‹ Médecine pratiqueChapitre 47 sur 63 · Tome IT · texte numérisé non relu

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et propre à une contrée et y prenait naissance, ils l'appelaient endémique ; quand une maladie venait des pays étrangers, était contagieuse , pernicieuse, attaquait et faisait périr un. grand nombre d'individus, ils l'appelaient fièvre pestilentielle , peste ou maladie pestilentielle. Telles sont les définitions de Galien , de Gorræus et de Foës.

Comme ces maladies sont universelles et communes à tous les hommes , les anciens croyaient aussi qu'elles naissaient de causes communes à tous, ou au moins qui pouvaient frapper et atteindre tous les individus ; ils les attribuaient sur-tout aux qualités nuisibles de l'air, sans cependant exclure là mauvaise nourriture , la corruption des eaux, l'état des pays, et les rapports des astres avecla terre. Toutes ces opinions montrentle plus profond jugement et la plus grande circonspection.

Mais ces anciens fondateurs de notre art n'avaient point de connaissance des maladies contagieuses , ou n'avaient sur elles que des idées obscures : ils attribuaient méme aux qualités nuisibles de l'air la peste, qu'ils regardaient presque comme la seule maladie contagieüse: etcette ignorance a duré jusqu'aux derniers temps. Ainsi, ils n'ont tenu aucun compte des maladies rendues populaires par

PRATIQUE. 179 les miasmes contagieux, et n'en ont pas même connu le nom, à l'exception de la peste.

Cependant, quand les médecins connurent le caractére, lé nombre et la communication des maladies contagieuses , ils les placérent également, par une grande licence, parmi les maladies épidémiques. L'erreur n'était certainement pas bien grande; car ces maladies sont bien populaires , puisqu'elles s'étendent au loin; mais ce n'était pas entièrement à juste titre, ni suivant le véritable sens des mots, qu'on leur donnait.ce nom. En effet, si l'on range la variole, la rougeoie , etc. parmi les maladies épidémiques, pourquoi n'y mettrait-on pas aussi la siphilis, la gale, etc. qui souvent sont très-fréquentes ? Le caractère fébrile ne suffit pas seul pour faire placer une maladie parmi les épidémiques, et le caractère non fébrile pour l'en exclure. De-là, les contradictions fréquentes des médecins, et la grande confusion qui règne sur ces matières. —

Pour éviter ces écueils, pour éclaircir la doctrine des épidémies et la présenter autant que possible simple et vraie, .il faut avoir grand soin. de distinguer les maladies épidémiquesdes.contagieuses, parleur dénomination, comme elles sont aussi par le fait différentes; €t, en les comparant ensemble , on verra fa-

180 MÉDECINE cilement qu'il existe entr'elles des différenceé très-essentielles.

Les maladies contagieuses, quoiqu'elles deviennent populaires en se répandant, ne méritent cependant pas le nom de maladies épidémiques , soit suivant le sens qu'y attechaient les anciens, soit suivant le langage usuel, par les raisons suivantes :

1.? Lesmaladiescontagieuses naissent, commé par un germe, d'un miasme qui leur est propre , qui est différent et spécifique dans chacune d'elles, quise multiplie et se régénére; enfin, elles peuvent être produites d'une maniérc artificielle.

2.? Ce miasme arrive souvent accidentellement des pays étrangers ( comme la contagion ; de la variole, de la rougeole, de la scarlatine et de la peste), ce qui constitue vraiment les maladies pestilentielles des anciens. D'autres fois aussi, ce miasme vient de l'homme méme, et se développe parles effluves animaux ( comme dans la contagion du typhus): Jamais il ne provient des qualités nuisibles de l'air et des alimens. |

3.? Les maladies contagieuses peuvent étre et sont souvent sporadiques, quand, en diminuant les communications , ou par d'autres manières, on empêche le miasme de se rés

PRATIQUE — 181 pandre; alors les hommes n'en sont affectés | qu'individuellement.

4.9 Parmi les maladies contgieusee) les unes (comme la variole, la rougeole et la scarlatine ) ne cessent jamais entièrement ; les autres (comme le typhus et la peste) ne s'arrétent que lorsqu'on intercepte les communications des individus qui en peuvent être affectés ; alors le miasme finit par s'éteindre

.(car les maladies contagieuses sont dans un

rapport direct avec le commerce des hommes ).

5.° Les maladies contagieuses passent successivement dans des familles différentes, où elles attaquent les individus les uns aprés les autres.

6.? Plusieurs maladies contagieuses ont un cours réglé, des symptómes certains et constans, un exanthéme particulier, et présentent toujours le caractére inflammatoire dans leur commencement.

7.9 Les maladies eontagieuses sont sous la dépendance des maladies épidémiques , qui exercent sur elles un grand pouvoir, et leur impriment souvent le caractère de l'épidémie régnante.

8.9 Les maladies contagieuses (je ne parle que des fébriles) ótent en partie la disposition à en être atteint de nouveau.

Enfin, il existe entreles maladies épidémiques et contagieuses, une dernière différence qu'on ne peut que conjecturer. J| paraît probable que, par des circonstances encore inconnues, Jes miasmes contagieux peuvent diversement se mélanger et s'amalgamer entreux, se décomposer et se réunir de nouveau, de manière que les uns peuvent reparaitre sous des formes nouvelles et étrangères, et d'autres disparaître aussi après avoir existé pendant certain temps : c'est ce quatteste au moins la nosologie historique.

La nature des maladies épidémiques est bien différente , la plupart ne changent pas. Quelques-unes sont méme si constantes , qu'on les rencontre encore telles qu'elles ont été vues et décrites par les plus anciens médecins.

