominans.
LE mois de mai est souvent insalubre ; il mérite plutôt l'éloge des poètes que celui des médecins. Le froid humide qui règne, suivi de chaleurs dans le milieu de la journée, est trèscontraire à la santé; c’est aussi alors que les
vents nous apportent les exhalaisons des glaces du nord qui se fondent,
Les enfans, séduits par la sérénité de l'atmosphère, sortent pour se promener au grand air, dont l'impression est très-nuisible à leurs corps délicats, sur-tout quand ils ont été trop soigneusement renfermés pendant l'hiver.
J'ai souvent observé, dans les autres années et dans celle-ci, que pendant le mois de mai on voyait régner dans les villes des angines laryngées, et même l'asthme aigu de Millar, que je crois être de nature catarrhale,
On voit aussi souvent ce temps de l'année produire des catarrhes graves chez les adultes, et méme l'nfluenza. Dans notre climat, ces maladies s'observent les premiers jours du mois, et plus tard dans les climats froids.
On vit aussi quelques pneumonies légéres et des hépatites ; mais elles furent moins inflammatoires.
La goutte ne fut pas rare ; elle était d'abord légèrement inflammatoire et accompagnée de fièvre. Nous vimes quelques scarlalines non malignes, et de forme miliaire.
Les fièvres intermittentes régnaient encore très-épidémiquément ; elles étaient quotidiennes, presque continues, ou double- tierces ; elles n'avaient plus le caractère inflammatoire,
PRATIQUE. . 155 mais plutót un caraciére pituiteux, et méme nerveux chez quelques sujets: elles n'étaient pas cependant extrémement fréquentes.
Ces maladies étaient ordinairement aisément combattues par les légers amers ; et ensuite par les remèdes légèrement nervins , la camomille, le calamus-aromaticus, la benoite, etles extraiis amers unis à l’eau de menthe.
Maladies sporadiques.
Nous observämes la colique de plomb chez deux individus : l'un était déjà atteint à son entrée d'une rachialgie invétérée , névrose qui provient de la colique de plomb, avec tremblement universel et paralysie des mains, qui étaient molles et pendantes. Le carpe et le tarse étaient fléchis d'une manière particulière, Cet homme est atteint tous les ans, aux approches de la Pentecôte, comme il le dit Inimême, du retour de ceite colique.
Cette maladie est-elle sujette chez plusieurs individus à revenir ainsi tous les ans au printemps ? Estelle sous l'empire de la constitution pituiteuse , qui régne alors, et qui favorise les nevroses !
Un autre individu du méme métier, éprouva pour la troisiéme fois cette colique. Les deux
premières attaques avaient eu lieu le printemps et l'automne de l'année précédente. La maladie Saccompagnait , comme c'est l'ordinaire , de douleurs vagues, resserrantes et lancinantes principalement dans les intestins gréles et autour de l'ombilic, qui était retiré en dedans. Le ventre était resserré pendant plusieurs Jours, ou ne rendait que des matiéres séches et dures. La fièvre était très-légère, la tête libre, la face d'une pàleur spéciale, les membres tremblans , les artéres dures, tendues, comme variqueuses et remplies de tubercules. La nuit tout s'exaspérait , les douleurs de ventre étaient atroces.
La durée de cette colique semblait étre dans tous ces cas de dix à douze jours ; mais la maladie nous paraissait plutót palliée pour quelque temps que guérie radicalement. Une certaine diathése particulière, difficile à déraciner, semble produire le retour de ces coliques.
Notre premier soin , dans le traitement de ces malades, était de nettoyer la peau couverte de matiéres huileuses et de molécules métalliques, provenant des diverses couleurs ; cette propreté de la peau ne s'obtenait qu'à l'aide de lotions savonneuses répétées.
Intérieurement, nous employàmes les décoctions émollientes avec la manne, et pour nourriture des bouillons mucilagineux. Les
huileux conviennent peu : ils passent diflicilement ; il vaut mieux les donner en lavemens, qui doivent être souvent répétés. Les poudres d'opium et de calomel apaisent bien les douleurs, adoucissent les spasmes et relàchent le venire : l'opium est un grand calmant dans cette maladie ; le caiomel rend le ventre libre, produit ane sorte de salivation abdominale , et détruit les spasmes.
Pourquoi le camphre, la camomille et les autres remèdes antispasmodiques et carminatifs, qui réussissent très-bien dans les autres coliques nerveuses, nuisent-ils dans celle-ci, et exaspérent-ils le mal? Pourquoi n'observet-on aucune flatulence , ou au moins trés-rarement dans ces spasmes des intestins? En quoi ce spasme différe-til de l'inflammation ?
Cette maladie est-elle seulement causée par le plomb ? L'arsenic et l'orpiment dont se servent souvent ces ouvriers peuvent-ils aussi la produire? D'aprés plusieurs discussions sur ce point, il nous a paru que le plomb est la seule cause de cette colique.
