DES FIÈVRES INTERMITTENTES ET DES REMEDES
es FÉBRIFUGES.
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Les fièvres intermittentes sont les plus fréquentes des maladies épidémiques ; et, quoiqu'elles causent rarement la mort d'une maniére directe, elles l'entrainent cependant souvent après elles d'une maniéreindirecte, et par les maladies qu'elles laissent à leur suite. :
Ces fiévres peuvent étre appelées à juste ütre l'opprobre des médecins, ou plutót de l'art médical. En effet, une maladie aussi ancienne que le genre humain , qui se présente tous les jours et dans tous les lieux, est cependant encore si peu connue, qu'on ne sait pas la combattre par un traitement rationnel; que souvent on est forcé de lui opposer des remédes purement empiriques, que l'on va chercher à grands frais au-delà des mers, ou d'essayer des poisons plus dangereux que la maladie elleméme. Nous ne connaissons pas non plus des moyens prophylactiques sûrs contre ces fiévres,
PRATIQUE. 513 et nous ne pouvons nullement les produire d'une maniére artificielle.
Nous ignorons sur-tout les causes qui peuvent engendrer ces fiévres, et déterminer leur tendance particulière à des invasions périodiques qui sont tantôt fixes, tantót erratiques, tantót peu éloignées, et qui changent souvent de diverses manières pendant le cours de la maladie.
Les causes excitantes externes de ces invasions fébriles qui existent hors du corps du malade, et qui agissent extérieurement sur iui, ne peuvent pas sufüre pour faire concevoir lorigine de tous les paroxysmes périodiques.
En effet, on ne connait pas de cause, soit particulière , soit universelle, qui puisse revenir ainsi périodiquement, et produire des paroxysmes fébriles. Bien plus, si ces causes étaient universelles, elles devraient toutes produire chez tous les malades des paroxysmes àla-fois et en méme temps, ce que l'expérience dément.
Ces causes doivent donc être plutôt recherchées dans l'organisme lui-même, comme celles de la menstruation chez les femmes; et, comme nous l'avons déjà conjecturé plus haut, on les trouvera plutót dans certaines opérations périodiques cachées, ou dans des évolutions dyna-
218 MÉDECINE miques quiappartiennentà l'état physiologique, et qui peuvent sexalter et devenir morbides sous certaine diathése encore inconnue, et il faudra les rechercher dans lorganisme de l'homme ; car nous ignorons encore si quelques animaux peuvent étre atteints de fiévre interulittente , ou de quelqu'autre maladie analogue. Une caüse excitante plus ou moins manifeste produit presque toujours le premier paroxysme; ainsi un refroidissement, des fruits réfrigé-. rans, la boisson de l'eau froide, diverses affections de l'ame (et peut-être, tout ce qui peut produire un spasme violent du sysiéme cutané), engendrent presque à l'instant ce preinier accès; ei quand il est développé, il donne naissance à une fièvre composée de plusieurs paroxysmes semblables. Ceite première invasion fait naitre une diathése fébrile spéciale, et tous les pa-
roxysmes qui surviennent aprés, sont la suite
du premier : l'un presse l'arrivée de l'autre, et plus on en a déjà éprouvé, plus on a de tendauce à en éprouver de semblables.
Les fièvres intermittentes ont en cela une grande analogie avec quelques autres maladies qui offrent des récidives à des intervales fixes où incerizins. Il y a de ces maladies qui ne sont nullement fébriles, et dont la première invasion en entraine pius tard de nouvelles : teiles
PRATIQUE. 219 sont l’apoplexie, l'épilepsie, l'asthme, etc. L'analogie avec ces maladies, et la ressemblance du traitement qui leur convient, qui consiste le plus souvent dans des remèdes nervins et toniques et méme quelquefois dans des moyens superstitieux, démontrent qu'une fiévre intermittente , quoique simple et légitime, est réellement une névrose.