Les maladies contagieuses diffèrent donc entiérement des maladies épidémiques.

Nous allons maintenant considérer leurs caractères essentiels, et les comparer avec ceux des maladies contagieuses, pour qu'on apercoive mieux la différence.

1.? Les maladies épidémiques ne proviennent pas de miasmes spécifiques ( ou si quelquesunes en proviennent, comme les fiévres intermittentes et continues pernicieuses des effluves des marais, elles se rapprochent plus

PRATIQUE. 193 ou moins de la nature F4 maladies conta-

gieuses ). La plupart naissent sans miasme distinct, ou, s'il en existe un, il ne peut pas se multiplier dans d'autres individus, ni étre produit artificiellement par inoculation, !

2.? S'il existe un miasme épidémique ou une cause générale des épidémies, elle ne vient pas des contrées éloignées. Les maladies épidémiques et leurs causes naissent dans le pays méme. L'znfluenza, qui semblerait prouver le contraire , appartient plutót à la classe des maladies contagieuses, ou au moins des maladies pestilentielles des anciens.

3.? Les maladies épidémiques attaquent plus ou moins d'individus: mais Jamais un trèspetit nombre. Alors, en effet, elles ne mériteraient pas leur nom.

4° Les maladies épidémiques n'ont aucun rapport avec les communications des hommes entr'eux.

5.? Quand elles attaquent une famille, plusieurs individus en sont atteints à-la-fois et en méme temps, et non successivement et par propagation, |

6.° Les maladies épidémiques n'ont pas de type certain et constant; elles ne s'accompagnent pas d'exanthóme , ou seulement, d'un exanthéme accidentel et parasite. |

qu'elles ne soient intercurrentes, ont un trèsgrand empire; elles tiennent sous leur puissance les maladies sporadiques, et méme les maladies contagieuses, de maniére à les forcer à prendre leur caractère et leur nature. -

8.° Non seulement les maladies épidémiques reviennent facilement, elles laissent encore aprés la convalescence , chez les individus qui en ont été atteints , une disposition à les éprouver de nouveau. |

Les maladies épidémiques sont donc entiérement différentes des maladies contagieuses (1).

Si cependant on veut absolument compter les maladies contagieuses dans la classe des

184 | M 7." Les mala épidémiques, à moins

(1) Les docteurs Hopfengártner et Gutfeldt avaient déjà soutenu , avant Hildenbrand , qu'on devait séparer les maladies épidémiques des contagieuses ; mais leurs raisons n'étaient pas assez nombreuses ni assez coneluantes. Aussi Schnurrer ( Des épidémies et des contagions , pag. 25) , aprés avoir discuté leur opinion, se déclare d'un avis contraire. Cependant les raisons données par Hildenbrand sont bien fortes ; et si elles avaient été connues de Schnurrer, peut-être aurait-il été du même avis. En confondant, ainsi les maladies épidémiques et contagieuses, on a jeté la plus grande obscurité sur la doctrine des épidémies. Stolla placé la variole, la rougeole et la scarlatine parmi

les maladies épidémiques intercurrentes, ( Note du Tra ducteur,)

épidémiques, on ne pourra certainement les placer que parmi les épidémies intercurrentes. Ainsi, sil est permis d'user d'une comparaison, on pourrait comparer les maladies contagieuses aux étoiles tombantes, ou tout au plus aux cométes; tandis que les maladies épidémiques non contagieuses pourraient étre comparées ou aux planétes par leur cours régulier, ou aux astres par leur durée fixe.

Bien plus, si l’on considère que les maladies contagieuses ne deviennent populaires qu'à raison du commerce des hommes et comme par accident, quand il y a un plus ou moins grand nombre d'individus disposés à éprouver l'action du miasme contagieux , on ne pourra les compter que parmi les épidémies fausses, de méme que les fractures des os sont plus fréquentes au moment d'un dégel subit, les fiévres gastriques aux temps où l'on fait des

orgies, les apoplexies , les hémorragies, les

suicides, les accouchemens difficiles dans certaines circonstances domestiques fortuites.

Si donc les maladies contagieuses et épidémiques sont si différentes, il convient aussi de leur donner un nom différent. On devra donc appeler les premières contagions , quand elles font de grands ravages, et les secondes,

épidémies. Eit ce n'est pas encore assez; car,

suivant les anciens, les maladies pestilentielles attaquent non seulement un grand nombre d'individus, elles en font aussi beaucoup périr. Si donc une maladie contagieuse attaque beaucoup de personnes sans en faire beauceup périr, comme, par exemple, la siphilis ou une autre affection contagieuse non fébrile , cette maladie, ainsi devenue populaire, devra s'appeler simplementznfection (lues). Si un grand nombre d'individus atteints d'une contagion insidieuse en meurent, cette maladie méritera le nom de peste; et quand la variole, le typhus, etc. causeront une grande mortalité, ils devront prendre le nom de peste varioleuse, peste typhode , de méme que la peste d'Orient et la peste d'Amérique. Telles étaient les maladies pestilentielles des anciens. Les épidémies ne s'étendent jamais autant que les contagions , et ne font pas autant de ravages, les mémes circonstances étant données.

Je me propose de traiter des maladies contagieuses dans un autre lieu : je vais maintenant parler avec quelque détail des épidémies.

Des observations nombreuses et vraies prouvent quil y a trois espèces d'épidémies : les stationnaires, les annuelles et les zntercurrentes. Aucun médecin ne peut plus révoquer en doute cette vérité; et sil n'y a pas plus

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