‹ Médecine pratiqueChapitre 54 sur 63 · Tome Il · texte numérisé non relu

Tome Il

Le traitement rationnel doit diriger l'action des médicamens sur les nerfs et sur les membranes , de manière à leur imprimer une autre diathése, Il faut aussi avoir soin d'accélérer modérément les sécrétions et les excrétions ; sans cela, la cachexie arriverait promptement. Il faut sur-tout traiter de cette manière les fièvres intermittentes légitimes simples et avec des apyrexies vraies, et qui ont perdu toutes les marques de leur caractère inflammatoire:

ou bilieux, autrement elles pourraient encore présenter des mouvemens critiques.

Parmi les remèdes anti-fébriles , les vomitifs üennent le premier rang, pourvu que des circonstances contraires n'en empéchent pas l'usage : il conviennent sur-tout dans les fièvres d'été et d'automne.

Ils ne se montrent pas seulement salutaires, parce qu'ils évacuent de l'estomac et des intestins des matiéres saburrales, qui n'existent pas toujours et ne sont pas la cause de la fiévre. Cependantils deviennent bien plus utiles quand ils font rejeter, par un vomissement copieux , un amas de bile, sur-tout de celle qui est contenue dans la vésicule.

Mais leur action consiste sur-tout dans la secousse qu'ils impriment au corps, qui accélére les sécrétions, détruit les spasmes de la

PRATIQUE, EY peau, rétablit ses fonctions et imprime aux nerfs une autre disposition. |

lis nous ont paru très-bien agir, administrés quelques heures avant le paroxysme ; mais il faut quelquefois les répéter. Les amers simples achèvent ensuite aisément la guérison; et quand elle n'arrive pas de suite, le vomitif rend cependant la fiévre bien moins rebelle. La cure devient aussi plus süre, et n'est pas suivie de cachexie. Pourquoi plusieurs médecins sont-ils donc si craintifs ou si obstinés contre l'emploi de l'émétique dans les fiévres intermittepies?

Quand les vomitifs sont contre-indiqués, les remèdes altérans et sub-émétiques conviennent souvent; tels que l’antimoine, la scille et le sel ammoniac; mais il faut les donner à grandes doses. Quand la diathése cachectique existe, on combine sur-tout heureusement ces médicamens avec les décoctions fondantes et améres.

Par cet appareil de traitement, nous avons toujours guéri heureusement et sans récidives un trés grand nombre de fiévres intermittentes. Les vertus fébrifuges da la dent-de-lion et de la chicorée, fées sur celles de la centaurée et du trèfie d'eau.

Les remèdes nervins qui n'agissent que par un stimulus volatil, ont peu ou presque point d'efficacité, La menthe, la mélisse, la valériane,

le camphre, les éthers, etc. employés seuls , ne nous ont montré aucune vertu dans le traitement des fièvres intermittentes. ll en est de méme des narcotiques. Trois grains d'opium pris le soir n'ont pas pu arréter un paroxysme qui arrivait la nuit ; il revenait également même pendant le sommeil (1). IL faut convenir aussi

(1) Quoi qu'en dise ici Hildenbrand , il est certain que l'opum, méme administré seul, a souvent arrété des accès de fièvres intermittentes, Il serait facile de citer sur ce point un trés-grand nombre d'observations des anciens et des modernes. Mais l'opium se montre sur-tout utile dans les fièvres intermittentes , en diminuant la longueur des accès fébriles , en rendant les apyrexies plus franches, et en facilitant ainsi l'administration du quinquina. Une

des meilleures méthodes de donner ce médicament dans

cette vue , est celle de Lind. Ce médecin avait coutume de faire prendre aux malades une potion dans laquelle entraient 15 à 20 gouttes de teinture d'opium, demi-heure après le commencement de la chaleur fébrile. ( Lind. Essai sur les maladies des Europeens dans les pays chauds, tom. 2. Appendice sur les Jièvres intermittentes , pag. 202.) Par ce moyen , il diminuait beaucoup la durée de la période de chaleur, et la sueur s'établissait promptement, J'ai souvent administré avec succès l'opium d’après la méthode de Lind. Je l'ai souvent vu diminuer de plus de moitié la durée de la chaleur , et faire cesser presque subitement la cépbalalgie. On donne ensuite le quinquina avec beaucoup plus de süreté.

L'opium en frictions réussit aussi dans les fiévres inter-

que l'opium qu'on trouve aujourd’hui dans le commerce, n'est pas de bonne qualité, et n'est pas aussi efficace. :

Nous avons aussi essayé sans succés les amandes améres et leau distillée de laurier cerise.

