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Tome IL

constante, suivant les quatre changemens des saisons. Elles engendrent principalement les maladies fébriles ou plutôt les fièvres. L'hiver donne naissance aux fièvres inflammatoires, l'été aux fièvres bilieuses, l'équinoxe de printemps et d'automne aux fiévres qui n'ont aucun caractére bien décidé , qu'on peut appeler simples ou froides.

Ces trois épidémies annuelles forment les caractères vraiment cardinaux des fièvres. Tous les autres en dépendent, comme effet ou comme accessoire. Aprés le caractère stationnaire , ces épidémies annuelles exercent le plus grand empire sur toutes les maladies contagieuses et sporadiques, fébriles et non fébriles , imprimant à chacune son caractére épidémique, qui se manifeste d'une maniére plus évidente et moins obscure que le caractére stationnaire.

Les anciens observateurs avaient déjà remarqué que ces épidémies annuelles ne dépendaient pas des seules qualités manifestes de l'atmosphère ; mais qu'elles revenaient périodiquement dans des temps fixes de lannée, presque comme la fleuraison des plantes et certains oiseaux. Elles ne sont cependant pas hors

trine des épidémies est loin d'avoir été sanctionné par des expériences suffisantes. (Note du Traducteur.)

PRATIQUE, 199 de l'influence de la température et des qualités physiques de l'atmosphère, ce que prouve même cette analogie avec les plantes et les oiseaux ; mais elles sont produites par un concours de plusieurs causes. dont quelques-unes invisibles sont regardées par quelques médecins comme des puissances génératrices. Elles ne tombent pas sous nos sens; ou, pour mieux dire , elles n'ont pas encore été aperçues, quoiqu'elles puissent l'étre un jour.

Ces causes cachées ont été appelées par les médecins miasmes épidémiques. Mais cette expression n'est pas convenable, et prouve seulement l'ignorance oü l'on est sur l'origine de ces épidémies, ou la négligence des observaleurs.

Les foyers des fièvres contagieuses sont, ‘à juste titre, appelés miasmes contagieux.

En effet, ce sont des effluves morbifiques, et certains germes qui sont enveloppés de mucus ou des autres humeurs animales, et qui, communiqués à un homme sain et disposé à les recevoir, allument chez lui la fièvre, se propagent ou se multiplient, et sont tellement spécifiques, que l'un d'eux peut en produire un autre semblable: ils méritent vraiment le nom de mzasmes morbides. Et, quoique ce mot couvre seulement notre ignorance , cependant

ces germes morbifiques invisibles sont prouvés par le raisonnement, et démontrés par les expériences de l'inoculation.

On n'a imaginé les miasmes épidémiques que parce que l'on a été négligent dans la recherche exacte des causes des épidémies. En effet, on ne peut pas raisonnablement conjecturer l'existence de ces miasmes, ni la prouver par des expériences. D'ailleurs, il serait absurde d'établir autant de miasmes spécifiques quil y a d'espéces de maladies épidémiques.

Ces miasmes n'existent pas réellement, et ne sont pas nécessaires pour concevoir l'origine des épidémies. J'avoue que je me suis moiméme servi quelquefois mal-à-propos de ce mot; mais ce n'est que par la seule habitude que l'on a d'employer des expressions méme impropres. |

On n'a pas besoin de supposer l'existence des miasmes épidémiques, pour concevoir et expliquer l'origine des épidémies; car, quoique souvent leurs causes soient obscures, on n'éclaircit pas beaucoup cet objet, en ayant recours à des facultés occultes ou à des miasmes spécifiques. Bien plus, des recherches plus exactes sur lorigine des épidémies annuelles , prouveront que ces miasmes n'exislent pas.

Les quatre saisons de l'année, qui donnent naissance aux quatre constitutions épidémiques annuelles, et les seules qualités physiques et manifestes de l'atnosphére, produisent des dispositions différentes dans le corps de l'homme, ainsi que des diathéses diverses et des opportunités spéciales à certaines maladies. On n'a pas besoin, pour expliquer tous ces phénoménes, d'avoir recours à des causes occultes. En effet, l'économie animale éprouve des changemens dans les différens temps de l'année. La santé des hommes varie dans ces diverses saisons ; et, quoiqu'elle se conserve inlacte, cependant différens germes de maladie se développent dans le corps, et, par la plus légére cause occasionnelle , se changent en maladies réelles qui répondent à la diathèse précédente.

