Tome ll. ZI
162 : MÉDECINE semblables; on fit aussi respirer des vapeurs émollientes.
Vers midi, aucun soulagement, le pouls devenait faible, on appliqua un vésicatoire au cou.
Le 23, léger délire, ou au moins balbutiement particulier, déglutition toujours impossible, respiration dans le méme état. |
Le 24, cinquième jour de la maladie, face triste, tombante, mouvement impossible, la déglutition s'exécute cependant un peu, sans effort, respiration toujours difficile, pouls faible et trés-fréquent,
On employa les cordiaux, mais en vain; le soir la malade mourut suffoquée. —
A l'ouverture du cadavre, on trouva la substance cérébrale et les méninges engorgées.
Les amygdales étaient trés-tuméfiées , et remplissaient tout l'isthme du gosier et la cavité postérieure des narines; elles étaient gangreneuses, et ne contenaient point d'abcès. La luette était trés-petite, et également atteinte de gangréne. Toute la superficie du pharynx était couverte de taches noires, ainsi que la partie supérieure de l'æsophage, la face interne du pharynx et une grande étendue de la trachée-artére. Les poumons étaient gorgés de sang, mais sans lésion. Le péricarde contenait
plus d'eau qu'à l'ordinaire. Les cavités droites du cœur étaient Bru de sang, et les caviiés gauches étaient vides. Dans Vebddmdd Sy avait point d’altération.
Réflexions. Il est difficile d'expliquer quelle fut la cause de la malignité de cette inflammation. Doit-on l'attribuer à l'expansion de la phlegmasie aux parties voisines, et à l'affection simultanée de plusieurs organes , ou à la nature insidieuse de QA ed elle-même ? |
Il paraît propone que cette inflammation eut le caractère des érysipèles gangreneux et serpigineux : par là, on congoit l'extension de la maladie aux organes voisins, et la tendance précoce à la gangrene. La saison de l'éié n'étant pas favorable .aux inflammations phlegmoneuses, peut quelquefois les faire tourner en gangrène. Cette angine a une grande analogie avec celle qui a coutume d'attaquer les porcs en été, et semble aussi étre de méme nature que les ulcéres rongeans de la bouche des eníans qu'on appelle cancers aquatiques.
Huitième ouverture.
Uxe fille, âgée de 18 ans, fut transportée dans notre clinique le 20 novembre 1908, septióme jour de sa maladie. Nous ne pümes
avoir d'elle aucun détail sur son état antérieur, à cause de la grande gène de la respiration qui rendait la parole presqu'impossible. Nous apprimes seulement qu'elle avait été exposée à un refroidissement pendant l'écoulement de ses règles, qui avaient été aussitôt supprimées; qu'il lui était alors survenu une douleur inflammatoire au genou gauche avec fièvre ; que cette douleur ayant disparu , il en était survenu une autre dans la poitrine, qui était pongitive et accompagnée de beaucoup d'oppression.
Quoique cette péripneumonie nous parüt de nature rhumatismale, à cause de l'urgence des symptômes, on pratiqua de suite une saignée, et l'on employa les émolliens intérieurement et extérieurement,
Le 21 novembre, la respiration n'était point meilleure, il y avait beaucoup d'oppression et de toux; il existait, dans les deux côtés de la poitrine, une douleur pongitive qui s'étendait d'une maniére vague, qui ne pouvalt supporter le toucher dans les espaces intereostaux ; les crachats étaient sanglans, l'abdomen douloureux au toucher ; les muscles étant contractés, les extrémités supérieures et inférieures étaient le siége de douleurs tensives, vagues et rémittentes; les urines étaient briquetées , la peau sèche, le pouls fébrile, dur et concentré ; le sang
PRATIQUE. 165 tiré de la veine était couvert d'une croûte inflammatoire manifeste. : &t
Nous Jugeàmes que cette maladie était une fiévre rhumatismale inflammatoire grave, accompagnée d'inflammation presque universelle. Nous ordonpàmes une nouvelle saignée, et les remèdes précédens furent continués. Le soir, nouvelle exacerbation qui dura toute la nuit; douleur atroce à la hanche gauche, qui empéche le mouvement de la cuisse. |
Le 22, neuviéme jour de la maladie, aprés une nuit passée dans le délire, la figure de la malade était trés-changée et tombante. Les joues n'étaient point rouges, les narines étaient fuligineuses, la langue humide, la respiration très-accélérée et très-courte, ne s'exécutant quavec les muscles de l'abdomen, mais sans douleur pongitive. L'abdomen était trés-douloureux : on ne pouvait pas le toucher à cause de la tension des muscles; il n'y avait plus de douleur aux extrémités ni à la hanche ; le décubitus annonçait la prostration la plus grande; les extrémités étaient tremblantes, le ventre resserré, sans vomissement ; le pouls dur, concentré et si fréquent, qu'on ne pouvait pas compter les pulsations. La maladie s'était transportée sur l'abdomen et les intestins. À cause de la force du pouls, on pratiqua une saignée
nouvelle de dix onces; on employa les émolliens, et on appliqua uh vésicatoire au sternum. |
Aprés midi, la malade était dans un état soporeux, elle remuait les lévres, et ne pouvaitarticuler aucune parole; la respiration était très-accélérée et trés- courte. Quand on touchait l'abdomen, elle poussait des gémissemens obscurs. Les lavemens n'excitaient point de selles, les urines coulaient involontairement ; le sang provenant de ja saignée, était couvert d'une croûte lardacée très-tenace. Il y avait des sueurs partielles, mais qui provenaient de lanxiété. On appliqua de nouveaux vésicatoires : intérieurement, on ordonna le camphre uni aux mucilages.
