CHAPITRE PREMIER
P. NDANT le cours de cette année scholaire .1807—1808 , nous eümes à traiter un plus grand nombre de malades dans notre clinique, que dans l'année précédente ; mais les maladies furent moins variées: on observa, pendant les mois de l'été sur-tout, une trés-grande quantité de fiévres intermittentes, et comme il n'y avait pas d'autre épidémie, il n'était pas facile de tirer d'un grand hópital beaucoup de maladies propres aux démonstrations cliniques. Ce fut aussi pour cette raison que nous eûmesune mortalité moins grande.
Comme les fièvres intermittentes furent trèsnombreuses, et comme les fébrifuges exotiques
deviennent tous les jours plus rares et plus chers, nous avons fait des expériences réitérées pour déterminer d'une maniére plus exacte les vertus des fébrifuges indigènes: on trouvera dans le cours de cet ouvrage les résuliats les plus remarquables de ces expériences.
On apprendra, par le Tableau annexé à cet ouvrage, et par la considération de la constitution médicale de cette année, quel fut le nombre, ie caractère et la terminaison des maladies que nous eümes à traiter, et quels furent les résultats de nos efforts.
Novembre 1607.
Ox se rappellera long temps, en Autriche, le premier jour du mois d'octobre 1807: il survint ce jour-là un orage qui déracina les grauds arbres, et renversa les tours des édifices et les toits des maisons. Cependant cela ne changea pas beaucoup la température ordinaire de 'ce inois , dont la fin fut agréable et séche. |
Le commencement de novembre fut froid et nébuleux. Quelques jours aprés, le temps devint chaud , sec et serein, eL il fut agréable tout le reste du, mois. | !
La plus grande hauteur du thermométre fut de 13 d. '/, au-dessus de ole 11; la moindre fut de 1 d. ?/, au-dessous de o le 2.
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 7 l. '/, le 1.% et le 2. Son plus grand abaissement fut de 28 p. *|, l. le 20.
La plus grande variation subite du thermomètre fut un abaissement de 5 d. '/, du 11 au 12. Le barométre n'éprouva pas de variations.
Le sud-ouest fréquent et impétueux domina.
Maladies épidémiques.
LE caractère bilieux des maladies de l'été avait déjàsdisparu dés le mois précédent.
Quoique la température fût sèche et venteuse, les maladies épidémiques, dont les seules furent les fiévres intermittentes , présentérent un caractère pituiteux.
Ces fièvres furent tierces ou quartes, autant au moins que nous pümes l'observer sur le peu de malades que nous eûmes. |
Les quartes naissaient principalement des quotidiennes négligées. Elles s'accompagnérent bientót d'un caractére cachectique , d'obstruction de la rate et d'une habitude du corps pâle et molle, facile à distinguer; elles cédérent aisément aux fondans amers joints quelquefois aux antimoniaux. La rate se résout assez aisément quand elle n'a pas acquis une grande dureté, et il semble que cette résolution est d'autant
plus facile que ce viscère est devenu plus gros.
Les fièvres quotidiennes furent presque continues et sans apyrexie entière. L'invasion des accès avoit lieu le matin, et ils anticipaient les uns sur les autres. Ces fièvres présentérent un caractère pituiteux éminent. Elles s'accompagnérent toutes de céphalalgie frontale obtuse, d'un enduit muqueux de la bouche , et d'un sentiment de poids dans la région épigastrique.
Les décoctions résolutives améres, avec de légéres doses de tartre stibié, suffirent pour la guérison ; il falloit aussi avoir soir de tenir le ventre libre: par-là, on rendoit les apyrexies franches, soit que les paroxysmes revinssent à la meli heure ou plus tard, et ils cessaient ensuite entièrement, en continuant le méme tratiement. "
Dans ce mois, comme dans le suivant, nous observämes la tendance de ces fiévres quotidiennes à prendre le type quarte. Voici, je crois, la cause de ce changement: les fièvres quotidiennes simples sont très-rares dans la pratique; plusieurs de celles qu'on appelle ainsi sont , oa des double-tierces , ou des triplequartes , et il n'est pas facile de les distinguer, à cause de la correspondance quelquefois peu exacte des paroxysmes. Les premières, qui ont le type double-tierce , se changent aisément en
| PRATIQUE. II tierces siriples, parla disparition du paroxysme le plus iéger ; elles présentent alors un caractère bilieux ou sub-inflammatoire. Les secondes, qui oùt le type triple-quarte , se changent en quartes quand les paroxysmes les plus “légers viennent à disparaître, et elles présentent le caractère pituiteux , qui est propre à l'équinoxe d'automne. On comprend, par-là, ce que l'expérience prouve, que les quartes d'automne sont rarement primitives, mais qu'elles proviennent, le plus souvent secondairement, des fièvres dites quotidiennes. Par-là aussi , se trouve confirmée l'ancienne doctrine de Galien sur la prédominance des diverses humeurs selon chaque type des fièvres intermittentes, et ce n'est pas sans admiration que l'on voit tous les jours la preuve de ces vérités découvertes depuis tant de siécles par ce grand médecin. La diathése muqueuse automnale se change d'autant plus en atrabilaire que la polycholie de l'été a été plus intense.