Pourquoi, d'après nos expériences répétées, les sels de plomb solubles dans l'eau n'engendrent-ils pas cette maladie? Les oxides de ce métal sont-ils seuls aussi pernicieux, ou plutót les vapeurs de plomb suffisenv-elles pour pro-
Ae
duire la colique, sans que le poison soit ava-. lé? Cela nous parait probable d’après le genre: d'occupation de nos malades : en effet, l'un
n'a jamais travaillé que sur de la céruse; les autres faisaient cuire dela céruse avec dé l'huile pour faire du vernis. Les deux derniers furent affectés le plus gravement.
Aprés de nouvelles expériences, je parlerai par la suite de cette maladie, que j'observai alors pour la premiére fois dans ma ville natale, ne l'ayant jamais rencontrée pendant une longue pratique dans un autre pays.
. Nous eümes à traiter un cholera-morbus , suite d'excés dans le boire et dans le manger. ll fut guéri par un seul vomissement copieux.
Nous observämes aussi un cas remarquable de maladie tachetée hémorragique, qui n'était autre chose qu'un haut degré du scorbut. Nous ne pümes arrêter l'hémorragie des narines que par l'application d'une tente de charpie impreignée d'alcohol, Les ulcères cédèrent à des fomentations froides de décoction d'écorce de chéne avec le suc de citron. Nos principaux remèdes internes étaient les décoctions résolutives améres, avec addition de suc de citron. Les acides végétaux naturels réussissent mieux que les acides fermentés, dans le traitement de cette maladie. De même, l'usage des végétaux
PRATIQUE. 129 récens est aussi le plus recommandable. Toute diathèse morbide étant cependant heureusement détruite, il resta encore à ce malade un petit ulcére au tibia: il n'eut pas la patience d'en attendre la guérison dans l'hópital.
Nous perdimes dans ce mois un phthisique, auquel un abcés à l'extérieur survint sans soulagement. Nous décrirons plus au long ce cas remarquable, au chapitre des ouvertures de cadavres. :
1! nous reste à parler d'un malade atteint de ruminalion , qui passa trois semaines auprés de nous. Ce jeune homme, qui n'était pas d'ailleurs bien souffrant , présentait plusieurs sigues d'hypochondrie. Je ne voudrais pas cependant entiérement attribuer cette rumination à l'affection hypochondriaque , et à cette facilité qu'ont les hypochondriaques de faire des rots, d'où peut naître une adresse habituelle à rejeter les alimens pris. Ce sujet nous assura que dés sa plus tendre enfance, sans autre incommodité précédente, il s'était senti tourmenté par le besoin involontaire de faire revenir plusieurs fois daus sa bouche les alimens qu'il venait d'avaler, et comme de les manger de nouveau ; il lui fallait trés-peu de chose à chaque repas. J'attribuerais volontiers ce mal à une affection organique de la partie inférieure
de l'eesophage. Nous renvoyàmes cet individu non guéri.
Juin 1807.
Au commencement du mois, le temps fut sec et chaud. Au renouvellement de la lune, les nuages furent fréquens ; mais les pluies rares. Plus tard , la température fut froide, avec des pluies périodiques qui arrivaient tous les jours avant midi, et venaient d'un méme point de l'occident.
La plus grande hauteur du thermomètre fut de 25 d. au-dessus de zéro le 18 ; la moindre fut de 10 d. le 4.
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 8 L. '/, le 11. Son plus grand abaissement fut de 28 p. 21 le 3.
La plus grande variation subite fut un abaissement de 9 d. pour le thermométre , du 18 au 19. Le baromètre n'en éprouva pas.
Le nord-ouest fut le vent dominant.
Maladies épidémiques.
In y eut peu de malades sur-tout parmi les
femmes. | Les fiévres intermittentes régnèrent encore ;
PRATIQUE 16r elles avaient le type quotidien ou le type tierce? et n'étaient pas rebelles ; elles ne réclamaient pas l'usage du quinquina , quand elles étaient Bonos
Mais quand elles tent subcontinues, leurs paroxysmes étant subintrans, et leurs redoublemens anticipant toujours, elles se changeaient quelquefois en continues nerveuses graves : alors le plus grand et peut-être le seul remède était le quinquina.
Les signes qui annoncaient quil fallait abandonner les résolutifs et les eccoprotiques, et recourir à un appareil médicamenteux plus efficace, étaient une sécheresse méme très-légère de la langue, MT Reed de la tête, un léger délire le
des urines limpides avec diarrhée, la faiblesse du pouls.
Un émétique donné au commencement de " maladie , quand la fièvre intermittente menacait de se changer en conlinue , produisait de trésbons effets quand il n’y avait pas de contre-indication. Ce remède arrétait l'état nerveux dansson premier développement, ou au moins rendait son cours beaucoup moins grave. Les émétiques sont souvent très-salutaires en retardant beaucoup les accès de fiévres intermittentes , et les