Elle mourut tranquillement, entre sept et huit heures du soir, pendant une exacerbaüon, après un vomissement bilieux.
Le 24, nous recherchàmes dans le cadavre le siége de la maladie et les causes de la mort; nous y trouvàmes les altérations suivantes :
Les parens nous empéchérent d'ouvrir le crane, ce que nous regrettiàmes beaucoup. A l'ouverture de la poitrine, voulant couper les muscles qui s'attachent à son cóté droit, nous vimes sortir, sousla pointe du scalpel, une maliére ichoreuse, ténue, plutót séreuse que
PRATIQUE. 167 puriforme. En recherchant d’où elle provenait, nous parvinmes à un abcès situé dans les muscles, entre la troisième et la quatrième vraie côte, La communication de l'abcós avec la cavité de la poitrine était interceptée par une cloison formée de fausses membranes épaisses. Les poumons étaient dans quelques endroits adhérens à la plévre et au médiastin ; ils étaient gorgés de sang et profondément colorés; ils ne contenaient aucune vomique. Dans l'abdomen, où l'on croyait trouver bien des altérations, on ne trouva rien qui s'écartàt de l'état naturel, que quelques rougeurs dans l'intestin iléum.
Réflexions. Les inflammations rhumatis-
males de la poitrine peuvent devenir mor-
telles, sans que le poumon, qui est peu disposé à cette maladie, en soit attaqué idiopathiquement : il sufüt, pour amener la suffocation pulmonaire, que les muscles et les espaces intercostaux ne puissent plus exercer leur action. Un rhumatisme musculaire, quoiqu'inflammatoire, tend rarement à la suppuration, qui alors n'est pas souvent bénigne, et dont le produit est plutót une matiére ichoreuse ou une sérosité âcre, qu'un pus de bonne nature (1).
(1) Cette observation d'un rhumatisme des muscles intercostaux, terminé par la suppuration ct Ja mort est biew.
Le mouvement des muscles intercostaux étant ainsi empéché, et la respiration ne pouvant plus s'exécuter qu'avec les muscles de l'abdomen, ces muscles, ainsi que le diaphragme, sont si fatigués, que le moindre toucher exercé sur l'abdomen devient douloureux, ainsi que le plus léger mouvement. On peut facilement croire que cette douleur a son siége dans le péritoine ou les intestins, tandis qu'elle ne dépend que du mouvement accéléré des muscles de l'abdomen, qui ne doivent pas, dans l'état naturel, exéculer les fonctions respiratoires. Ce cas, et plusieurs autres, servent à confirmer
extraordinaire. La douleur s'étendait à toute la poitrine, à l'abdomen et aux membres : c'est un des symptômes que Stoll dit étre constans dans la pleurodynie. Dans ce cas, on pratiqua plusieurs saignées. Aurait-on mieux réussi en appliquant un grand nombre de sangsues sur les parties affectées ? Le rhumatisme se termine rarement par suppuration. On en voit cependant des exemples. J'ai été témoin moi-même d'un cas de rhumatisme du genou, chez une temme , qui amenala suppuration malgré l'application de 120 sangsues en plusieurs fois. Ala vérité , la douleur était déjà atroce depuis dix Jours , quand on mit les premiéres sangsues. Aprés vingt-cinq jours de maladie , des abcés se montrérent à l'extérieur ; on y fit plusieurs incisions: des quantités énormes de pus s'en écoulérent. Mais la fièvre lente s'alluma, des ulcérations survinrent au coccix , et la malade mourut dans le dernier degré de marasme , aprés deux mois de souffrances. (Note du Traducteur.)
ces principes, que nous avons souvent enseignés publiquement.