Maladies sporadiques.
Nous observàmes aussi, dans ce mois, des maladies qui provenaient de causes domestiques et particulières: quelques fièvres gastriques vraies, une phthisie, une colique menstruelle et un ictére; cette dernière maladie, par un évé-
plus facile que ce viscère est devenu plus gros.
Les fièvres quotidiennes furent presque continues et sans apyrexie entière. L'invasion des accès avoit lieu le matin, et ils anticipaient les uns sur les autres. Ces fièvres présentèrent un caractère pituiteux éminent. Elles s'accompagnèrent toutes de céphalalgie frontale obtuse, d'un enduit muqueux de la bouche, et d'un sentiment de poids dans la région épigastrique.
Les décoctions résolutives améres, avec de légères doses de tartre stibié, suffirent pour la guérison ; il falloit aussi avoir soin de tenir le ventre libre: par-là, on rendoit les apyrexies franches, soit que les paroxysmes revinssent à la meli heure ou plus tard, et ils cessaient ensuite entièrement, en continuant le méme tratiement.
Dans ce mois, comme dans le suivant, nous observàmes la tendance de ces fièvres quotidiennes à prendre le type quarte. Voici, je crois, la cause de ce changement: les fièvres quotidiennes simples sont trés-rares dans la pratique; plusieurs de celles qu'on appelle ainsi sont , oa des double-tierces , ou des triplequartes , et il n'est pas facile de les distinguer, à cause de la correspondance quelquefois peu exacte des paroxysmes. Les premières, qui ont le type double-tierce, se changent aisément en
PRATIQUE. II tierces siriples, par la disparition du paroxysme le plus léger ; elles présentent alorsun caractère bilieux ou sub-inflammatoire. Les secondes, qui oùt le type triple-quarte , se changent en quartes quand les paroxysmes les plus légers viennent à disparaître, et elles présentent le caractère pituiteux, qui est propre à l'équinoxe d'automne. On comprend, par-là , ce que l'expérience prouve, que les quartes d'automne sont rarement primitives, mais qu'elles proviennent, le plus souvent secondairement, des fiévres dites quotidiennes. Par-là aussi, se trouve confirmée l'ancienne doctrine de Galien sur la prédominance des diverses humeurs selon chaque type des fiévres intermittentes, et ce n'est pas sans admiration que l'on voit tous les Jours la preuve de ces vérités découvertes depuis tant de siécles par ce grand médecin. La diathése muqueuse automnale se change d'autant plus en atrabilaire que la polycholie de l'été a été plus intense.
Maladies sporadiques.
Nous observàámes aussi, dans ce mois, des maladies qui provenaient de causes domestiques et particulières: quelques fièvres gastriques vraies, une phthisie, une colique menstruelle et un ictére; cette dernière maladie, par un évé-
nement malheureux, se changea en phthisie mortelle ; nous parlerons en son lieu de l'ouverture du cadavre, qui fut très-instructive.
Une hypochondrie observée chez un ébéniste, Jeune*encore mais énervé par des pollutions, est digne de remarque. Sa maitresse nous rapporta que ses idées étaient peu raisonnables, depuis qu'excité par la fougue de ses passions, il avait eu des liaisons avec une prostituée ; il en avait éprouvé un vif repenür, et était tombé depuis dans une grande pusillanimité. Ses remords et la persuasion quil avait contracté une maladie vénérienne , dont il n'avait pourlant aucun symptóme , achevérent d'abattre son esprit. Il était principalement tourmenté par des distensions douloureuses et spasmodiques des muscles crémasters, quiont si souvent lieu chez les maniaques et les hypochondriaques , sans que l'on puisse dire positivement si elles sont la cause ou l'effet de ces affections. |
Ce malade supportait difficilement les remédes volatifs et narcotiques, ce qui arrive souvent aux hypochondriaques; nous eümes donc recours aux amers simples, avec addition d'un peu d'éiixir acide de Haller. Nous en obtinmes des succés; nous lui persuadàámes que ces remèdes étaient employés contre la maladie vénérienne dont il croyoit être atteint.