Nous allons considérer avec plus de soin chacune de ces diathéses.

Pendant l'hiver , la diathèse inflammatoire existe plus ou moins chez tous les individus. Alors les corps sont pleins de sucs, le sang est abondant et chargé de parties fibreuses, la lymphe étant plus plastique ; le sang qu'on tire de la veine , ou qui coale spontanément, est couvert d'une couenne phlogistique; le mouvement vital des humeurs est plus prompt;

la bile est alors sans action, l'appétit plus "rand, la soif moindre, les urines copieuses , la transpiration peu abondante, le ventre paresseux, les forces animales plus libres et plus énergiques ; l'irritabilité est augmentée, et la sensibilité diminuée ; la peau est blanche ou légérement rouge, les poils sont plus épais; toute l'habitude du corps est pléthorique : en un mot , tout l'organisme animal est constitué autrement qu'en été. Le froid sec favorise celte diathése.

En été, la diathése bilieuse prédomine par- . tout : les corps sont plus secs ; la lymphe est peu abondante , le sang et la lymphe ont moins de disposition plastique ; un principe bilieux se mêle au sang, l'appétit est moindre, la soif plus grande; l'on urine peu et l'on transpire beaucoup; le ventre est relâché; les forces animales sont moins libres, et ont moins d'énergie; la sensibilité est augmentée, et l'irritabilité diminuée; la peau est Jaune, les poils plus minces; toute l'habitude du corps annonce la prédominence de la bile; tout l'état de l'organisme est bien différent de ce qu'il est en hiver, ainsi que le mélange des humeurs, les sécrétions , l'absorption et les fonctions cutanées, La température chaude et séche favorise beaucoup cette diathése. |

Au temps des équinoxes, le corps humain n'est disposé à aucune des diathéses précédentes; mais plutôt à une diathése cachectique, sur-tout si la température est froide et humide. En général, dans ces temps de l'année, le corps est plein de mucus et de lymphe de peu de consistance, les solides sont dans un état de relâchement et d'inertie, les sécrétions languissent , l'absorption s'opère lentement, le tissu cellulaire et le parenchyme des viscères sont remplis d'humeurs lentes. Cette diathèse muqueuse, pituiteuse et froide, est favorable à la production des fièvres lentes. Les apyrexies deviennent complètes entre les paroxysmes : de-là, les fièvres intermittentes.

Quoique, pendant l'un et l'autre équinoxe , les rapports de la terre et du soleil soient les mêmes, cependant l'homme, ainsi que les autres êtres vivans, éprouve alors des changemens bien particuliers, en raison de la différence de la saison qui a précédé et de celle qui va commencer, Au printemps, le corps de lhomme, encore plein de sucs et disposé à l'état inflammatoire, doit éprouver d'autres modifications qu'en automne, par l'influence de l'hiver qui a précédé, de la fonte des glaces, des alternatives de la chaleur et du froid, de la nourriture, des habillemens et des occupa-

tions. En automne, au contraire, à cause des chaleurs de l'été, le corps est privé de sucs , une bile épaisse obstrue l'abdomen ; la nourriture, les vétemens, le genre d'occupations , l'état de l'air aprés des explosions électriques, tout doit imprimer au corps un état différent. Ce ne sont pas les seules qualités manifestes de lair, sa fraicheur et sa chaleur, sa sécheresse et son humidité, sa pesanteur et sa légèreté, qui causent ainsi des changemens dans les fonctions du corps humain dans les diverses saisons ; les qualités chimiques de l'air, le mélange de ses principes constituans, son éleciricité, la manière de vivre, de s'habiller, les travaux auxquels on se livre, etc. doivent aussi contribuer à ces changemens qu'éprouvent les fonctions physiologiques.