Neupióme ouverture.
Ux cordonnier, àgé d'environ trente ans, avait eu, quatre ans auparavant, une fièvre bilieuse, et ensuite une fièvre intermittente en Hongrie, qui avait duré un an. Environ le 20 décembre 1908, s'étant levé la nuit en sueur, et ensuite couché dans un lit froid , il fut saisi d'une toux violente qui dura huit Jours. Il lui survint ensuite une douleur dans la région du foie, et une légère fièvre avec sueurs nocturnes. Il continua ses occupations , et la toux cessa d'elle-méme; mais les sueurs nocturnes et les douleurs dans la région du foie continuèrent. Il entra donc dans notre hópital le 3 février 1809. Nous le trouvámes dans l'état suivant :
La téte était sans douleur, la langue nette, l'appétit ordinaire , la soif peu vive, la respiralion un peu accélérée, ne répondant pas à la vélocité du pouls, mais s'exécutant librement ; la toux était rare, les crachats peu abondans et muqueux , l'abdomen émacié ; le foie était cependant engorgé d'une maniére remarquable, et douloureux au toucher; les excrétions étaient comme en santé, la chaleur un peu augmentée,
la couleur cachectique, le corps très-maigre, le pouis plein, libre, beaucoup plus fréquent que dans l'état naturel. Le soir, il y avait une exacerbation qui commençait par un frisson, et finissait par des sueurs nocturnes.
Nous regardämes cette maladie comme une fièvre hectique, et nous soupconnámes une suppuration du foie. Nous crûmes remplir les indications par des moyens à-la-fois nourrissans et résolutifs.
1l serait inutile et ennuyeux de vouloir décrire jour par jour les phénomènes que présenta cette maladie pendant tout son cours. Pour parler en peu de mots, elle offrit tous les symptómes les plus constans d'une phthisie hépathique. La maigreur, la fiévre et la faiblesse augmentant tous les jours, la période de colliquation, qui termine toutes les phthisies, arriva enfin, accompagnée de diarrhée et de sueurs , et le malade mourut le 18 mars.
Voici ce que l'on trouva à l'ouverture du cadavre, qui était trés-émacié. Il n'y avait rien de remarquable dans le crâne. Dans la poitrine, on observait de légéres adhérences des poumons avec la plèvre, et dans les poumons, quelques tubercules blancs, de la grosseur d’une noisette. Quand on les coupait, on voyait qu'ils ne contenaient pas du pus, mais une substance
PRATIQUE. 171 épaisse, d'un blanc jaunátre, plus consistante que du miel. Le péricarde renfermait une assez grande quantité de sérosité. |
Nous trouvámes aussi beaucoup d’eau dans la cavité abdominale, mais le foie attira suriout notre attention. Il était plus volumineux qu'à l'ordinaire, mais de couleur naturelle. En coupant le lobe droit, nous vimes qu'une grande partie de sa substance interne était changée en une masse stéatomateuse, d'un blanc jaunátre, très-homogène, et environnée d'une membrane propre. La rate était plus volumineuse que dans l'état naturel. Les glandes mésaraiques élaient aussi très-augmentées de volume, en-
durcies dans leur circonférence, et dans leur |.
intérieur pleines d'une matiére semblable à celle des tubercules dés poumons et aux mélicéris.
Héflexions. Le stéatóme et le mélicéris sont des produits de la suppuration , modifiée d'une
manière particulière. Il parait qu'alors le pus
devient si concrescible, qu'il acquiert une con-
sistance de miel ou une consistance lardacée , plus épaisse encore, et qui ne diffère pas beaucoup de la couenne inflammatoire du sang.
Si cette terminaison de l'obstruction inflam-
maloire en une masse épaisse, s'observe dans
plusieurs organes, comme le poumon , le foie et le mésentére, on doit eu chercher la causé plutôt dans une diathèse générale des humeurs que dans une disposition particulière des organes, ce qui est difücile à concevoir, l'acte de la suppuration l'étant aussi.
