Y12 MÉDECINE
Nous observámes chez un vieillard, pendant le typhus, un ictère qui se manifesta tout-àcoup sans affection du foie, et qui disparut ensuite aussi subitement, sans employer le mercure. La prostration des forces n'était pas bien grande. Ce n'est pas la premiére fois que nous avons observé la disparition subite de l'ictére dans les maladies fébriles; tandis que, dans les maladies non fébriles, la couleur jaune ne disparait que graduellement.
Le caractére putride, ou plutót la diathése scorbutique à laquelle on donne ce nom, s'offrit à nous une seule fois, chez une femme, dans une période avancée du typhus. Lesacides végétaux eurent, dans ce cas, leur efficacité ordinaire. |
Le crachement de sang, qui fut fréquent dans ce mois, chez les hommes, se montra aussi souvent dans les typhus; mais il ne fut jamais funeste, quand il n'y eut pas d'autres mauvaises complications, et céda toujours à une boisson mucilagineuse,
menti medico-practici , 1776, 6 vol. in-8.?), une disserlation sur cette maladie ; elle est intitulée : Dissert. de hydrophobid sine morsu previo. Auct. Tribolet - de - la- Lance. L'auteur y a réuni ce que les auteurs anciens et modernes ont dit de 'hydrophobie spontanée. (Note du
Traducteur.)
Dans ma Monographie du typhus, publiée à cette époque, j'ai rapporté plusieurs autres observations: je ferai seulement ici mention d'une hydropisie .de l'ovaire, qui fut guérie radicalement par le typhus.
La manière dont la mort arrivait fut presque toujours la méme, malgré les diverses modifications de la maladie chez les différens individus. Tantót, dans les jours critiques, tels que le 11.9, le 14%.ou le 20.? ,: al -survenait: une. apoplexie subite et pernicieuse, qu'on a appelée métastase; tantôt aussi, il se manifestait une si grande oppression du cerveau, que le malade devait succomber à la prochaine exacerbation critique.
A louverture des cadavres, on trouva toujours des traces d'inflammation dans le cerveau et dans les intestins , si toutefois l'engorgement. des vaisseaux, des intestins et des membranes du cerveau peut faire justement conclire qu'une inflammation précédente a existé. Nous avons aussi quelquefois vu un épanchement de sérosité dans les cavités cérébrales; mais cette sérosité était peu abondante , et était peut-étre plutót. l'effet que la cause de la mort.
Quoiqu'ôn puisse inférér de tout cela, que les inflammations symptematiques du cerveau
orne. LE: G
et des intestins sont très-fréquentes dans le typhus, on n'aurait pourtant pas raison d'appeler le typhus une encéphalite; car il serait absurde , par exemple , de soutenir que la fièvre morbilleuse n'est qu'une péripneumonie.
On vit dans ce mois beaucoup d'hydropisies, soit dans la ville, soit parmi les soldats : provenaient-elles des qualités de l'air, ou des calimités publiques? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Cependant , la derniére cause parait la plus probable, si l'on considére que plusieurs individus devinrent hydropiques pour avoir demeuré dans des lieux humides où ils s'étaient retirés par terreur, et où ils n'avaient eu, pendant plusieurs jours, que de l'eau pour toute nourriture, La tympanite se joignit toujours à l'hydropisie chez ces personnes qui avaient ainsi vécu d'eau : un bon régime et des remèdes toniques furent les secours les plus . efficaces.
L'hémoptysie , que l'on observe tous les ans trés-souvent dans ce mois, chez les hommes , méme chez ceux qui y sont peu disposés, fut irés-fréquente cette année ; elle s'associa souvent aux autres maladies, sur-tout aux fiévres, et parut aussi souvent seule. :
Cet état d'excitation des humeurs et de turgescence du poumon , provenant de la tempé-
PRATIQUE. 115 rature de l'été, et durant plusieurs Jours et même plusieurs semaines , s'explique dificilement, et ne cède pas à de légers remèdes. Les saignées répétées, les boissons réfrigérantes et froides, la digitale pourprée méme, ne guérissent pas toujours aisément ces congestions locales, qui se terminent ensuite plus tard souvent d’elles-mêmes, quand leur cours est achevé.
Les rhumatismes aigus furent aussi trèsnombreux ; ils présentaient sur-tout le caraciere bilieux , et cédaient aisément aux antibilieux , sur-tout aux vomitifs et aux mixtures dans lesquels entrait le sureau.
Maladies sporadiques.
