‹ Médecine pratiqueChapitre 15 sur 63 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

éfaut de transpiration cutanée, une trop grande liberté de ventre,

redoublemens des fièvres continues qui anticipent les uns sur les autres. Car ces exacerbations, qui avancent toujours et qui sont vraiment subintrantes, causent les troubles les plus funestes.

A la fin du mois, on vit encore plusieurs fièvres rhumatismales légères, sans affection locale particulière. Les rhumatismes chroniques et la goutte s'exaspérérent aussi beaucoup, furent rebelles à tous les secours.

En général, on vit encore renaitre quelques marques de la constitution inflammatoire , surtout dans les fiévres nerveuses continues, et dans les paroxysmes des fièvres intermittentes. La poitrine était sur@ut affectée.

. Nous n'osàmes cependant pas pratiquer la saignée , à cause du caractère nerveux qui était caché d'une maniére insidieuse. Dans tous les cas, les vésicatoires et le camphre nous suffirent.

Chez tous les convalescens de fiévres continues nerveuses, qui n'avaient pas usé du quinquina pendant la maladie, il resta une légère fièvre intermittente.

Un homme atleint de scarlatine maligne, l'éruption étant disparue, nous fut apporté Sur le point de mourir ; il expira le méme Jour.

Une dissolution putride si grande s'empara de son cadavre, que nous n'osàmes pas en faire l'ouverture

PRATIQUE 163 Maladies sporadiques.

Nous eûmes alors dans notre clinique un homme et une femme atteints du ténia. L'un , du £enza lata ; l'autre , du tenia vulgaris, Aucun de ces malades ne fut peut-étre guéri radicalement. Les fragmens du ver cessérent cependant de sortir; mais dans un des cas, la tête ne sortit pas du tout. Dans l'autre cas, nous ne fümes pas certains de sa sortie.

La valériane sauvage, l'huile de ricin d'Amérique, la fougére mâle et les forts drastiques furent sans effets. Nous essayàmes deux fois le remède de M.®° Nouffer, sans aucun succès. Bien plus, pendant l'emploi de ce dernier remède, la sortie des portions du ver qui se faisait tous les jours, méme spontanément , n'avait plus lieu. :

J'ai tenté divers essais dans les provinces du nord, pour détruire cet ennemi de l'homme; mails on y voit rarement des personnes atteintes du ténia. Mes observations sur.la vertu des remèdes employés n'ont donc pas été assez nombreuses.

Je m'étais promis de grands effets du principe particulier du laurier cerise et des amandes .améeres, qui est mortel pour tant d'animaux ; je

voulus donc l'essayer chez ces malades : je crus que l'huile essentielle d'amandes amères, dont l'amertume est excessive, et qui pénètre si vivement les nerfs, serait la préparation la plus efficace. Une goutte, même très-petite de cette huile trés-nuisible aux gallinacés et aux oiseaux, tue presque à l'instant, parle plus léger contact, plusieurs espéces d'insectes et de vers. Cette substance, comme un feu électrique, pénètre les nerfs et toute la substance animale. Une colombe , sur la langue de laquelle on ne mit qu'un atóme de cette huile, fut tuée et comme rótie. Sa chair avait le goût des amandes améres.

Des expériences prouvent que les amandes amères sont un poison pour les enfans ; ce qui me fait penser que cette huile doit étre aussi trés-vénéneuse pour eux : et pourtant, à petite dose, elle est à peine nuisible aux adultes. J'en ai pris moi-méme plusieurs gouttes; et jen ai fait prendre à d'autres sans mauvais effets.

D'aprés des expériences réitérées dans notre clinique , cette substance ne m'a paru avoir aucune vertu particuliére pour tuer le ténia ou pour le faire sortir, quoiqu'unie aux drastiques.

Le célèbre Jos. JacQuiN, professeur de chimie dans notre université , m'a communiqué de l'huile distillée de feuilles de pécher, qui

dd

présente le même principe. Je ne lui ai trouvé également aucune vertu contre le ténia , quoique j'en aie continué l'usage long-temps, à la dose de plus de vingt gouttes.

Ces huiles sont-elles plus nuisibles peut-étre aux lombrics?! mais elles le seront aussi aux - enfans qui en feront usage.

Nous cherchàmes des propriétés plus énergiques dans d'autres remédes: nous employämes donc l'huile essentielle de térébenthine, qui est si meurtriére pour plusieurs petits animaux ; nous la donnàmes d'abord avec précaution , et ensuite à la dose de dix gouttes et plus, trois fois par jour avec du sucre (1). Elle fut efficace, et fit sortir un fragment de ténia déjà macéré et corrompu. |

Mais ce reméde peutil détruire jusqu'au dernier germe de ce ver? Peut-il óter et chanser entièrement cette diathèse particulière , qui favorise d'une manière inexplicable la génération de ces animaux ? Des expériences nous velles nous l'apprendront. -

(1) Depuis quelques années des médecins anglais donnent deux et même quatre onces à la fois d'huile essentielle de térébenthine dans le ténia. Administré à cette, dose , ce médicament produit ordinairement , au bout de demi-

—— heure, des selles trés-nombreuses , qui sont accompagnées de l'évacuation du ver. (Note du traducteur.)

