‹ Médecine pratiqueChapitre 22 sur 63 · EE · texte numérisé non relu

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Jr crois que les théories des fièvres anciennes et modernes sont trop peu certaines, pour pouvoir servir de base au traitement de ces maladies. En effet, le défaut d'oxigéne, le change-

ment morbide de l'incitation, et d'autres hypothèses nouvellement inventées n'expliquent pas assez bien la nature et la différente forme des fiévres, pour qu'on puisse, sur de semblables théories, établir une méthode de traitement sûre.

Les modernes ont commis les mêmes erreurs que les anciens: ou bien, ils ont entièrement négligé de tenir compte des effets secondaires provenant des causes premières des fièvres ; ou bien, au contraire , ils ont regardé mal à propos ces effets secondaires comme la cause premiére. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, pour la débilité fébrile (1).

(1) La cause prochaine de la fiévre, dit Hildenbrand (Institutiones practico-medice , 1816, tom. 1 , pag. 96 et suiv.) , parait consister dans une réaction trop grande des forces vitales irritées par un stimulus morbifique positif. Ainsi, ce stimulus positif, qui irrite l'organisme, est la cause excitante de la fiévre; et sa cause prédisposante existe dans la faculté plus ou moins grande qu'a le corps humain de recevoir l'action des puissances stimulantes. De-là naissent les axiómes suivans : 1.0 Toute fièvre vient d'une cause irritante , et s'accompagne toujours d'irritation au moins dans le commencement. 2.0 Une fièvre ne peut jamais étre produite par la seule faiblesse des actions vitales ; mais elle peut s'accompagner de faiblesse , laqueile est toujours secondaire et un effet de la maladie, mais jamais sa cause. (Note du Traducteur.)

Quand nous ignorons donc la cause prochaine des fièvres, nous employons souvent une méthode indirecte de traitement, qui dirige les actions vitales lésées, et modére autant que possible les sympiômes urgens.

On peut quelquefois opposer une méthode de traitement directe, aux fiévres sporadiques dont les causes sont particulières, et par conséquent mieux connues ; mais les causes des fièvres épidémiques et contagieuses, et leurs manières d'agir, sont trop incertaines pour qu'on puisse employer un traitement direct, à moins qu'on ne veuille combattre des causes hypothétiques.

Nous observons souvent que les fiévres épidémiques et contagieuses guérissent heureusement d'elles-mémes , sans médicamens et sans aucun secours de l'art, malgré des circonstances diététiques défavorables. Cela est prouvé par l'exemple d'un très-grand nombre de pauvres qui surmontent heureusement la maladie, quoiqu'environnés de tous les obstacles à la guérison ; el sil n'en était pas ainsi, cela serait bien malheureux pour le genre humain.

La nature, avec lesecours des actions vitales, fait les efforts les plus grands et les plus salutaires, soit pour modérer les effets secondaires de la fièvre, soit pour affaiblir et chasser du

corps les causes cachées. Enfin, quand les stimulus morbides ne peuvent pas être détruits, on peut souvent s'y accoutumer de maniére à n'en être plus affecté. |

Tout médecin qui aura observé avec un esprit attentif, et nón aveuglé par des hypothéses , lecours des fiévres abandonnées à ellesmémes et leurs changemens , ne pourra pas nier les efforts salutaires de la nature. |

La pratique la plus simple sufht donc en général dans les fièvres; et elle est, dans la plupart des cas, couronnée du plus heureux succès.

Il suffit, pour guérir les fièvres épidémiques contagieuses et critiques, de diriger avec prudence les actions vitales salutaires , et d'éloigner tous les obstacles qui leur sont opposés.

Qu'ils s&moquent de notre pratique, ces médecins qui disent qu'elle est timide et surannée ; ils ne peuvent cependant pas lui en substituer une meilleure ; ils se vantent avec emphase d'étre les maitres et non les ministres de la nature qui opère dans les fiévres , ainsi que de la vie : ils ne peuvent cependant ni arréter, ni méme abréger le cours d'une variole, d'une rougeole, d'un typhus, ni même d'un simple accès de fièvre intermittente quand il a commencé, Ce ne sont que les actes de la

264 MÉDECINE nature qui mettent fin à ces maladies, quand leur cours est terminé.

Mais les railleries de ces médecins, trop acüfs et trop présomptueux , tourneront à leur détriment ou à celui de leurs malades , quand ils auront opprimé les efforts salutaires de la nature.