UxE sciatique grave et obstinée, provenant de diathése arthritique, chez une femme, fut guérie promptement, et sans retour , par des moyens trés-simples, par une mixture diaphorétique avec le sureau, des frictions et des fumigations. |
Les jeunes médecins purent apprendre, parlà, queles maladies graves même ne demandent pas toujours, et dés le principe , les moyens héroiques et une médecine turbulente ; et que, quand il n'y a pas un danger imminent, il est bon de commencer par les remèdes simples.
Juillet 1809.
LE temps fut d'abord chaud, ensuite nébuleux ; les pluies n'étaient pas abondantes , mais réitérées. Il ne tonna qu'une seule fois; ensuite la chaleur fut ardente.
La plus grande hauteur du thermométre fut de 38d. ?/,1e 8; la moindre fut de 10 d. le 19.
La plus grande élévation du baromètre fut de 28 p. 6 L '/, le 15. Son plus grand abaissement fuf de 28 p. 1 I. le 4.
La plus grande variation subite du thermomètre fut un abaissement de 6 d. du 17 au 18. Le baromètre n'eut pas de variations subites.
Les vents furent rares et peu impétueux ; i ils changèrent souvent.
ON n'observa dans ce mois absolument aucune fièvre épidémique dépendante des qualités de l’aimosphère, à l'exception des fièvres intermittenles qui règnent presque toute l'année.
Dans la premiére moitié du mois , qui fut humide, ces fièvres furent très-fréquentes ; elles étaient la plupart quotidiennes subcontinues, et ressemblaient presque aux fiévres pi-
luiteuses. Les décoctions résolutives et amères suffirent. pour leur guérison, avec quelques émétiques : on n'eut pas besoin d'avoir recours au quinquina. |
On voyait aussi des affections rhumatismales et arthritiques , qui sont des maladies intercurrentess eb qui ne peuvent jamais former une épidémie annuelle, ainsi que des scarlatines et des typhus.
Les typhus contagieux étaient déjà trésnombreux, soit dans la ville, soit dans les hópitaux. Dans notre hôpital, la contagion gagnalt presque tous les malades les uns aprés. les autres; dans la ville, elle se répandait successivement dans les familles.
Pendant que les chaleurs furent brülantes , et qu'il n'y eut pas de vents, les typhus puirides avec pétéchies. furent trés-fréquens. La mortalité ne devint cepeudant pas bien grande.
Quand cette température sèche et brálante | devint molle, on vit plusieurs diarrhées, des dysenteries et des cholera morbus.
Ces affections n'étaient pas franchement bilieuses. Les maladies de ce mois ne présentaient que de légéres TUNE de la polycholie; les affections fébriles même n'étaient pas aussi bilieuses qu'à l'ordinaire. Elles ne tiraient pas leur origine des fruits de la saison, comme
quelques-uns le pensent ; car ils étaient trèschers et étaient consommés par l'armée française. Ces maladies devinrent plus fréquentes avec l'augmentation de la chaleur; mais elles régnérent sur-tout avec la plus grande violence dans le mois suivant , quoique la température füt différente.
Maladies sporadiques.
UxE hydropisie, provenant de diathèse scrophuleuse, fut guérie par la digitale pourprée. L'infusion aqueuse de cette plante, donnée hardiment et d'une maniére perturbatrice , jusqu'à ce qu'il survint des vertiges et de la cardialgie , réussit trés-bien. La cardialgie est diminuée par l'addition des semences d'anis à linfusion.
Pr. Feuilles de digitale pourprée,
Semences d'anis , . . ..
M a. a. demi-gros.
Faites infuser dans quantité suffisante d'eau bouillante, pendant un quart-d'heure. La colature sera de six onces : on en donnera deux cuillerées toutes les deux heures.
La cuisse de ce malade, qui était œdémateuse, fut affectée d'un érysipéle grave , pour avoir été exposée au soleil.
On nous apporta un enfant qui paraissait plutôt morose qu'atteint d'affection soporeuse ; il ne présentait aucuns symptômes de paralysie ni de convulsion: il mourut cependant promptement d'une collection de pus dans le cerveau.
Août 1809.
LA température fut froide, obscure , venteuse et quelquefois pluvieuse ; mais il survenait, dans l'intervalle, des chaleurs. La fin du mois fut presque froide, après des pluies.
La plus grande hauteur du thermomètre fut de 24 d.'/,le 1.?*; la moindre fut de 10 d. !/, le 26.
La plus grande élévation du barométre fut.
de 28 p. 7 l. ?/, le 29 ; son plus grand abaissement fut de 28 p. 1 1. '/, le 24. |
La plus grande variation subite du thermomètre fut de 9 d. d'abaissement du 23 au 24.
