‹ Médecine pratiqueChapitre 2 sur 63 · X DISCOURS · texte numérisé non relu

X DISCOURS

dote (1); c'était-là sans doute ume clinique bien imparfaite. Cependant quelques hommes purent aussi se former à la connaissance des maladies et de leurs remèdes. Les prêtres s'adonnérent principalement à cette étude, et on les consulta presque exclusivement : nous les voyons en Egypte exercer la Médecine et l'enseigner dans les temples , dés les temps les plus anciens; ils s'étaient méme crus assez avancés dans cette science pour en tracer des régles écrites : ils avalent composé , au rapport de Diodore de Sicile, un Code ou livre sacré , qui contenait les préceptes de l'art de guérir, et il leur était défendu de s'en écarter.

(1) # Les Babyloniens , dit Hérodote ( Lzere 1.**, C. 197), ont établi une loi sage ; ils apportent leurs malades sur les places publiques ; et comme ils ne se servent pas de médecins, ils demandent aux passans s'ils ont eu la méme maladie, ou s'ils ont vu quelqu'un en étre affecté. Alors ceux-ci leur apprennent ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils ont vu faire pour guérir le méme mal: il n'est pas permis de passer devant le malade sans lui parler et sans lui demander quelle est sa maladie. »

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Esculape à été regardé par les Grecs comme le fondateur de la Médecine clinique. Après sa mort on lui éleva des temples : les plus célèbres furent ceux d'Epidaure , de Pergame et de Cos. Ses prétres, qui se disaient ses descendans, pratiquèrent et enseignèrent long-temps la Médecine dans ces temples, sous les voiles du mystère et de la superstition.

Les malades s'y rendaient de toutes parts; et pendant leur séjour, on mettait en usage différens traitemens, principalement la diéte, les bains, les frictions ; des applications externes , quelques médicamens internes. Les remèdes employés étalent toujours conseillés par le Dieu luiméme qui apparaissait en songe. Quand la guérison avait lieu , on inscrivait sur les murs et sur les colonnes du temple, le nom de la maladie, son histoire, et les moyens qu'on avait mis en usage pour la guérir ; ces inscriptions étaient en trèsgrand nombre ; leur lecture devait certainement procurer à la longue une certaine instruction médicale à ces prétres.

xij DISCOURS Strabon et Pline prétendentméme qu'Hippocrate en a beaucoup profité.

Les philosophes de la Grèce furent les premiers qui s'arrogérent l'exercice de la Médecine au préjudice des prétres. Pour plaire au peuple , ils commencèrent comme ces derniers à employer les expiations, les chants magiques, les sacrifices ; mais peu à peu ils jetérent le masque de limposture , et avouèrent quils guérissaient par des moyens naturels. més plus célèbres de ces philosophes furent : Pythagore, Thalès, Empédocle, Héraclite, Démocrite , etc. Avant eux l'art de guérir était purement em- pirique; ils voulurent établir une Médecine scientifique, fondée sur leurs connaissances superficielles en anatomie , en physique, en histoire naturelle. Ainsi on peut dire qu'ils firent du bien et du mal à la médecine : si d'une pes ils l'arrachèrent à la superstition et à l'ignorance , d'un autre côté aussi ils la j mperent dans uA faux systèmes, qui ont été souvent renouvelés dans la suite.

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Les prétres des temples de Pergame , de Cnide et de Cos, fondérent des écoles qui devinrent célèbres. Ce fut dans celle de Cos que naquit Hippocrate. Ses ancétres , descendans d'Esculape, y avaient pratiqué la Médecine de pére.en fils pendant des siècles. Son père Héraclide laccoutuma dès lenfance à connaître les maladies et leur traitement. Instruit dans la philosophie de son siècle, il débarrassa la Médecine des faux systémes, et la ramena dans la route qu'on aurait toujours dà suivre , l'expérience raisonnée. Ce grand homme doit être regardé comme le vrai fondateur dela Médecine clinique:

en effet, il forma de nombreux éléves, les conduisit lui-même au lit des malades (1) , et leur donna, sur la manière

(1) « Laissez, dit Hippocrate , auprès du malade # en votre absence, un élève instruit qui puisse exé- » cuter vos ordonnances, y ajouter s'il le faut, et faire » donner les alimens en temps utile. Ne confiez jamais » ce soin à de simples particuliers : s'ils faisaient quel. : # que chose de contraire , vous en supporteriez tout le # blàme. » ( Hippocratis deelegantid.) -

xiv DISCOURS

de se conduire dans l'exercice deleur art, des préceptes qui ont fait l'admiration de tous les siècles, Il fit bien des voyages et exerca l'art de guérir dans plusieurs villes. Ses livres des Epidémies attestent combien sa pratique était étendue ; et les sentences contenues dans les Aphorismes et les Pronostics en sont une conséquence rigoureuse, comme l'ont démontré Gode et Aubry.