Nous renvoyàmes cependant ensuite ce jeune homme , sans quil fût entièrement guéri ni corrigé ; le séjour des hôpitaux n'est pas favorable au traitement de ces affections, qui est toujours long.
Voici ce que je pense sur cecaset sur d'autres semblables : je crois qu'il existe alors une légère affection herniaire, et un obstacle à la libre fluctuation du testicule, ce qui est la cause des souffrances. En effet, ces tensions douloureuses et spasmodiques dü péritoine, des muscles cremasters et du cordon des vaisseaux spermatiques , peuvent facilement produire des maladies du systéme de la génération, et les vésanies qui en sont si souvent la suite. Je connais plusieurs observations qui confirment cette opinion ; et je puis l'appuyer de l'exemple trèsconnu d'un célébre médecin qui fut atteint de vésanie, il n'ya pas encore un grand nombre d'années, par une semblable cause.
Décembre 1807.
LE commencement du mois fut pluvieux ; il y eut cependant quelques jours sereins par intervalle. Après le neuvième jour, il survint des gelées et des neiges assez abondantes, qui fondirent ensuite , et la température fut variable jusqu'à la fin du mois.
La plus grande hauteur du thermométre fut de 10 d. au-dessus de o le 1. ; la moindre fut de 4 d. au-dessous de o le 26.
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 8 L. ?/; le 21 ; son plus grand abaissement fut de 27 p. 8 L. il, le 8.
La plusgrande variation subite du barométre fut un abaissement de 6 l. du 2 au 3. Le thermométre n'eut pas de variations subites.
Les vents dominans, fréquens et peu impétueux, vinrent de l'occident.
M aladies épidémiques.
Les fiévres intermittentes furent aussi fréquentes, et de méme nature que le mois précédent: on vit plusieurs quotidiennes subcontinues, présentant un caractère pituiteux et froid, il y eut aussi quelques quartes.
On remarqua sur-tout une double-quarte qui devint d'abord simple, et ensuite se guérit sans quinquina, par les décoctions résolutives . améres, jointes au sel ammoniac, continuées pendant quinze jours.
Nous observames deux fois la scarlatine de forme miliaire, qui est la plus fréquente chez nous ; elle fut légère, sans anomalie, et cèda à un traitement simple, émollient et légèrement diaphorétique.
Nous eûmes un cas de typhus trés-anomal, qui dura 34 jours, et se termina cependant heureusement: nous en rapporterons ailleurs l'histoire, quand nous traiterons en détail de cette maladie.
Les rhumatismes et la goutte, qui eurent pour cause le froid humide, tourmentérent plusieurs individus. J'ai eu occasion d'observer exactement sur moi-même l'origine et le cours de cette maladie. :
Elle commença chez moi, ainsi que chez plusieurs autres, par une douleur très-pénible de lépaule, avec un sentiment de pesanteur, de tension et d'anxiété trés-génante à la nuque; à cela se joignaient un gonflement de toutes les glandes voisines , méme de la thyroide, une légère angine et une fièvre assez peu vive, qui présenlait une exacerbation le soir, et une rémission le matin. Ensuite, par un rapport bien surprenant, cette affection se portait aux extrémités supérieures et inférieures, aux articulations des côtes, des vertèbres, de la mâchoire même et aux muscles. Cela démontre suffisamment que le rhumatisme et la goutte ont la même origine et le même caractère.
Quand la maladie attaque toutes ces parties à la fois pendant long-temps et avec la même “violence, ce qui arrive rarement, le cas est
dangereux. Le plus souvent, après un trouble général de se dan jours, l'affection se porte sur certaines régions du corps, qu'elle abandonne, ensuite par un changement surprenant pour en occuper d'autres.
Quelquefois aussi, c'est par une angine gutturale, ou par une affection particulière ou simultanée du tarse, des genoux et du métacarpe, que le mal commence ; et ainsi il monte et descend , selon l'exposition des parties à l'action de la cause prédisposante.
