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est vrai que tous deux tendent au meme but ; mais il me semble que le laudanum échauffe un peu plus que le diacode.
Quant à la dose de ce dernier , elle doit être proportionnée , non-seulement à l’âge des personnes , mais encore à la violence des symptômes : car une dose qui serait trop forte pour un malade dont le sang n’est pas fort agité, suffira à peine pour un autre où l’agitation est plus grande. Supposons , par exemple , que six gros de sirop con viennent en général à la plupart des malades , il n’en faudra guère moins d’une once dans la petite-vérole pour produire quelque ellet , et il sera nécessaire d’en ordonner chaque fois cette quantité pendant le cours de la maladie. Nous entendons parler ici des adultes ; car, si on donne le diacode à des enfans , il faudra en diminuer lav dose , suivant l’âge.
Il est certain que les narcotiques ne sont pas autant indiqués dans les enfans qui ont la petitevérole , que dans les adultes , parce que les enfans ont plus de pente au sommeil tout le temps de la maladie. Néanmoins , lorsqu’ils sont en grand danger , je me ferais un scrupule de ne pas leur donner les narcotiques. Mais ce que je voulais dire , c’est qu’il est très-difficile de déterminer au juste la dose de ces remèdes, dans les cas meme où ils conviennent.
Car , dans le mouvement déréglé des esprits , dans les vomissemens énormes et les cours de ventre , et dans les douleurs violentes qui sont les trois principaux cas où j’ai dit ailleurs que les narcotiques sont indiqués , il faut les donner de telle manière que , si la première dose ne calme pas , on aille toujours en augmentant , jusqu’à ce qu on obtienne ce que l’on souhaite , ayant moins
d’égard à la quantité du remède qu’à l’effet qu’il produira, et mettant toujours entre chaque prise un intervalle raisonnable , afin de savoir ce qu’aura fait la première , avant que d’en donner une autre. Quand le narcotique aura produit l’effet qu’on en attend , alors on diminuera les doses, suivant le besoin , continuant ainsi pendant le reste de la maladie.
3d. Je pourrais alléguer beaucoup d’exemples Doctrine de
/* ? • . 1 • 1 l’Auteur con-
pour continuer cette doctrine ; mais je me con- £rmée par un tenterai présentement d’un seul. Le i3 Avril de exem^le‘ l’an 168 1 , une femme de mon voisinage, nommée Crosse , vint me trouver en pleurant, et me pria instamment d’aller voir son fils âgé de dix ans , qui était mal depuis quatre jours , et qu’elle croyait attaqué de la petite-vérole. Ne pouvant y aller moi-meme , parce que j’avais alors la goutte aux pieds , je priai l’Apothicaire dont je me sers ordinairement , d’y aller en ma place , et de me rendre compte de l’état du malade.
Il me dit , à son retour , que la mère de cet enfant, par le conseil de quelque femme , avait fait prendre à son fils de la poudre de la Comtesse de Kent , et d’autres remèdes chauds ; qu’elle le tenait au lit , où on l’accablait sous le poids des couvertures , afin de le faire suer , comme c’est la manie ordinaire des femmes ; de plus, qu’elle lui avait donné à boire beaucoup de petit-lait chaud , dans lequel avaient bouilli fles fleurs de souci et de la corne de cerf.
Tout cela avait tellement augmenté la fièvre , et mis le sang dans une si grande agitation , que le malade était dans un transport terrible : les assistans ne pouvaient presque venir à bout de le retenir au lit , et il parlait sans rime ni raison , comme un furieux. Cependant les pustules ne
Dissertation
Narcotique ne suffit pas toujours pour procurer du «aime.
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paraissaient point encore, ou du moins paraissaient très-obscurément, la chaleur excessive du régime qu’on employait les empêchant de sortir.
J’ordonnai qu’on ôtât sur-le-champ le malade du lit , qu’avant le sixième jour , il ny demeurât que la nuit , et que tout de suite on lui donnât une demi-once de sirop diacode. Cela ne produisant rien, je fis réitérer la meme dose au bout d’une heure , et avec aussi peu de succès. On continua néanmoins l’usage du sirop par demionces , mettant un intervalle entre chaque prise, afin de pouvoir juger de l’effet de la précédente ; et il en fallut jusqu’à deux onces et demie pour appaiser l’orgasme du sang , tant il était violent. Après quoi, j’ordonnai qu’on s’en tiendrait à une demi-once de sirop tous les soirs , jusqu’à la fin de la maladie , cette seule dose suffisant pour entretenir le calme que les fréquentes doses avaient produit. La chose réussit , comme je l’espérais , et le malade guérit.
35. Il faut observer que , lorsque l’agitation du sang et des esprits est extrême , on ne viendra presque pas à bout de la calmer les premiers jours de la maladie , quelque grandes et quelque fréquemment réitérées que soient les doses du sirop diacode , à moins que le malade ne se lève. Car , comme la chaleur du lit augmente encore la violence de la fièvre, il faudrait , dans ce cas-là , donner une si grande quantité du remède , que la Nature ne serait peut-être pas en état de la supporter.
La même chose arrive , quoiqu’avec moins de danger , dans les fievres intermittentes , lorsque le malade garde le lit durant l’usage du quinquina. Cette mauvaise méthode a été quelquefois cause, si je ne me trompe , qu’une fièvre intermittente qui
aurait dû être bientôt guérie , a subsisté fort longtemps , et qu’une fièvre qui n’était pas parfaitement intermittente , a eu des redoublemens si violens , que les malades en sont morts.
