Tome I
Il avait la tête très-pesante, la langue sèche, une soif inextinguible, des douleurs intestinales , la diarrhée ; le pouls était faible. Ces symptômes, réunis à ceux qui avaient précédé , nous donnèrent l'idée d'une fièvre gastrique devenue nerveuse, et d'uneinflammation fausse des intestins.
On ordonna des infusions de racine d'arnica.
et de fleurs de camomille, le camphre en poudre, des décoclions mucilagineuses, des lavemens émolliens et des fomentations sur l'abdomen , le tout sans aucun soulagement. .
Le dixiéme et le onziéme jour, l'état du malade empira ; il survint de légers délires, une hémorrhagie nasale débilitante, des pétéchies, des soubresauts des tendons. Nous ordonnâmes alors deux vésicatoires, et nous ajoutàmes de l'acide sulfurique aux décoctions mucilagineuses.
Le douziéme jour de la maladie, le délire et l'agitation augmentèrent; la douleur intesünale disparut ; mais l'abdomen devint volumineux et sonore, les selles rares et très-fétides. Nous ajoutlàmes aux remèdes précédens la décoction de quinquina, le vin et les autres médicamens volatils. Les vésicatoires ne produisirent point de rougeur: nousen fimesappliquer de nouveaux, mais sans succès, La débilité
PRATIQUE. 195 augmenta tous les jours ; il s'y joignit les symplómes.d'une péripneumonie putride. Le dix-seplième jour de sa maladie, ce jeune homme mourut après de fréquentes défaillances.
Le cadavre n'offrit rien de remarquable extérieurement, que l'expansion énorme et la couleur livide et plombée de l'abdomen. Le cerveau n'avait rien d'extraordinaire qu'un engorgement de ses vaisseaux. Dans la poitrine, le poumon gauche était sain ; le poumon droit adhérait intimement à la plévre dans toute son étendue, et était gorgé d'un sang copieux en dissolution. Quand on ouvrit l'abdomen , il s'en exhala une fétidit?^ très-grande. Les intestins gréles étaient noirs dans plusieurs points, friables et trés-féüdes. Dans tout le trajet des intestins et dans le mésentére, les vaisseaux étaient trés-engorgés. La rate et le foie étaient en bon état ; mais la vésicule biliaire contenait, au lieu de bile, une matière muqueuse sem.
blable à du blanc d'œuf.
On trouva une cause suffisante de la mort dans la faiblesse vitale, la gangréne des intestins, et l'imperméabilité du poumon droit (1).
Lyme
(1) Ce jeune homme était d'une constitution faible , et sa maladie était déjà bien avancée quand 1l entra dans la clinique. Hildenbrand reconnut les symptômes d'une in-
Réflexions. D'après tous ces symptômes, Je regarde cette maladie comme un typhus contagieux ; affection que je crois spécifique et suz generis ; je la décrirai au long dans un traité séparé: son diagnostic n'est pas facile quand son cours présente quelque anomalie.
Tous les médecins savent que les inflammations des intestins, sur-tout les fausses, sont très-insidieuses. Dans le typhus sur-tout , les affections des intestins sont plus daugereuses que celles de la poitrine et da cerveau.
Troisiéme ouyerture.
UXE veuve de 4o ans, paraissant déjà trésvieille, avait éprouvé des évacuations menstruelles abondantes et fréquentes , depuis son dernier accouchement , qui avait eu lieu deux ans auparavant. Ces évacuations cessérent entiérement pendant ce mois , dans un appartement froid qu'habita cette femme.
Le 20 janvier 1807 , elle entra dans notre clinique , étant déjà malade depuis cinq jours, et présentant tous les symptômes d'une inflam-
flammation intestinale, et cependant il employa les toniques. Le malade aurait-il pu guérir parle traitement antiphlogistique? Cela n'est pas probable. (Note du Traducteur.) .
PRATIQUE. 197 mation négligée de l'utérus et du péritoine.
Le délire commengait, la face était affaissée, la voix faible, la langue sèche , l'abdomen trés-volumineux et trés-dur. Ce n'était qu'après une pression forte que des douleurs obscures se faisaient sentir dans l'hypogastre. Le pouls était faible et changeant. Tout annoncait la présence du caractère nerveux, et la plus grande prostration des forces; c'est pourquoi nous n'ordonnàmes pas la saignée.
L'abdomen devint dur comme une pierre et trés-volumineux. Tout nous fit sonpconner un épanchement de sérosité dans la cavité abdominale.
Le camphre, les remèdes volatils employés intérieurement, un vésicatoire appliqué sur tout l'abdomen ne causèrent aucun soulagement.
Le lendemain, le hoquet survint. Tout ce que prenait la malade était vomi. Les extrémités devinrent froides, et le pouls très-petit, à peine perceptible.
En vain on donna des remèdes encore plus simulans. Cette femme expira le septième jour de sa maladie, avec un léger délire.
Le cadavre extérieurement présentait la peau couverte de taches livides. L'abdomen avait un volume énorme. On ne trouva rien d'extraordinaire dans le cerveau. Dans la poitrine, on
vit des restes d'une inflammation ancienne.
Le poumon droit était tuberculeux et adhérent à la plèvre dans sa partie postérieure ; le poumon gauche était sain. Le cœur était adhérent au péricarde épaissi. La cavité de l'abdomen contenait quelques livres d'une matière sanieuse et verdâtre. Tous les intestins étaient enflammés dans différens points, et couverts extérieurement de taches noirûtres. L'estomac était dans le même état; lépiploon adhérait aux viscéres voisins ; lutérus était. volumineux et enflammé extérieurement. Les ligamens larges étaient consumés par un abcés ; le foie et la raie n'avaient pas d'altération remarquable.
Réflexions. Avant l'ouverture du cadavre, jeus des regrets de n'avoir pas fait saigner celte malade le jour de son entrée. Une trèsgrande inflammation peut en effet exister chez des malades dont le pouls parait exirémement faible et les extrémités froides. Rien n'est plus trompeur que les pulsations des artères dans toute inflammation abdominale, principalement dans celle des intestins. Mais, quand nous eümes ouvert le cadavre, nous vimes aisément que la suppuration et l'épanchement des liquides avaient dü se faire avant l'entrée de la malade dans notre clinique, et que notre art ne possédait alors aucun moyen de guérison.
Quatrième ouverture,
Ux ébéniste, âgé de trente ans, avait eu en 1804 un catarrhe pour avoir pris une boisson froide. Ce calarrhe dégénéra en toux chronique fatigante, avec crachement de sang de temps en temps. Il survint aussi diverses autres affections de poitrine.
Le 9 décembre 1806, il fut recu dans notre clinique; et après l'avoir examiné avec grand soin, nous le déciaràmes phthisique.
