‹ Médecine pratiqueChapitre 24 sur 63 · DES FIÈVRES GASTRIQUES · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES GASTRIQUES

Sans doute plusieurs médecins ont autrefois attaché trop d'importance aux saburres gastriques, et la connaissance des fiévres gastriques était devenue trop vulgaire.

Mais, dans ces derniers temps, des médecins tombant d'une extrémité dans une autre , et n'ayant pas pour eux une expérience suffisante, ont nié entièrement l'existence de ces fièvres, et ont voulu exclure méme leur nom de la Médecine. Ils ont rappelé les temps de Winslow (1), qui, quand il prescrivait un purgatif, faisait toujours des prières à genoux, pour qu'il n'affaiblit pas trop son malade.

() Winslow s'est plus distingué dans l'anatomie que dans la pratique de la: Médecine : il doutait et craignait de se tromper dans l'application des moyens de guérir. Le Camus dit , que ce savant anatomiste tremblait lorsqu'il prescrivait une saignée, et qu'il se mettait en priére avant d'ordonner deux onces de manne. ( Eloy. Dictionnaire historique de la Médecine , tom. 4.) (Note du Traducteur. )

C'est entre ces deux excès que se trouve la vérité. Certainement il est absurde, d’après les | plus légers signes d'affection saburrale essentielle ou accessoire , de regarder de suite une fièvre comme gastrique, et de l’attaquer par les remèdes les plus actifs, comme seul moyen -de salut. De méme aussi, c'est montrer une grande obstination ou une grande ignorance , que de négliger entièrement ces sabürres nuisibles, deles alimenter, pour ainsi dire, et de n'avoir aucun égard aux excrétions alvines.

Dans notre clinique , nous avons toujours combattu avec le plas heureux succès, tant que les forces des malades lont permis, ces saburres gastriques, soit qu'elles fussent primi- "ves , secondaires ou accessoires, ce qui conslilue trois divisions de ces fièvres. Nous allons faire des recherches sur chacune d'elles en particulier.

Les saburres gastriques sont quelquefois primitives. Tantót eiles naissent chez les gens sains et robustes, qui ne peuvent pas digérer des alimens, soit à cause de leur quantité , soit à cause de leur mauvaise qualité ; tantôt aussi elles naissent chez des individus qui ont les forces digestives faibles, et chez lesquels des alimens, quoiqu'en petite quantité et de bonne qualité, forment une masse qui ne peut

« [4 se dizérer,

Cette masse peut être formée par du chyme ou par des matières fécales ; elle est donc en grand rapport avec les évacuatious alvines.

Un tel stimulus hétérogène existant dans le canal alimentaire, qui est trés-sensible , peut facilement, méme d'après les lois de l'incita- tion, produire une fièvre irritative ou symptomatique. Une semblable saburre peat donc être aisément une cause de fièvre.

Nous appelons cette fièvre, qui est l'effet de la saburre primitive des premières voies, fièvre gastrique vraie où légitime , ou simplement fièvre saburrale. Ceux qui nient l'existence de ces fièvres, sont contraires à la saine raison et à l'expérience journaliére.

Les vomissemens spontanés et la diarrhée prouvent assez combien la nature fait d'efforts contre le stimulus saburral. Ce trouble des actions se fait sur-tout sentir dans le système circulatoire, et produit une fièvre symptomatique. C'est ce que prouve la fièvre éphémère des grands mangeurs et des buveurs aprés leurs festins; et cette fièvre éphémère prolongée des gens gloutons, aprés une indigestion plus forte. |

Le plus souvent, cette fièvre gastrique vraie doit être rapporiée aux fièvres symptomatiques, qui se guérissent sans crise, quand la

cause première a été enlevée, et sont ordinairement éphémères , ou éphémères prolongées. . Cependant, quelquefois aussi le cours de cette fièvre est plus long , et elle a besoin de crises pour sa terminaison,

Ou bien, une partie du foyer saburral est absorbée et transportée dans Les secondes voies ; ou bien , les actions vitales, trop long-temps opprimées par la surcharge de l'estomac et des intestins , peuvent produire des effets morbides secondaires dans les solides et dans les fluides, qui ne peuvent être dompiés que par un effort fébrile critique.

