Tome IL
paraît sans lésion, on devrait appeler cette maladie myositis intercostal, où rhumatisme intercostal. Les meilleurs moyens de guérison, furent les vésicatoires appliqués sur l'endroit affecté , méme sans saignée.
En général, les affections rhumatismales et arthritiques furent trés-fréquentes ; elles participèrent beaucoup du caractère inflammatoire, sur-tout dans leur premier stade. ll en fut de méme des catarrhes pulmonaires qui, dans leur pres période, jud les symptómes des péripneumonies.
Les fièvres intermittentes furent très-rares pendant cet équinoxe, ce qui est étonnant ; on vit cà et là quelques tierces simples, faciles à guérir. Les fièvres qui duraient depuis l'épidémie d'automne et d'hiver, eurent absolument besoin du quinquina.
Une perte de mouvement des extrémilés inférieures , provenant d'engelures aux deux métatarses, fut guerie plutôt d'elle-même, que par les frictions stimulantes. Tant quil existe des neiges , lesengelures sont exaspérées, et cessent ensuite quand les neiges ont disparu. Cette maladie est singuliére , et n'est pas encore bien connue.
Nous reconnümes facilement une épilepsie simulée, chez un jeune homme qui voulait évi-
PRATIQUE. 99 ter le service militaire. Le caractère essentiel de cette maladie consiste dans l'abolition des sens internes et externes, qu'il est difficile de bien simuler.
Un homme atteint de nausées et de tympanite, pour avoir mangé avec excès de la viande de porc, fut guéri en peu de temps par un purgatif avec la rhubarbe, et ensuite par les amers et les carminatifs.
Nous-parvinmes aussi facilement à guérir une gale chez un tisserand. Cette maladie est quelquefois trés-longue quand elle est mal traitée. Je veux parler ici de la gale idiopathique, contagieuse , qui est fainiliére aux ouvriers qui travaillent sur la laine et le coton, aux tailleurs, aux juifs et aux autres individus qui sont dans des ateliers où il y a peu de propreté.
Cette espéce de gale vient certainement d'un insecte qui se tient sous la peau : eile est contagieuse, et forme une maladie cutanée locale. Pour la détruire, il suffit d'employer des remèdes topiques , qui, par leur àcreté ou leur qualité vénéneuse, font périr les insectes.
Cette gale n'entraine pas des maladies à sa suite ; elle ne peut pas non plus avoir des métastases funestes sur d'autres organes, à moins que la peau ne soit trés-accoutumée au prurit qu'elle occasionne, C'est ce que j'ai appris d'une
cas
manière indubitable, par des observations trèsnombreuses, chez des juifs mal-propres de la Pologne.
Ayril 1809.
La température fut très-variable , et le plus souvent humide, froide et venteuse. Les neiges furent abondantes et fondirent de suite.
La plus grande hauteur du thermométre fut de 17 d. le 19; la moindre fut de 2 d. au-dessous de o4e 4.
La plus grande élévation du baromètre fut de 28 p. 8 L 7, le 8. Son plus grand abaissement fut de 27 p. 6 L. :/, le 28.
La plus grande variation subite fut, pour le thermométre, un abaissement de 8 d. du 20 au 21; et pour le baromètre, un abaissement de 7 L du 27 au 26.
Le nord-ouest domina constamment.
Maladies épidémiques.
LE caractère inflammatoire des maladies persista : il y eut beaucoup de pleurésies et de péripneumonies ; nous n'eümes cependant aucune hépatite.
. On vit aussi un grand nombre de fausses inflanmations , des affections rhumatismales et arthritiques, et des catarrhes.
PRATIQUE. 10r
Les fiévres intermittentes eurent aussi le .
earaciére inflammatoire : les paroxysmes quotidiens ou tierces s'accompagnaient d'inflamma tions locales si intenses, sur-tout de poitrine, qu'ils simulaient presque des fièvres larvées.
L'appareil antiphlogistique les guérit ou les fit devenir simples. Comme les symptómes inflammatoires n'étaient pas bien violens, on n'eut pas besoin de la saignée.
On vit cependant, dans ce mois, quelques fièvres intermittentes quotidiennes, tierces ou double-tierces, simples et franches dés leur origine.
Maladies sporadiques.