La structure très-bonne de la poitrine et l'induration scrophuleuse de plusieurs glandes nous firent penser à cetie espéce de phthisie qu'on appelle tuberculeuse.
Cette opinion fut confirmée par la survenance de l'ascite, et par la diminution des crachats qui avait lieu sans augmenter la difficulté de respirer.
Ayant mis en usage sans succés tous les remèdes qu'on emploie ordinairement, cet homine succomba le 8 février 1807.
Voici les phénoménes particuliers de cette maladie. La grosseur des muscles était peu diminuée; il n'y avait ni sueurs , ni diarrhée colliquatives ; l'anxiété n'était pas très-grande, la toux était modérée , les crachats abondans ;
tantôt purüiens , tantôt simplement aqueux ; d'autres fois encore , ils se supprimaient sans augmentation des souffrances. Le décubitus éteit également possible sur les deux côtés.
La percussion de la poitrine, pratiquée selon la méthode d'Avenbrugger, fit toujours entendre un son obscur dans la cavité droite seulement.
Les derniers jours, il survint une oppression péripneumonique, que nous attribuàmes à l'impression trop prolongée d'un feu ardent. La toux devint trés-violente, avec des crachats purulens; il s'y Joignit un délire tranquille. La fiévre fut beaucoup plus forte. Les eaux de l'abdomen disparurent ; les urines étant cependant rares, et la peau sans sueurs. La mort ne s'accompagna point de suffocation, ce qu'on observe chez plusieurs phthisiques. Le malade séteignit tranquillement , et lanxiété cessa méme quand la fin de la vie approcha.
L'ouverture du cadavre se fit avec le plus grand soin. Il n'y avait rien de particulier dans le cerveau ; mais quand on eut ouvert la poitrine et examiné la cavité droite, ce fut en vain que l'on y chercha les lobes du poumon droit, changés en une quantité énorme de pus. On ne trouva qu'une très-petite partie du lobe inférieur , longue de deux pouces environ, chan-
gée en un emembrane molle. Le poumon gauche n'était pas ainsi. détruit ; mais il était rempli de tubercules trés-durs dont plusieurs étaient en suppuration. La cavité du péricarde contenait un peu d'eau. Le cœur ne présentait rien de remarquable, que la mollesse extréme de ses fibres. Le trou ovale ou de Botal était comme chez les adultes. Dans l'abdomen, il y avait une petite quantité d'eau. Le péritoine était épaissi et adhérent aux intestins dans plusieurs points. Les reins, la rate, le foie, et la vésicule biliaire étaient en bon état. On ne trouva pas les veines aussi variqueuses, ni leur prédominence sur les artéres aussi grande que dans les autres cadavres de phthisiques.
Réflexions. Cette observation nous présente des phénomènes bien extraordinaires. On voit facilement la cause de la mort; on devrait plutót rechercher la cause qui put conserver si long-temps la vie. Il est bien étonnant sans doute que la vie puisse continuer malgré la destruction d'un poumon, méme abstraction faite de l'importance vitale de cet organe.
Plusieurs médecins ont déjà observé des cas semblables; et pour ne pas faire un étalage d'érudition en rapportant les auteurs qui en ont parlé, je me contenterai de citer LIEUTAUD,
N.° 356, 360, 565, édition de Schlégel. Dans les trois cas rapportés par ce médecin , le poumon droit était détruit, principalement dans le premier cas, qui a tant de rapport avec celui dont nous nous occupons, que les phénoménes de la maladie et la cause de la mort semblent avoir été les mémes.
J'ai déjà observé un cas analogue , il y a quelques années, dans l'hôpital Léopold. Je me repentis alors de n'avoir pas examiné, à l'ouverture du corps, quel était l'état du trou de Botal; car j'ai cru plus tard que la circula- | lion était peut-être libre par ce conduit.
Je fus donc, cette derniére fois, plus attentif à ces phénomènes; mais Je n'en ai pu retirer aucune lumiére pour éclairer le point de physiologie.
Plusieurs autres choses sont dignes d'attention dans le cas qui nous occupe.
Ni la fièvre, ni lanxiété, ni le degré de maigreur, ne furent en rapport avec l'existence d'une aussi grande collection de pus. On ne vit aucune des évacuations qui accompagnent ordinairement le dernier terme du dépérissement.
L'hydropisie répond toujours chez les phthisiques au degré de la destruction purulente.
D'où vint dans ce cas cette destruction singulière de tout un poumon? Les inflammations
catarrhales sur-tout causent de grandes suppurations, et produisent un pus âcre et corrosif. Mais la destraction entière d'un viscére , l'érosion d'une si grande quantité d'artéres et de veines sans hémorragie notable, ne peuvent ni se concevoir ni s'expliquer aisément.
Le poumon est certainement un viscére bien étonnant; ilest sur-tout sujet à des suppuralions trés-funestes à la vie. Mais tel phthisique périt dans une exténuation extrême, dans les poumons duquel on ne trouve que quelques abcés très-petits; tandis que tel autre prolonge encore quelque temps sa vie, malgré la desiruction entière d'un poumon, et ne tombe pas dans un degré bien grand d'émaciation.
Peut-étre y a-t-il un rapport particulier entre les fonctions de la peau et celles des poumons. Le système lymphatique joue un rôle spécial et surprenant dans cette maladie.
Quant à la disparition subite des eaux de l'abdomen , sans augmentation des urines, je. crois que ces eaux ont été transportées dans la cavité droite de la poitrine, et ont augmenté le foyer purulent, |
En examinant ce cas avec plus d'attention, on peut encore demander si la paracentèse du côté droit de la poitrine n'aurait pas procuré quelque soulagement ou quelqueprolongement
de la vie. Je le crois ; mais pour pratiquer cette opération, il faudrait avoir des signes certains de cet état du poumon.
Cinquième ouverture.
UN étudiant en médecine, maigre, grand , d'une constitution phthisique , fut atteint du typhus quirégna aprés notre derniére guerre.
Il échappa à cette maladie, mais ne recouvra jamais une santé parfaite ; il resta sujet depuis ce cemps-là à des affections de poitrine , et à un crachement de sang fréquent et abondant.
Dans l'année 1807, vers l'équinoxe du printemps, époque qui est toujours si funeste aux phihisiques, ce jeune homme, après avoir fait des mouvemens de corps trop violens au grand air, s'étant ensuite approché du feu , fut saisi d'une grande oppression de poitrine avec une toux fréquente, et un crachement de sang si abondant, qu'il dégénéra le lendemain en hémorragie des poumons , à cause de la violence de la toux.
