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gueur apparente des forces vitales, et d’après une fausse faiblesse du pouls, malgré l'absence de tous les symptômes de l'état nerveux. Ces médecins donnent le nom de fiévres nerveuses à plusieurs fièvres qui ne sont nullement telles, et dans lesquelles il n'existe aucun état nerveux, au moins comme phénomène essentiel.
Ainsi, les convulsions qui surviennent avant l'éruption de la variole, n'établissent pas encore seules le caractére nerveux de la maladie.
De-là, par un étrange abus de mots et au grand détriment des malades, on appelle aujourd'hui nerveuses, un trés-grand nombre de fiévres gastriques , vraies ou fausses (car on nie lexistence de ces derniéres) ; on appelle également ainsi, plusieurs fièvres inflammatoires et exanthématiques ; et, enfin, plusieurs fièvres putrides qui ont un caractère particulier (1).
- (1) J. P. Frank, dans son ouvrage intitulé: De curandis hominum morbis Epitome , dont le 1.€" volume parut en 1792, divisa les fièvres en inflammatoires , gastriques et nerveuses. ll supprima les fièvresiuqueuses et putrides , admises par Selle et par Stoll: il rangea les premières parmi les fièvres gastriques , et les secondes, parmi les fièvres nerveuses. Le nombre de ces dernières se trouva donc déjà ainsi augmenté. Ensuite les sectateurs de Brown attribuèrent à la faiblesse la plus grande partie des fièvres inflammatoires et gastriques , et les appelérent nerveuses,
Ces fièvres, si mal à propos appelées nerveuses, mieux connues dans leur vrai caractére par d'autres médecins , se guérissent souvent parun traitement bien opposé à la méthode stimulante ; souvent aussi elles se terminent par la santé, sans aucun reméde, chez les pauvres. Certainement la nature de cette débilité et de ce caractère nerveux, est autre que le prétendent ces médecins.
Si la nature ne contribuaïit pas à la convalescence par des efforts critiques ; et sices efforts n'étaient pas plus salutaires pour le malade, que les stimulans vulgairement employés ne lui sont nuisibles, ces fiévres causeraient une mortalité bien plus grande.
Il convient sans doute, pour déraciner les abus qui naissent de la mauvaise dénomination des fièvres nerveuses, et pour rendre leur
De-là est venu le nombre si grand de ces dernières maladies pour certains médecins, comme s'en plaint vivement Hildenbrand. D’autres médecins ont aussi appelé
iyphus toutes les fièvres d'un mauvais caractère. Ainsi, ,
Joseph Frank ( Praxeos medicæ universe precepta , Taurini 1821, tom. 1, pag. 200), divise les fièvres conti-
nuesen typhodes , gastriques ,rhurnatismales etcatarrhales ,
et inflammatoires. Dans la classe des fièvres typaodes, il,
range Ja peste, la suette, la fièvre jaune, le typhus aigu, et le typhus lent. (Note du "Traducteur. )
292 MÉDECINE | iraitement plus certain, de s'étendre sur cet objet avec tout le soin, qu'il mérite, afin de parvenir à l'éclaircir. :
Quand on examine avec attention le caractére nerveux dans les fiévres, on voit quil peut, comme le caractère gastrique, se présenter sous trois états différens; il peut être prémitif, secondaire et accidentel ou accessoire.
De-là, on peut admettre une fièvre nerveuse vraie, une fausse, et une autre qui nest quune complication.
Le caractère nerveux primitif, ou cause de la maladie, se rencontre trés-rarement ou presque jamais dans la pratique. Il faut pour cela qu'il soit tel qu'on puisse dire que la fiévre en dépend comme un effet d'une cause.
Plusieurs modernes pensent et soutiennent avec chaleur, que la faiblesse est la cause d'un grand nombre de fiévres: c'est l'opinion de tous les partisans de l'incitabilité ; et, avant eux, le célébre Cullen semblait déjà pencher vers cet avis.
Pour nous, nous croyons qu'on peut défendre l'opinion contraire ; et nous pensons que la faiblesse n'est jamais la cause, mais, au contraire , l'effet de la fiévre déjà existante.