Il faut distinguer avec attention , des fièvres qui saccompagnent de crises, toutes les fièvres symptomatiques qui consistent presque uniquement dans une accélération de la circulation des humeurs. Ces derniéres affections n'offrent aucun effort pour produire des crises salutaires; | ou bien, ces efforts sont obscurs et insuflisans.

Dans le traitement de toutes les fièvres qui s accompagnent de crises, il faut d'abord avoir égard à l'état des forces vitales et à leurs actions; elles sont les instrumens avec lesquels la nature exécute ses opérations contre le stimulus morbifique, et méme la cause prochaine des fièvres parait principalement consister dans une lésion particuliére de ces actions de la vie.

On observe que dans les fiévres les actions vitales sont ou modérées , ou en excés , ou opprimées , ou affaiblies.

L'hypersthénze et l'asthénze des partisans de la doctrine de l'incitabilité, ne suffisent pas pour déterminer toutes les lésions des actions vitales

PRATIQUE. E dans les fièvres. Quoique l'on considère l'asthénie dans deux états, on a encore besoin d'établir une nouvelle subdivision de l'incitation affaiblie : c'est ce que l'on comprendra bientôt.

Nous disons que les actions vitales sont modérées, quand elles suffisent exactement pour l'exécution des mouvemens salutaires. IL est méme favorable qu'elles soient dans un léger état d'excitation ; car on peutencore les appeler modérées, quand elles sont dans un léger degré de stimulation, qui est nécessaire pour l'exécution des changemens salutaires.

Le médecin n'a pas besoin de beaucoup agir, quand les actions vitales sont ainsi modérées. Il suffit de les soutenir et de faire attention aux crises qui peuvent survenir. |

S'il n'y a pas d'affection locale urgente , et si quelques symptómes ne demandent pas de traitement particulier , le médecin pourra aisément rester simple spectateur, comme l'ont fait si souvent Hippocrate et Sydenham.

Les actions vitales en excès, qui, par leur mouvement trop impétueux et leur trop vive excitation , peuvent produire divers effets funestes , et trop précipiter les crises, demandent plus d'activité de la part du médecin : il faut les modérer; c'est l'Aypersthénie des partisans de l'incitabilité.

Il est cependant facile de satisfaire à cette indication , et de diminuer les forces jusqu'à ce que les actions vitales soient revenues à un état moindre d'excitation, et à un degré modéré convenable. Mais, je l'avoue, ces cas sont rares dans la pratique.

Les forces vitales trop long-temps en excés finissent par s'affaiblir et s'épuiser, d'où naît la débilité.

L'état d'oppression des actions vitales qui est trós-fréquent dans les fiévres, mérite une considération et une mention particuliére. Il est des médecins qui nient l'existence de cet état, sur-tout les partisans de l'incitabilité , qui ne savent pas lui assigner une place dans leur systéme.

Certainement les forces vitales accablées par les obstacles qui sopposent à leurs actions, ou ne peuvent pas les exercer, ou ne le peuvent que d'une manière obscure et faible; mais cette débilité est fausse. Les forces ne sont nullement diminuées, et leurs mouvemens deviennent de nouveau trés-vifs, quand les obstacles sont éloignés.

Les principaux de ces obstacles sont le spasme, la pléthore et l'existence de matières hétérogénes internes. Ce sont aussi là, les causes de la plupart des fiévres , ou plutôt les effets

PRATIQUE. 26; primitifs de leurs causes. Aussi voit-on tréssouvent cet état d'oppression des forces dans le commencement des fièvres. Souvent aussi des stases locales dans quelque viscére amènent cet état d'oppression des forces. On doit donc diriger le traitement de manière à éloigner ces obstacles. Il faut employer pour cela la méthode évacuante ou la méthode révulsive.