Le 27 mars, aussitót aprés son entrée dans notre clinique, il rendit environ deux livres de sang. On fit une saignée , et on la répéta plus tard , à cause de l'état du pouls et de l'inflammation du poumon ; il s'ensuivit un léger
soulagement. Mais quoique notre malade fût couché et très-tranquille, le 28 mars, quairiéme Jour de la maladie devenue plus grave, il rejeta encore, le soir, à peu près quinze onces d'un sang rouge et artériel. Dans la nuit, il rendit une quantité de sang égale et méme plus grande. Dans ce pressant danger, nous eñines recours aux boissons et aux fomentations froides, qui seules purent arréter l'hémorragie.
Mais rarement le froid procure un soulagement durable dans cette maladie. Les saignées répétées et les émolliens affaiblissent trop les forces. Le froid au contraire et les styptiques, augmentent l'anxiété et la toux, et provoquent de nouveaux retours de l'hémorragie.
Le lendemain, il mourut tranquillement.
Après l'ouverture du cadavre , nous ne pûmes découvrir aucune cause de la maladie ni de la mort. Les deux poumons et les gros vaisseaux étaient très-sains. Tous les organes étaient trèsmous, sur-tout le cœur. Le poumon était affaissé; mais cet état de mollesse et d'affaissement est ordinaire dans les cadavres d'individus qui ont éprouvé de grandes pertes d'humeurs. |
Nous ne pümes rien trouver dans les petits vaisseaux. Quoiquil y existe quelquefois des lésions, elles ne sont pas faciles à découvrir.
Les préparations anatomiques, etles injections les plus délicates ne peuvent pas être alors d'une grande utilité ; parce que les fibres mortes cédent à une violence trés-faible, à laquelle elles auraient résisté pendant la vie.
Réflexions. Dans ce cas, coimme dans plusieurs autres, l'ouverture du cadavre ne nous apprit rien. Souvent la nature des hémorragies pulmonaires est cachée. |
Ce qu'on a dit sur la division ou l'anastomose des vaisseaux pulmonaires, comme unique cause de cette maladie, n'est pas bien confirmé par la pratique. |
Le déchirement et la dilatation variqueuse des petits vaisseaux ne sont pas toujours assez manifestes pour pouvoir étre démontrés par la dissection méme la plus minutieuse : d'ailleurs, la structure méme du poumon s'y oppose. Nous venons de dire plus haut, que les injections anatomiques méme ne pouvaient rien nous apprendre de certain sur ce point.
Si dans d'autres organes, qui sont le siége d'bémorragie, on distingue quelquefois, presque à la simple vue, une dilatation des vaisseaux, sur-tout des veines; si quelquefois aussi l'œil seul découvre clairement de semblables varices dans toute l'étendue des membranes, dans la
PRATIQUE. 207 trachée artère et le larynx , on peut conclure par analogie qu'un état semblable peut exister également dans la substance des poumons.
Ceux qui prétendent que toutes les hémorragies du poumon viennent d'une faiblesse de cet organe , sont autant dans l'erreur que ceux qui id attribuent toutes à un état inflammatoire. Aucune de ces opinions, sur-tout la premiére, n'est prouvée par des succés constaus dans la pratique. On ne peut certainement pas strictement admettre l'existence d'hémorragies passives quand le sang artériel présente. une consistance et une disposition plastique trèsgrandes, ce qu'on observe le plus souvent dans les hémorragies pulmonaires.
Ceux qui prétendent que tous les phénomènes de ces hémorragies dépendent d’un état de turgescence morbide des poumons , ne donnent pas une explication suffisante. Cependant cette idée approche de la vérité; mais la turgescence (1) et l'inflammation présentent bien des différences , dans leurs causes et dans leurs phénomènes. ;
(1) On trouve dans cet endroit et dans quelques autres de l'ouvrage, les mots turgor , turgor vitalis souvent répétés. , 50r ,lurg n Jeles ai rendus par les mots furgescence, turgescence vitale. 5 , T'urgor vitalis est partium vivarum expansio seu distensio , sumulig excitata. ( Hebenstreit, de turgore vitali, Lipsiæ ,
On ne peut pas même comprendre aisément les causes de la turgescence des différentes parties du corps humain; on n’en découvre plus rien dans le cadavre ; on n'a pas encore su appliquer une méthode distincte de traitement dans le cas d'inflammation ou de simple turgescence. Mais il existe des signes clairs et évidens qui prouvent qu'un organe est dans un état de turgescence morbide qui peut amener des hémorragies , sans qu'il y ait inflammation.
Ainsi, par la plus légère cause, chez un individu les joues entrent dans un état de turgescence; chez un autre, c'est l'utérus; chez un troisième, les poumons, etc. Il existe làdessus des dispositions individuelles.
Que les physiologistes nous expliquent les causes de la turgescence vitale en santé; il sera facile alors d'en rendre aussi raison dans les maladies.
1795). Un état de turgescence ou d'engorgement trésprolongé peut dégénérer en inflammation. « Ainsi, dit » M.Richerand ( Physiologie , 6.6 édit., tom. 1 , pag. 96), » lorsque l'irritation qui produit la turgescence vitale de » lavergeou de l'iris, est portée trop loin ou s'exécute trop » Jong-temps, l'engorgement naturel devient morbifique. » On sait que le priapisme entraine fréquemment à sa » suite Pinflammation gangréneuse du pénis, et que l'ac- » tion long-temps continuée dela lumiére sur le globe de » l'ail amène l’inflammation de cet organe. » (Note du Traducteur.)
Un état de turgescence de la tête peut produire une hémorragie nasale ; la turgescence de l'utérus peut aussi produire une hémorragie ulérine , sans aucun indice d'inflammation conconiütante. De méme pareillement, la turgescence pulmonaire peut causer un crachement de sang , ou méme une hémorragie du poumon, sans quil existe de phlegmasie de cet organe,
Ces différentes turgescences morbides ont cependant une grande analogie avec les inflammations ; ou plutót, elles en sont un moindre degré, sur-tout dans le poumon : car il est rare de voir des inflammations pulmonaires sans crachement de sang.
Dans tout état de turgescence morbide, simple ou inflammatoire , accompagné d'hémorragie , il doit exister diverses lésions dans la sécrétiou artérielle et dans l'absorption yeineuse.
Il est presque hors de doute qu'il existe une lésion particulière de la sécrétion artérielle dans les hémorragies avec turgescence, à moins qu'elles ne proviennent d'une blessure ou d'une solution de continuité. Bien plus, on peut conjecturer que ce vice de sécrétion est peut-étre la cause de l'hémorragie ; mais on ne sait pas au juste en quoi il consiste ; et les ouvertures
Jome f£. 14
^10 MÉDECINE de cadavres n'ont pu jusqu'ici nous fournir aucune lumiére sur cet objet.