Alors survient un état d'altération dans les fluides, et d'ataxie dans les solides. De-là , le changement fréquent de ces fièvres gastriques en fiévres putrides, qui sont réellement telles de nom et d'effet.

La premiére de ces affections a besoin d'une espéce de digestion dans les secondes voies ou de coction ; la seconde doit avoir une durée fixe , et demande sur-tout la liberté des forces, pour que les mouvemens désordonnés qui surviennent puissent étre calmés.

Nous regardons toutes ces fiévres gastriques vraies, qui ont une origine évidente, comme sporadiques ; elles naissent toujours par une cause privée , et attaquent en particulier les

hommes livrés à la débauche. Souvent on observe qu'elles attaquent plusieurs individus àla-fois, aprés les noces ou les grands festins.

Quelquefois elles sont si fréquentes, qu'elles semblent épidémiques dans certains temps de l'année , où les gens du peuple ont coutume de célébrer quelque féte par des excés dans le boireet dans le manger. Ainsi, aprésles jours du Carnaval, aprés les fêtes de Pâques et de Noël, plusieurs cas de ces maladies se présentent dans notre clinique et dans la pratique privée.

Dans le temps de la maturité des cerises, ces fiévres sont aussi très-nombreuses, et on en voit la cause évidente quaud on examine les évacuations alvines qui contiennent une quantité énorme de noyaux de cerises.

La température de l'atnosphére influe aussi beaucoup sur l'origine de ces fièvres. Plus l'air est humide et la transpiration génée, plus aussi l'abdomen est disposé à de mauvaises digestions.

Je ne parlerai pas des caractères et des signes de ces affections qui sont connus de tout le monde. Je recommande seulement à mes.auditeurs de tirer leur diagnostic de la réunion de plusieurs symptômes, et de la connaissance certaine de la cause. Les sueurs spécifiques doivent être comptées parmi les phénomènes pathognomoniques.

Nous commencons toujours le traitement par l'évacuation de la matiére hétérogéne, par le hautou par le bas, selon quele casle demande: nous employons des remèdes doux, ou de plus forts , suivant l'état des forces ; nous achevons le traitement par les amers non styptiques. Ces amers remédient à la langueur de la digestion, et préservent des rechutes. Nous n'avons recours aux stomachiques échauffans que. chez les sujets relàchés et peu irritables.

Quand les crises sont nécessaires, nous les attendons en employant les remèdes fondans, et en dirigeant avec soin l'état des forces.

Le plus souvent, les saburres gastriques ne sont pas la cause première des fièvres ; mais plutôt un symptôme et un effet de la fièvre elle-même, et des premiers mouvemens qu'elle produit.

Ces saburres secondaires ramassées dans les premières voies, donnent bien à la fièvre un caractère gastrique prédominant ; mais ne constituent cependant pas sa nature primitive, quoiqu'elles méritent une grande attention dans le traitement. Cette cause étant enlevée, la fièvre ne cesse pas.

Tels sont ces amas de matières bilieuses, pituiteuses et autres, et méme de vers, quie sont pas l'effet primitif des alimens mal digé-

rés: mais plutôt un effet secondaire des changemens arrivés dans le corps par d'autres causes. Ainsi, la bile est transportée dans les premiéres voies par l'irritation morbide du foie, comme un effet secondaire de cette irritation ; ainsi, il survient des mucosités par le relàchement desintestins et leurs sécrétions viciées; ainsi, des vers sont engendrés d'une manière secondaire dans les intestins, par une diathése partieuliére qui provient d'autres changemens morbides arrivés dans le tube intestinal; ainsi, d'autres espéces de saburres sont aussi produites dans les fiévres qui dépendent d'autres causes, par les humeurs qui séjournent dans le trajet desintestins, à raison de l'absorption qui y est languissante, et du défaut d'évacuations alvines.