La cause de la périodicité, ainsi que la cause prochaine de toutes les fiévres intermittentes , doit donc être recherchée dans le système nerveux lui-même, et dans le sysiéme cutané. C'est ce que confirme l'observation des phénoménes de la maladie et l'altération des fonctions des nerfs et de la peau, au commencement et à la fin de l'accés. Mais une connaissance plus évidente de ces phénomènes ne peut pas être acquise, ni par nos sens, ni par notre raison.
La durée diverse des paroxysmes dépend de la constitution des individus, dont la santé est avec ou sans altération avant la fièvre. Ceux qui sont en parfaite santé lorsque la fiévre survient, ou qui ont une diathése froide, soit par leur tempéramment, soit par des maladies, soit par la saison de l’année, sont ordinairement atteints d'une fièvre intermittente légiime, qui présente une apyrexie plus ou moins parfaite entre les paroxysmes, sur-tout s'ils sont violens.
Mais ces fièvres intermittentes qui offrent une apyrexie parfaite, sont vraiment assez rares: PSS malades, en effet, ne sont sans fièvre qu'en apparence entre les accès, et la plus grande parte des fiévres intermittentes sont sub-continues. Ayant observé méme les fièvres quartes avec la plus grande attention, nous avons tous les jours remarqué de légers mouvemens fébriles, qui sont à peine sentis par le malade lui-même, C'est ce qu'il est sur-tout
cile de distinguer dans les fièvres larvées qui ne présentent qu'un seul symptôme trés-remarquable,
En hiver et en été, : si la diathèse inflammatoire ou la diathèse bilieuse existent avec quelque intensité, les fiévres intermittentes n'ont pas ordinairement des apyrexies parfaites.
Alors, en effet, les paroxysmes durent plus long-temps , et anticipent les uns sur les autres: l'un commence avant que l'autre soit fini ; et, comme tout le monde le sait, la fièvre devient continue, et participe du caractère inflammatoire ou bilieux. |
Alors, pendant que le malade éprouve encore la chaleur fébrile, le frisson de l'accès qui va commencer est à peine senti, ou ne s'annonce que par des horripilations fugaces et
irèsdésères ; il survient aussitôt un redouble- Ù *
ment de chaleur; et le malade, au lieu d'un paroxysme , éprouve ce que l'on AppeMe une exacerbation.
. Dans les fiévres continues, ces exacerbations, quand elles se composent de l'union de plus de deux paroxysmes , deviennent très-violentes , et alors, ou elles détruisent la vie, ou elles produisent une crise décisive qui arréte la fièvre. Mais, dans les fièvres intermittentes légitimes, on n'observe pas des crises aussi décisives; et elles le sont d'autant moins, que les apyrexies sont plus parfaites.
Quelques observateurs prétendent qu'il existe cerlains paroxysmes critiques qui enlévent entièrement la fièvre : cela n'est pas confirmé par nos propres observations. D'ailleurs, la puissance des crises, méme dans les fiévres continues, n'existe pas dans le nombre des jours ou des paroxysmes, mais dans les exacerbations composées d'un nombre défini des paroxysmes réunis. |
Il est donc croyable que dans les fiévres intermittenies, les crises mettent fin à chaque
paroxysme et non à la maladie elle-même. De- |. ]à, la grande difficulté de guérir certaines de ces fièvres, et la tendance qu'elles ont aux récidives ; parce que la nature contribue moins par ses efforts à la guérison , que dans les fièvres
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continues aiguës, à moins qu'elle ne soit fortement secondée par l'art. C'est ce qui est aussi en général particulier aux névroses.
Chez tous les individus qui semblent en apparence délivrés d'une fièvre intermittente, la fièvre n'est pas réellement détruite. Souvent, ce qui est prouvé par un grand nombre d'exemples, elle revient après un long espace de temps, quelquefois après plusieurs mois; et elle revient exactement avec la même période et le méme type, de manière que d'après un calcul exact, le premier paroxysme reparaît dans un jour de ue. et non dans un jour d'apyrexie. |
Ces observations servent à confirmer ce ins nous avons conjecturé plus haut, que des évolutions périodiques physiologiques étaient la cause du retour périodique des accès des fièvres intermittentes.
