MEDECINE Quairième ouverture
UN maçon robuste fut regu dans notre clinique le 2 mai, étant au septième Jour d'une pneumonie avec douleur pongitive dans le côté droit, qui avait été entièrement négligée jusquelà. Les symptômes qui annonçaient la lésion de la respiration, ne parurent pas d'abord assez graves pour faire pratiquer de suite une saignée, à cette époque déjà avancée de la maladie. Le soir de ce méme jour, à neuf heures, il survint une céphalalgie trés-vive , une soif ardente avec grande augmentation de chaleur ; là respiration était trés-difficile, loppression et la douleur pongitive de cóté étant trés-exaspérées ; le pouls était trés-fréquent et plein, avec une faiblesse apparente. On fit une saignée de dix onces.
Le 5 mai, huitième Jour de la maladie, après une nuil très - agitée avec délire, le matin, la tête était libre, l'oppression de poitrine moindre; la respiration était cependant toujours abdominale et accélérée ; la douleur pongitive avait disparu; les crachats étaient peu abondans, mélés de sang, la fiévre modérée. Le soir, exacerbation violente avec délire, respiration avec orthopnée, pouls plein et concentré. Saignée de huit onces.
PRATIQUE, 15i
Le 4 mai, neuvième jour de la maladie, après une nuit assez tranquile, la respiration était toujours trós-laborieuse etentièrementabdominale, les symptômes fébriles moins intenses, Vésica- Loire au sternum et entre les deux épaules; intérieurement le camphre uni aux mucilages. Le soir , à sept heures, exacerbation trés-violente, commençant par une douleur de tête, suivie de délire , langue sèche, respiration suffocante, ensuite stertoreuse, pouls de plus en plus petit et inégal. Les vésicatoires ne produisirent aucun effet : mort avantle milieu de la nuit.
On ne trouva rien de particulier dans le crane, qu'un engorgement des vaisseaux du cerveau. Dans la poitrine, toute la face externe du poumon droit était adhérente à la plévre.
Le poumon lui-même était engorgé, résistant au scalpel et imperméable, comme si du sang caillé eût été épanché dans tout son parenchyme; il existait dans quelques endroits un commencement de suppuration. Le poumon gauche était plein de sang, mais avait conservé sa nature spongieuse. Les autres organes ne présentaient rien d'extraordinaire. Les viscéres de l'abdomen étaient sans lésion, à l'exception d'une légére inflammation de l'intestin colon.
Réflexions. Ce cas prouve les mémes choses
que le précédent: il offre une espèce de fièvre intermittente illégitime et inflammatoire, avec des invasions üerces. Il prouve que pendant l'exacerbation, les poumons,et sur-tout le droit, peuvent facilement contracter une imperméabilité mortelle, qui, je crois, pourrait être prévenue par une seule saignée faite à temps.
Quand la saignée pratiquée tard ne procure aucun soulagement , que la poitrine reste immobile, et que la respiration ne s'exécute qu'avec les muscles abdominaux, cela indique qu'un épanchement mortel est formé dans la cavité thoracique ou dans le parenchyme du poumon.
Cin quième ouverture.
Uc ouvrier, âgé de trente ans, ayant bu de la bière avec excès, fut atteint le 5 mai 1808 de colique et de diarrhée. Ayant de suite employé, suivant la coutume du peuple, les remédes aromatiques et spiritueux , la diarrhée sarréta le 6 mai; mais il éprouva ensuite une pesanteur dans lestomac, et de la douleur dans l'hypochondre droit.
Le 7 mai, pressé par la soif, il but beaucoup d'eau froide. Le soir, frisson suivi de chaleur pendant toute la nuit, et de sueur avant le jour.
Le 9, il était assez bien le matin, mais
FRATIQUE. 153
aprés midi, nouveau frisson suivi de chaleur et de sueur. |
Du 9 au 11, il y eut des rémissions et des exacerbations alternatives, dont le malade ne sut pas au juste fixer le retour. Ce fut alors que le corps commença à devenir jaune, une douleur fixe persistant dans l'hypochondre droit.
Le 12, il fut transporté dans notre hôpital, n'ayant employé aucun secours. Pendant toute la journée , il y eut une grande rémission de la fiévre, la douleur de l'hypochondre n'étant pas vive. Á dix heures du soir, l'exacerbation commenca. On ordonna les émolliens intérieurement et extérieurement,
Le 13 mai, neuviéme Jour de la maladie, cet homme fut examiné par nous publiquement, Toute la surface de son corps était jaune, la tête libre, la langue sale, sans nausées ni vomissemens, la soif modérée, la respiration accélérée, mais sans gêne, l'abdomen volumineux ; le foie était le siége d'une douleur obtuse ; le ventre était resserré , mais les excrémens colorés , les urines jaunes , la fiévre moins intense que la nuit. On continua les émolliens.
La saignée, ce que je regrette aujourd'hui, ne fut pas pratiquée à cause de l'époque avancée de la maladie et du peu de violence des symptómes.