On voit survenir ensuite une rougeur, une tumeur, une tension, une pesanteur, une anxiété particuliére des parties affectées; la douleur augmente par le moindre effort de mouvement, et cependant on a une tendance invincible à mouvoir les parties malades ; ensuite Les glandes, les plexus lymphatiques, le tissu cellulaire voisin et les muscles mêmes se tuméfient. C'est par tous ces symptômes que l'on distingue toutes ces affections rhumatismales et arthritiques, qui ne différent que par le siége du mal, et non par leur nature; car la tumeuret la douleur existent, tantót dans les muscles seuls, tantót dans les seuls ligamens , quelquefois dans les cartilages et lesglandes des articulations , et d'autres fois orsi dans tous ces organes en
méme temps; l'affection passe aussi des muscles
aux articulations, et des articulations aux muscles.
Tant que ces affections arthritiques et rhumatismales sont aiguës, et elles le sont presque toujours dans les commencemens, elles présentent un caractère inflammatoire manifeste, sur-tout l'hiver. Cependant, cecaractère inflammatoire n'est pas vrai et légitime, et n'a pas la tendance aux terminaisons des autres inflammations. Il a cela de commun avec les autresinflammations fausses catarrhales et érysipélateuses, qu'elles entretiennent une diathése propre et persistante, qu'on déracine trés-difficilement par les secours le mieux employés, par le régune et par le temps; elles renaissent par la moindre occasion. |
La fiévre concommittante, qu'on a appelée rhumatismale, n'est pas une fièvre essentielle ayant un Caractère propre; elle n'est que symptomatique; elle suit toujours l'affection rhumatismale ou arthritique, commence avec elle et ne la précéde jamais ; elle devient plus grave ou plus faible suivant le degré de l'affection locale, et elle ne finit entièrement que quand le rhumatisme a beaucoup diminué ou entièrement disparu. Elle présente un caractère plus ou moins inflammatoire, principalement dans le premier stade, en hiver et au prin-
dome IT, 2
18 MÉDEGINE
temps. Ce n'est qu'en été qu'elle a quelquefois le caractére bilieux. Elle n'offre presque aucun effort critique , ou du moins ils sont insuffisans. D'ailleurs, les évacuations critiques ne la diminuent pas: les sueurs abondantes, les urines, avec un sédiment briqueté copieux, ne procurent pas le plus léger soulagement. Cette fiévre ne se termine pas par une crise ou une résolution. Rarement elle disparait tout-à-coup. Ordinairement elle diminue peu à peu, et disparait insensiblement avec la maladie locale. Les exacerbations ont lieu ordinairement le soir ; cest alors aussi que l'affection rhumatismale est plus violente. Quand le rhumatisme persiste, nous avons vu quelquefois cette fièvre persister au-delà de quarante jours. En un mot, elle dépend uniquement de l'affection rhumatismale locale, avec laquelle elle est dans un rapport direct et continuel.
On doit sans doute diriger le traitement de la maladie d’après cette fièvre ; mais seulement autant que l'affection morbide des actions vitales l'exige. La fièvre étant bien diminuée, ou même ayant cessé entièrement, le rhumatisme local peut encore subsister long-temps sans fièvre, ou avec une fièvre très-légère et à peine remarquable. Alors l'affection rhumatismale qui auparavant s'était répandue, par-tout se retire
PRATIQUE. | 19 pour ainsi dire dans l'endroit de sa première origine, ou , si l'on peut s'exprimer ainsi, le mal sadoucit par sa concentration dans un méme lieu.
La meilleure maniére de traiter ces maladies, est donc de diriger les secours de l'art soit sur les actions vitales irréguliéres ou la fiévre , soit sur les affections rhumatismales locales. Ceux qui négligent ces derniéres dans les commencemens, et ne considèrent que la fièvre, ne guériront jamais d'une manière sûre.
Dans la première période, cette fièvre rhumatismale, comme symptomatique, étant sous l'empire de l'épidémie d'hiver ou du printemps qui imprime une diaihése inflammatoire à toutes les maladies, doit toujours présenter un caractère plus ou moins inflammatoire. Elle exige donc une méthode de traitement plus ou moins antiphlogistique , et principalement les décoctions attenuantes, auxquelles on ajoute une dose convenable d'un sel neutre et le rob de sureau. Quand on est parvenu à modérer cette fiévre, elle ne demande plus de traitement spécial; car, quand la phlogose est détruite dans l'autre période, on n'a plus affaire qu'à une simple fiévre d'irritation, qui ne peut pas vaincre, par ses efforts critiques insufhsans,
l'affection rhumatisme locale dont elle est l'effet, mais qui ne peut pas non plus lui être nuisible. Elle accompagne la maladie locale sans l'aggraver, et disparait avec elle. Cette fiévre ne prend jamais le caractére nerveux, malgré l'emploi le plus inconsidéré de la méthode débilitante. Elle reprend plutót de nouveau le caractére inflammatoire par l'abus de la méthode stimulante.
