Tome IL
Le 10, rémission moins complète le matin, respiration accompagnée de beaucoup d'oppression , toux violente, crachats couleur de brique. Les symptómes sont encore plus violens lors de l'exacerbation aprés midi.
Le 11, légère rémission, anxiété continuelle du poumon droit. On emploie en vain les révulsifs. Nous déclarämes publiquement qu'il s'était déjà formé un épanchement d'humeurs dans la cavité thoracique droite, et que le malade périrait suffoqué par une congestion sur les poumons pendant une forte exacerbation :
c'est ce qui arriva le 16 mai, quatorzième jour de la maladie. Après un léger calme le matin, il survint le soir un trés-violent redoublement, avec respira tion suffocante et stertoreuse, sueur partielle à la poitrine, pouls trés-fréquent , inégal : mort la nuit.
On procéda à l'ouverture du cadavre, trente heures aprés la mort. On ne trouva rien de remarquable extérieurement, qu'une inflammation livide dans la région temporale.
Le crâne ne fut pas ouvert à cause des parens qui s y opposérent, ce qui arrive souvent quand on fait des funérailles publiques. A l'ouverture de la poitrine, on trouva environ huit onces de sérosilé sanguinolente épanchée dans la cavité droite. Le poumon du méme cóté était
irés-augmentié de volume, et présentait presque la consistance du foie; il était gorgé par une grande quantité de lymphe coagulable répandue dans son parenchyme. Le poumon gauche avait presque la couleur, la grandeur et la consistance naturelle; postérieurement, il était cependant adhérent à la plévre. Le péricarde contenait une quantité de sérosité plus grande qu'à l'ordinaire, Le cœur était plus volumineux, et contenait dans ses cavités, sur-tout dans la droite, un sang grumeux et caillé. Dans l'abdomen, tout était sans lésion , à l'exception des intestins enflammés çà et là superficiellement. Le foie lui-même était sans altération. Les symptômes de son inflammation avaient dispara dans les derniers temps de la maladie.
Réflexions. Nous vimes, dansce mois et dans les précédens , plusieurs fiévres semblables, accompagnées d'inflammations, qui avaient des exacerbations périodiques, et nous ies guérimes toutes. Le plus grand, le plus prompt et l'unique remède de l'inflammation des poumons était ordinairement la saignée. Dans ce seul cas, où lon ne put pas tirer une quantité suffisante de sang, l'événement fut funeste. Je suis convaincu, par une análogie tirée de nombreuses
148 MÉDECINE expériences , qu'une saignée prompte et copieuse est le seul moyen d'empécher cette imperméabilité mortelle des poumons. La plus légére évacuation sanguine méme, est suivie d'un soulagement momentané.
En considérant cet exemple et plusieurs autres, on est vraiment surpris de l'aversion qu'ont certains médecins mal inspirés, pour la saignée, dans ces maladies oà elle est le reméde le plas prompt et le plus simple, où elle est indiquée par l'état de pléthore que présentent les malades et par le soulagement qu'ils éprouvent si souvent aprés les évacuations sanguines spontanées. Pourquoi se fier à des remèdes internes difüiciles, quand des moyens si simples suffisent ! ces maladies, qui sont rarement anomales de leur nature, présentent souvent des anomalies trés-graves et mortelles par la faute du médecin; et cette pratique meurtriére serait encore bien plus funeste, si les forces vitales ne triom- -phaient pas souvent dans les fiévres, et de la maladie et du mauvais effet des remédes les plus contraires.
Si l'on me reproche de n'avoir pas administré le quinquina dans ces fiévres pendant la rémission, je répondrai que j'en ai été détourné par le grand nombre d'exemples funestes que j'ai remarqués dans la pratique
PRATIQUE. 149 des médecins qui administrent ce médicament (1). |
(1) Plusieurs médecins italiens et allemands , sectateurs de Brown, ont prodigué le quinquina et les stimulans dans les pneumonies , sous prétexte d'une complication nerveuse : c'est contre leur pratique que s'éléve ici Hildenbrand. Dans ses Institutiones practico-medice , tom. 3. pag. 215, il recommande également d'insister sur la saignée , tant que l'inflammation persiste , quelle que soit l'époque de la maladie etsa complication. S'il est une maladie qui réclame impérieusement le traitement antiphlogistique , c'est certainement la pneumonie. Bang, qui a eu occasion d'observer si souvent à l'hópital Frédéric de Copenhague des fièvres qu'il appelle bilioso-putrides , ne craignait pas de répéter plusieurs fois là saignée , quand une pleurésie ou une pneumonie venaient compliquer ces fièvres. (Bang. selecta diarii nosocomii Hafniensis , 1789. 2 vol. in-8.9)
Il est aussi des médecins qui ont proscrit la saignée dans Ja pneumonie , passé le quatrième jour. Cette doctrine, qui a eu bien des sectateurs , a été trés-funeste. « J'ose assu-
rer, dit Tissot ( Lettre à M. Zimmerman sur l’épidé- » mie courante , 1769, pag. 10), quil y a tous les ans » plusieurs milliers d'hommes en Europe qui doivent leur » vie à des saignées faites aprés cette époque. » Jai vu moi-méme un malade, qui , parvenu au onziéme jour d'une pleuro-pneumonie négligée , était à la dernière exirémité , et semblait à chaque instant devoir périr suffoqué ; il fut sauvé par cinq saignées pratiquées dans les vingtquatre heures. Le lendemain , la respiration. était. facile et la fièvre peu vive; il entra ensuite en convalescence. (Note du Traducteur.)