‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 18 sur 156 · GUILLAUME COLE · texte numérisé non relu

GUILLAUME COLE

A THOMAS SYDENHAM

"V"ous serez peut-être surpris , Monsieur , de ce que , sans avoir l’honneur d’être connu de vous je viens vous importuner et interrompre vos occupations ; j’espère néanmoins que vous voudrez bien m’excuser , lorsque vous saurez que mon dessein , dans cette lettre , est principalement de vous témoigner ma reconnaissance au sujet des avantages singuliers que j’ai retirés de votre savant Traité sur les maladies aiguës ; car vous y avez décrit si exactement les différentes cons-

Dissert, sur la petite- Vérole confluente. 85

titutions désarmées et de Fair ; vous avez trouvé des indications si simples et si naturelles pour la cure des maladies qui ont régné pendant ces années , et vous avez traité tout cela avec tant de netteté et de sagacité , que les malades et les Médecins vous auront une obligation éternelle.

Mais quoique tout votre ouvrage mérite de grandes louanges à cause de l’exactitude avec laquelle vous y traitez chaque chose , je ne saurais néanmoins m’empêcher de louer particulièrement la méthode curative dont vous vous servez dans la petite-vérole. Je suis persuadé que cette maladie , qui a été regardée jusqu’à présent comme si rédoutable , serait des plus faciles à guérir (à moins qu’il n’y ait malignité, ou qu’il ne survienne quelque accident extraordinaire) , si on n’y employait pas un régime et des remèdes chauds , lesquels sont ordinairement pernicieux, et causent la mort d’une infinité de malades. Ainsi le Public vous est extrêmement obligé , Monsieur , de lui avoir appris la véritable méthode de traiter avec succès la petite-vérole.

Pour moi , quelque défiance que j’eusse de mes lumières , j’avais toujours cru que l’éruption de la petite-vérole n’étant qu’une crise de la fièvre , elle devait être traitée comme les autres crises , c’est-à-dire , qu’elle devait être abandonnée à la nature lorsquelle se faisait bien : or, le plus souvent elle se fait bien , à moins qu’on n’ait mis le sang dans un trop grand mouvement. La lecture de votre excellent ouvrage ayant dissipé toutes les craintes , qui , pendant long-temps, m’avaient empêché de suivre mes idées , je me suis mis à traiter la petite-vérole selon votre méthode , nonobstant les oppositions que j’ai quelquefois rencontrées de la part du Public , et même des Me-

Dissertation

decins ; je m’en suis très-bien trouvé lorsque les malades ont voulu être dociles.

Quand j’ai été appelé pour des petites-véroles confluentes , ce qui néanmoins ne m’est pas arrivé fort souvent, je n’ai pas fait difficulté d’employer à votre -exemple les narcotiques , quoique les malades semblassent prêts à rendre l’ame ; et ces remèdes ont eu des succès étonnans.

Vous avez écrit si amplement sur la petitevérole confluente, que je ne croirais pas qu’on pût rien y ajouter , si je n’avais appris depuis peu d’un très habile homme de mes amis, nommé M. Kendrik , et qui se loue beaucoup de vos manières gracieuses , que vous aviez fait de nouvelles observations sur ce sujet. Comme je ne doute nullement qu’elles ne soient très-utiles pour la pratique de la Médecine , par cela même qu’elles sont de vous, je vous prie de vouloir bien les publier , sans quoi vous feriez tort à votre réputation , et surtout au genre humain.

J’ai appris aussi de la même personne , que vous aviez des observations rares sur les affections hystériques. Ces maladies , qui ont de tout temps été inexplicables aux plus sa vans Médecins, et qui ne résistent que trop souvent aux remèdes qu’ils nous ont enseignés pour les guérir , font bien voir qu’en matière physique nous ne devons compter que sur les choses dont la certitude nous est attestée par le témoignage des sens. Vous rendrez , Monsieur , un grand service au public et à îa postérité , si vous voulez bien lui faire part de vos observations sur des maladies si fâcheuses ; c’est la grâce que vous demande celui qui est , pour son propre intérêt et pour le bien public , avec tout le dévouement et la considération possible , etc.

A Vigor ne , le 17 Novembre 1681.

THOMAS SYDENHAM

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