Les remédes diaphorétiques antiphlogistiques dans le premier stade de la maladie, et les stimulans dans le second , ne peuvent pas étre recommandés indistinctement dans tous les cas, et méme ils ne suffisent pas seuls.
Souvent des malades sont beaucoup soulagés par une évacuation abondante d'urine ou par une liberté de ventre, quoique ces évacuations diminuent les sueurs. Bien plus, nous avons vu quelquefois employer le quinquina pour modérer des sueurs excessives qui devenaient débilitantes , et si la fiévre n'en était pas diminuée , elle n'en était pas non plus aggravée.
Tant que l'affection locale et la fiévre inflammatoire subsistent, rien ne convient mieux que la chaleur sèche continuelle. Plus elle est égale, plus elle est favorable. Le seul séjour dans le lit procure souvent un grand soulagement aux pauvres qui sont privés de toutes les aisances
PRATIQUE. 2% domestiques. Il est aussi trés-avantageux de couvrir les parties souffrantes avec des étoffes
de laine molle, ou avec des étoupes de chanvre et de lin.
N'existe-t-il pas, dans le rhumatisme, une coagulation de la lymphe produite par l'action du froid humide, puisque la chaleur égale conünuée, qui favorise tant l'atténuation des humeurs, cause un si grand soulagement? ou bien, le calorique soustrait par le froid humide est-il de nouveau mis en équilibre par une chaleur égale long-temps prolongée? au moins le soulagement du rhumatisme par les sueurs n'est pas tel qu'on puisse l’attribuer uniquement à l'augmentation de la transpiration.
Les applications froides et humides sont nuisibles: il en est de méme des applications tiédes et humides, parce qu'ilest difficile de les maintenir toujours à la méme température. J'ai vu souvent les bains chauds produire de mauvais effets, et je l'ai éprouvé moi-méme. Enfin, en général, tous les remédes externes, qui sont des conducteurs trop avides du calorique,paraissent exaspérerle mal. Lesonctions avec les corps. gras et spiritueux nuisent aussi dans le premier stade. J'ai observé sur moi-même et sur d'autres malades, que l'emploi intempestif des vésica-
22 MÉDECINE toires , avant que les humeurs stagnantes fussent rendues mobiles , augmentait les douleurs.
Quand la fiévre et l'inflammation diminuent, les frictions séches , mais trés-légéres, peuvent être trés-avanlageuses. Ce n'est qu'alors qu'on a pu observer , dans certains cas, un grand soulagement de l'emploi externe des linimens savonneux, du baume opodeldok des Anglais, el de la teinture de gayac unie au. camphre.
Intérieurement, on doit toujours continuer l'usage des décoctions légérement résolutives et attenuantes, avec le rob de sureau et une légére dose d'un sel neutre.
Quand ces moyens ne suffisent pas, on peut avoir recours avec assurance aux remèdes externes plus irritans, et méme aux vésicatoires ; mais il faut qu'ils produisent une large plaie ; une simple rubéfaction ne suffit pas. C'est alors aussi quon peut employer les médicamens puissament résolutifs, principalement lantimoine, le camphre, la douce-amére , l'aconit, le gayac. Mais la résine de gayac unie à la soude est le reméde savonneux le plus puissant et le plus utile dans cette maladie. Son usage nous a été enseigné par notre illustre Président, qui en a éprouvé les vertus dans une pratique nombreuse.
Quelquefois l'affection rhumatismale , dimi-
PRATIQUE. 23 nuée par ces moyens, est si tenace, qu'elle revient avec sa première violence, par la plus légère occasion ; elle exige alors de nouveau le méme traitement. Quelquefois , chez des sujets moins pléthoriques et dans une autre saison, le mal revient avec moins de force, ses attaques sont plus légéres, ou méme il disparait pour un temps, mais cette disparition est trompeuse , elle est bientôt suivie de rechute.