Si l'on considère l'origine de la fièvre hectique dans le cas précédent, on pourra avec raison soutenir que l'absorption du pus n'est pas, comme on le croit vulgairement, la cause générale de cette fièvre, et qu'il existe une diathèse purulente, spéciale, comme il existe une diathése inflammatoire, hydropique, et d'autres diathéses morbides générales, dont il faut chercher la cause dans un rapport particulier des solides avec les fluides, et sur-tout dans une lésion des sécrétions et de l'absorption qui peut présenter tant de variétés.
Dixième ouverture.
Uv apprenti cordonnier fut atteint, le 13° aoüt 1809, de symptómes fébriles, et le lendemain, d'une dysphagie inflammatoire, avee douleur pongitive dans le cóté droit de la poiirine et augmentation de la fiévre.
Le 15 août, il vint à pied à l'hôpital pour réclamer nos secours, et nous ne páümes le recevoir à cause de l'encombrement occasionne
par les soldats de l'armée française. ll retourna donc chez lui, aux heures de la nuit, qui sont toujours bros
Le 17, il revint de nouveau à pied, nr avec instance nos secours. Nous le recümes dans la clinique. IL avait alors des vertiges, le visage était enflé et livide, la langue sèche, les narines fuligineuses , la voix incertaine ; il existait une grande difficulté d'avalev ; la respiration était accélérée, courte, avec toux continuelle, l'abdomen sans douleur, la peau séche, la chaleur brûlante, le pouls faible ; on voyait sur le corps quelques taches de scarlatine livides.
La rétrocession de l'exanthéme, si ennemie des nerfs, nous fit de suite porter un pronostic funeste , quoique la plupart des fonctions s'exécutassent encore librement. Nous employàmes les vésicatoires et le camphre, comme les moyens les plus propres à relever la vie, et à provoquer la sortie de l'exanthéme.
Vers le milieu du jour, il survint un délire qu'on ne put calmer par aucun moyen révulsif; i| se manifesta une prostration de forces, accompagnée d'une malignité particulière. Les cordiaux les plus forts furent inutiles : le malade expira subitement au milieu dela nuit, sans agonie, comme par une attaque d'apoplexie.
A l'ouverture du crâne, après l'incision des méninges, qui étaient sans lésion , nous trouvàmes la substance du cerveau plus dure que dans l'état naturel; mais il n'y avait point d’cpanchement dans les ventricules, et ils ne contenaient pas méme beaucoup de sérosité.
Dans la poitrine, on trouva des restes d'ancienne inflammation, qui ne paraissalent pas dépendre de la dernière maladie ; car les lobes du poumon gauche étaient adhérens à la plévre dans toute leur étendue, depuis la seconde côte , et du. côté droit, le bord inférieur de la seconde côte était uni avec le bord supérieur de la troisième , de manière à ne former qu'un seul os. Le poumon et le péricarde étaient sans altération. Dans le ventricule gauche du cœur, on trouva une matière concrète, formée par de la lymphe coagulable, ayant la forme d'un polype faux. Dans l'abdomen, il n'y avait rien de remarquable, à l'exception de quelques légères inflammations des intestins.
Héflexions. Les phénoménes de la maladie précédente et les lésions que l'on trouva aprés la mort, prouvent suffisamment que ce jeune homme périt d'une apoplexie nerveuse; c'est ce qui est encore confirmé par les ouvertures des cadavres de plusieurs individus morts de cette
maladie , dans lesquels on n’a pas au moins découvert d'autre cause de la mort (1).
Le miasme de la scarlatine porte donc son atteinte sur le cerveau et sur les nerfs, d'une maniére plus spéciale que le miasme de la variole et de la rougeole;il parait avoir plus d'analogie avec celui du typhus : il attaque plutót les forces vitales que la substance organique. |
End
(1) Ea rétrocession de la scarlatine fut promptement mortelle dans le cas dont il s’agit ici. Hildenbrand n'ayant pas cru trouver dans le cadavre des causes suflisantes de la mort, Pattribue à une apoplexie nerveuse. Quelquefois, en poursuivant avec pius de soin les recherches anatomiques , on trouve dans certains organes des altérations que l'on ne pouvait pas soupconner. C'est ainsi que M, Portal cite dans son Anatomie médicale (Xom. 3. pag. 127), l'observation d'un jeune homme qui périt en peu de jours, aprés une rougeole rapidement rentrée ; l'aorte était très rouge dans presque toute son étendue, ses parois gonflées et sa membrane interne ramollie ; les poumons présentaient aussi quelques altérations. (Note du Traducteur.)
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