‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 19 sur 156 · A GUILLAUME COLE · texte numérisé non relu

A GUILLAUME COLE

G N S I E TJ R ,

1. Si j’avais assez d’amour-propre pour m’attrihuer des louanges que je ne mente point , ] aurais certainement bien de la peine a me defendre de la vanité , en me voyant loué par un homme aussi illustre que vous , et dont les doctes écrits son si connus du monde savant , quoique je n aie pas l’avantage de le connaître lui-même ; mais je regarde l’honneur que vous me faites comme un pUr effet de votre politesse : c’est le caractère des orands hommes , non-seulement d excuser aisément les fautes qu’ils remarquent dans les ouvrais des autres , mais encore de louer volontiers les choses médiocres. Vous me donnez un bel exemple de cette généreuse disposition , par la maniéré dont vous relevez mes faibles travaux ,

et i’en ai toute la reconnaissance possible.

•i Quant à ce que vous demandez de moi tou- J— u chant la petite-vérole et la passion hysterupie ,on by5te. je vais tâcher de vous satisfaire le plus brieve ment qu’il me sera possible, dans 1 esperance; que mes observations seront de quelque utilité ?„ Public , ,« celles qui reprd.n. P sion hystérique , que je crois etre la plus trequente de toutes les maladies après la fievre. Commen- .

cons parla petite-vérole. Maladies wfi

‘ 3. Les fièvres intermittentes qui , comme j ai *

Dissertation

régnaient dit ailleurs (i) , commencèrent en 1677 , et qui régnent encore présentement , c’est-à-dire cette année x 68 r , n’ont jamais manqué de se faire sentir avec le j}lus de violence pendant les saisons qui les favorisaient davantage , en quoi elles imitaient parfaitement le caractère des maladies épi* démiques ; et quand la saison 11e leur était plus favorable , on les voyait aussitôt céder la place à d’autres maladies épidémiques , qui s’accommodaient mieux de cette saison.

Par exemple , au commencement de l’hiver , elles cédaient toujours à la toux et aux fièvres péripneumoniques qui en dépendaient , comme aussi à la petite-vérole ; mais au retour du printemps elles ne manquaient pas de revenir. C’est ainsi qu’en 1680 , après avoir fait de terribles ravages pendant l’automne, elles cessèrent à l’entrée de l’hiver , et furent suivies d’une très-grande quantité de petites-véroles. Au printemps de cette année 1681 , les fièvres intermittentes ont recommencé ; mais elles ont été moins épidémiques et moins violentes qu’auparavant , aussi ont-elles été accompagnées de quelques petites-véroles. Ces dernières ont augmenté chaque jour dès le commencement de l’été , sont devenues très-épidémiques , et ont fait de très-grands ravages,

Pourquo] le 4. Çette année 1681 a achevé de me convaincre pas^ra«de°n- qu’il ne faut point obliger le malade de garder tièrfimeutieiit continuellement le lit , avant que toutes les pus-

avant que tou- Tll • , , , + . A ,

tes tes pustu- tilles de la petite-verole soient sorties ; car le ]ieVQieRt SQr printemps et l’été s’étant trouvés les plus secs qu’on se souvienne d’avoir vu , en sorte qu’il ne ^estait presque plus d’herbe verte en aucun endroit , le sang était extrêmement desséché , ce

(i) Voyess la lettre au docteur Brady.

qui produisait dans la petite-vérole une inflammation beaucoup plus grande qu’elle n’est dans cette maladie , et augmentait beaucoup la violence des symptômes (i). Cette inflammation faisait souvent paraître des taches de pourpre avant que l’éruption des pustules fût achevée ; et , dénaturant le sang , causait la mort des malades avant l’entière expulsion de la matière morbifique.

Une chose qui contribuait le plus à rendre la maladie mortelle , c’est que les pustules devenaient très-aisément confluentes par l’intempérie seule de l’air , sans qu’on eût employé dans le commencement aucun remède chaud , ainsi que font ordinairement et très - mal à propos les mauvais Médecins et les ignorans : car il faut bien remarquer , et c’est une chose constante par les meilleures observations , que moins il y a de pustules dans la petite-vérole , moins elle est dangereuse , et que plus il y en a , plus aussi elle est dangereuse. Ainsi le petit nombre ou le grand nombre des pustules décide de la vie ou de la mort des malades. Cependant les taches de pourpre et Turine sanglante , qui sont des signes si funestes , et qui accompagnent ordinairement la petite-vérole confluente , arrivent quelquefois avant qu’il paraisse presque aucune marque de pustules , ou lorsqu’il en sort encore très- peu ; et alors le malade périt avant que l’éruption se soit faite entièrement 5 comme nous avons déjà remarqué ailleurs (2),

(1) Comme le printemps et l’automne furent très-secs cette année-là , il y a apparence qu’ils furent aussi très-chauds, et par-là on peut aisément rendre raison de la violence extraordinaire de la petite-vérole qui régnait alors , car une longue chaleur etune longue sécheresse dessèchent et roidissent les libres du corps , dissipent les parties balsamiques et aqueuses des fluides , et ne laissent que des parties épaisses et âcres qui en conséquence circulent difficilemcut? £t sont très-propres à causer des obstructions et des inflammations,

(9.) Voyez Sect. 3 ? Chap. 2 , num. 24 , 2D , 26.

Dissertation

Pourquoi 5. Il est aisé , ce me semble , d’expliquer pour* piusJgrSandou quoi dans la petite-vérole les malades sont plus moins grand , ou moins en danger , suivant qu’il y a plus ou i>re des pus- moins de pustules. Comme chaque pustule est tuies. d’abord un petit phlegmon qui devient bientôt

un abcès , il arrive nécessairement que la fièvre secondaire , qui produit la suppuration , est plus ou moins violente , à proportion de la quantité de pus qui se forme: cette fièvre secondaire , dans les petites-véroles confluentes les plus douces , arrive ordinairement le onzième jour , en comptant dès le premier commencement de la maladie; dans les médiocres , le quatorzième jour; et dans les plus mauvaises , le dix-septième : et comme les petites-véroles confluentes sont beaucoup plus dangereuses que les discrètes , de meme les trois sortes de confluentes dont nous venons de parler , sont plus dangereuses les unes que les autres. Outre cela fâge et le sexe font encore une différence; car on sait qu’un jeune homme à la fleur de son âge est beaucoup plus en danger par cette maladie qu’un enfant ou une femme. Mais cela soit dit en passant.

Explication 6. On ne sera pas surpris que le grand nombre doctrint! des pustules mette si fort le malade en danger , lorsqu’on fera réflexion à ce qui arrive en conséquence d’un phlegmon , dans quelque partie du corps qu’il se rencontre ; car cette tumeur venant à suppurer , ne manque pas d’exciter la fièvre au moyen des gouttes de pus qui , étant repompées par les veines selon les lois de la circulation , causent un mouvement dans le sang. Ainsi , lorsque dans les premiers jours d’une petite-vérole, un Médecin examinant le visage du malade, le verra tout couvert comme d’une poussière de limaille d’acier , il pourra prédire que le malade

sur la petite-Vérqxe coinfluente. 91

mourra un des jours marqués ci-dessus, et qu’il mourra de la fièvre secondaire, laquelle sera nécessairement très-violente , à cause de la grande quantité de pus qui rentrera dans le sang, et que fournira la multitude infinie de pustules dont la peau sera couverte. Un si funeste pronostic ne sera pas difficile à faire , nonobstant que le malade se croie assez bien, et que lesassistans en jugent de meme.

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