OUVERTURE DES CADAVRES
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Nous fimes plusieurs ouvertures de cadavres ; mais nous ne parlerons que d'un petit nombre, qui présentent quelque chose d'instrucüf, soit en éclairant le séméiotique et le diagnostic des. maladies, soit en rendant raison de linsuffsance des traitemens employés, soit enfin en présentant des cas rares et singuliers, propres a enrichir l'anatomie pathologique.
Nous ne décrirons ni fréquemment ni en détail les ouvertures des individus morts de phthisie ou de typhus: nous nous proposons de les réunir ensemble dans un autre lieu, afin d'en tirer des corollaires utiles.
Première ouverture.
UN homme âgé de 60 ans, étant à Ja fois ébéniste et peintre, entra le 27 novembre 1807 dans la clinique, présentant tous les symptômes d'une colique de plomb. Ces symptômes ayant
diminué par l'usage des substances mucilagineuses et de l'opium, cet homme commenga à devenir Jaune par tout le corps, sans qu'on pát découvrir aucune affection précédente du foie , cet organe ne présentant d'ailleurs aucun changement au toucher ; l'abdomen était partout mou et volumineux. Pensant alors que le caraciére de la maladie était spasmodique et nerveux, nous donnâmes intérieurement le camphre avec des décoctions améres et résolutives, et extérieurement nous employämes des linimens antispasmodiques unis au mercure, et des lavemens apéritifs.
Il survint ensuite des douleurs vives dans la région du foie, qui se faisaient sentir transversalement, et n'augmentaient pas par le toucher. Nous soupconnàmes qu'il existait des calculs. La couleur Jaune de la peau et des urines augmentait tous les Jours, et résista obstinément à l'emploi des substances gommo-résineuses, et des autres remédes indiqués , ainsi qu'aux frictions avec le liniment volatil. II n'y avait point de fiévre, point de vomissement, le ventre était assez libre, les selles jaunes, et l'appétit considérable.
Le 14 décembre, toutes les douleurs cessérent, mais l'ictére persista. Il survint des hémorragies fréquentes par la narine droite. On
prescrivit une mixture dans laquelle entrait la camomille et la teinture de rhubarbe.
Depuis le 24 décembre, la jaunisse devint trésintense, le corps maigrit beaucoup, il survint des sueurs nocturnes, une petite fiévre continuelle, avec le pouls trés-faible; on essaya divers remèdes amers et ensuite le quinquina. Le mouvement du. bras droit fut peu-à-peu empéché.
La consomption ictérique augmentait toujours; le 13 janvier, la figure du malade était irés-abattue , et d'une couleur jaune repoussante ; il se manifesta des vertiges fréquens et un obscurcissement de la vue, le pouls était faible, la soif ardente avec fiévre, les chairs molles, il n'existait aucune douleur. On continua en vain les premiers remédes, on y joignit les cordiaux.
Le 19 janvier, il survint un vomissement bilieux fréquent, avec un hoquet qu'on ne put arrêter, Il y avait des taches livides sur la peau trés-jaune , la langue était trés-sale , l'abdomen tuméfié, le pouls et les forces vitales dans une prostration extréme. Tous les cordiaux furent inutiles. Enfin le malade mourut paisiblement le 22 janvier, ayant conservé toute sa connaissance.
À l'examen du cadavre, l'ictére le plus foncé
338 MEDECINE s'étendait sur tout le corps; les ecchymoses avaient disparu.
Le cráne ne fut pas ouvert, à la priére des parens. Dans la poitrine , tous les organes étaient sans lésion, à l'exception du cœur qui était un peu ridé. La cavité abdominale contenait environ une livre de sérosité. L'estomac était petit, vide et sans altération. Le foie était volumineux et compact : examiné avec la plus scrupuleuse attention, il n'offrit aucune lésion organique visible. La vésicule du fiel contenait une grande quantité de bile noire épaisse, insipide ; ses membranes étaient calleuses et épaissies. Le duodénum vers sa dernière courbure, était tellement rétressi, qu'on aurait pu à peine y introduire le doigt. Les conduits biliaires étaient libres. La rate avait diminué de volume et était dure. Le pancréas était endurci dans son enlier, squirrheux, et résistait quand on le coupait; il avait trois fois son volume ordinaire, et était saillant vers le lobe gauche du foie. Les glandes du mésentére étaient aussi la plupart endurcies. Les intestins et les autres viscéres ne présentaient point de lésion. Cependant toutes les membranes et méme le périoste étaient Jaunes, la substance des os l'était aussi, mais moins,
Réflexions. On conçoit que l'ictére peut produire la consomption ou plutôt le marasme ; mais après l'ouverture du cadavre, on ne concoit pas la cause d'un ictére aussi intense. C'est une nonvelle preuve que l'origine et la nature de cette maladie sont encore cachées.
Dans ce sujet, le passage de la bile dans les intestins était libre. D'où venait donc ce reflux de la bile dansles humeurs? d'oà pouvait aussi provenir cette couleur jaune si intense de tout le corps, tandis que la vésicule était calleuse etremplie d'une bile trés-épaisse? nila pression du pancréas durci sur le foie, nile rétrécissement du duodénum, nile spasme des conduits biliaires ne peuvent suflüisamment rendre raison de tous ces phénoménes.
Il existe beaucoup de phénoménes connus, dont on ignore les causes: il ne faut donc pas toujours s'attacher à des conjectures. La nature et l'origine de l'ictére sont aussi obscures que la physiologie de la vésicule biliaire.