Sixième ouverture.
Uxctz veuve de 36 ans, ayant la poitrine bien conformée et une constitution virile, fut atteinte d'une toux fréquente, et de diverses autres affections de poitrine, aprés avoir donné des soins assidus à son mari dans une phthisie pulmonaire désespérée.
Plus tard , il survint des symptômes d'in+ flammation chronique latente du poumon, des crachats purulens, une anxiété trés-grande, et une fiévre de consomption avec sueurs nocturnes. !
- Dès le temps de l'hiver de l'année 1806, sa voix devint trés-rauque, à peine pouvait-elle se faire entendre ; son gosier était sec et ardent, une angine continuelle la tourmentait.
Tous ces phénoménes , joints à une ardeur et à un sentiment de titillation dans la trachée artère, que la malade disait être le seul siége de sa toux, nous firent penser que cette femme était atteinte d'une phthisie trachéale qui existe rarement sans affection du poumon.
Cette malade nous fut confiée au mois d'avril 1807, étant déjà dans la période de colliqua-
PRATIQUE. StÉ on. Nous employámes en vain les remèdes usités en pareil cas: elle succomba au commencement de mai.
À louverture du cadavre, nous trouvàmes que la poitrine était le siége de plusieurs altérations. Les deux poumons renfermaient plusieurs petits abcés. Le lobe supérieur du poumon droit contenait une vomique considérable non ouverte, et adhérait à la plévre dans plusieurs points. Le cœur et le péricarde étaient sans lésion. Toute la face interne de la trachée , au-dessus de sa bifurcation, était le siége de petits abcès ouverts, nombreux, à peine grands comme une lenulie, semblables à des aphtes ; ils avaient rongé les cartilages dans plusieurs endroits , el étaient couverts d'un pus lardacé et visqueux. Le larynx n'avait pas d'altération notable. Nous ne irouvâmes rien de remarquable dans le cerveau et dans l'abdomen.
Réflexions. De nombreuses ouvertures de cadavres prouvent que les vomiques situées dans les lobes supérieurs du poumon, causent plus d'anxiété aux phthisiques, et rendent la maladie plus aigué que celles qui sont situées dans les lobes inférieurs.
La voix rauque des phthisiques peut aussi avoir lieu sans qu'on trouve à l'autopsie aucune
altération dans le lorynx. De méme, cette angine si pénible que l'on remarque ordinairement à la fin des phthisies, ne saccompagne d'aucune altération manifeste dans le gosier. Ce symptóme dépend-il donc du défaut de mucosités dans ces parties, ou de l'àcreie du pus ?
Dans la phthisie laryngée et trachéale , les ulcères de ces parties ressemblent souvent à de véritables aphtes ; cela s'observe dans plusieurs cadavres. Nous avons dans notre Muséum pathologique des préparations où l'on voit des aphtes manifestes dans la phthisie trachéale. Quelle peut être la raison de ce phénomène?
Les phthisies pulmonaire et trachéale viennent le plus souvent des catarrhes. Or, les catarrhes des narines et de la gorge sont accompagnés souvent d'aphtes ou de pustules qui dégénérent en aphtes. C'est ce que nous remarquons non seulement dans le premier stade des fiévres contagieuses exanthématiques, qui est ordinairement de nature inflammatoire et catarrhale , mais encore dans le simple coryza ou aprés sa guérison. Alors , on voit souvent de petits ulcères aphteux dans le gosier, dans les narines et dans tout le trajet de la mxembrane de Schneider.
Pourquoi des aphtes semblables ne naitraientils pas dans le larynx ét la trachée aprés un catarrhe grave? Pourquoi n'en viendrait-il pas également dans les poumons! Ces petits ulcères disséminés et trés-nombreux , que l'on rencontre dans les poumons de plusieurs phthisiques , ne peuvent-ils pas être aussi des aphtes du poumon ou des suppurations analogues ?
Les inflammations catarrhales ont en général de la tendance à des suppurations particulières et presque spécifiques. Le produit de cette sécrétion purulente est un pus d’une nature spéciale, d'une ácreté singulière. De-là, cette confluence des aphtes, qui deviennent des ulcères plus grands, appelés à juste titre catarrheux, qui sont, à tous égards, d'une nature toute particulière; de-là, vient la perte si grande de substance que l'on observe souvent dans les inflammations catarrhales ; de-là aussi, la carie fréquente des os et des cartilages.
Enfin , si les catarrhes sont contagieux, et si les maladies contagieuses commencent presque toutes par une affection catarrhale, les ulcéres consécutifs des catarrhes ne peuvent-ils D d aussi être contagieux ?
Je n'approuve pas les paroles d'un médecin, d'ailleurs prudent, quand il dit: De méme qu'un ulcére de la cuisse ne peut pas produire
par contagion un ulcére semblable chez un autre individu ; de même aussi un ulcère du poumon n'en peut pas produire un autre de méme nature ; ou, en un mot, la phthisie ne peut pas étre contagieuse.
Malgré cela , la phthisie reste toujours suspecte de contagion, et cela est prouvé par des exemples évidens dont je pourrais rapporter un grand nombre.
Si ce que nous avons dit plus haut de la nature catarrhale particulière de la phihisie; si les phénomènes de la période de coïiquation, et plusieurs autres considérations encore inconnues nexpliquent pas suflisamment la contagion de cette maladie, au moins on ne peut pas absolument le nier; puisqu'il existe plusieurs autres phénomènes prouvés par l'observalion , dont la cause est cachée.
Je voudrais au moins, par ces considérations, rendre les médecins plus attentifs sur cet objet, ne prétendant pas défendre absolument des opinions que je n'ai émises que sous forme d'interrogation.
Septième ouverture.
Ux tisserand âgé de 30 ans, d'une constitution molle, mais ayant toujours joui d'une bonne
PRATIQUE. 215 santé, à l'exception d'une fièvre aiguë quil éprouva l'année dernière , fut atteint, pendant un voyage à pied, d'une péripneumonie légère. Le 26 mai 1807, cinquième Jour de la maladie, il fut recu dans notre clinique. Par un régime antiphlogistique doux et sans saignée, il commenca à entrer en convalescence.
Le 3o mai, aprés une nuit tranquille, il quitta son lit; et, ayant jeté-là un cataplasme quil avait sur le corps, il sapprocha d'une fenêtre où soufflait un vent froid.
De suite il fut obligé de regagner son lit, ayant été tout-à-coup saisi d'un resserrement de poitrine violent, avec orthopnée, anxiété suffocante , respiration sifflante et sans toux, froid des membres, sueur visqueuse , pouls trés-fréquent et serré. La déglutition et les sens externes et internes étaient sans lésion.