Nous sommes en cela de l'avis du célèbre Plouquet, qui dit, que la fièvre peut être aisé-
PRATIQUE. 293 ment accompagnée de faiblesse ; mais n’est jamais causée par la faiblésse.
On ne pourra jamais donner d'exemple d'une fiévre critique , dont la cause consisterait dans la faiblesse vraie. En effet, les forces affaiblies ne pourraient pas exciter ces efforts critiques qu'on observe si souvent.
Notre opinion est fondée sur les raisons
suivantes :
. r.? Aucune cause débilitante, quelque puissante qu'elle soit, ne peut produire une fièvre nerveuse artificielle, sur-tout accompagnée de crises.
Un homme peut être amené peu-à- peu au plus grand degré de faiblesse, et méme à la mort, soit par des saignées abondantes et répétées, soit par des hémorragies spontanées ; et pourtant la maladie dont il sera affecté n'aura pas la forme et le caractère d'une fièvre nerveuse.
Un autre peut aussi, par des purgatifs réitérés ou par diverses autres évacuations spontanées , parvenir au dernier degré de colliquation des forces, comme les phthisiques; et pourtant on ne verra jamais naitre de-là un vrai état nerveux , et une vraie fiévre nerveuse. .
Un autreindividu peut encore, par des affections tristes, la disette et la misère, périr de
faiblesse , et pourtant, avant la mort, on ne verra point se développer une fièvre m caractére nerveux : c'est ce qui arrive dans le scorbut.
Enfin, un autre homme peut, par l'action d'un grand froid, et parle défaut de calorique, tomber dans une faiblesse mortelle, sans que l'on voie avant sa mort survenir les symptómes d'une fiévre nerveuse.
Donc la fiévre nerveuse vraie, essentiellement telle, qui ne saccompagnera Jamais d'efforts critiques, ne peut être produite par aucune cause débilitante , et par aucun moyen arüficiel. Donc la seule faiblesse des forces n'est pas la cause de ces fièvres. ,
J'avoue que le caractère nerveux peut être produit par des causes débilitantes d'une maniére secondaire , etcomme un symptóme dans une fièvre déjà existante; mais qu'une fièvre nerveuse primitive puisse être engendrée chez un homme bien portant par la seule faiblesse des forces, cela est contraire à l'expérience, à la raison et aux idées généralement recues.
Plusieurs médecins ont depuis long-temps reconnu cette vérité. Aussi, ils ont cherché la cause des fiévres nerveuses dans un miasme particulier qui attaque les nerfs ; ils ont toujours regardé la malignité comme un symptóme,
| PRATIQUE. 299 et ils ont enseigné qu'on ne devait jamais rechercher sa Cause dans les puissances débilitantes manifestes.
S'il existe une fièvre que l'on puisse rapporter aux fièvres nerveuses vraies et primitives venant de la faiblesse, cela ne peut être que celle qui accompagne les névroses chroniques dans leurs cours, comme l'hystérie ; et même cette fièvre a depuis long temps été appelée spasmodique, par plusieurs médecins, et regardée comme symptomatique.
2.? Les fièvres appelées nerveuses et asthéniques sont rarement précédées par des causes débilitantes manifestes, telles que l'on puisse leur attribuer l'origine de ces fièvres, et que l'on aperçoive un lien entre les phénomènes de la maladie et ses causes. Ainsi, sur six malades auxquels on demandera quelle est la cause de leur mal, on en trouvera au moins cinq qui diront qu'ils l'ignorent ; et la plupart de ceux qui assigneront une cause, en assigneront une fausse , sur-tout s'ils sont tombés malades par des causes épidémiques et contagieuses.