Dans certaines circonstances, une sécrétion excessivement abondante debile , peut-elle avoir lieu dansle foie, comme une sécrétion de salive dans les glandes salivaires ? L'état du*sang qui circule dans les veines hémorroidales et mésaraiques, n'a-t-il pas quelque influence sur la sécrétion biliaire? le spasme réciproque des
conduits excrétoires et absorbans, ne peut-il pas aussi causer l'excrétion ou la rétension de la bile? inflammation de la vésicule du fiel et ses terminaisons ne peuvent-elles pas également constituer ane maladie, dont le symptôme est l'ictère ? n'existe-t-il pas aussi peut-être dans le parenchyme du foie des altérations organiques qu'on ne peut découvrir sur le cadavre, ce viscère élant si veineux? Les injections anatomiques ne pourront jamais éclaircir cette dernière conjecture, parce que beaucoup de vaisseaux cédent aux injections sur le cadavre, et y résistent pendant la vie et réciproquement.
Deuxième ouverture.
. Uv apprenti spi donriier entra le 21 janvier 1808 dans notre clinique, étant atteint d'hydropisie. Selon les indications qui se présentérent, nous entreprimes le traitement de cette maladie par les remèdes toniques et résolutifs, pour agir sur les reins et sur la peau.
Le 7 février, l'hydropisie n'ayant pas beaucoup diminué, les jambes étant même très-enfiées, il survint, soit à cause des frictions trop rudement pratiquées, soit à cause de la tension de la peau , un érysipéle qui s'étendit du métatarse droit au tarse et à la jambe. Cet érysi-
PRATIQUE. rji péle disparut ensuite presque subitement le 9 février, troisième jour de son apparition, par l'emploi des fomentations sèches et résolutives.
Le 10 février, cet enfant fut atteint de coliques avec vomissement et constipation ; il se manifesta dela fiévre, de l'anxiété et une grande prostration de forces: nous reconnûümes de suite le transport de l'érysipèle sur les intestins. Nous employámes d'abord les mucilagineux , ensuite le camphre, enfin les plus foris stimulans et les rubéfians externes, sans aucun succès. Il survint une malignité particulière , et le malade succomba le r2 février.
À l'ouverture du cadavre, on trouva les phénoménes ordinaires aux hydropisies. Les intesüns examinés avec soin, depuis le cœcum jusqu'au duodénum , présentérent une mollesse cedémateuse ; ils offrirent cependant aussi des signes d'une trés-forte inflammation : une rougeur vive et non livide se montrait sur toutes les tuniques; le mésentére et le péritoine, quoique contigus, ne participaient pas à cette lésion (1).
(1) Ce maladeétait peut-être déjà atteint d’une entérite chronique à son entrée dans la clinique; de-là provenait peut-être aussi J’hydropisie : c'est ce que semble prouver le ramollissement des intestins observé aprés la mort.
Réflexions. Ce cas, quoiqu'il paraisse de peu de conséquence pour un praticien éclairé, est cependant trés-instructif pour les élèves. IL apprend qu'un œdème froid peut aisément se changer en érysipèle inflammatoire. Il prouve que l'érysipéle, méme idiopathique, se transporte aisément sur d'autres parties. Il confirme le passage fréquent des affections du métatarse aux intestins. Il atteste enfin que les inflammations externes, même légères, deviennent funestes quand elles se portent sur les intestins.
Troisième ouverture.
Un tailleur âgé de 3o ans, d'une constitution délicate, avait déjà éprouvé une péripneumonie, trois ans auparavant, Le 2 mai 1808 , ayant bu de la biére froide, il fut saisi d'un vomissement, suivi de frisson et de chaleur, avec oppression de poitrine et douleur pongitive aux fausses cótes du cóté droit.
Voilà pourquoi peut-étre la nouvelle inflammation intestinale qui survint , fut mortelle en deux jours. Malgré les symptômes inflammatoires, on emplova les stimulans , sans doute dans la vue de rappeler l'érysipèle à la peau. Aurait-on mieux réussi par la méthode antiphlogistique ?
( Note du Traducteur.)
Le 3 mai au matin, la fièvre éprouva une rémission ; la douleur du côté cessa aussi, ainsi que l'oppression. À midi, tous les symptómes revinrent , avec une grande augmentation de chaleur, précédée d'unéger frisson. ——
Le 4, mêmes phénomènes, rémission le malin, et exacerbation violente après midi, avec symptômes inflammatoires.
Le 5, après une rémission le matin, ce malade fut apporté dans notre clinique après midi, pendant une violente exacerbation qui avait été précédée d'un léger frisson. La face était rouge, enflée, la toux fréquente avec crachats Jaunes; la respiration ne s'cexécutait que du cóté gauche , elle était pénible, avec oppression, et précipitée ; il existait une douleur pongitive vers la premiére fausse cóte droite; le malade ne pouvait supporter le toucher sur l'hypochondre droit, il y éprouvait un sentiment de pesanteur et d'anxiété ; le pouls était irés-fébrile et,concentré,
Nous considérámes cette maladie comme une inflammation du foie et du poumon droit, avec le type de fiévre intermittente subcontinue. On prescrivit les médicamens antiphlogistiques, et une saignée du bras droit; mais, à cause de la petitesse des veines, on put à peine tirer deux onces de sang.