Nous employämes, pour guérir la maladie siphilitique chez une femme, la préparation mercurielle la plus douce, le mercure noir de Moscati (1).
Mais cette préparation relàchait le ventre, et nous fümes forcés de l'associer à l'opium ; elle ne put pas guérir la malade d'un ozéne provenant de la carie des cartilages du nez.
Nous parvinmes à diminuer beaucoup une affection porrigineuse invélérée, chez une jeune
(1) Oxyde noir de mercure, c'est le me cure soluble | d'Hahnemann , dont Moscati a modifié la préparation.
fille, par une solution de potasse caustique dans de l'eau en lotion et en bain. Cependant | la maladie ne fut pas entiérement guérie, et revenait de temps en temps dans divers endroits.
Nous guérimes facilement, et en peu de temps, une femme atteinte d'une hydropisie qui provenait d'un état de relâchement de tout le système, à la suite d'une diarrhée rebelle : cette cure fut opérée par le mélange d'un extrait amer dans une eau distillée aromatique, avec de l'esprit de nitre dulcifié; on employa aussi les frictions sèches.
Nous obtinmes aussi promptement la guérison d'un scorbut aigu , accompagné d'une petite fièvre, de taches livides et d'affection de la bouche, par le seul usage de l'acide citrique dans une décoction de gramen.
Maz 1809.
Après quelques pluies dans les premiers jours , la température fut sereine pendant tout le mois ; il fit chaud comme en été ; l'air fut trèssec et les vents rares.
La plus grande hauteur du thermométre fut de 22 d. le 29; la moindre fut de 2 d. '/, le 7.
La plus grande élévation du baromètre fut
PRATIQUE, 103 de 27 p. 7 |. '/; le 8; son plus grand abaissenent fut de 27 p. 11 L le 1.
La plus grande variation subite du thermomètre fut de 7 d. d'abaissement, du 29 au 30; le barométre n'eut pas de variation subite.
Le sud-est fut le vent dominant,
Maladies épidémiques.
Lrs fiévres intermittentes furent beaucoup plus fréquentes que dans le mois dernier ; mais elles avaient perdu entièrement le caractère inflammatoire, et la chaleur augmentant, ainsi que la sécheresse, elles présentaient manifestement le caractère bilieux. Elles cédaient aisément à un ou deux vomitifs, et celles qui résistaient, étaient guéries par les amers.
Ces fièvres étaient quotidiennes ou tierces simples; la plupart cependant étaient doubleilerces. "
Nous observàmes deux fiévres tierces larvées chez des femmes, l'une sous l'apparence d'un vomissement , et l'autre sous la forme de céphalalgie avec vertige; ces deux maladies cédérent aisément au quinquina. |
À l'exception des fièvres intermittentes et des rhumatismes aigus, on n'observa aucuné autre affection épidémique provenant de l'at-
mosphère, ni dans notre clinique, ni dans le dehors. |
Mais il y eut d'autres maladies qui régnèrent avec une grande violence, et qui furent trésnombreuses. On ne peut pas cependant les appeler épidémiques, quoique provenant d'une source commune; elles étaient causées par les calamités de la guerre qui affligeaient tout 1e monde, et par la consternation et la terreur qu'inspirait l'armée française qui s'approchait de la capitale, qui l'assiégea ensuite, et lui fit supporter un bombardement terrible pendant deux Jours.
On vit différens effets de cette terreur : plusieurs éprouvérent des douleurs de tête trèscruelles, qui occupaient la totalité ou seuleinent la moitié de la tête. D'autres eurent des palpitations de cœur ou un asthme spasmodique. Une femme fut attaquée d'épilepsie ; une autre, de manie. Plusieurs femmes eurent leurs régles trés-abondantes, et des Jeunes filles éprouvérent alors, pour la première fois, le flux menstruel qu'elles attendaient depuis longtemps. D'autres femmes furent atteintes d'hémorragies utérines et de diarrhées rebelles.
La crainte et sur-tout les courses rapides pendant une grande terreur, déterminérent chez plusieurs hommes des distensions vari-
queuses et anévrismatiques des grands vais- | seaux. Par-là, le pouls devenait plein, vibrant fort , les anxiétés précordiales étaient fréquenies, ainsi que les vertiges, les défaillances, les syncopes, les affections hypochondriaques chez les hommes, et hystériques chez les femmes.