Pensant que cette affection était un asthme spasmodique, nous fimes appliquer de suite un vésicatoire au sternum , et un autre entre les deux épaules. On eut soin de frotter la place destinée au vésicatoire avec du vinaigre radical, ce qui causa une rubéfaction prompte. Nous prescrivimes des mixtures , des lavemens et des linimens antispasmodiques. On frictionna les extrémités avec del'esprit de sel ammoniac.
Mais le rále et l'anxiété augmentérent : la
respiralion commença à manquer; et le malade mourut le soir dans les angoisses les plus douloureuses , ayant conservé sa connaissance. Les vésicatoires ne produisirent pas même de la rougeur.
Ayant ouvert le eràne, nous trouvàmes les veines des méninges et du cerveau gorgées de sang. Il n'y avait point d'eau épanchée dans les cavités cérébrales, ni à la base du crâne. La mort ne fut donc pas causée par une apoplexie.
Dans la poitrine, le poumon droit était adhérent à la plévre dans un grand espace; la partie inférieure du poumon gauche, présentant quelques restes d'une inflammation précédente, était un peu gorgée de sang, le péricarde contenait un peu plus de sérosité qu'à l'ordinaire. Dans la cavité de la poitrine et du médiastin, il n'y avait point de liquides épanchés. La trachée , le larynx et le cœur étaient sans lésion.
Dans l'abdomen, les intestins gréles étaient légérement enflammés dans divers endroits.
Cela provenait peut-étre des médicamens, et des grandes doses de camphre. La vésicule biliaire était vide; les autres organes ne présentaient pas d'altérations.
Réflexions. Puisque nous ne pûmes découvrir aucune cause suflisante d'une mort si
prompte, nous devons l'atiribuer uniquement à une lésion des forces vitales, ou à une paralysie des poumons; ou bien encore à un spasme des muscles intercostaux et du diaphragme.
Mais le resserrement spasmodique des bronches par le froid, pourrait seul étre regardé comme une cause suffisante de la maladie et méme de la mort. Ce resserrement ne peut plus étre distingué et découvert dans le cadavre, à cause de l'affaissement qui existe alors dans toutes les parties. C'est pourquoi il est difficile de porter un jugement certain sur la nature de ces maladies, et sur la cause de la mort.
Huitième ouverture.
Uw jeune homme , boucher, adonné à la boisson , avait conservé, après une variole trésgrave, une affection chronique de poitrine qui paraissait être la phthisie. Au mois de décembre 1806, aprés des débauches nocturnes, il fut atteint de fiévre; et, cinq jours aprés , à son entrée dans notre clinique, il présentait les symptómes d'une inflammation du lobe gauche du foie, et d'une péripneumonie grave, l'estomac n'étant pas intact.
Les anliphlogistiques diminuérent le mal;
mais ils ne purent Jamais faire disparaitre entièrement la fièvre. La disposition à la phthisie, ou peut-être la phthisie elle-même, qui existait déjà avant cette dernière maladie, fut beaucoup augmentée. Nous ne renvoyâmes donc pas ce jeune homme.
La maladie continua avec des crachats purulens, abondans sans anxiété précordiale , avec une fiévre trés-vive, un dépérissement général et une faim insatiable. Cet état dura jusqu'au mois de juin 1807. Alors on vit survenir le dernier degré de colliquation avec ses phénoménes ordinaires , savoir: diarrhée , sueurs, chute des cheveux, maigreur excessive, et cedéme monstrueux des Jambes.
Cet état déplorable fut encore augmenté par l'apparition d'une tumeur au cóté droit de la poitrine. Cette tumeur, qui s'accompagna de suite de fiuctuation , avait son sommet terminé en pointe prés dela mamelle, entre la troisième et la quatrième côte. Une incision y fut pratiquée, et il en sortit une quantité de pus dix fois plus grande que le volume de la tumeur ne semblait l'annoncer. Nous en tiràmes la conclusion qu'il existait un empyéme formé depuis long-temps. La sorüe de l'air par l'incision confirma notre opinion , et nous prouva complètement que l'abcés communiquait dans l'intérieur de la poitrine.
Nous vimes clairement qu'aucune adhérence de ia plévre ne s'opposait à l'issue du pus, soit par l'introduction du doigt dans la plaie, soit par l'écoulement libre et facile du pus, dont il sorüt par l'ouverture plus de huit livres, en
fférentes fois, dans l'espace de sept jours.
Les défaillances qui survenaient empêchaient | quelquefois la liberté de l'écoulement.
La faiblesse augmentant tous les jours, le malade périt.
On trouva dans le cadavre ce que l'on avait présumé. Dans le côté droit de la poitrine, plusieurs côtes étaient cariées. La cavité droite était inondée de pus, et l'incision y pénétrait. Le poumon droit présentait dans son lobe moyen deux cavités calleuses renfermant du pus; la perte de substance n'était pas trésgrande. Le poumon gauche contenait de petites vomiques et des ulcères. Il y avait plusieurs adhérences du poumon à la plévre. Le cœur était grand et en bon état. Il y avait une petite quantité de sérosité dans le péricarde. Le diaphragme , le foie et les autres viscéres de l'abdomen étaient sans altération. Nous n'ouvrimes pas le crâne. Tout le système veineux était engorgé et variqueux d'une manière particulière. |
Réflexions. ll peut donc exister un empyème considérable sans anxiété, sans orthopnée, et sans autre lésion de la respiration que son accélération. Il peut donc y avoir érosion des cóies et des parties molles par l'àcreié du pus. Le pus tend donc à se porier en dehors par la résistance intérieure du poumon.
L'existence de la vie avec une consomption si grande et si longue, le mouvement musculaire s'exécutant presque sans fibre musculaire, laccumulation de tant de sang dans les veines, un appétit vorace subsistant jusqu'à la fin de la vie, malgré de si grandes souffrances, ne sont-ils pas des phénomènes qui méritent notre admiration?
L'état du systéme absorbant dans cette maladie doit étre bien particulier.
Neuvième ouverture.
Ux cocher àgé de 60 ans, d'une constitution forte, etexercé aux travaux corporels, avait été renversé vingt ans auparavant par un char, et frappé dans la région de la clavicule.
Il lui vint alors sous la clavicule droite, prés de son insertion sur le sternum, une tumeur grosse comme une noix, sans douleur, mais ayant des pulsations fortes.
Le volume de cetie tumeur ne présenta ni augmentation ni diminution pendant vingt ans. Cei homme continua l'exercice de son métier de cocher, sans éire incommodé d'un travail si pénible.
