Voici donc quelle est ma méthode
Prenez de la masse des pilules cochées majeures , par des pUrtrois gros ; extrait de Radius , un gros ; résine de sat^sjalap et de diagrede , de chacun demi- gros ; et avec suffisante quantité de baume de la Mecque , faites des pilules , dont il y en ait six dans chaque drachme du tout.
Le malade avalera quatre de ces pilules tous Pilules purples matins à quatre ou cinq heures , en sorte îiTeâ> qu’il dorme par-dessus ; et il continuera de la sorte pendant douze ou quatorze jours , ou meme davantage , c’est-à-dire , jusqu’à ce que l’ardeur
Réponse de Thomas Sydenham
d’urine soit fort diminuée , et que la matière de la gonorrhée ne soit presque plus jaune. Alors il sulfira de prendre la même dose de pilules de deux jours en deux jours pendant deux semaines, et ensuite deux fois la semaine seulement , jusqu’à ce que l’écoulement cesse tout-à-fait , ce qui n’arrive d’ordinaire qu’après bien du temps.
Quand il n’y a plus ni ardeur d’urine , ni écoulement de matière jaunâtre, et qu’on presse avec les doigts l’extrémité de la verge, il en sort, surtout le matin, quelques gouttes d’une humeur séreuse. On dit ordinairement que cette sérosité ne vient que du relâchement et de la faiblesse des parties, à cause du long séjour que le virus y a fait ; mais les malades éprouvent malheureusement pour eux , que c’est un véritable reste du virus qui n’a pas été entièrement détruit. Aussi ne laut-il qu’un léger excès de vin, qu'un exercice un peu trop violent , ou quelque autre cause semblable , et même encore plus légère , pour faire revenir la gonorrhée , lorsque le malade cesse de se purger avant qu’il ne coule plus rien, du tout (i).
Purgatifs forts 1 5. Si la gonorrhée continue encore après toutes
foiT uécïai- ces purgations, il sera bon, sur-tout dans les sujets difficiles à purger , de substituer de temps en temps
res.
(1) Lorsque le tempérament est faible , et particulièrement lorsque la maladie est accompagnée de beaucoup de chaleur et de douleur en urinant , on doit s’abstenir des purgatifs chauds et irritans, parce qu’ils augmenteraient la douleur, et échauffei’aient extrêmement le malade. Et quand il s’agit de purger, il faut employer les purgatifs les plus doux , et les étendre dans beaucoup de liqueur. Pour ce qui est des purgatifs mercuriaux , on doit les donner avec beaucoup de précaution ; car, comme observe très-bien M. Astruc , leur usage gâte l’estomac , ruine les forces , augmente l’âcrete du sang , rend les ulcères vénériens plus malins et plus difficiles à guérir , renouvelle quelquefois la dysurie , et fait quelquefois revenir un écoulement qui avait cessé, et le rend aussi virulent qu’auparavant , comme sa couleur jaune ou verte le fait asse4 voir.
a Henri Pam an.
aux pilules, quelque purgatif plus puissant, tel que la potion suivante , qui , étant prise seulement une fois, a quelquefois mieux arreté la gonorrhée , que n’avaient fait un grand nombre de purgatifs.
Prenez tamarins, de mi-once, feuilles de séné, deux Potion t>urgagros ; rhubarbe , demi-gros . Faites bouillir le tout tive forte* dans suffisante quantité d'eau ; et dans trois onces de colature , dissolvez manne et sirop de roses so lutif , de chacun une once ; sirop de nerprun , et électuaire du suc de roses , de chacun deux gros ; pour une potion.
Si la maladie est trop long temps à guérir , il faudra donner huit grains de turbith minéral , seulement deux ou trois fois , ayant soin de mettre entre chaque prise un intervalle convenable , de peur de causer la salivation. Ce remède est le meilleur de tous dans une gonorrhée opiniâtre: on pourra aussi donner, deux fois la semaine , les pilules suivantes :
Prenez pilules de duobus , demi-gros ; mercure pi Iules purgadoux , un scrupule ; baume de la Mecque , ce quil tlves iortoî* en faut. Mêlez tout cela , et faites-en quatre pilules , quon avalera de grand matin.
t 6. Le malade se trouve quelquefois si rebuté de En quel cas tant de purgations, qu’il ne peut supporter l’odeur couri^U iades remèdes, ni seulement les voir; d’autres fois vemcas. son tempérament résiste si opiniâtrement aux purgatifs, qu’on ne saurait évacuer une suffisante quantité de matière morbifique ; et tandis qu’on s’efforce inutilement d’en venir à bout, le virus pénètre dans le sang et cause la vérole. Aussi attaque-t-elle souvent les sujets difficiles à purger.