Plus les forces sont promptement libérées, plus cela est 2vantageux; car, quand cet état d'oppression des actions vitales est trop prolongé, les forces qui ne s'eatretiernent que par un exercice continuel, s'épaisent et s'éteignent. Alors survient la débilité vraie; et de-là, un grand empéchement aux crises.

Quelquefois les forces opyrimées font des explosions spontanées quand l'obstacle est diminué, mais non entiéremeat éloigné. C'est ainsi, par exemple, que quelquefois la pléthore ou le spasme diminuent pendant le cours de la fièvre. De-là naît souvent une crise salutaire, à laquelle contribuent aussi, d'autre part, les exacerbations fébriles.

Cet état d'oppression des forces vitales est éclairci, et confirmé par la considération de l'existence d'un état semblable dans les forces élastiques.

Plusieurs cas de fièvres regardées comme as-

théniques par les partisans de l'incitabilité , doivent être rapportés à cet état. La méthode stimulante employée dans cette faiblesse fausse , a fait périr beaucoup de malades, et n'en a guéri aucun ; car ceux qui échappent doivent leur salut aux crises salutaires qui n'ont pas pu être empéchées par le traitement contraire, et aux explosions heureuses des forces vitales.

Enfin , l'affaiblissement des actions vitales. dans les fièvres, qui s'accompagne d'un état de langueur et constitue la débilité vraie, naît de deux maniéres. En effet, quelquefois les forces vitales sont réellement diminuées, ou , quoique existant dans leur intégrité , ne peuvent pas exécuter leurs actions ordinaires par un défaut de stimulans suffisans ; c'est la débilité simple, débilité avec éréthisme , asthénie directe des partisans de l'incitabilité. D'autres fois aussi , ces mêmes actions vitales sont affaiblies, parce que les forces ont été fatiguées et épuisées par des stimulans trop forts et qui ont agi trop long-temps ; ou bien, parce qu'un état de langueur est survenu tout-à-coup, ou a trop persisté; ou bien enfin, parce qu'on a laissé trop long- temps durer l'état d'oppression. Cest la débilité avec stupeur , débilité maligne , asthénie indirecte des partisans de l'incitabilité.

Dans cetétat, ou bien la mort estimminente à chaque instant, ou bien, l'on voit les effets secondaires les plus funestes dans l'état des solides et des humeurs. De-là, les crises sont impossibles, insuffisantes ou nulles.

Dans ces deux états de débilité vraie, les actions vitales doivent étre relevées, les forces. excitées et restaurées.

Dans le premier cas, on doit commencer par les stimulans les plus légers ; dans le second cas, on doit de suite administrer les stimulans les plus puissans. C'est ce qu'enseignent trés-bien les partisans de l'incitabilité.

Ces deux indications sont difficiles à remplir, sur-tout la derniére. Cependant , jusqu'ici, l'art manque de meilleurs secours.

Aprés avoir satisfait dans les fiévres aux indications vitales qui dirigent les mouvemens salutaires, et tiennent les forces dans de justes bornes, il faut avoir égard aux symptómes urgens. C'est ce que négligent plusieurs médecins modernes, qui traitent une maladie comme un tout, sans s'embarrasser des parties.

Les affections locales des organes et des viscéres, et la lésion des excrétions provenant soit de la fièvre elle-même, soit de la disposition du malade, ou des causes latérales, peuvent présenter des symptómes trés-divers dans le

cours des fiévres; et ces symptômes peuvent réclamer un traitement spécial, soit parce qu'ils sont pénibles pour le malade; scit parce qu'ils deviennent graves, ou enfin parce qu'ils peuvent opprimer la vie elle-même. Souvent ces effets de la maladie produisent eux-mêmes des suites funestes.

Cette cure symptomatique deit être rationnelle autant cue Lois Il faut d ies i.

modérer de maniére à ne pas nuire à l'indication vitale.

Par ces deux méthodes jte érales de traitement, vitale et symptomat wm , toutes les b Adres soie être menées à une terminaison heureuse, à moins que des nes parüculières et accessoires ne se présentent. |

Le éraiiement spécial des fièvres doit être dirigé d'après leurs caractères spéciaux.

Mais les crises demandent aussi un régime prudent. H fau? donc bien disünguer les symptómes morbides des symptômes critiques.