Le baromètre n'éprouva pas de variation subite..
Le nord-ouest fut le vent dominant.
Maladies épidémiques.
Les fièvres intermittentes furent plus nombreuses que le mois précédent. La plupart étaient double-tierces , avec des apyrexies peu marquées et presque continues, Quoiqu'elles ne
présentassent nullement le caractère bilieux , cependant les émétiques les faisaient devenir plus légéres , et rendaient leurs apyrexies entières. Comme nous ne pouvions pas avoir du quinquina, nous employàmes l'infusion de calamus aromaticus unie à des extraits amers ; par ce moyen, on guérit également ces fièvres, queique moins vite. Celles qui divinrent continues prirent presque toutes dans l'hôpital le caractère du typhus.
La contagion du typhns, qui était déja trésrépandue, s'étendit encore de plus en plus. Un grand nombre de prêtres, de frères hospitaliers, de chirurgiens, de médecins, furent victimes de leur dévouement. Cependant aucun de nos élèves ne fut atteint de la maladie, à cause des grands soins que nous eümes d'éviter la contagion.
Pendant ce mois, la premiére période du typhus offrit plusieurs symptómes bilieux, et moins d'inflammatoires ; la période nerveuse fut plus grave qu'à l'ordinaire. Nous ne perdimes cependant que deux malades dans notre clinique. Une femme, guérie d'un typhus trésgrave, succomba à une suppuration d'un ulcère gangreneux au trochanter, occasionné par le décubitus sur cette partie. Chez un homme, dont le typhus n'était pas auparavant trés-
PRATIQUE. | 121 grave, la maladie prit un caractère subit de malignité , qui fut d'abord soulagée par l'usage du semer à mais après deux jours de calme et de tranquillité d'esprit, le mal revint avec une violence mortelle. À l'ouverture du cadavre , outre les inflammations ordinaires dans le cerveau et les intestins, nous trouvàmes encore l'estomac enflammé, ce que j'attribue à l'usage du phosphore, quoique donné avec beaucoup de précaution.
"La scarlatine fut fréquente dba la ville, et d'un caractère moins bénin qu'à l'ordinaire.
Les vicissitudes de l'atmosphére, et la négligence d'un régime convenable , furent la cause de ces anomalies. Nous vimes un enfant qui, pendant la durée de l'exanthéme , vint à pied à l'hôpital par un temps pluvieux. La scarlatine devint de suite pale avec de mauvais symptómes: on ne put la rappeler à la peau, et l'enfant mourut.
Mais les maladies épidémiques, qui exercérent le plus de ravages dans ce mois et dans les suivans, furent les diarrhées et les dysenteries. La mortalité qu'elles causérent fut trésgrande parmi les soldats; et elle fut encore assez considérable parmi les particuliers. |
Je vais décrire cette épidémie, non d’après le petit nombre d'observations recueillies dans
notre clinique ; mais d’après plusieurs centaines de malades traités par moi dans les hópitaux militaires.
On observait souvent alors les diarrhées et les dysenteries, comme symptômes des typhus qui étaient trés-fréquens.
Cette anomalie, ou plutôt cette modification des typhus, se voit tous les ans dans les grandes chaleurs de l'été, quand il survient quelques vicissitudes d'un froid humide. Les. médecins en donnent différentes explications : ils accusent lrritation plus grande du foie, Fâcrimonie de la bile, la transpiration supprimée, la sécrétion cutanée qui se porte sur les. intestins, l'augmentation de l'irritabilité et de la faiblesse des intestins, l'abdomen étant moins garanti des vicissitudes de l'air.
Ces diarrhées et ces dysenteries exercaient leurs ravages parmi les particuliers qui Jouissaient des plus grandes commodités de la vie; et, plus encore, dans les hópitaux publics , oà latmosphére est souillée d'exhalaisons pernicieuses, par le grand nombre des malades qui y sont rassemblés. Mais la plus grande mortalité eut lieu dans les hôpitaux militaires, où toutes les circonstances funestes se trouvent réunies à-la-fois, et où il est impossible d'entretenir la propreté et la purification de l'air.
PRATIQUE. 123 Cette complication est si funeste dans la pratique des camps, que, dès que la diarrhée survient chez un malade atteint de typhus , les médecins en désespérent presque. Les médicamens toniques ou stimulans , narcotiques ou mucilagineux , ne peuvent pas suffire dans ce cas. Il faut, en outre, un air trés.pur , dont les malades sont privés, un très-bon régime, et une grande force d'ame.