A la fin de mai 1807, il fut pris d'une fiévre catarrhale accompagnée d'une toux très-vios lente, dont les efforts produisirent un tel changement dans la tumeur, que son volume devint six fois plus considérable. La couleur de la peau, qui était rouge dans cet endroit, devenait safranée par la pression du doigt. Les pulsalions devinrent beaucoup plus fortes.
Un chirurgien ignorant, consulté, prenant cette tumeur pour un abcès, ordonna des purgalifs qui exaspérèrent la toux, et promit qu'il ouvrirait bieniôt l'abcés.
Un médecin que l'on consulta aussi, fut contraire à ce projet, connaissant la maladie. On conscilla à cet homme d'entrer dans notre clinique.
Examiné avec soin le 13 juin 1807, voici les principaux phénomènes qu'il offrit : La tête pesante, un délire léger et tranquille, la face enflée, les yeux à demi fermés, la voix rauque, la déglutition un peu empéchée, des hoquets fréquens, la respiration très - embarrassée, courte et sifflante; le bras droit enflé et livide,
avec une sécheresse particulière de la peau.
La tumeur anévrismale dans sa longueur, s'étendait au-dessus de la clavicule droite, depuis son union avec le sternum, jusqu'à l'apophyse acromion, et descendait au-delà de la clavicule, jusqu'à la troisième vraie côte ; sa hauteur atteignait presque le menton. Cette tumeur était par-tout dure, d'un rouge livide, pàlissant par la pression du doigt. Par une forte pression, elle était douloureuse avec sentiment de gène. Dans toute son étendue , il existait des pulsations , qui non seulement étaient sensibles au tact, mais méme visibles à l'œil. Le pouls à chaque bras était fort, dur, irrégulier et isochrone avec les pulsations de la tumeur anévrismale, ce qui existait aussi à lariére carotide gauche externe, dont les pulsalions étaient plus fortes que dans l'état naturel.
Nous reconnûümes tous l'existence d'un anévrisme vrai; mais nous ne pümes pas déterminer s'il existait dans la carotide externe , ou dans la sous-claviére , ou dans l'artére innominée qui en est si souvent le siége.
. Nous n'ordonnàmes que des secours purement palliatifs; extérieurement, des applications froides, avec une légére pression. Nous nemployàmes pas la digitale pourprée que
PRATIQUE. 224 quelqu'un proposa, à cause du délire , de la pesanteur de téte et de la toux.
La tumeur croissait toujours, et semblait s'étendre à vue d'œil. Par-là , tous les symptômes devenaient plus graves. L'anxiété ne laissait de repos dans aucune position ; la respiration était sifflante avec orthopnée; les sensinternes étaient trés-affaiblis; le pouls devenait toujours pius irrégulier , souvent trés-faible et intermittent.
Le soir du méme jour, le froid des extrémilés et de la pointe du nez , la lividité des lévres? la sueur visqueuse de la face, l'affaiblissement de la vue, annoncérent les approches de la mort, qui arriva en effet un peu avant le jour, avec les symptômes de la suffocation. |
Le lendemain , à l'inspection du cadavre, la tumeur anévrismale présentait la méme couleur et la méme étendue, quoiqu'un peu moins élevée. A l'ouverture de la poitrine, on vit à la partie antérieure et inférieure du poumon droit unie aux côtes, un sac adhérent du diamétre de cinq pouces, formé par de fausses membranes , contenant environ dix onces de sérosilé sanguinolente. Le poumon gauche était libre, mais tuberculeux comme le droit, Le cœur et le péricarde étaient à peu prés comme dans l'état naturel. La crosse de l'aorte , dans
l'endroit de la naissance de l'artère innominée, était tellement distendue, qu'elle avait prés d'un pouce et demi de diamétre ; l'artére innominée, dans tout son trajet, avait prés d'un pouce. À sa partie supérieure, on voyait un sac membraneux adhérent, haut de trois pouces, formé parles membranes mémes de l'artére , qui, à cause de leur trop grande extension, étaient irés- minces et transparentes dans plusieurs points. Ce sac versait le sang quil contenait dans un autre sac plus grand , qui formait la tumeur externe apparente pendant la vie. Cette tumeur était elle-méme formée par de fausses membranes et un tissu cellulaire abondant.
Elle était appuyée en haut, en dehors et en arrière, sur les muscles voisinset sur le sommet du poumon droit. En avant , elle était adhérente par du tissu cellulaire à la première , à la seconde et à la troisième vraie côte, dont la partie interne était cariée. La clavicule, située comme un axe dans la cavité de ce sac, auquel elle n'adhérait que par ses extrémités, était molle et cariée. Ce sac contenait à peu prés une livre d'un sang noir et caillé. L'artére sous-claviére droite , ce qui est étonnant, était en dehors, sans aliération , et ayant son diamètre ordinaire.
PRATIQUE. 225 Réflexions. Ce cas, ainsi que tant d'autres, confirme la doctrine exposée par Scarpa, dans un ouvrage classique sur l'origine et la nature des anévrismes. Quand les tuniques propres de lartére sont rompues, sans quil y ait eu violence, les membranes voisines peuvent peuà-peu former une espéce de nouvelle cavité artérielle, qu'on pourrait appeler encore un anévrisme vrai, quoiqu'elle mérite plutót le nom d'anévrisme faux, si l'on veut se servir du langage de l'école.
Dixième ouverture.
UNE servante âgée de 20 ans, bien réglée, éprouvait depuis long-temps, sans cause connue, une difficulté de respirer, et des défaillances fréquentes. Le 9 juin 1807, elle ressentit les premiers symptómes d'une maladie fébrile. La respiration devint tout-à-coup trèspénible, et accompagnée de beaucoup d'oppression.
Elle réclama nos secours le quatrième jour de la maladie, n'ayant encore usé d'aucun remède ; elle présentait alors une morosité particuliére, un trouble du cerveau avec tintemens d'oreille, la respiration étant courte, la poiirine se dilatant cependant bien. Il existait un sen-
timent de gène sous le sternum, sans toux et
sans crachement; le décubitus était possible sur les deux côtés ; l'abdomen était dans l'état naturel ; la peau un peu sèche ; les évacuations alvines et urinaires, comme en santé ; le pouls égal, fréquent et un peu faible.
Nous pensàmes alors que cette maladie pouvait être une péripneumonie occulte avec fièvre inflammatoire et tendance au caractère nerveux. La considération des symptómes qui avaient précédé, nous donna aussi des craintes sur l'existence d'un vice organique dans la poitrine.
D'après cela, nous ne fimes pas de saignée ; nous ordonnàmes une décoction émolliente pour boisson, des poudres camphrées, et une application rubéfiante entre les épaules.