Ne soyons donc pas surpris qu'il existe des dZathèses morbides annuelles diverses , suivant les saisons de l'année ; en un mot, l'homme, sous le rapport physique , est entièrement différent en hiver, en été, etaux époques des équinoxes.

Nous ferons un jour des recherches plus exactes sur l'origine particulière de ces diverses diathéses morbides dans chaque saison ; elles sont si universelles, quil existe très-peu d'individus qui, par un tempérament particulier ou par des causes privées , ne soient pas

soumis à quelqu'une de ces diathéses dans certain temps de l'année. :

On comprend par-là, sans avoir recours à des miasmes épidémiques, pourquoi l'empire des épidémies annuelles est si grand; et pourquoi non seulement les fiévres, mais même les maladies non fébriles participent de cette constitution épidémique. Si les hommes bien portans éprouvent ainsi certaines diathéses, les malades doivent aussi éprouver l'influence des constitutions des saisons. Ainsi, un froid hydropique participera , en hiver, de la diathése inflammatoire; et un homme très-sanguin et pléthorique participera aussi, en été, de la diathése bilieuse.

Ces diathéses ont leur temps d'accroissement, de plus grande vigueur et dedécroissement. De méme, en effet, qu'elles ne se développent pas tout-à-coup, mais peu-à-peu; de méme aussi elles ne disparaissent pas en un instant, et ne sont pas subilement remplacées par des diathéses contraires. Ainsi, par exemple, une température chaude, qui survient en hiver, ne détruit pas aussitôt toute diathése inflammatoire ; de même que des pluies froides pendant l'été ne détruisent pas non plus subitement la diathése bilieuse.

Ainsi, la température peut changer, et la

diathèse morbide persister la même. Bacon de Vérulam avait déjà sagement observé, qu'on ne devait pas toujours rechercher la cause des épidémies dans l'état actuel de la température des saisons ; mais aussi dans l'état précédent.

Ces diathéses annuelles sont les vrais germes des maladies annuelles : elles ne sont pas ellesmémes une maladie. Bien plus, elles n'en occasionnent pas chez un trés-grand nombre d'individus ; mais elles engendrent une disposition à certaines affections , et même, chez plusieurs personnes, une espéce d'opportunité qui approche beaucoup de la maladie elle-méme.

Si, pendant que cette opportunité existe d'une manière latente, il se manifeste une cause méme très-légère, qui exalte la diathèse, alors la maladie elle-méme survient ; et elle est épidémiqne , sil existe alors une constitution épidémique. Ainsi, par exemple, pendant le règne de la diathèse inflammatoire en hiver, plusieurs personnes seront facilement attaquées de fiévres inflammatoires , si elles s'exposent à l'action stimulante du calorique , des boissons spiritueuses , des exercies de corps, etc.

Ces causes existantes n'agissent qu'en exaltant la diathése , et en faisant passer les individus, d'un état imminent d'opportunité , à la maladie réelle. C'est ainsi qu'il faut entendre

la doctrine de Gaubius : Que les causes disposantes se changent quelquefois en causes excitantes. C'est ce quiarrive bien aisément , quand le tempérament individuel peut favoriser le développement de la diathése morbide épidémique. Ainsi, par exemple, la jeunesse, le tempérament sanguin, la pléthore des femmes grosses , sont trés-favorables au développement. des fiévres inflammatoires pendant la saison de l'hiver.

Il est donc évident que "on n'a pas besoin, pour concevoir et expliquer l'origine des épidémies annuelles , d'avoir recours à l'existence de miasmes épidémiques, particuliers et spécifiques, comme causes excitantes, de méme que pour les maladies contagieuses : leur orisine est assez clairement expliquée par tout ce que nous venons de dire.

Ces seules opportanités générales, développées par l'influence , par les différentes saisons de l'année, font facilement comprendre toutes les propriciés des épidémies annuelles. Ainsi, par-là , on concoit clairement :

1.2 Pourquoi l'empire des épidémies annuelles est si universel, comme on l'a déjà dit, et imprime son caractère à toutes les maladies fébriles et non fébriles :

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