Un ictère provenant d'obstruction du fore , aprés une fièvre intermittente, fut guéri par les résolutifs ; il ne mérite pas une description particulière. |

Nous rapporterons l’histoire d'un anévrisme de l'artère innominée, quand il sera question des ouvertures de cadavres.

Juillet 1807.

LE temps fut pluvieux et froid au commencement du mois. Depuis le 10 jusqu'à la fin, la chaleur fut trés-séche. Le tonnerre se fit entendre une seule fois.

La plus grande hauteur du thermomètre fut de 26 d. le 14 ; la moindre fut de 11 d. le 3.

La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 7 l.'], le 9. Son plus grand abaissement, ue compo" ler.

— Le thermomètre ainsi que le baromètre n'éurent pas de variations subites. — |

* Les vents furent rares. Le nord-ouest fut le plus fréquent.

LE génie inflammatoire disparut. Avec les

chaleurs , le caractère bilieux commença à se montrer.

PRATIQUE. 169 Nous vimes plusieurs fiévres bilieuses continues, pures et simples ; elles avaient leur cours accoutumé, et se guérissaient par notre méthode ordinaire. | Les fièvres intermittentes, dont le règne n'avait pas encore cessé, commencèrent à participer de ce caractére bilieux. Plusieurs d'entr'elles, principalement celles qui n'€3ient pas vraies, et qui devenaient subcontinues, de quotidiennes, ou de double- üierces qu'elles étaient, par l'anticipation des paroxysmes, nous montrèrent , au lieu d'apyrexie complète, les symplômes manifestes d'une petite fièvre bilieuse continue intercurrente.

Elles n'eurent besoin, pour leur traitement, que de la méthode antübilieuse. L'émétique donné au commencement produisait d'excelleus effets: aprés son administration, les apyréxies devenaient franches , et dans plusieurs cas, les paroxysmes cessaient par les résolutifs et les légers laxatifs antibilieux. Cette solution heureuse arrivait sur-tout lorsque linvasion des accès était successivernent beaucoup retardée.

Quand on avait négligé l'émétique, ou quand, par des circonstances particuliéres , on ne l'avait pas employé, la maladie devenait beaucoup plus grave, et méme dangereuse et longue.

Mais quand les paroxysmes que lesémétiques

seuls pouvaient retarder anticipaient toujours, léiat du malade devenait mauvais. En effet, l'accés survenant toujours plutót, la fiévre se changéait en continue trés-aigué ; mais les redoublemens les plus graves, qui arrivaient encore périodiquement , prouvaient que le caractére intermittent de la maladie dominait encore.

Ces fièvres, comme nous Favions déjà observé dans le mois précédent, ne supportaient plus alors sans préjudice la méthode évacuante. Le quinquina était nécessaire , quoique les apyrexies ne fussent pas complétes.

Quand ce reméde , quoique bien indiqué , était négligé, on voyait facilement, comme dans le mois précédent, survenir le caractére nerveux avec un trouble particulier du cerveau , des vertiges, des tintemens d'oreille,la langue et la bouche trés-séches. Quelquefois il se manifestait une lassitude particuliére et des lipothymies. La chaleur molle de l'atmosphère contribua beaucoup à cet état.

Cependant, par notre méthode de traitement, nous ne vimes survenir aucun exanthème dans cés fièvres.

Quand on voyait paraitre les premiers signes du caractère nerveux, qui étaient un trouble du cerveau, la sécheresse de la peau et de la langue, la faiblesse du pouls, l'augmentation

PRATIQUE. 169 de la lassitude, on avait de suite recours à l'application des vésicatoires aux gras de jambes, et à la décoction de fleurs d'arnica intérieurement. Dans deux cas, ce traitement débarrassa la tête presqu'à l'instant, et exalta les forces vitales d'une manière surprenante. Des expériences nombreuses et répétées ont prouvé l'efficacité de cette méthode.

Les autres phénomènes nerveux disparaissaient par l'usage de la décoction de quinquina, et du camphre à haute dose.

Nous observâmes aussi des coliques qui provenaient du refroidissement , et n'offraient aucun caractère bilieux. Il est surprenant que ces áffections soient quelquefois fréquentes dans les temps trés-chauds. Les hommes y sont plus sujets que les femmes.

Les mucilagineux avec une petite dose d'opium , et plus tard la camomille et les doux carminalifs suffirent pour la guérison de ces affections, en y joignant un traitement légèrement diaphorétique.

Nous perdimes un malade atteint du typhus contagieux : nous ne pümes pas ouvrir son cadavre.