Dans les typhus, ces diarrhées symptomatiques devenaient ensuite des dysenteries ; elies étaient alors trés-nombreuses et souvent mortelles. |
Mais il y avait aussi une autre espéce de diarrhée, qui était trés-répandue parmi les soldats et les particuliers; elle avait une marche insidieuse et légére en apparence: elle ne s'accompagnait d'aucune fiévre, ou, au moins, d'une fièvre trés-faible.
La maladie commengait par des tranchées vagues et intermittentes , qui n'étaient pas méme toujours trés-pénibles. Il survenait ensuite des horripilations qui étaient suivies de chaleur et de sueur, avec anxiété et relàchement du ventre. Les selles n'étaient pas trésfétides ; mais chaque évacuation était suivie de langueur et de lassitude qui augmentaient toujours,
La iéte était trés-libre, la langue nette : il n'y avait aucun mauvais goût de la bouche ; la soif était un peu augmentée, et les urines rares; la fièvre était si légère, que les malades ne la ressentaient souvent pas, et ne gardaient pas le lit; ils sortaient même, vaquaient à leurs occupations , et mangeaient avec avidité , ce qui leur était très-funeste.
On voyait aussi des malades qui avaient une ficyre trés-forte, avec des coliques atroces, un ténesme dysentérique , et des selles sanglantes: ils moururent où guérirent plus promptement.
Ceux qui étaient en apparence sans fièvre, éprouvaient des douleurs d'entrailles très-légéres ou presque nulles:ils n'avaient pas des selles trés-abondantes nitrès-fréquentes. Quand on n'employait pas, dés le principe, des remédes efficaces , les malades tombaient dans une diarrhée habituelle et très-rebelle, qui se terminait enfin par un état de langueur chronique et colliquative, ce qui arrivait sur-tout à la fin de l'automne, quand le temps devenait froid et humide.
Les évacuations alvines devenaient peu-àpeu plus fréquentes et plus abondantes; la faiblesse augmentait sans fiévre ; les malades , dont la marche était chancelante, étaient forcés enfin de garder le lit ; l'amaigrissement surve-
PRATIQUE. 125 nait, les extrémités devenaient froides. À cela, se joignait un état de morosité et de défiance de la médecine ; la peau était œdématense; la face sur-tout était enflée, et offrait la physio- . nomie des vieillards; la soif était trés-grande, et pourtant il existait toujours une faim insatiable: de-là, la lienterie et des déjections énormes de matières non digérées, jointes à un amas de sérosité ; le ventre devenait insensible, les évacuations involontaires , tout le corps était froid comme du marbre ; et eufin, la mort arrivait par la véritable faiblesse : l'esprit était sain jusqu'au dernier moment.
La maladie durait ordinairement deux ou trois mois:la plus grande partie des malades périssaient dans les mois d'octobre ou de novembre.
Pendant ces deux derniers mois, il ne survenait plus de nouvelles diarrhées; mais les convalescens éprouvaient des récidives , ce que l'on observait encore dans lhiver et dans le. printemps suivant.
En général , les femmes et les enfans étaient moins sujets à cette maladie que les adultes.et les hommes; la mortalité était aussi plus grande parmi ces derniers. Parmi les soldats, cette diarrhée chronique faisait périr environ quinze malades sur cent. La mortalité était aussi plus
considérable dans les hôpitaux, que dans la pratique domestique.
Quoiqu'on ne puisse rien établir de bien certain sur les.causes et l'origine de ces affections, nous allons cependant présenter les opinions les plus probables.
Il est, en général, rare que les maladies populaires , méme les plus mortelles, soient produites par une cause unique et absolue. ll y a ordinairement un concours de plusieurs puissances nuisibles , dont les unes disposent le corps à contracter la maladie, et les autes excitent la maladie elle-méme et l'exaspérent ; c'est ce qui ent lieu dans cette épidémie.
Piusieurs calamités atteignirent non seulement ies soldats victorieux, mais encore les pauvres vaincus, et durent disposer aux maladies de íaiblesse, et sur-tout aux affections intestinales.
Parmi les principales causes prédisposantes , on doit compter sur-tout la nourriture, qui n'était pas toujours en quanlité suffisante, ni de bonne qualité ; les passions débilitantes , et principalement la pusillanimité et la terreur, dontious les militaires, excepté les vétérans, ne sont pas exempts, sur-tout quand ils sont dans les hôpitaux; c'est ce qui est confirmé par l'exemple des nouveaux soldats, qui furent