Les crises sont des phénomènes très-importans dans les fièvres. Ceux qui les nient, n'ont pas. observé les fièvres continues dans tout leur cours (je ne parle pas des symptomatiques) , ou les ont mal observées.

Les crises sont des changemens subits et salutaires , qui arrivent sans " secours directs

PRATIQUE. 271 de l'art, et que nous attribuons, à juste titre, aux efforts de la vie pour combattre la fièvre. On observerait ces terminaisons salutaires biea plus fréquemment, si elles n'étaient pas empéchées par divers obstacles.

Sur 116 fièvres continues que nous avons pu observer avec soin dans notre clinique, pendant le cours de cette année, 82 se sont terminées par une crise manifeste ; 34 ont fini dun manière lente, qui répondait à- peu-prés aux moyens employés.

Des observations réitérées nous ont prouvé que les fièvres rhumalüismales , pituiteuses et gastriques vraies, ne présentent pas de crises évidentes. Les fiévres symptomatiques en général ont aussi des crises nulles ou insuffisantes.

Sur 82 crises manifestes de fièvres continues, 5 furent mortelles, 77 furent heureuses et amenérent la santé.

Sur ces 77 crises heureuses , 51 furent évidentes et décisives en une seule fois, 26 furent partielles et séparées.

Seize de ces crises eurent lieu le septième jour , dix le neuvième, sept le onzième, six le quatorziéme , deux le dix-septième , et une le vingtiéme. Neuf arrivérent dans des jours non critiques, dont quatre avant le septiéme jour.

Parmi les crises qui furent partielles et di-

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visées, trois eurent lieu le septième jour, quatre le neuvième, six le onzième, neuf le quatorziéme , et quatre dans des jours non critiques.

Parmi les crises mortelles, une eut lieu le septième jour, deux le quatorziéme , et une le dix-septième. |

Si quelquefois des crises surviennent dans des jours non critiques, nous ne l’attribuons pas à une erreur dans le calcul; car nous datons toujours le commencement de la fièvre de la première horripilation , et l'autorité des jours critiques n'est pas pour cela détruite. En effet, les crises dépendent des exacerbations ; et, comme l'avait déjà dit Hippocrate, les fièvres qui ont leurs exacerbations les jours impairs , sont aussi jugées les Jours impairs ; et celles au contraire qui ont leurs exacerbaüons les jours pairs, sont jugées les jours pairs.

Les exacerbations des fiévres continues ont lieu dans le commencement, principalement sous le type double-tierce ; leurs crises se remarquent aussi le plus souvent les jours impairs.

Mais, si dans le cours de la fièvre ces exacerbations avancent ou retardent notablement, il peut.y avoir aisément anticipation d'un jour. Alors l'ordre est troublé, et les redoublemens ainsi que les crises arrivent les jours pairs.

Mais, siles exacerbations ont le type quotidien

PRATIQUE. 279 vrai, Ce qui arrive quelquefois, les crises peuvent avoir lieu tous les jours. |

ll importe beaucoup, dans les fièvres, de diriger par un traitement convenable ces exacerbations d'où dépendent les crises, et de modérer les symptómes critiques qui consistent ordinairement dans des évacuations salutaires. C'est ce qu'il est aisé de comprendre, si l'on considére que les paroxysmes des fiévres intermittentes demandent les mémes précautions.

A cette époque des fiévres, nous rejetons toute méthode trop active; il nous suffit de seconder par des moyens doux les opérations salutaires ; il faut méme alors stimuler avec beaucoup de modération lesactions vitales languissantes; il faut avoir grand soin de retenir les premiéres exacerbations dans de justes bornes: de-là , dépend en grande partie l'issue de la maladie. C'est sur cette loi qu'est fondé ce que les anciens ont dit des Jours indicateurs des crises que l'on observe encore maintenant.

Souvent les fiévres ne sont jugées et guéries qu'après plusieurs crises partielles. De méme aussi, dans les fiévres qui ont des crises décisives , il en survient quelquefois de légéres et tardives, qui ne sont apercues qu'avec une grande attention par les malades et méme par les médecins.

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