Dans ce cas-là, il finit avoir recours aux lavemens, par le moyen desquels on peut remplir les deux indications , qui sont d’évacuer F humeur, et de la détourner de la partie affectée. Cette
De quelle ma wière il faut les donner.
Lavement
purgatif.
64 Réponse de Thomas Sydenham
méthode est quelquefois plus courte que la première , dont la longueur est ennuyeuse : il est vrai qu’elle ne me parait pas si sûre , et qu’il y a plus à craindre qu’il ne reste dans le corps quelque portion de virus vénérien , qui ne manquerait pas de causer de nouveaux désordres. Mais il est très-facile de parer à cet inconvénient, et cela en faisant prendre un purgatif par en haut les jours qu’on ne donnera point de lavement (i).
iy. Voici donc la- manière dont je me conduis. Je donne pendant deux ou trois matins de suite les pilules dont j’ai parlé ou quelques autres semblables. Après cela je fais prendre deux fois par jour, savoir, le matin et à cinq heures du soir , le lavement suivant, excepté un ou deux jours de la semaine, que je donne un purgatif. Voici la composition du lavement.
Prenez èlectuaire cia suc de roses , six gros ; térébenthine de Venise dissoute dans le jaune cïœuf ? demi-once. Faites dissoudre tout cela dans une chopine d'eau d’orge. Coulez la liqueur , et y ajoutez deux onces de calholicon.
Tous les soirs, un peu avant que le malade se couche , je lui donne vingt-cinq gouttes de baume de la Mecque , incorporées dans du sucre. Comme ce baume est une espèce de térébenthine liquide et très-pure, il a les memes vertus que la térébenthine, et il guérit très-efficacement les ulcères causés dans les parties. Quand on n’a pas de ce baume, on peut donner en place la grosseur d’une noisette de térébenthine de Chypre.
(i) Cette méthode de donner des lavemens semble avoir été particulière à notre Auteur. Mais s'il y a des tempéiamens qui ne puissent supporter les purgatifs , pourquoi y avoir recours par iutervalle , aliu d’aider les lavemeus qui , faute d’opérer , ne peuvent qu’augmenter le mal , en causant un trouble inutile ? Aussi Turner observe qu'on ne doit pas se lier à celte méthode , et qu’elle réussit trèê-rarement.
a Henri Pam an. 65
18. Durant le traitement, quel qu’il soit, jin* terdis absolument au malade les alimens salés ou dilficiles à digérer , comme la chair de bœuf et de cochon , le poisson , le fromage , les racines , les herbages et les fruits ; mais je lui permets de manger du mouton, du veau, du lapin, et d’autres choses d’une digestion aisée; bien entendu néanmoins qu’il en use très-sobrement, et seulement pour soutenir ses forces. Je défends aussi le vin, et toute liqueur spi ri tueuse ou acide, et je donne pourboisson de l ean laiteuse, c’est-à-dire trois parties d’eau bouillies ayec une partie de lait ; mais à dîné et à soupé on peut accorder un peu de petite-bière.
Pour diminuer l’inflammation et tempérer l’ardeur d’urine, j’emploie les émulsions rafraîchissantes, dont je fais prendre abondamment dans [’intervalle des purgations : elles sont composées de la manière suivante.
Prenez graines de melon et de concombre , de chacune demi-once ; graines de pavot blanc , deux gros ; huit amandes douces pelées. Broyez tout cela ensemble dans un mortier de marbre , en versant peu à peu par-dessus une livre et demie d'eau, d'orge. Coulez la liqueur, et ajoutez suffisante quantité de sucre.
19. Dans les tempéramens fort sanguins, et lorsque la maladie est opiniâtre, après que j’ai purgé durant un mois , ou environ , je fais ordinairement tirer huit ou neuf onces de sang du bras droit. Je ne veux pas qu’on saigne plus tôt, crainte de fixer le virus (1) : je ne fais pas grand cas des
(1) Lorsque la saignée est nécessaire, le meilleur est de commencer par-là, afin de prévenir l’inflammation , et de diminuer la douleur ; car l’expérience montre que la saignée , bien loin d’augmenter la maladie , rend au contraire les symptômes plus doux , et facilite par conséquent la guérison,
rn
j o me
Régime pen* dant le trai* ment.