Sur les dix heures du soir, il survint de la chaleur sans frisson. Pendant toute la nuit, la fiévre fut vive, et se termina le matin par une sueur abondante.
Le 14, rémission évidente le matin; augmentation de liciére; le foie n'était plus du tout douloureux au toucher, mais était plus volumineux. À une heure aprés midi, frisson suivi d'une grande chaleur avec soif, et à sept heures du soir, au lieu de sueur, nouveau frisson suivi de peu de chaleur sans sueur.
Le 15, grande rémission le matin. Le foie et la peau étaient dans le même état que la veille. Ces invasions erratiques avec frisson, nous firent présumer une suppuralon du foie, Nous ordonnâmes donc les émolliens joints aux résolutifs. A cinq heures du soir, exacerbation sans frisson.
Le 16, fièvre légère pendant la journée, mais horripilations vagues, l'ictére et la tumétaction du foie persistent.
Le 17, aprés une longue rémission, paroxysme violent à onze heures du soir, avec frisson, chaleur, sueur, céphalalgie et soit.
Le 18, rémission si grande le matin, qu'il n'existait presque plus de fiévre; continuation de l'ictére et de la tuméfaction du foie. A huit heures du soir, nouveau paroxysme.
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Le 19, rémission semblable le matin. L'ictére semble avoir augmenté , d'aprés l'état des urines.
Comme cette fièvre semblait participer davantage de la nature des fiévres intermiitentes que les autres fièvres de suppuration , les rémissions étant évidentes malgré le retour incertain des paroxysmes, nous prescrivimes des remèdes résolutifs plus toniques. Paroxysme à dix heures du soir. |
Le 20, le paroxysme eut lieu dès hvit heures du matin, et il en survint un nouveau à deux heures aprés minuit.
Les remédes amers simples n'arrétant point les paroxysmes, ce qu'il avait été aisé de prévoir, et l'ictére restant toujours dans le méme état, nous voul(imes essayer le quinquina , surtout d’après la considération de la mauvaise disposition des humeurs. La décoction de quinquina fut administrée quatorze jours de suite pendant les intermissions, et les paroxysmes ne cédèrent nullement, et furent toujours erratiques.
Le 4 juin, deux paroxysmes se succédant l'un à l'autre rapidement, la fièvre devint continue.
Le 5, l'ictére augmentait, la face présentait cependant quelque rougeur à cause de la fièvre,
di
la soif était inextinguible , la respiration accélérée, et ne s'exécutant librement que du côté gauche, L'abdomen, qui auparavant s'était un peu affaissé, était de nouveau volumineux et sonore. L'hypochondre droit était moins tuméfé, la douleur du foie étant revenue. Le lobe
gauche de ce viscère était sensible au toucher, :
et le décubitus difficile sur le côté affecté. Les urines avaient la couleur du café. Le ventre était relâché et les selles jaunes, les sueurs continuelles, le pouls trés-fébrile , mou et plus faible du cóté droit, la chaleur du corps trés-augmentée. La rupture de l'abcés eut-elle lieu ce jourlà?
Nous abandonnàmes le quinquina, et nous donnâmes des mucilagineux, et plus tard des cordiaux, la langueur croissant toniours,
La fièvre persistant, et n'ayant plus que des rémissions obscures, le météorisme augmenta ainsi que l'ictére qui devint des plus foncés; le ventre était relâché, et toutes les excrétions fétides. A cela se joignaient un abattement extréme , une face cadavéreuse et une colliquation générale. Ensuite le hoquet survint accompagné de stupeur. Tout l'abdomen devint doulonreux. Enfin, arrivèrent des efforts pour vomir, continuels mais inutiles , les forces étant insuffisantes ; et le malade mourut paisiblement le 13 juin.
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PRATIQUE. E À l'ouverture du cadavre, on ne trouva aucune altération dans le crâne ni dans la poitrine. Une incision ayant été faite à l'abdomen, il s'échappa une grande quantité de gaz trèsfétide. La cavité abdominale contenait environ six livres de pus. Le lobe droit du foie était en partie détruit par la suppuration : dans sa partie convexe, il y avait un grand ulcére; le reste de sa substance contenait plusieurs vésicules pleines de pus. Le lobe gauche ne présentait pas des lésions extérieurement , mais intérieurement il avait plusieurs petites vomiques. La vésicule biliaire contenait peu de bile ténue et aqueuse. Les conduits biliaires étaient libres. L/'estomac et les intestins présentaient quelques taches rouges. La rate et les viscéres de l'abdomen étaient sans lésion apparente.
Réflexions. Le mélange particulier des fièvres
intermiltentes et des inflammations que l'on
observe, engendre des maladies funestes du foie, conme ce cas le prouve. D'ailleurs, les fièvres intermittenies produisent, d'une manière spéciale, des affections des viscères situés sous les fausses côtes.