Dans la famille d'Hippocrate, l'en- : Misiement médical était tout pratique :

les élèves suivaient pendant des années leurs maîtres au lit des malades, et ce n'était qu'après de longues études cliniques qu'ils se livraient eux-mêmes à l'exercice de leur art.

Mais aprés sa mort on suivit une marche bien différente : on raisonna beau- :

coup et l'on observa peu; on disserta sur la nature de l'homme, et sur les premiers élémens qui entrent dans la composition de nos corps ; on se livra à des théories subtiles sur les causes des maladies et sur laction des remédes; enfin, on établit

PRÉLIMINAIRE. AV tant de systémes, que les médecins furent divisés en plusieurs sectes, celle des Dogmatistes, celle des Empiriques, celle des Méthodistes , celle des Pneumatistes et celle des Eclectiques.

. Quel fut l'état des études cliniques, soit dans la Grèce, soit à Rome, pendant cette longue période de temps qui s'étend depuis Hippocrate jusqu'à Galien? Les maîtres conduisaient-ils eux-mêmes leurs élèves au lit des malades, et les formaientils ainsi à la pratique médicale ? se bornaient-ils au contraire à leur enseigner de vains raisonnemens oies dl est difficile de répondre d'une manière précise à ces questions : les auteurs ne nous fournissent que des renseignemens obscurs, contradictoires , ou insuffisans sur tous ces points. On voit par une épigramme de Martial, que auelques médecins de Rome allaient visiter leurs malades accompagnés d'un grand nombre d'élèves ; mais cette pratique fut- elle souvent suivie? et quelles lecons les maîtres donnaient-ils à leurs disciples ?

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Nous l'ignorons. Il paraît qu'on se bornait souvent à apprendre de vaines théories :

Platon lui-même s'en plaint dans un de ses Dialogues. Enfin ,Thessalus de 'Tralles poussa son délire jusqu'à se vanter d'enseigner toute la Médecine en six mois.

Cependant, au miliew de cet égarement général des esprits , Arétée de Cappadoce donna des descriptions de maladies qui serviront toujours de modèles.

Galien , doué d'un génie rare et universel , combattit et renversa toutes les sectes qui régnalent de son temps : il voulut rétablir la Médecine hippocratique; maisil s'égara dans son vaste systéme fondé sur les quatre humeurs et sur leurs qualités, à l'aide desquelles il voulut tout expliquer. Ses volumineux ouvrages contiennent bien des subtilités, et quelques observations de clinique précleuses : son système régna despotiquement en médecine jusqu'aux temps modernes.

Après Galien on chercha peu à reculer les bornes de l'art : on crut qu'il l'avait

PRÉLIMINAIRE. xvij conduit à un degré de perfectionnement qu'on ne pouvait pas surpasser : ses successeurs s'écartérent donc peu de sa doctrine. On trouve cependant des choses utiles dans les ouvrages d'Oribase, d'Aétius, d'Alexandre de Tralles, de Paul d'Egine; mais nous ignorons sils eurent des élèves, et s'ils les formèrent euxmêmes à la pratique. |

Il paraît que les premiers hôpitaux ne furent fondés qu'au quatrième siècle; ils servirent plutôt à satisfaire la charité des chrétiens qu'à l'instruction des médecins : ils étaient l'asile des pauvres et des pélerins autant que celui des malades.

Abulfarage , historien arabe, rapporte que du temps de l'empereur Aurélien, on fonda à Nisapour en Perse une école de Médecine , prés de laquelle on éleva un hópital pour instruire les jeunes médecins; mais Sprengel prétend que le témolgnage d'Abulfarage est suspect, et que cet établissement fut bien plus moderne. Enfin, on bátit peu à peu des hó-

pitaux dans plusieurs villes; mais on

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trouve bien peu de détails dans les auteurs sur leur fondation.