Emulsion râ* fraîchissante.
Qnând estce qu’il faut saigner.
66 Réponse de Thomas Sydenham
injections dans l’nrèthre, car comme elles sont âcres ou astringentes, elles nuisent souvent plus qu’elles ne servent. Cependant on peut sur la fin de la maladie injecter de feau rose en petite quantité.
il faut pur- 20. Cette méthode m’a toujours réussi dans le feï'stjXdff! traitement de la gonorrhée, et je n’en ai point ficiies. trouvé jusqu’à présent de meilleure , sur-tout pour ceux qui sont faciles à purger : elle n’est pas moins sûre pour ceux qui sont difficiles ; mais elle demande l)ien plus de temps. Dans ces derniers il faut réitérer la saignée , donner de plus forts et de plus fréquens purgatifs, et les continuer plus longtemps (i ), ou bien il faut employer les lavemens de la manière que nous avons dite ; car dans cette maladie l’essentielle est la purgation ; et c’est ici principalement qu’il est vrai de dire que celui qui purge bien, guérit bien.
Eaux miné- Mais on doit éviter les eaux minérales , car par gMesXnscet- leur qualité astringente elles retiennent certainete maladie, ment dans le corps et y fixent les restes du virus qui auraient dû être évacués. Aussi j’ai souvent observé que quand on buvait ces eaux dans le commencement, ou dans l’état de la maladie , elles causaient des tumeurs du scrotum , et que quand on les buvait à la fin de la maladie , elles
(1)' On sait par expérience, qu’il y a des tempéramens où les plus forts purgatifs ne font rien , et où les plus doux opèrent : la grande irritation que causent les premiers , produisant dans les intestins de violentes contractions spasmodiques qui ferment l’anus; tandis que les seconds , en relâchant et stimulant en même temps les intestins, opèrent doucement et efficacement. Cette observation a son utilité dans la pratique, et se trouve confirmée par certaines coliques , où les purgatifs doux réussissent , et par d’autres où les plus forts , quoique nécessaires , ne fout rien , et ne peuvent aussi être donnés sans danger , à moins qu’on n v joigne un narcotique pour diminuer la tension des fibres intestinales , et par ce moyen disposer les boyaux à obéir à l’opération du purgatif.
a Henri Paman*
produisaient des symptômes encore plus fâcheux; par exemple , des caroncules dans Purethre. Voilà : ce que j avance hardiment, malgré l’usage où l’on est aujourd’hui d’ordonner assez souvent les eaux I minérales dans la gonorrhée.
21. Je sais qu’il y a des Praticiens qui se vantent Com^e de guérir cette maladie en bien moins de temps, aussi les
et par des remedes fameux ; mais je n ai vu q ne décoctions de* trop souvent les malheurs qui sont arrivés pour fcQiS' avoir fixé par desastringens la matière morbifique, au lieu de l’évacuer; car alors elle a pénétré dans la masse du sang , et a causé la vérole.
Les bois sudorifiques que l’on nous vante comme des spécifiques, sont moins dangereux que les astringens, mais je n’ai pas trouvé qu’ils fussent plus utiles : ils ne font qu’échauffer tout le corps qui ne l’est déjà que trop, et augmenter ! encore l’inflammation de la partie malade ; j’ai meme vu des cas où ils ont renouvelé la gonorrhée qui avait disparu auparavant (i).
22. Il faut remarquer néanmoins que si le gland il ne faut pas se trouve entièrement recouvert du prépuce, et^r|J^1sJa que le bord de celui-ci soit tellement enflé , dur
! et calleux en conséquence de l’inflammation, qu’on ne puisse en aucune façon le ramener en arrière, on emploierait inutilement les purgatifs les plus puissans, et même réitérés chaque jour pendant des mois entiers , si on ne travaille en même temps à remettre la partie dans son état naturel, c’est-à-dire à dissiper la dureté et la tumeur qui entretiennent la gonorrhée. Pour en venir à bout Ce gu’ii faut je me sers de la fomentation suivante :
Prenez racine de guimauve et de lis , de chacune Fomentation une once et demie \Jeuilles de mauve , de bouillon émoiiieBtq*