Les roborans et les astringens ont bien quelques vertus anti-fébriles ; mais ils ne guérissent pas toujours, et leur administration n'est pas sans danger, quand la moindre diathése cacheclique existe, ou est sur le point de se manifester.

Les écorces de saule, de marronier d'Inde, de chéne, sur-tout en poudre avec addition de quelque aromate, ont quelquefois entre nos mains guéri des fiévres intermittentes. Mais l'écorce de prunier épineux, le brou de noix, les noix de galle, les acides minéraux, ne nous ont jamais réussi; nous n'avons pas non plus obtenu de succés de la gentiane, de l'alun , du sulfate de fer, du sulfate de zinc, qui ont cependant aussi des vertus nauseuses. |

Les médicamens nervino-toniques, qui sont corroborans et ont aussi un principe stimulant,

mittentes. J'ai employé avec succès , chez des enfans, les frictions faites avec un mélange de teinture d'opium et de gamphre. (Note du Traducteur.)

nous ont paru plus efficaces que les remèdes précédens, soit qu'ils fussent employés seuls, soit qu'ils fussent mélangés avec d'autres. substances ; tels sont l'absinthe, la bénoite, le calamus-aromaticus et la camomille. L'infusion de ces deux dernières plantes nous a sur-tout paru mériter la préférence; mais souvent, dans les fièvres rebelles, ces remèdes ont aussi trompé nos espérances. ll en est de méme des médicamens héroiques et vénéneux, tels que la digitale pourprée , l'aconit et autres semblables.

Il faut donc recourir aux spécifiques dans un grand nombre de cas difficiles, dans les quotidiennes invétérées, les quartes et sur-tout les double-quartes, en un mot, dans toutes les fièvres habituelles et sujettes aux rechutes, et dans les fiévres larvées. |

Parmi ces spécifiques anti-fébriles, le quinquina et l'arsenic l'emportent sur les autres.

On a beaucoup abuse, et l'on abuse encore du quinquina, qui est maintenant devenu. si cher : on l'a prodigué dans beaucoup de fiévres qui cédent à d'autres remédes. Avant sa découverte, les anciens médecins ne se plaignaient pas de l'insuffisance de leurs moyens de traite- . ment dans ces maladies. Sur soixante fiévres intermittentes traitées dans notre clinique en 1308 , il a été nécessaire, dans quatre cas seule-

ment, de recouvrir absolument à ce spécifique. Je n'oserais cependant pas affirmer que tous les malades traités par d'autres remédes n'ont pas éprouvé des rechutes. ll existe donc des fiévres intermittentes difficiles qui ont absolument besoin du quinquina, mais elles sont beaucoup plus rares qu'on ne le pense vulgairement,

Nous croyons donc lusage du quinquina très-nécessaire : 1.?. Dans les fièvres larvées pernicieuses; 2.? Quand on voit augmenter la cachexie à chaque paroxysme; 3.° Dans les fièvres dont les accès anticipent trop vite les uns sur les autres, et qui tendent à devenir continues ; 4.? Dans celles qui ont desapyrexies irop courtes, comme dans les quotidiennes, dont les accés sont fixes ou tendent à avancer; 5.° Dansles quartes d'été et d'automne simples, et sur-tout dans les doubles; 6.? Dans toutes les fièvres intermittentes opiniàtres, habituelles, sujetles aux récidives, sans complications, accompaguées d'une páleur particulière du corps, et dans celles qui réclament un traitement nervin et tonique; 7.? Enfin, dans les fièvres qui se prolongent d'une manière ennuyeuse , et dans lesquelles la dépense qu'exigerait un emploi trop long des autres remédes, surpasserait beaucoup celle du quinquina.

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L'expérience et les conseils de notre illustre président, nous ont appris que de peütes doses de quinquina suffisaient, quand on leur associait des remèdes convenables. Ainsi quelques grains de cette écorce réduits en poudre trèsfine, auxquels on ajoute des antimoniaux , des

amers ou quelque substance aromatique, gué-

rissent très - bien les fièvres intermittentes , méme rebelles. Il ne faut donc pas prodiguer un remède aussi précieux, si l'on en obtient des succès à petites doses.