Souvent, aprés des attaques réitérées, le mal diminue de violence, ou au moins ses retours sont moins fréquens; la maladie perd de pius en plus son caractère inflammatoire et fébrile ; le rhumatisme local ne s'accompagne pas d'autant de tuméfaction, ni d'autant de rougeur, et pourtant, ce qui est étonnant, la douleur augmente : elle devient trés-vive, méme par le plus léger mouvement, ce qui n'était pas ainsi pendant l'état fébrile.
Alors on appelle la maladie rhumatalgie ou arthralgie ; elle participe du caractére des névroses. |
Tous les médecins savent combien le traitement est alors difficile. Il faut combattre le mal par tous les moyens de l'art employés de bonne heure, et sur-tout ceux que nous avons recommandés plus haut; ils agissent d'une manière lente, mais sûre. Toute méthode per-
24 MÉDECINE turbatrice et trop stimulante, produit divers maux rebelles, et la diathése rhumatismale chronique quil est si difficile de déraciner. Nous n'avons pas de méthode rationnelle de traitement du rhumatisme aigu, parce que sa cause prochaine nous est inconnue. Tout ce qu'on a dit depuis tant de siécles sur la suppression de la transpiration et la méthode sudorilique, est insuffisant. Les forces de la nature et les actions vitales salutaires, sont nulles ou trop faibles pour vaincre cette maladie, qui, pour sa guérison, demande absolument les secours de l'art, ou au moins un régime diététique trés-convenable. On n'a encore découvert aucun spécifique, et l'on ne peut pas se fier à ceux que l'on a vantés : il faut donc avoir recours à une méthode empirique rationnelle; elle devra consister, tant qu'on n'en aura pas trouvé de meilleure, dans l'emploi des remédes recominandés plus haut. On commencera par les plus légers , dont l'expérience a confirmé l'efficacité; on les emploiera avec prudence, en faisant une grande attention aux indications qui pourraient se présenter. Ceux qui, dans le rhumatisme tébrile, emploient de suite l'aconit et les stimulans les plus actifs, et qui, dans le rhumatisme non fébrile, font usage du rob de sureau uni au nitre et des autres diaphorétiques doux,
re
PRATIQUE. 25 exercent un empirisme aveugle, contraire à l'indication rationnelle, et fondent leur pratique sur des hypothèses imaginaires. Un état trop grand d'excitation, et des évacuations trop abondantes, s'opposent également à la guérison (1).
(1) Lerhumatisme est fréquemment une maladie rebelle, et qui élude toutes les ressources de notre art. Souvent les saignées répétées ne procurent pas un grand soulagement , comme l'avait déjà observé Sydenham. Quelquefois les sangsues n'ont pas plus de succès, ou bien , aprés leur application, la douleur change seulement de place. Une méthode que j'ai souvent trouvée efficace, est de faire boire au malade tous les Jours une trés-grande quantité de petit-lait ou d’eau de veau, quand l'estomac peut supporter ces boissons. On provoque par-là des évacuations par les sueurs, les urines ou les selles, et la guérison est quelquefois trés-prompte. Sydenham et Stollavaient cons-
taté la bonté de cette méthode : il faut y Ipade la saignée chez les sujets pléthoriques.
Les frictions camphrées et opiacées procurent du soulagement , sur-tout dans le rhumatisme chronique ; quelquefois aussi elles ne produisent aucun effet, ou suspendent seulement momentanément la douleur , ou enfin la déplacent. Il faut d'ailleurs user de ces moyens avec prudence. Souvent les bains de vapeurs sont très-utiles , quand l'affection est chronique. ( Note du traducteur. )
Maladies sporadiques.
Ow observa plusieurs malades atteints d'affections chroniques , qui étaient la suite des fièvres quartes de l'automne, négligées ou mal guéries. Nous eümes deux cas de cachexie leucophlegmatique , avec engorgement des viscéres abdominaux.
De méme que les fiévres tierces d'été attaquent le foie, et proviennent peut-étre d'un état morbide du foie, de méme aussi les quartes d'automne dégénérent promptement en maladies de la rate, et naissent peut-étre, ou sont au moins entretenues par une affection morbide de ce viscére. L'engorgement de la rale n'est d'abord pas sensible au tact ; mais il se manifeste dans cette région une douleur pongitive qui semble provenir de la tension qu'exerce sur le péritoine la rate gonflée, et cette douleur s'étend quelquefois jusqu'à la poitrine, et méme jusqu'à l'épaule gauche, par la sympathie des membranes.