Piusieurs succombérent à ces maux ; je n'ai vu personne en guérir. Les antiphlogistiques , la digitale pourprée et sur-tout le calomel, furent des secours précaires.
Dans les cadavres que l'on put ouvrir, on trouva les cavités du cœur et les vaisseaux pulmonaires distendus outre mesure. La raison de ce phénomène est facile à comprendre : la terreur occasionnant une constriction spasmodique dansles petits vaisseaux, il se fait un afflux plus grand du sang dans les gros vaisseaux ; et ces derniers doivent obéir à la distension , ou se rompre, sur-iout quand on exécute un mouvement violent du corps.
ll est aussi facile de concevoir, par les mémes raisons , pourquoi la terreur a pu produire chez beaucoup de sujets des inflammations de poitrine, La frayeur causée par l'explosion épouvantable des bouches à feu, détermina une péripneumonie trés-grave chez deux femmes qui étaient dans notre clinique, et qui n'étaient point disposés aux inflammations. Chez une
autre femme , Finflammation qui avait disparu , revint de nouveau. La même chose arriva à plusieurs personnes dans la ville (1).
: Les seuls secours à opposer à ces inflammations, consistent dans un traitement antiphlogistique actif.
La nécessité de la saignée se conçoit aisé— ment d'aprés l'origine et la description de ces maladies. Aucun remède ne s'oppose avec plus d'efficacité aux congestions de sang vers le cœur, que l'évacuation du sang veineux, faite le plus promptement possible; c'est méme un usage répandu dans la médecine populaire, de saigner aprés une grande terreur , et de provoquer toutes les excrétions. La pratique de certains médecins amis des hypothéses, est trés-condamnable , quand ils donnent les stimulans
() Hildenbrand décrit ici avec beaucoup d'exactitude les maladies observées pendant le siége de Vienne. Dans ces affections causées par la terreur , 11 recommande la saignée et les antiphlogistiques. Le éélébre Marc-Antoine Petit, dans son Discours sur l'influence de la révolution sur la santé publique , a aussi tracé, avec son éloquence accoutumée , le tableau des maladies qui régnèrent à Lyon pendant le siége mémorable de cette ville. On peut comparer la description des maladies observées par ces deux inédecins, dans des circonstances qui présentaient beaucoup d'analogie. (Note du Traducteur.)
PRATIQUE. 107 après une frayeur, dans la supposition que les passions tristes produisent la faiblesse vraie.
Les typhus contagieux qui nous venaient des camps des armées françaises, commencèrent à se montrer : cette maladie suit toujours les armées en temps de guerre, et se communique dans le peuple par la communication qui s'établit avec les hópitaux militaires par les soldats convalescens.
Maladies sporadiques.
Une colique provenant d'un vice organique, déterminée par un coup de poing recu sur l'abdomen, devint mortelle chez une jeune fille : il survint une suppuration dans quelques endroits du mésentére , et une induration stéatomateuse dans d'autres points de cet organe; nous renvoyons l'histoire de cette maladie au chapitre des ouvertures.
Juin 19809.
IL y eut une chaleur sèche jusqu'au huitième jour du mois; mais depuisce Jour qui est fameux chez les laboureurs pour la prédiction des temps de l'été , il plut presque constamment. La température fut donc froide et humide.
La plus grande hauteur du thermomètre fut de 25 d. au-dessus de o le 5 etle 6: la moindre fut de 10 d.*], le 11.
La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 7 1. le 3. Son plus grand abaissement fat de 28 p. 11. ! f; le18.
La plus grande variation subite du thermométre fut de 7 d. d'abaissement du 7 au 8.
Le baromètre n'eut pas de variations subites.
Le nord-ouest fut le vent dominant.
Nous n’efñimes aucune inflammation , à l'exception de trois cas de péritonite , chez des filles pendant leurs régles. Ces inflammations étaient peut-étre l'effet des terreurs précédentes.
Les maladies ne présentérent encore aucun caractére bilieux.
Les fièvres intermittentes furent simples, quotidiennes ou tierces ; elles résistaient à un léger appareil nervin et tonique.
Il y eut beaucoup de scarlatines; mais elles ne furent pas malignes.
Les typhus contagieux, qui se montrent toujours en temps de guerre, furent très-fréquens, soit dans notre clinique, soit dans la ville ; ils s'étendirent des hópitaux militaires
PRATIQUE. 109 aux particuliers, par la contagion et les communications inévitables.