150 MÉDECINE Maladies sporadiques.

Parmi les maladies sporadiques de ce mois, une ascite, que nous guérimes heureusement et en peu de temps, mérite une mention spéciale. N'ayant découvert aucune cause antécédente particulière de cette affection , ni aucune obstruction des viscéres, nous pensämes, après avoir comparé l'état du sujet avec les phénoménes de la maladie , que cette bydropisie provenait seulement de l'inertie et du relàchement des solides. Ce malade présentait une leucophlegmatie générale, approchant de l'anasarque , et sur-tout une ascite considérable’, avec fluctuation manifeste des eaux contenues dans l'abdomen. La poitrine ne paraissait pas méme entiérement libre de toute collection séreuse,

Les eaux flottantes et stagnantes dans les grandes cavités du corps, deviennent quelquefois épaisses et comme gélatineuses. La raison et l'expérience démontrent qu'elles doivent être alors absorbées et évacuées difficilement. De-là, naissent souvent de grands obstacles à la guérison des hydropisies.

En général, cependant, on peutespérerqu'une absorption bénigne aura lieu , quand: les eaux

PRATIQUE 17 ne sont pas épaissies par une cause inconnue ; C'est ce qui arriva dans ce cas : et j attribue cette absorption heureuse à la non-ancienneté de la maladie , et à l'absence d'altérations organiques. L'écoulement des eaux fut donc possible. Cette diathèse hydropique est assez facile à détruire, quand elle dépend seulement d'une sécrétion artérielle viciée, ou d'une lésion inconnue des fonctions du tissu cellulaire; lésion qui contribue tant à produire les œdèmes et les hydropisies.

Les remèdes résolutifs et amers, et les altéraus qui excitent les fibres trop relàchés, remplirent ici toutes les indications. Ces médicamens agissent d'une maniére salutaire sur la composition des fluides, et corrigent leur mauvais état, soit quil soit la cause ou l'effet de la maladie.

Dans ces cas, les cathartiques, les eccoprotiques et les hydragogues sont nuisibles, En affaiblissant et en relächant le corps, ils entretiennent plutót qu'ils ne détruisent la disposition à l'hydropisie.

Mais cette méthode, qui ne tient aucun compte de la liberté. du ventre, et qui tend plutôt à le resserrer , est aussi très-contraire ; car l'activité du système absorbant est toujours

en rapport direct avec la liberté des évacuations alvines.

L'augmentation des urines est la voie la plus sûre et la plus efficace pour l'écoulement des eaux. Par-là , l'évacuation de cette collection d'eaux se fait avec une perte de forces Beaucoup moindre que par la transpiration et par les selles.

Parmi les diurétiques altérans et âcres, la scille et le colchique d'automne méritent le premier rang. Dans les cas semblables à celui qui nous occupe , ils sont bien préférables aux | remédes qui n'agissent que par un principe volatil et stimulant, qui ne provoquent l'évacuation des urines qu'en augmentant l'activité de la circulation. Il ne s'agit pas dans cette maladie d'augmenter la sécrétion artérielle , mais plutôt de la changer et de la rendre propre à être absorbe,

Les chimistes soutiennent que le meilleur dissolvant du principe âcre des médicamens est le vinaigre. De-là, les préparations acéteuses de ces remèdes, les oxymels et les oxysaccharums ; mais la pratique et l'observation attentive de l'effet des médicamens sur notre corps, semblent démontrer le contraire.

L'illustre Quarin, auquel la Médecine d'observation doit tant, nous a appris que la scille récente, infusée à chaud, possède des vertus altérantes et diurétiques beaucoup plus éner-

giques que sous toute autre forme ou pré-

| paralion,

Nous eümes occasion de confirmer la bonté de cette méthode chez ce malade, et dans plusieurs autres cas de notre pratique privée ; nous usàmes de la formule suivante :

Gi c? , m 21 Q Pr. Scille récente un scrupule, et jusqu'à demi-gros.

Faites infuser à vaisseau clos, dans quantité suffisante d'eau bouillante, pendant un quart d'heure, à la colature de six onces. Ajoutez :

Extfit de trèfle d'eau. . . .

à ; ; 1 a, a. un gros, Extrait dé petite-centaurée . | 5

On en prendra une cuillerée toutes les deux

heures, et ensuite deux.

Ce malade sortit de notre clinique à cause de la fin de l'année scholaire. Le volume du ventre avait disparu; mais les cuisses étaient encore un peu tuméfiées. Ce reméde continué enleva tous les restes de la maladie: il vint me remercier quelques semaines aprés, étant trésbien portant.

Voici quelques régles qu'il faut observer quand on veut faire usage de la scille: on peut, quand il n'y a pas de contre-indication, donner graduellement ce remède à des doses trés-élevées, jusqu'à ce quil cause de fortes nausées,

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