Ces affections de la rate aprés les fiévres intermittentes, peuvent étre prises facilement pour les effets d'une affection morbide primitive du foie, quand on considére l'union physiologique de ces deux viscéres; mais on ren-
contre souvent des engorgemens de la rate primitifs, qui suivent les premiers accès des fièvres intermittentes, sans qu'il y ait aucun signe d'obstruction du foie et d'ictére.
1l n'est pas facile de concevoir et d'expliquer, quoiqu'on ait voulu le faire avec prolixité , pourquoi les obstructions de la rate qui suivent les fiévres intermittentes, laissent aprés elles chez les malades une si grande tendance à la cachexie leucophlegmatique, quoique la rate ne semble pas avoir une trés-grande importance physiologique. On ne peut guère attribuer cet effet à la mauvaise nutrition et à la débilité qui en est la suite, puisque d'autres Obstractions de la rate, nées d'autres causes, subsistent souvent long- temps sans produire cette cachexie. L'obstruction de ce viscére, ainsi que la cachexie qui surviennent aprés les fièvres, nous paraissent plutôt être l'effet d'une mème cause par laquelle sont lésées les sécrétions artérielles et les fonctions du tissu cellulaire, sur lesquelles le bon état de la rate a une grande influence. Si ces idées deviennent un jour plus certaines, on parviendra peut - être ainsi, à l'aide dela médecine pratique, à éclaircir les fonctions physiologiques de la rate.
Les médicamens qui remédient à ce vice des sécrétions, et à cet affaissement du tissu cellu-
28 MÉDEGCINE
laire qui en est la suite, guérissent assez vite ces cachexies , sur-tout quand on y joint un régime convenable et des moyens externes.
Parmi ces remédes salutaires , on doit sur-tout compter les amers unis à des sels, comme nos décoctions saturées de dent-de-lion et de chicorée avec du sel ammoniac. De légers restes d'obstructions peuvent subsister pendant toute la vie, sans entraîner de danger.
Il en est qui prétendent que le retour d'une fièvre intermittente au printemps, est le meilleur remède pour détruire radicalement ces obstruclions; mais nous avons vu des cas où le retour de la fièvre a augmenté l’ancienne obstruction, et a même produit une cachexie nouvelle. Alors, le quinquina a guéri la fièvre et la cachexie, mais l'obstruction a persisté.
Nous parvinmes à adoucir, chez une Jeune femme, un vomissement chronique trés-incommode, et qui durait depuis long-temps. Nous ne pümes cependant pas en détruire la cause, qui paraissait résider dans une affection organique. Ce vomissement provenait, suivant le rapport de la malade, de ce qu'elle avait avalé trop précipitamment un aliment trop chaud ; cela avait pu produire cette issue funeste, par une inflammation , une cicatrice ou une callosité dans l'estomac.
PRATIQUE. | | 29 Ces vomissemens furent apaisés par des opiacés unis aux alcalins lixiviels. Dans d'autres cas, l'alcali fixe seul, employé à forte dose, a produit le méme effet. Cet alcali apaise trésbien les mouvemeus convulsifs des fibres musculaires, quand il les touche immédiatement.
La potion anti-émétique de Rivière agit peutétre souvent d'une maniére salutaire, par sa base alcaline prédominante.
Janvier 1808.
LE froid fut assez modéré, la température sèche : il y eut peu de neiges.
La plus grande hauteur du thermométre fut de 7 d. au-dessus de ole 31 ; la moindre fut de 4 d. au-dessous de o le 21. |
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 10 l. 7, le 7. Son plus grand abaissement fut de 27 p. 11 1. le 15.
La plus grande variation subite fut, pour le thermomètre, de 7 d. d'élévation du 3o au 31 ; et pour le baromètre, de 6 1. d'abaissement du 10 AU 11. |
L'ouest fut le vent dominant, ensuite le sudouest et le nord-ouest.
Maladies épidémiques.
In y eut peu d'hommes malades dans ce mois.
Les fiévres intermittentes devinrent de jour en Jour plus rares. On ne vit bientót plus que celles que l'on apportait de Hongrie.
Quand lhumidité de l'air fut dissipée , il y eut peu de rhumatismes et peu d'érysipéles.
Ce fu* alors que le caractére inflammatoire commença à se développer. On vit des fièvres inflammatoires simples, sans affection locale, des pleuro-péripneumonies , des hépatites et des pleurésies du cóté droit.
Il fallut avoir recours à l'appareil antiphlogistique et aux saignées modérées qui furent suffisantes, l'épidémie n'étant pas grave, et attaquant peu d'individus, et d'une manière légére.