La saignée seule, pratiquée à temps, aurait pu prévenir la suppuration, et Je regrette vivement de ne pas avoir employé ce moyen, le
jour de l'entrée du malade à l'hôpital, huitième jour de la maladie, quoique probablement la suppuration eüt déjà commencé alors.
- On doit être surpris de la tendance si prompte à la suppuration , d'une inflammation et d'une fièvre qui présentaient des rémissions si marquées. On doit aussi admirer l'analogie de la fièvre suppuratoire avec les intermittentes , et leur union facile.
Szxième ouverture.
Une fille àgée de vingt ans, bossue, avait eu dans son enfance diverses affections du systéme Iymphatique, une maladie impétigineuse , et un ostéo-sarcome dont elle avait encore des restes. Pendant que la puberté se déveioppait chez elle d'une manière difficile, il lui survint une tumeur lymphatique blanche et indolente à la partie postérieure du fémur , qui acquit un volume énorme, semblable à un sac mou. Cette fille n'avait jamais été réglée.
Le 20 avril 1808, elle fut atteinte d'une pleuro-péripneumonie , maladie à laquelle elle était sujette, à cause de la mauvaise conformation de sa poitrine, et äu retard de ses règles. Cette péripneumonie présenta des exacerbaltions graves, ce qui était ordinaire alors, à cause du règne des fièvres inteiianittentes,
Le 4 mai, elle fut apportée dans notre clinique, étant dans un état voisin de la suffocation et de la strangulation. Une saignée modérée amena du soulageinent, et rétablit la circulation vitale dans le poumon.
Les symptômes inflammatoires diminuérent dés-lors de plus en plus, mais les signes les plus certains d'un hyprothorax , qui existait peut-étre déjà, commencérent à se manifester.
Depuis le ro mai, l'hydropisie s'étendit àl'abdomen et aux extrémités inférieures, fit des progrès rapides, acquit un volume énorme , et le 20 mai, la malade ne pouvant plus respirer librement, on fut obligé de pratiquer la pd ceniése ; on tira quinze livres d'eau, et il e sorlit encore beaucoup ensuite peu-à-peu.
On administra les fondans et les apéritifs qui provoquent la sécréiion urinaire, et les remédes propres à corriger les sécrétions ariérielles viciées. L'hydropisie demeura rebelle, et augmenta méme de maniére à rendre nécessaire une nouvelle ponction le 51 mai. La malade ne voulant pas absolument s'y soumettre , périt suffoquée le 1.% juin.
La paracentése ayant été pratiquée avant louverture du cadavre, il sortit de l'abdomen environ vingt livres d'eau verte et fétide. Il y avait dans la poitrine près de cinq livres d'eau et deux livres et demie dans le péricarde.
Tous les viscéres de la tête, de la poitrine et de l'abdomen étaient sans altération organique, à l'exception de la rate dont le volume était augmenté, ce qui provenait peut-étre du rachitisme qui avait précédé.
IL sortit prés de quinze onces de sérosité transparente et visqueuse de la tumeur lymphatique. Mais, ce qui était surprenant, il existait sous la peau plus bas que la tumeur, dans la cuisse et dans la jambe gauche, une collection de graisse large de deux pouces ; les extrémités, sur-tout les inférieures du côté gauche, étaient pourtant avant la maladie dans un état de maigreur extréme.
Réflexions. Ce cas est remarquable sous deux rapports.
Cette hydropisie, sans aucune altération organique des viscéres, semble avoir été produite par un mauvais état du systéme absorbant et un obstacle à l'absorption.
Cette collection de graisse a été sans doute engendrée par la lymphe stagnante pendant la derniére maladie, ce qui ne s'explique pas facilement par les lois physiologiques connues.
Septième ouverture.
UE servante âgée de plus de vingt ans,
robuste et pléthorique, fut transportée dans notre clinique le 21 juillet 1808. Elle ne pouvait plus parler, ni exercer aucunement la. déglutition ; la respiration était très-difficile , et la lièvre très-vive. On pratiqua de suite une saignée d'unelivre, et l'on appliqua extérieurement les antiphlogistiques.
Le 21 juillet, les parens de cette fille nous apprirent que le 19 de ce mois, pendant l'écoulement de ses régles, elle avait éprouvé un refroidissement ; qu'elle avait été ensuite saisie. de frissons suivis de chaleur; et qu'enfin ses régles s'étant supprimées, illui était survenu une dysphagie teile, que le 20 juillet elle ne pouvait déjà plus rien avaler.
La langue étant trés-gonflée et sortant de la bouche, nous ne pümes nullement examiner l'état du gosier. La déglutition était toujours impossible, l'haleine trés-fétide; la figure ressemblait à celle des personnes que l’on étrangle; les parotides étaient tuméfiées, la respiration trés-difficile, la fièvre trés-vive et le pouls trèsfort.
On pratiqua une nouvelle saignée; on appliqua huit sangsues au bas de la mâchoire; on donna des lavemens, d'abord laxatifs, ensuite nourrissans ; on fit des injections émollientes dans le gosier, et des fomentations externes