Malgré toutes les recherches, on n'a pas encore trouvé des succédanés du quinquina. Le principe fébrifuge parait résider plutôt dans les plantes d'Amérique, que dans celles de nos climats. (

Les propriétés anti-fébriles de l'écorce d angusture sont connues de tout le monde. On a aussi vanté dernièrement, en Amérique, les vertus fébrifuges de l'écorce du liriodendron tulipifera ; et comme cet arbre croit bien dans nos climats, que les grands en font quelquefois cultiver dans leurs jardins, et qu'on peut en shultiplier le nombre, on a tenté des expériences avec cette écorce, qui, quoiqu'exotique, peut facilement devenir indigène.

Le directeur des Jardins impériaux, trèshabile naturaliste, nous a fourni des rameaux

de cet arbre qui croît dans le jardin de Schonbruun. Cette écorce n’a pas un principe aussi amer et aussi volatil que le quinquina; elle répand une odeur légère, presque semblable à celle de la gomme ammoniaque; elle a beaucoup de parties mucilagineuses, et moins de principe résineux que le quinquina; les rameaux dont nous employämes l'écorce dans nos expériences, furent en général trop jeunes et ne furent pas assez desséchés.

Cette écorce employée en poudre et en décoction à la méme dose que le quinquina, a guéri plusieurs fièvres inlermittenies , dont quelques-unes étaient opiniátres, soit dans notre clinique , soit dans le dehors. Nous eümes cependant deux cas, lun de fièvre tierce, l'autre de fiévre quarte qui furent guéries aisément par le quinquina, tandis que le liriodendron tulipifera avait été employé sans succès. Peut-être l'écorce des plus grandes branches et du tronc a-t-elle plus de vertu, sur-tout dans le climat d'Amérique.

Cependant on peut affirmer avec confiance, qu'aucun des succédanés du quinquina ne possède des vertus fébrifuges aussi énergiques que

cette écorce. Ii serait donc à souhaiter que l'on

étendit la culture de cet arbre, soit pour l'usige pharmaceutique, soit pour les arts aux-

quels il peut servir, soit enfin pour l'ornement des Jardins. La teinture de cette substance possède quelques propriétés anti-fébriles; mais elles ne sont pas bien énergiques. Nous n'en avons pas eu une assez grande quantité pour en préparer de l'extrait.

Nous n'avons Jamais employé l'arsenic, dont les propriétés anti-fébriles spécifiques sont connues depuis long-temps : nous le regardons comme un reméde au moins suspect et douteux, sil n'est pas méme absolument pernicieux, à cause des maux qui en soni la suite, qu'ont déjà observés les médecins qui nous ont précédés.

D'ailleurs, on ne peut pas faire dans les hôpitaux des expériences sur des médicamens dont les effets délétères ne se montrent que long-temps aprés; et ces expériences ne seraient pas assez instructives. Nous préférons donc examiner les expériences des autres, et attendre leur résultat. D'aprés les essais tentés jusqu'à ce jour, on peut conclure que les cas où l'arsenic est indiqué , ne sont pas encore connus, €t qu'il reste à faire sur ce sujet des recherches très-périlleuses, afin qu'on puisse au moins agir dans l'administration de ce reméde avec cet empirisme rationnel qui nous dirige dans l'emploi du quinquina. Nous ne connaissons point

encore les obstacles qui s'opposent à l'administration d'un médicament aussi héroïque , et les circonstances qui en contre-indiquent l'usage, dont le nombre doit être grand.

D'après les essais tentés par les autres médecins, il est constant que les maux qui sont la suite de l'usage de l'arsenic, n'ont pas pu être évités, méme dans ces derniers temps, par des praticiens très-prudens, malgré toutes les précautions dont ils ont usé dans l'emploi de ce poison. Nous avons souvent observé des douleurs d'entrailes, des leucophlegmaties, des consomptions, des hémorragies habituelles être la suite de l'usage de l'arsenic.

Mais, ce qui est le plus condamnable , nous avons souvent vu donner l'arsenic sans aucune nécessité dans des fiévres intermittentes trèslégéres. Plus les charlatans voient les médecins lemployer fréquemment, plus ils sont audacieux dans l'abus qu'ils en font, et plus aussi les pharmaciens délivrent aisément cet atroce poison. EIE

Si nous voulions faire des expériences sur l'usage de l'arsenic dans les fiévres, nous ne choisirions pour nos essais que des malades désespérés. Que ce poison nous montre alors ses vertus médicales ; au moins, s'il n'est pas atile, il nuira moins. Il vaut mieux employer

un remède douteux, que de n'en point employer. Ainsi, qu'on lessaye dans les fièvres larvées pernicieuses, dans les fiévres continues rémittentes graves, qui présentent des invasions périodiques manifestes, dans les fièvres cachectiques invétérées où le quinquina ne suffit pas. Si, dans ces cas, ce poison ne nüit pas et est utile, nous applaudirons.