Comme il n'y avait alors aucun caractère épidémique dominant , soit inflammatoire, soit bilieux, les typhus étaient simples et légers ; leurs anomalies provenaient toujours de dispositions individuelles, ou de causes particuliéres. La mortalité ne fut donc pas bien grande.
Cependant, nous n'avons jamais pu observer dans le typhus cette mortalité si peu considérable dont se vantent quelques médecins. Aussi je doute qu'ils connaissent bien cette maladie, qui est en général insidieuse, qui tend d'une maniére inopinée à des crises funestes, età un caractére malin et pernicieux.
D'après un calcul tiré d'observations exactes et multipliées , dans les plus légéres épidémies du typhus, il meurt au moins un malade sur dix; dans des circonstances malheureuses, le typhus devient quelquefois aussi meurtrier que la fièvre pestilentielle ; et alors il meurt un malade sur quatre, et même un sur trois.
Quoique cette maladie ait un caractère spécial et soit identique ; quoiqu'elle se propage et se régénère par un miasme particulier ;
quoiqu'elle ait des symptómes propres et es-
sentiels , et qu'elle saccompagne d'un exanthème spécifique ; quoiqu'enfin elle ait un
cours presque déterminé ; cependant elle est sujette à beaucoup d'anomalies comme les autres fièvres contagieuses. De manière que, sur un grand nombre de malades affectés, on trouve des cas très-différens les uns des autres.
L'influence des épidémies annuelles sur le typhus est trés-grande. Ainsi, souvent on observe le caractère inflammatoire ou bilieux, sur-tout dans le premier stade. Cette complicaliou n'eut pas lieu dans ce mois, comme nous l'avons déjà dit; mais on observa cependant plusieurs anomalies de cette maladie , provenant soit de la constitution de l'individu affecté, soit de causes particulières. Nous allons rapporter ici quelques-unes des principales.
Nous vimes, chez un jeune peintre, à la fin de la période nerveuse du typhus, les symptómes de la rage, et l'hydrophobie elle-même. Ce malade avait une anxiété trés-grande , un regard et des yeux menagçans ; il éprouvait de fréquentes extases , et faisait ensuite de grands efforts pour se lever et se jeter sur ceux qui l'entouraient pour leur faire du mal, et cela, malgré une faiblesse musculaire extréme. A ces symptômes , se joignaient : des convulsions légères etcontinuelles, la crainte de la lumière, la difficulté d'avaler, de l'oppression, laversion des boissons et des médicamens liquides :
il les retenait dans sa bouche, et les rejetait sur ceux qui l’entouraient ; il montrait la plus grande aversion pour tous ceux qui lapprochaient. La réunion de tous ces phénoménes présentait beaucoup de ressemblance avec la rage. Ce malade fut guéri par l'usage des remédes nervins, et sur-tout du camphre, sans avoir recours au musc, et il jouit encore aujourd'hui d'une bonne santé (1).
(1) Sarcone, dans son Histoire de l'épidémie de Naples (tom. 2, pag. 225), dit avoir observé, chez plusieurs malades atteints de la fièvre épidémique, Fhydrophobie et méme l'envie de mordre. ll rapporte entr'autres (p.430), avec beaucoup de détails, l'histoire d’un malade qui, outre l'horreur quil avait pour les liquides, mordait avec fureur tout ce qu'on approchait de lui: il guérit cependant. On emplo ya la saignée dans le commencement, puis les vésicatoires, deux vomitifs, et de fortes doses de musc et.de cinnabre. M.* Andral fils fait mention ( Clinique médicale de M." Lerminier, pag. 441) d'un cas de fiévre grave, qui s'accompagna aussi d'horreur des liquides; mais non d'envie de mordre. On pratiqua une saignée ; on appliqua des sangsues ; on mit aussi en usage les vésicatoires, les lavemens purgatifs, et les antispasmodiques. Le malade mourut , et l'on ne trouva, à l'ouverture du cadavre , que des altérations très-légères dans les organes. L'hydrophobie spontanée a été observée par les médecins les plus anciens : Arétée et Coelius Aurélianus en ont fait mention. On trouve, dans le tome 1.€* de la Collection de Baldinger ( Sylloge opusculorum argu-