Comme les pleurésies du cóté droit sont beaucoup plus fréquentes que celles du cóté gauche, sur-tout lorsquil y a beaucoup d'hépatites, et comme les pleurésies idiopathiques sont en général rares et proviennent le plus souvent de la tension exercée sur les membranes par les viscéres voisins enflammés, et de lengorgement symptomatique qui en est la suite ; je soupconne que le plus grand nom-
bre de ces affections pleurétiques du côté droit, proviennent d'inflammations cachées du foie ei du péritoine , qui sont souvent si obscures, qu'elles n'ont aucun signe pathognomonique.
Il existe aussi, et l'on vit méme dans ce mois d'autres pleurésies, qu'il vaut mieux appeler, avec les Allemands, douleurs de cóté pongitives. Elles sont aussi symptomatiques, sans aucune inflammation idiopathique de la plévre. Elles proviennent d'une affection arthritique des articulations des côtes, ou d'un rhumatisme des muscles intercostaux, qui n'est pas loujours assez douloureux pour empécher qu'oa ne touche la partie malade. —
Nous appelons ces pleurésies rhumatismales, quoique la plévre ne soit pas affectée elle-méme du rhumatisme ; mais elles proviennent symptomatiquement du rhumatisme des muscles intercostaux, et finissent avec lui. Le rhumatisme n'existe pas toujours dans l'endroit de la douleur, qui se fait souvent sentir dans des lieux éloignés par la sympathie des membranes (1).
(1) Cette maladie appelée pleurésie rhumatismale ou pleurodynie , a été trés- bien décrite par Stoll (Médecine pratique, t. Y. p.61). Il a trés-bien exposé les signes qui doivent la faire distinguer de la vraie inflammation de fa
Si nous considérons ensuite les pleurésies qui accompagnent ordinairement les péripneumonies, nous voyons aussi qu'elles sont rarement des inflammations idiopathiques de la plévre , mais plutót des tensions douloureuses de cette membrane, produites par l'inflammation du poumon. Les pleurésies vraies et idiopathiques paraissent donc peu nombreuses, quoiqu'on rencontre dans la pratique un trésgrand nombre de maladies appelées faussement pleurésies.
D'ailleurs, la plévre n'est pas placée de manière à être attaquée facilement , et d'une maniére primitive et directe , par les causes des épidémies.
IL nous faudra donc distinguer avec soin les pleurésies épidémiques, pour ne pas abuser
plèvre. Dans la pleurodynie , la douleur est vague , superficielle, augmente par le toucher, et s'étend à la région précordiale, au bas ventre, et souvent à tout le thorax. Dans la vraie pleurésie, au contraire , la douleur est fixe, n'augmente pas parle toucher , et s'accompagne d'oppression et de dyspnée. Le traitement de la pleurodynie consiste , dit Stoll, dans la prompte application des vésicatoires , aprés une ou deux saignées. Dans la vraie pleurésie, les vésicatoires doivent être employés plus tard; autrement, ils aggravent le mal. On verra plus bas, chap. IIT, 8.6 ouverture , un cas de pleurodynie terminée par suppuration et par la mort. ( Note du Traducteur.)
d'un mot trop souvent employé. Si, comme les bonnes femmes le soutiennent avec raison, un état de flatulence des intestins peut souvent produire une douleur pongitive dans la poitrine, certainement les inflammations des différens viscéres qui sont en rapport par conüguité ou par sympathie avec la plévre, peuvent aussi faire naitre des douleurs pongitives de la poitrine et méme de la plévre, qui ne méritent pas le nom de pleurésies.
Enfin, les ouvertures de cadavres confirment que la pleurésie vraie et idiopathique est une maladie peu commune; rarementen effet, aprés les autopsies, on trouve dans la plèvre les effets manifestes d'une inflammation. ‘Les adhérences de cette membrane avec les poumous, que l'on rencontre si souvent, naissent plutôt de l'inflammation du poumon qui laisse transsuder une lymphe coagulable (1).
(1) Hildenbrand regarde la pleurésie simple et idiopathique, comme trés-rare , et en cela il est d'accord avec Haller , Tissot, Cullen et Morgagni même; mais tous ces auteurs croyaient que les adhérences de la plévre et les fausses membranes n’étaient pas des signes suffisans d'inflammation. Dans l'état actuel de nos connaissances sur les phlegmasies des membranes séreuses , une semblable opinion ne peut pas être soutenue. (Note du Traducteur. )