En considérant que les vertus anti-fébriles de l'arsenic résidaient probablement dans un principe vénéneux métallique ou acide, nous avons pensé que le mercure sublimé corrosif , dont l'usage interne n'est pas aussi dangereux, jouissait peut-être des mêmes propriétés. L'idée n'était pas nouvelle , car les anciens avaient déjà imaginé tout cela; et D. Potts, médecin anglais, avait déjà employé et loué le sublimé corrosif dans le traitement des fiévres intermittentes.

Nous n'avons tenté qu'une seule expérience, et nous avons donné dans une fièvre intermittente le sublimé corrosif jusqu'à produire la salivation; mais la fièvre n'en a pas éprouvé le plus léger changement : nous n'avons donc pas voulu répéter nos essais (1).

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(1) Quelques médecins prétendent cependant avoir employé avec succès le sublimé corrosif dans les fièvres

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Nous avons fait aussi des expériences sur quelques remédes externes dans le traitement de ces fiévres. Pourquoi en effet administrer toujours les médicamens par la bouche , tandis que les causes des maladies agissent rarement sur nos corps par cette voie, qu'elles sont bien plus rarement encore reçues dans l'estomac, et qu'elles pénétrent dans notre organisme par une toute autre route, par laquelle il semble qu'on pourrait aussi y faire parvenir les médicamens d'une manière plus courte et plus sûre?

Ainsi les causes des fiévres intermittentes paraissent agir d'abord sur la peau, et ensuite par son moyen sur les nerfs. Dans cette intention, nous avons donc fait quelques expériences sur des moyens externes.

Tout le monde sait que les bains , et sur-tout les bains chauds, ne sont d'aucune utilité dans ces fièvres. Nous n'avons pas pu ni voulu employer lesbains froids. Aucun médecin n'ignore que le froid humide nuit aux fonctions de la

intermittentes. Le D. Charles Botta , médecin de l'armée francaise à Corfou , assure méme avoir guéri une fièvre. quarte rebelle à tous les remèdes par le sublimé corrosif donné en pilules à la dose d'un grain par jour , uni à Popium. Six grains de sublimé suflirent pour la guérison. (Carlo Botta. Storia naturale e medica dell? isola di Cer- Ju. tom. 2. pag. 143.) (Note du Traducteur.)

peau, provoque souvent la fièvre, et arrête les mouvemens critiques pendant le paroxysme :

ainsi, nous croyons que les bains froids ne conviennent -n1 pendant lapyrexie, ni pendant le paroxysme (1) ; et si l'on nous présente des cas dans lesquels ces bains ont eu un heureux succès, il nous sera facile d'en opposer d'autres dans lesquels les remèdes les plus absurdes ou les plus ridicules ont également guéri des fiévres intermiltentes.

On a souvent observé que les plaies et les ulcères survenus accidentellement pendant la durée des fièvres intermittentes, n'en avaient pas changé ni arrêté le cours: les vésicatoires n'ont également eu aucun effet sur ces fièvres.

Jl en a été de méme des lotions et des onctions spiritueuses. Nous n'avons pas essayé les frictions avec l'esprit de térébenthine, vantées par quelques médecins, à cause des vapeurs insupportables qu'elles répandent, qui font naitre facilement des ophthalmies.

(1) U'usage des bains froids, conseillé dans la période de chaleur par Giannini et quelques autres médecins , peut entrainer les plus grands dangers et même la mort. Baillou a vu un homme périr dans les convulsions , pour avoir . voulu employer les affusions d'eau froide pendant la période de chaleur d'un accès de fièvre tierce. (Ballon epidemiorum lib. 11.) (Note du Traducteur.)

L'’alcali lixiviel caustique, que l'on employa pour nettoyer la peau d'une femme qui avait une affection impétigineuse, ne changea en rien une fièvre intermittente dont elle était atteinte en même temps. —

Nousavons parlé du petit nombre de moyens qui peuvent guérir ces maladies. Il en est un bien plus grand nombre qui n'ont que peu ou point d'effet. C'est ce qui doit exciter les efforts des médecins, pour rechercher d'autres moyens de guérir une maladie si fréquente, et sur-tout des remèdes indigènes.

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