‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 10 sur 156 · Tome L · texte numérisé non relu

Tome L

Difficulté d'écrire sur les maladies chr©* niques.

go Réponse de Thomas Sydenham

il faut dans la recherche des véritables opéra- ' tions de la Nature. C est que tous leurs écrits ne contiennent presque que des hypothèses qua enfantées une imagination déréglée. Aussi les histoires qu’ils donnent des maladies , c.est-à-oire , les des^ criptions de leurs symptômes, ne sont point fondées sur la réalité des choses, mais sur de vains systèmes qui servent aussi de base à la méthode que ces Auteurs emploient pour traiter les dies. Une telle pratique ne saurait manquer d etre pernicieuse au genre humain. \ oilà comment on néglige d'étudier les opérations de la Nature , pour se livrer sans ménagement à la fureur des hypothèses.

Tous ces obstacles ne m’empêcheront pas décrire sur les maladies chroniques , si le Ciel m’accorde le temps et la santé nécessaires. Maintenant, afin que vous connaissiez l’empressement que j’ai d’exécuter ce que vous demandez de moi, je vous présente un échantillon de 1 ouvrage que je médite , savoir , une courte dissertation sur le mal vénérien.

Pourquoi on 4- J’ai rencontré bien des gens qui, dans une ne doit pas vue louable d’arrêter le crime par la crainte du

nière de traiter châtiment qui doit le suivre, ou pour se donner le mal véné- ^ enx.nl£mes une réputation de vertu, prétendaient qu’on ne devait point enseigner la méthode de traiter le mal vénérien. Je ne suis nullement de leur avis ; car je pense que , si on voulait îefuser de rendre service au prochain dans tous les cas ou il se serait attiré du mal par sa faute et par son imprudence , il ne resterait presque plus d’occasion aux hommes d’exercer la charité , et d être utiles les uns aux autres. Laissons a Dieu qui est le souverain maître , le soin de châtier les coupables. Notre devoir est de secourir , autant qu il

a Henri Pa man.

nous est possible , les misérables , et de guérir leurs maladies, mais non pas de les affliger euxrrrèmespar des recherches curieuses des causes qui ont produit leurs maux , ou par des reproches et des censures hors de saison.

Je vais donc exposer librement ce que l’observation et l’expérience m’ont appris sur cette maladie , non en vue de porter les hommes à la débauche , mais afin de contribuer , selon le devoir de mon état, à la guérison des corps.

5. La maladie vénérienne parut en Europe , d’où et quand pour la première fois , Fan de K. S. i4q3 , et fut rl^nmaal^n^T apportée des Indes Occidentales. Avant ce temps- porté en Eulà , elle n’était point du tout connue en Europe ; *

du moins il n’y en a aucune preuve. Aussi croiton communément qu’elle est endémique dans les pays de l’Amérique , où furent conduites les premières Colonies Européennes (i).

Pour moi , je croirais plutôt qu’elle a tiré son origine de quelque contrée des INègres voisins de la Guinée (2); car j’ai ouï dire à quantité d’An-

(1) Une preuve que le mal vénérien n’était connu ni des Grecs ni des Romains , c’est le silence de tous leurs Médecins pendant au moins deux mille ans , et celui des anciens Historiens , Poètes , et autres Ecrivains des deux nations. Une autre preuve de cela , c’est l’autorité de tous les Médecins qui vivaient dans le temps que cette maladie commença à paraître , et qui conviennent généralement qu’elle fut apportée pour la première fois eu Europe vers la lin du quinzième siècle ; qu’elle différait par ses symptômes de toute autre maladie ; quelle n’avait jamais été vue ni observée auparavant ; que du royaume de Naples, où elle s’était répandue parmi les Français et les Napolitains , elle s’était ensuite étendue en Europe ; enfin qu’elle avait été apportée des Indes Occidentales à Naples par les soldats Espagnols qui servaient sous Christophe Colomb, M. Asïïuc , des maladies 'vénériennes , liv. 1 , chap. 2.

(2) Cette idée est entièrement contraire à la vérité du fait ; car il est certain qu’on ne transporta point de nègres dans file Espagnole avant l’année i5o3. Or , les Espagnols contractèrent la maladie dans cette île en 1493. Elle fut apportée en Espagne la même année , ou l’année suivante ; de là en Italie en 1494 ou 149a , où elle infecta les Français et les Napolitains, et par leur moyen fut se répandre bientôt après dans toute l’Europe. Ibid. chap. u.

$2 Béponse de Thomas Sydenham

glais dignes de foi , qui habitent les îles Caraïbes , que les esclaves qu’on y amène de Guinée , sans avoir pris terre , ou du moins sans avoir eu aucun commerce ifnpur , sont attaqués d une maladie qui désole assez souvent toute une habitation , hommes , femmes et enfans , et dont les symptômes paraissent absolument les memes que ceux de la vérole , pourvu qu’on ait égard à la diver- Comment il sité des climats. Les habitans des îles Caraïbes nomment cette maladie the yaws (i) ; et ils la droits 4# l’A- traitent par la salivation mercurielle , de meme que nous traitons la vérole. Ainsi ils préfèrent la salivation mercurielle au gayae et à la salsepareille , nonobstant tout ce que l’on dit parmi nous de la grande vertu qu’ont ces bois dans leur pays natal , et que l’on croit s’affaiblir extrêmement par le long trajet d’Amérique en Europe. On croit que 6. Il y a donc apparence que les Espagnols le gagnèrent qui apportèrent les premiers en Europe le mal par contagion, yénérien 9 en furent infectés par le commerce avec les Nègres qui avaient été achetés en Afrique ; car plusieurs peuples voisins de la Guinée sont dans l’usage barbare de vendre des hommes aux Européens, et il se peut faire que la vérole soit endémique chez quelqu’un de ces peuples.

Quoiqu’il en soit , elle fit en Europe de si rapides progrès dans le commencement , que , si elle continuait de même aujourd’hui , il ne resterait plus d’hommes au bout de quelques siècles, ou que du moins ils seraient tous malades et entièrement incapables des fonctions de la Société civile ; mais les choses sont bien autrement. La

(i) Le mal vénérien , dit Turner , se nomme yaws en Guinée , comme je l’ai appris de quelques Navigateurs , et aussi d’un Capitaine de vaisseau gui a souyeut fait ce voyage. Turner Siphilis 4 ; [ti. édit. p. 6, q.

a Henri Pa man.

vérole , semblable à ces végétaux qui étant tràns- u s’affaiblit portés dans un pays étranger y dépérissent , ne chat*ae ^our* saurait s’accommoder du climat de l'Europe ; elle y déchoit de jour en jour , et la diminution de ses symptômes montre l’état de langueur où elle est déjà tombée. Lorsque cette maladie était encore nouvelle parmi nous , elle corrompait dans un moment toute la masse du sang dans ceux qu’elle attaquait , et elle se manifestait par de cruelles douleurs de tête et des membres , et par des ulcères en différens endroits du corps (i).

Mais , depuis cent ans , le premier symptôme qu’elle produit , c’est la gonorrhée virulente , et c’est comme une espèce d issue par où elle cherche à s’échapper. Quelquefois , mais rarement , elle se manifeste d’abord par un chancre à la partie ; et comme alors le virus ne s’évacue pas par la gonorrhée , il pénètre bientôt et corrompt toute la masse du sang.

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