Il est donc difficile de porter in jugement sur la nature de ces causes, et sur leur maniére d'agir. |
Dans les fiévres sporadiques, les maledes répondront à peine quelque chose de certain
Le diagnostic est trés-difficile dans les premiers ours, à moins que des cas semblables ne contribuent à l'éclaircir. Un médecin prudent, s'il ne veut pas user d'une dénomination hypothétique, ne doit pas appeler ces fiévres nerveuses dans les premiers stades, tant que les symptómes du caractére nerveux n'existent pa
Tout confirme donc notre premiére assertion , savoir : que les causes débilitantes manifestes produisent très-rarement, et presque jamais, les fièvres nerveuses d'une manière directe ; et que celles qui reconnaissent directement la faiblesse pour cause, ne se rencontrent Jamais, ou au moins trés-rarement dans la pratique.
Je m'oppose formellement à toute mauvaise dénomination des fiévres nerveuses, ainsi appelées par un abus de mots, et d’après un mauvais diagnostic ; et je range parmi les ficüons hypothétiques, et sans aucun fondement pratique, l'idée des fièvres asthéniques, qui reconnaissent pour cause directe l'affaiblissement de l'incitation. Car les médecins ne peuvent nullement, par le moyen de toutes les puissances débilitantes connues, excepté les miasmes , produire une fièvre asthénique artificielle vraiment digne de ce nom, et qu'on puisse guérir par les seuls stimulans.
Le caractère nerveux secondaire est beaucoup plus fréquent. Alors il n'est pas la cause de la fièvre; il en dépend au contraire luiméme, et s'est développé pendant son cours ; en un mot, il est l'effet de la fiévre.
On rencontre très-souvent dans la pratique des exemples de ce caractère nerveux secondaire. Il se développe souvent dans le cours des fiévres gastriques, inflammatoires et exanthéinatiques, et devient ensuite tellement prédominant, quil change le caractére primitif de la maladie, et le détruit presque entièrement.
Dans les fiévres pestilentielles et typhodes , qui ont du rapport avec les fiévres exanthématiques , et qui proviennent d'un miasme particulier qui attaque les nerfs, ce caractére nerveux n'est pas manifeste et prédominant dans le premier stade de la maladie; mais c'est plus tard qu'il se développe, ce qui parait sur-tout beaucoup dépendre de l'état précédent des . forces et des actions dynamiques.
En effet, ou bien les forces qui ont été longtemps en excés se fatiguent ; ou bien, aprés avoir été long-temps opprimées , elles s'abattent et s'épuisent; et parlà, à la faiblesse fausse succéde la faiblesse vraie, qui est la cause de l'état nerveux. Le régime et le traitement y contribuent beaucoup.
Au reste, ce caractère nerveux symptomatique présente une intensité bien différente, suivant la diversité des circonstances occurrentes. Tantót il est /ent , tantôt aigu, tantôt malin ; il éprouve aussi des modifications diverses : tantôt il s'accompagne d'éréthisme , tantôt d'une grande stupeur.
Les causes de ce caractére nerveux sont sans doute nombreuses; mais la cause premiére des fièvres parait rarement pouvoir le produire d'une manière directe , excepté dans les fièvres typhodes contagieuses. Plusieurs causes de ce caractère symptomatique arrivent pendant le cours de la fièvre.
La disposition du malade, sa débilité antérieure , sa constitution présentant une mobilité nerveuse trés-grande, les maladies nerveuses qu'il a éprouvées précédemment, pourront contribuer au développement de ce caractère nerveux pendant le cours d'une fièvre qui vient elle-méme d'une toute autre cause.
Ce caractère symptomatique se développe principalement par les causes suivantes :
1,9 Par le changement d'état des actions et des forces vitales pendant le cours de la fièvre.
ne dirai rien ici de la nouvelle doctrine sur la non-exislence des fièvres essentielles. (Note du Traducteur.)
Ces actions étant trop en excès ou trop longtemps opprimées, les forces, s'épuisent et se lassent ; et alors la vraie foiblesse succéde à la fausse. |
2.9? Par les qualités nuisibles de l'air, soit qu'elles existent dans toute l'étendue de latmosphére, et qu'elles proviennent de la température et de la constitution épidémique; soit qu'elles existent. seulement dans la partie limitée de l'atmosphére qui entoure le malade, qui peut étre trop humide, trop chaude, gc.