Au milieu des épaisses ténèbres du moyen âge, les Arabes jettent un faible rayon de lumière : ils eurent des hópitaux pour s'instruire; et maloré cela ils ne firent pas de grands progrés dans l'art de guérir. IHsobservérent,les premiers, la variole et la rougeole, et découvrirent quelques médicamens nouveaux; mais ils s'égarérent toujours dans de vaines subtilités. |

À l'époque dela renaissance des lettres, au 15.* siècle, les progrès de la Médecine furent lents : on ne suivit d'abord que les Arabes. Peu à peu cependant on étudia les médecins grecs, et l'on imprima leurs ouvrages. Le système de Galien régna longstemps dans les écoles. Enfin , Fernel, Duret , Houllier , Baillou , firent renaître à Paris la doctrine d'Hippocrate.

Daillou sur-tout fit faire de grands progrès à la Médecine-pratique ; il décrivit avec un talent rare les épidémies quil observa depuis 1570 jusqu'en 1579, sans

, PRÉLIMINAIRE. XIX sécarter de la route tracée par le père de notre art : il mérite d’être mis au nombre des plus grands médecins (1).

Paracelse voulut détruire la doctrine des anciens ; il brûla publiquement les ouvrages d'Hippocrate et de Galien ; mais son système , fondé sur la magie, l'astrologie, la chimie, ne put pas se soutenir long-temps : il fut ensuite renouvelé en partie par Van Helmont, qui y joignit de grandes vues physiologiques, fonda sa doctrine sur la chimie, et bannit la .saignée et le traitement antiphlogistique de la pratique de la Médecine. Son systeme fut ensuite suivi par Sylvius, Willis , Wédelius, Ettmuller.

Enfin Sydenham parut; il marcha sur les traces d'Hippocrate, et observa avec une sagacité rare les constitutions atmosphériques et les maladies épidémiques qui régnèrent depuis 1661 jusqu'en 1680.

(1) Barthez, dans son Discours sur le génie d Hip, pocrate , a fait un parallèle entre Sydenham et Baillou, qui est tout à l'avantage du médecin francais.

XX DISCOURS? y 1l bannit du traitement des maladies aiguës les remèdes stimulans dont les chimistes faisaient un abus si funeste ; 1l fit une véritable révolution dans lart de guérir; et ses.travaux ont eu la plus grande influence sur les progrés ultérieurs de la Médecine. . t On n'est pas d'accord.sur l'époque de Vétablissement des cliniques. La plupart des auteurs ont dit que ce fut Francois Sylvius de le Doé qui fonda à Leyde la première clinique en 1658. Mais Comparetti a très-bien prouvé que celle de Padoue est antérieure de 80 ans ; elle fut établie dans l'hôpital de St.-Frangois de cette ville en 1578., par un décret (1):

on ne possède pas de grands détails sur cette ancienne clinique. Ses premiers professeurs furent Albert Dottoni et Marc Oddo. L'un d'eux faisait la visite

(1) Comparetti. Saggio della scuola clinica nello spedale di Padova, pag. 6. Thomasius de gymnasio Patavino , Lib. IV, pag. 420. Facciolati fasi gymnasii Patavini, pag. 215.

, PRÉLIMINAIRE. xx] de la salle des hommes; l'autre , de celle des femmes. Îls devaient instruire les éléves au lit des malades, et faire avec eux les ouvertures de cadavres : mais des rivalités de corps s'opposérent bientôt à leurs efforts. Aprés quelques années on leur défendit d'ouvrir des cadavres. Enfin, il n'est pas certain que cet utile établissement ait existé ensuite sans interruption.

Une autre clinique fut aussi fondée dans le méme hôpital de Saint-François de Padoue, en 1637; mais il parait qu'elle ne dut son origine qu'à l'influence des sectes qui régnaient alors; car on ne sy occupait que de la connaissance du pouls et de l'examen des urines. Le premier professeur de cette clinique partielle fut Jules Sala (1). Cette clinique du pouls et des urines était confiée aux professeurs de Médecine-théorique; tandis que la premiére était dirigée par les professeurs de pratique. .

Peu d'auteurs ont parlé de l'ancienne

(r) Comparetti, ouvrage cité , pag. 8.

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