Le cinquième jour de la maladie, la nuit fut très-agitée. La tête devint plus pesante et plus embarrassée ; la respiration laborieuse, sans toux. Il y avait quelques soubresauts dans les tendons , et un météorisme dans la région de la vessie.
Nous continuàmes les remèdes de la veille ; nous y joignimes la camomille intérieurement et extérieurement, en fomentation et en lavement,
Le sixième jour de la maladie, l'état d'ivresse et de bourdonnement de la téte était plus grave, lanxiété moindre, la langue nette et humide.
Il y eut évacuation par les selles et les urines.
On prescrivit une infusion de fleurs d’arnica avec du camphre , une décoction émolliente avec des fleurs de camomille, des applications rubéfiantes aux cuisses. Aprés midi, nouveau redoublement.
Le septième et le huitième jour , méme état.
On vit un exanthéme peu apparent sous la peau, qui disparut de suite.
Le neuvième jour, la tête fut pluslibre; mais le pouls plus faible. Depuis trois jours , on observait un redoublement aprés midi. L'affection de poitrine variait, tellement tous les jours, qu'on aurait pu la prendre pour spasmodique.
Nous prescrivimes une décoction de quinquiua , avec l'esprit dé sel ammoniac anisé , et le sirop de fenouil ; le camphre en poudre fut continué , et de nouveaux rubéfiaus furent appliqués entre les épaules. L’exacerbation eut lieu à midi et semblait avancer. |
Le dixiéme Jour, le redoublement vint à sept heures du matin. La tête était assez libre, la langue naturelle , la respiration beaucoup meilleure , le pouls plus élevé ; l'abdomen était un peu tendu et météorisé : on augmenta la dose du quiaquina.
Le soir , nouveau redoublement. L'anxiété était plus grande , la langue tremblante, le pouls faible: il y avait de nouveaux soubre-
pe I 9.
228 MÉDECINE sauts des tendons; la déglutition était difficile, sans affection apparente du gosier.
Au milieu de la nuit, il survint comme une attaque d'asthme , qui fut apaisée par une mixture antispasmodique, avec le laudanum et l'esprit de corne de cerf.
Le onzième jour, la tête était pesante, les lèvres sèches, la langue humide , la déglutition libre, le pouls plus faible, la respiration difficile avec anxiété. Nous ajoutâmes aux remèdes précédens la valériane, et deux vésicatoires aux cuisses.
Le soir, il y eut un redoublement très-fort.
L'anxiété était extrême , la déglutition de nouveau empéchée , le météorisme plus grand, le pouls vacillant , et la peau séche.
Le treiziéme et le quatorziéme Jour, tout était dans le méme état ; mais le redoublement du soir fut moins violent. Nous ne changeàmes pas le traitement; seulement nous augmentämes la dose de la valériane , et nous ajoutàmes du soufre doré d'antimoineaux poudres camphrées; nous remplacàmes aussi l'esprit de sel ammoniac anisé par la liqueur anodyne.
Le quinzième jour, la tête fut moins troublée, la déglutition plus libre, la respiration moins láborieuse, le pouls plus élevé ; mais le sentiment de poids sous le sternum , et le
PRATIQUE. 22 météorisme persisièrent. Le soir, il y eut un nouveau redoublement léger. ; |
Le seizième jour, la tête était assez libre, la morosité moindre, le sentiment de poids sous le sternum toujours le même ; l'abdomen avait moins de tension, le pouls était trésvariable, et les excrétions naturelles. L'exacerbation du soir fut presque nulle. La nuit, nouvelle attaque d'asthme.
Le dix-septième jour, la tête était presque libre, la fizure gaie, la respiration plus facile, l'appétit semblait revenir; le sentiment de poids sous le sternum était moindre, le météorisme presque nul, le pouls plus fort et moins fébrile.
Au lieu du soufre doré d'antimoine , nous ajoutàmesdu castoréum aux poudrescamphrées; nous continuámes d'ailleursles mêmes remèdes.
Les dix-huitiéme et dix-neuviéme jours, le mieux continua.
Le vingtiéme jour, le matin, à un frisson d'une heure succéda de la chaleur. Un redoublement semblable eut lieu aprés midi; la respiration était difficile, les extrémitésinférieures presque insensibles. á
Le vingt-uniéme jour, l'état de morosité revint, avec une grande difficulté dela respiration, sans toux ; l'abdomen se météorisa de nouveau; le pouls devint petit et trés-fréquent; le ventre resserré.
Cette rechute futelle due à quelque événe-
ment inconnu, ou bien , arriva-t-elle parce que lon coupa les cheveux de la malade, qui étaient remplis de pous? Quelle que fût la cause de la récidive, nous continuàmes, à cause de la débilité urgente, le traitement nervin et tonique.
. Le vingt-deuxiéme jour, la nuit fut tranquille et sans exacerbation. Le matin, la tête était dans un état de stupeur, les joues présentaient une rougeur circonscrite, la respiration était trés-pénible, le pouls variable, la peau sèche, la chaleur mordante, l'urine aqueuse.
Au lieu de la valériane , nous ajoutàmes l'angélique aux autres remèdes , et nous ordonnàmes un vésicatoire entre les épaules.
Le vingt-troisième jour, la face était terreuse, la respiration n'était pas meilleure : on observait à-peu-prés les mêmes symptômes que la veille. Aprés midi, il survint une défaillance suivie d'une anxiété extréme, d'une faiblesse et d'une irrégularité trés-grande du pouls. Nous prescrivimes une mixture analeptique et quelques cuillerées d'un vin généreux souvefit répétées.
Le vingt-quatrième Jour, la difficulté de respirer augmenta, le pouls devint trés-faible et inégal. On ordonna le remède suivant :
Pr. Eau d'hyssope, .......:.,. quatreonces.
Liqueur de corne de cerf succinée , demi-gros. Sirop de fenouil, . . . . . . . , . demi-once.
Deux cuillerées à-la- fois, alternativement avec les remèdes précédens.
Le vingt-cinquième jour, le matin, la malade était dans un état de suffocation, et resta tout le jour dans ce danger extrême. Nous ajoutämes du kermés aux poudres camphrées , au lieu de castoréum. Un nouveau vésicatoire fut appliqué au sternum.
Le vingt-sixième Jour , l'anxiété était moins forte; mais il existait toujours un état d'orthopnée ; le pouls était très-faible, inégal; un ver lombric fut évacué par les selles; on remarquait une espéce de crachotement particulier, presque semblable au ptyalisihe. On substitua de nouveau la valériane à l’angélique ; on ordonna des frictions sur l'abdomen , avec le liniment suivant :
Pr. Huile d'absinthe, . ......... une once.
Esprit de sel ammoniac, . . . . . . un gros.
Camphre , . © + 8 29 + 06 9 + * + + 9 a demi-gros.