3.? Par les remédes trop stimulans qui excitent trop violemment les actions vitales. De-là, nait la lassitude des forces, et ensuite la faiblesse vraie. |
4.9 Par les évacuations trop abondantes, spontanées ou artificielles. Il est certain que quand la fièvre existe, ou quand elle est déjà avancée dans son cours, les remèdes évacuans agissent d'une manière beaucoup plus active, et produisent bien plus vite la faiblesse que chez les hommes sains.
Il est donc hors de doute que le caractère nerveux peut étre produit par une mauvaise méthode de traitement d'une manière artificielle ; et que ce sont souvent les médecins qui le font naître, mais seulement quand la fièvre existe déja. Et nous sommes persuadés, d'après
un examen attentif, qu'il doit bien plus fréquemment son origine à la méthode stimulante qui provoque la faiblesse indirecte, qu'à la méthode évacuante (1).
(1) Hildenbrand ayant prétendu , comme nous l'avons vu plus haut, que la faiblesse ne pouvait jamais produire la fièvre , s'est montré en général contraire à l'emploi des stimulans dans les affections fébriles ; il les a cependant recommandés dans le typhus; mais seulement dans la dernière période, et avec précaution. Ayant été atteint lui-i&&éme de cette maladie en 1795 , il ne fit usage, pendant tout son cours , que de limonade et de créme d’orge, aprés avoir débuté dans le commencement par un vomitif et une saignée. ( Du typhus contagieux , traduction francaise, pag. 180.)
Plusieurs médecins ont senti , dans tous les temps, combien les stimulans étaient souvent funestes dans les fiévres de mauvais caractére; mais personne ne l'a exprimé avec plus d'energie que Sydenham. « Cette idée de malignité , dit-il, a été beaucoup plus pernicieuse au genre humain que l'invention de la poudre à canon. On appelle fièvres malignes, celles où l'inflammation est portée à un degré extraordinaire de violence. On a eu recours aux cordiaux , aux prétendus alexipharmaques , et à un régime trèschaud , dans des maladies qui demandaient les plus grands rafraichissans. » C’est ainsi que Sydenham s'élevait contre l'abus des stimulans employés par les chimistes de son temps. Baglivi a parlé à-peu-prós dans les mêmes termes que Sydenham, contre l'abus des stimulans dans les fiévres malignes. ( Praxeos medice , Lib. 1..de Febribus malignis et mesentericis.)
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Enfin, quelquefois le caractère nerveux n'est qu'accidentel dans les fièvres et comme accessoire. Tel est celui qui n'a aucun rapport direct
Dans le pays même où le système de Brown a pris naissance , on a reconnu depuis plusieurs années les inconvéniens de sa méthode. « Les médecins d'Edimbourg , dit Joseph Frank ( Voyage médical à Paris , en Angleterre et en Écosse , fait en 1803) , emploient aujourd’hui dans le typhus un traitement trés-peu stimulant, et abandonnent volontiers la maladie à elle-méme ; ils font surtout une grande attention aux soins de propreté , au renouvellement de l'air et au régime. Tant que la fièvre s’accompagne d'une grande irritation , on éloigne du malade la chaleur , et on lui prescrit une boisson acidule. Ainsi, la maladie se termine le plus souvent heureuse- . ment. Quand il survient une grande faiblesse, on donne une petite quantité de vin : on n'emploie que trés-rarement l'acétate d'ammoniaque , les antimoniaux et les vésicatoires , et jamais on n'entend parler du musc , del'opium, du camphre et de la serpentaire de Virginie. Pendant la convalescence , on prescrit quelquefois une décoction de quinquina. Le succés de cette méthode est on ne peut plus satisfaisant, »
Mais de ce qu'on a fait abus des toniques, dans les fièvres de mauvais caractère, il ne faut pas en conclure qu'on doit les bannir de leur traitement; on tomberait par-là dans une grande erreur. L'expérience fait tôt ou. tard justice des systèmes trop exclusifs. Les toniques et les stimulans doivent étre employés avec prudence. Le grand art du praticien consiste à savoir distinguer les cas où ils conviennent, de ceux où ils ne conviennent pas. {Notre du Traducteur.)