Souvent, de ce caractére gastrique prédominant , et principal symptóme de la maladie, ôn tire la dénomination de la fièvre. Et c'est méme avec raison ; car, comme nous l'avons déjà dit, ces saburres secondaires méritent toujours la principale attention dans le traitement.

Nous appelons ces fiévres eastrigues fausses ou z//égitimes, pour les distinguer des premiéres. En effet, l'état saburral qui les accompagne n'est pas la cause de la fiévre, mais un effet, et comme un symptóme du symptóme.

Nous rapportons à cette classe les fièvres bilieuses, pituiteuses , vermineuses et autres, qu'on rencontre dans la pratique, qui sont assez simples en apparence, et qui pourtant sont accompagnées d'un caractére saburral secondaire prédominant.

Ce n'est pas ici le lieu de parler au long du traitement de ces maladies. Cependant, je crois qu'on doit commencer la cure par l'évacuation de la matière hétérogène, qui, quoiqu'engendrée secondairement, n'en produit pas moins un stimulus qui entretient et exaspère la fièvre, et s'oppose à l'action de tous les médicamens.

On voit aussi survenir quelquefois, dans les fi?vres , un état saburral accessoire et accidentel, qui n'a aucun rapport direct avec la fièvre principale, dont il n'est ni la cause ni l'effet; | mais à laquelle il adhére cependant d'une maniére parasite.

Cet état saburral ne constitue pas une fièvre d'une nature particulière ; il n'est qu'une complication. De-là, les fiévres gastriques inflammaloires, gastriques nerveuses , etc.

Cette saburre s'associe aux fièvres de deux manières : ou bien, un foyer gastrique existe déjà chez les individus, avant l'invasion de la fièvre, comme chez les enfans atteints de variole; et de-là, une complication de maux ;

PRATIQUE. 285 ou bien encore, cette saburre est engendrée dans le cours de la fièvre, non par la maladie elle-même, mais par des causes accidentelles.

Cet état saburral peut être produit non seulement par les boissons et les alimens pris en trop grande quantité ; mais encore par l'abus de certains médicamens, ce qui forme une es- pèce de saburre médicamenieuse. Enfin , la suppression accidentelle des évacuations alvines peut encore contribuer à le produire ; c'est ce qui arrive aux malades qui, à cause de leur trop long séjour dans le lit, ont des selles rares.

Cet état saburral accidentel mérite unegrande attention de la part du médecin. En effet , non seulement les actions vitales sont opprimées et troublées par cette surcharge de l'estomac et des intestins ; l'action des médicamens elleméme, qui s'opére principalement dans les premiéres voies, est aussi empéchée ou rendue nuisible. €

Nous ne sommes pas arrétés par les objections de ceux qui blàment l'usage des évacuans comme produisant de la faiblesse ; nous faisons toujours la plus grande attention à l'état des forces ; et dans la débilité vraie , nous nous abstenons de toute évacuation.

Mais dans la débilité fausse , produite ou entretenue par le foyer gastrique, nous employons

266 MÉDECINE les remèdes évacuans avec le plus grand Succés.

Bien plus, dans lecommencement des fièvres, nous provoquons avec avantage de fortes évacualions , pour libérer les forces vitales opprimées par l'état de surcharge de lestomac et des inteslins.

Quand on néglige ces évacuations dans les commencemens, on voit souvent survenir plus tard des diarrhées affaiblissantes, ou des exanthémes , ou d'autres anomalies funestes.

Nous publions ces réflexions sur les fièvres et les saburres gastriques en général, comme un résultat de notre pratique , et pour que l'on comprenne mieux les raisons qui nous feront employer tels ou tels moyens dans le cours de cet. ouvrage.

SAXAAANAAAAAAARA S CA VSAAAAAAAAAAAAR ARAAAARUSAAAAAAAAAAAAAAAAVAAYV ARAS VÀ

Page 1