Le vingt-septième jour, la respiration était un peu meilleure, l'abdomen douloureux, le pouls moins irrégulier, les crachats abondans.
Du vingt-huitième au trente-troisième jour , il n'y eut pas de changement remarquable.
Le trente-quatriéme jour , nouvelle anxiété : respiration trés-difficile, pouls très-faible , intermittent; prostration extrême des forces vitales; les plaies des vésicatoires et les endroits où la malade est couchée commencent à devenir gangreneux.
. Le soir, avant-coureurs de la mort, qui eut lieu aux approches de la nuit. —
A l'ouverture du cadavre, qui se fit publiquement , nous ne trouvàmes absolument rien dans le cerveau et dans l'abdomen , qui pát être regardé comme cause de la mort. Dans tout le trajet des intestins, il n'y avait plus aucun lombric.
Dans la poitrine, les deux poumons étaient sans lésion , et sans aucune marque de suppuration. Cependant, le lobe inférieur du poumon gauche était adhérent à la plévre dans une large surface; le péricarde contenait à-peu-prés six onces d'eau ; le cœur était plus grand qu'à l'ordinaire et flasque. .
Réflexions. L'hydropisie du péricarde trouvée dans le cadavre, rend bien raison de plusieurs phénomènes de la maladie , sur-tout de l'anxiété continuelle, de l'oppression et des défaillanees : elle n'explique cependant pas suffisamment la cause de la mort , qui fut accom-
PRATIQUE. 299 pagnée de plusieurs symptômes étrangers à ceux que l'on observe ordinairement dans l'hydropéricarde.
Comme on ne trouva dans aucun autre organe essentiel à la vie des altérations auxquelles on puisse attribuer la cause de la mort, il faut donc chercher cette cause dans une lésion et une affection particulière des forces vitales, d'autant plus que des symptómes manifestes de fiévre continue nerveuse précédérent la mort,
J'ai décrit avec détail l'histoire de cette maladie, parce que cette fièvre, ayant eu une durée aussi longue, avec un si grand abattement des forces, ce qui est rare et surprenant, on aurait pu blàmer notre méthode de traitement , si nous n'avions pas donné une description exacte de tous les symptômes.
Cependant, quand je considère attentivement les phénomènes et le cours de cette maladie, etl8$ altérations trouvées dans le cadavre (abstraction faite de l'hydropéricarde qui parait seulement avoir donné une mauvaise disposition au sajet), je suis tenté de croire que cette fièvre fut un typhus contagieux, dont je ne veux pas donner maintenant les caractères essentiels, me proposant de publier un traité séparé sur cette maladie, avec des descriptions étendues de cas semblables,
x3 MÉDECINE
Le typhus a un type ordinaire de quatorze jours: et dans le cas qui nous occupe, on vit à cette époque une espéce de convalescence ; mais au vingtième jour, il y eut une rechute ; et aprés un nouveau stade de quatorze jours, la mort arriva. 5
On voit rarement des récidives dans un typhus qui semble ainsi étre terminé; cependant il y en a quelquefois. J'ai observé quelques exemples semblables dans ma pratique, qui furent toujours mortels, et la raison en est facile à comprendre.
Onzième ouverture.
Ux cocher, âgé de 34 ans, jouissant depuis 20 ans d'une bonne santé , quoique d'une constitution faible, fut atteint, par une cause inconnue , ou plutót par linfluence de l'épidémie régnante dans le mois d'août r607, d'une fièvre bilieuse simple, peu grave, accompagnée de tous les symptómes de la polycholie.
Le 12 août , quatrième jour de la maladie, il fut confié à nos soins. Nous lui tas une décoction de tamarins. |
Du cinquième au neuvième jour, nous continuámes les mêmes remèdes ,la maladie n'ayant pas changé de face. On observait même des ré-
PRATIQUE. 235 missions plus sensibles entre les exacerbations, ‘qui avaient lieu tous les jours après midi, avec le type double-tierce ; on pouvait croire qu'une fièvre intermittente allait survenir.
Le dixième jour de la maladie , la rémission étant encore plus manifeste, nous prescrivimes les remèdes amers.
Le onzième jour, après l’exacerbation accoutumée, le malade se trouva tout-à-toup très-mal sans cause connue ; la tête était pesante avec un léger-délire ; la langue sèche et tirée difiicilement de la bouche ; la face presque hippocratique, la respiration libre, l'abdomen sans douleur ; les forces vitales étaient dans un état de prostration totale , les selles involonaires, le pouls trés-fréquent et très-faible; il y avait des soubresauts des tendons.
Dans un tel état de prostration des forces et de malignité, nous employàmes les remédes nervins les plusénergiques, unis au quinquina. On appliqua deux vésicatoires aux gras de jambe , et un à la dio
Le douzième jour, méme état: débilité encore plus grande. De nouveaux vésicatoires furent appliqués sans effet. Le malade mourut vers le milieu de la nuit.
A l'ouverture du cadavre, nous ne trouvâmes rien d'extraordinaire dans le cerveau , qu'un
engorgement peu remarquable des vaisseaux.
Dans la poitrine, la plévre était adhérente aux côtes dans quelques endroits. Le poumon était en trés-bon état. Le péricarde était jaune ainsi que la graisse qui lentoure; sa cavite contenait une trés-petite quantité d'un liquide sanguinolent. Dans labdomen, la substance du foie était très-jaune; la vésicule du fiel, pleine de bile; la rate très-grande ; l'estomac , les intestins et l'épiploon étaient très-jaunes, mais ne présentaient pas d'altération.
Réflexions. Les causes de l'abattement si grand des forces, qui survint subitement dans ce cas, nous sont inconnues, comme celles de la malignité en général. L'ouverture des cadavres ne nous apprend rien de plus certain sur ces changemens funestes si profondément cachés.
On se tromperait certainement, si l'on voulait regarder l'engorgement léger des vaisseaux du cervedu, ou la petite quantité de liquide contenue dans le péricarde comme causes de là mort.
Souvent il arrive que les forces vitales trop excitées par la fièvre, ou trop génées dans leur mouvement, au lieu d'une explosion heureuse qu'elles pourraient faire, succombent
tout-à-coup, s'épuisent et s'éteignent après une exacerbation grave de la fièvre. —
Ces idées suffisent peut-être pour faire concevoir la malignité fébrile, sans avoir recours pour l'expliquer à des miasmes occultes, ou à des dispositions métastatiques fatales.
Souvent les cadavres , à l'exception de l'extinction des forces vitales, ne presentent aucune altération dans les organes.
fDVANSSNAAAAAAATAS CENTTSATYATAATANVAAA 7414 73113711311111'715 111 1111110 37 &$ 112.2 1