Si, dans certains cas, les fièvres intermittentes disparaissent spontanément et sans raisons connues, et si, dans d’autres cas au contraire, elles ont des récidives, on ne doit pas lattribuer uniquement aux paroxysmes critiques et aux crises qui sont si importantes dans les fiévres continues, mais plutót à certaines circonstances qui ont souvent autant de pouvoir que les médicamens.
Considérons aussi les fièvres intermittentes quant à leurs effets, et nous verrons que 1e. seules forces de la nature et les actions vitales ne sont pas toujours capables de les guérir. Les efforts critiques ne sont pas entiérement nuls dans ces fiévres; mais ils sont rarement suffisans, et à cause de cela, il faut souvent que des médicamens ou des moyens diététiques les remplacent.
Les fiévres intermittentes légitimes, qui ont des apyrexies vraies et longues, sont souvent accompagnées ou suivies d'un état cachectique. Ces fièvres, qui, comme nous l'avons vu plus haut, attaquent dans leur origine les nerfs et le systéme cutané, occasionnent ensuite un état de relàáchement dans les membranes et le tissu cellulaire des malades: cet etat, quil soit la cause ou l'effet du mal, rend la fiévre plus. longue et plus rebelle.
Ce relâchement du tissu cellulaire et des membranes, fait concevoir la tendance qu'ont ces fièvres à occasionner des engorgemens dans les viscéres abdominaux. En effet, tous les
vaisseaux étant relàchés, et la circulation des fluides étant plus lente dans les viscéres, des congestions et des engorgemens morbides doivent s'y former : de-là, tous les jours il se manifeste des lésions plus grandes dans les
fonctions des sécrétions, de l'absorption, de %ssimilation et de la reproduction ; la cachexie augmente toujours.
Alors , principalement quand la rate est obstruée, il survient une langueur très-grande de la turgescence vitale, et par là , un état d'inanition, Les physiologistes devraient donc faire une grande attention à l'importance de la rate par rapport à la turgescence vitale: de-là vient cet état particulier de pâleur et de relâchement qui fait distinguer si aisément les sujets atteints de fiévre intermittente.
Tous les médecins savent que les cachexies en général, et sur-tout celles qui proviennent d'un état d'empátement des viscéres, ne présentent que des efforts trés-légers ou presque nuls de la nature médicatrice : ainsi, plus les fièvresintermittentes sapprochent du caractère cachectique, moins elles sont susceptibles d'être combattues par les actions vitales. Quand on les néglige et qu'on les - DRM à ellesmêmes, elles deviennent facilement mortelles ; et, comme tout le mondele sait, elles ne cédent alors que difficilement au meilleur régime diététique, et aux moyens thérapeutiques les plus puissans.
Ces considérations prouvent que les fiévres intermittentes sont, par leur nature et leur ca-
ractere , des affections intermédiaires entre les cachexies et les névroses, et qu'elles ne présentent pas des efforts critiques suffisanscomme les fiévres continues. Quoique nous ayons dit qu'elles sont le prototype de ces derniéres, nous n'avons cependant pas négligé d'exposer les raisons pour lesquelles l'action critique de leurs paroxysmes est différente. Quand les paroxysmes se devancent et se rassemblent, cette action critique n'est donc pas la méme que quand ils retardent et se séparent de plus en plus les uns des autres.
Instruits par cette expérience, nous n'abandonnons pas volontiers les fióvresintermittentes aux forces de la nature, si ce n'est lors des premiers paroxysmes et quand elles sont encore sub-continues; nóus n'employons pas contre elles un appareil de médicamens inutiles, de maniére à les rendre plus habituelles, plus opiniátres, et à leur faire perdre leur caractère fébrile; mais nous les combattons par un traitement rationnel; et quand il ne suffit pas, par un traitement empirique ou spécifique. Et même ces fiévres, que l'on appelle avec quelque raison dépuratoires ou salutaires, ne deviennent réellement telles, que quand on emploie le meilleur régime diététique, et jamais quand on les abandonne à elles-mémes.