36. Mais , sans parler ici des cas extraordinaires Quand dôit-
v.-,. -| 1 , on commen-
011 le diacode peut se trouver indiqué dans tous cer à le denies temps de la maladie , je conseille de com- £er’ ,e\ com~ mencer a le donner des le premier soir que le malade doit garder entièrement le lit, c’est-à-dire , dès le soir du sixième jour , depuis la première attaque ; et de continuer ainsi tous les soirs jusqu’au dix-septième jour, ou du moins jusqu’à ce que le malade soit hors de danger : car , dès le sixième jour , sa chair devient comme enflammée , et les humeurs étant échauffées, troublent la tète , et causent le transport.
37. Mais il faut avoir grand soin de donner ici Doit être demie narcotique de meilleure heure que dans les hei^e'^mè autres maladies , parce que, dans la petite-vérole , dans les au-
1 il L IV 1 A 1 t . » très maladies,
la chaleur et 1 inquietude augmentent toujours sur le soir , et quelquefois vers les derniers jours de la maladie : si on n’a pas donné de bonne heure ce remède , il survient tout à coup une espèce de stupeur qui est bientôt suivie de chaleur ; après quoi le malade se plaint de se trouver mal , et peu après il meurt , au grand étonnement de ses amis qui , peu de temps auparavant , avaient conçu les plus belles espérances de sa guérison.
On aurait peut-être prévenu ce malheur en donnant sur-le-champ le narcotique.
Voilà pourquoi , durant les jours dont j’ai parlé , et sur-tout le onzième jour, je fais donner ce remède à cinq ou six heures du soir ; et je veux qu’on le tienne tout prêt , en cas que le ma-» lade se trouve mal. Je suis même très-persuadé que certaines gens de ma connaissance sont morts
Dissertation
Et à des heujv s réglées piafcia et soir.
Et quelquefois trois fois «la us vingt- «juatre heures.
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faute fîe ce calmant qui aurait pu les sauver. C’est ici principalement que les momens sont précieux , et qu’il faut saisir promptement l’occasion .
38. Puisqu’il est donc extrêmement dangereux de ne pas donner assez tôt le narcotique, ou de le donner de si bonne heure, qu’il ne lui reste plus rien de sa vertu calmante dans le temps qu’elle serait le plus nécessaire ; le meilleur parti que l’on puisse prendre, c’est de donner ce remède matin et soir à des heures réglées, pendant les derniers jours de la maladie , qui sont les plus dangereux.
Une once de sirop diacode ne suffit pas toujours alors; et elle ne fait pas davantage dans l’inflammation violente où est le sang, et dans le désordre extrême où sont les esprits animaux , que ferait une demi-once dans un état plus tranquille. J’ai même appris par une longue expérience , que dans les jeunes gens et dans les tempéramens sanguins , pour calmer la violence des symptômes qui surviennent alors, et que l’on cherche à réprimer de tout son pouvoir , il ne faut pas moins qu’une once et demie de sirop chaque fois; et qu’on peut non* seulement sans danger, mais encore avec beaucoup d’utilité pour les sujets dont nous parlons, leur en donner cette quantité matin et soir, jusqu’à ce qu’ils soient hors d’affaire.
j 9. J’avouerai naturellement que dans les petitesvéroles extrêmement confluentes, je me suis quelquefois vu obligé, les derniers jours de la maladie, de donner le narcotique trois fois dans vingtquatre heures, c’est-à-dire de huit en huit heures , à cause de l’agitation ou du désordre extrême des esprits , lequel ne me permettait pas d’attendre plus long-temps.
SUR LA PETITE-VÉROLE COTÇFLÜEjVTE. Iig
Il arrive souvent, les derniers jours de la maladie, que le diacode, si fréquemment réitéré , cause des nausées au malade. Dans ce cas-là il faut y substituer le laudanum liquide, dont seize gouttes équivalent à une once de sirop , pourvu qu’il soit préparé de la manière que j’ai décrite dans le Traité des maladies aiguës , au Chapitre de la dyssenterie (ï).
4o. Ceux qui ne sont pas de mon sentiment , ne Réponse manqueront pas d’objecter qu’un narcotique donné aC01ûtrbj^ttI^a si souvent, et en si grande dose, fixera la matière méthode, peccante, et arrêtera la salivation. J’avoue qu’il diminuera celle-ci , mais il ne l’arrêtera jamais entièrement, et elle se rétablira un peu lorsque l’action de chaque dose de narcotique aura cessé.
Je trouve d’ailleurs trois avantages dans cette diminution. Premièrement, le malade conservera plus de forces, et sera plus en état de cracher. Secondement, la salive qu’il rendra sera plus cuite que s’il n’avait point pris de narcotique. Troisièmement , ce qui manquera du côté de la salivation sera compensé abondamment par l’enflure du visage et des mains ; car l’usage du narcotique fera enfler plus sûrement et plus considérablement ces parties; savoir, le visage depuis le huitième jour jusqu’au onzième , qui est le temps auquel son enflure commence ordinairement à diminuer ; et les mains depuis le onzième jour jusqu’à ce que les pustales dont elles sont chargées aient acquis leur maturité.
J’avancerai hardiment une chose sur laquelle je ne crains pas qu’aucun Médecin accoutumé à traiter des petites-véroles confluentes, puisse me démentir ; c’est que quand le visage et les mains man-
(1) Voyez Sect . 4 , Chap. 3, num. 14*
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quent de s’enfler dans le temps convenable , cela est d an plus mauvais augure que lorsque la salivation s’arrête. Pour moi , je pense qu’il vaut beaucoup mieux risquer de l’arrêter que de ne point donner le narcotique * car c’est un remède tellement nécessaire dans cette maladie, qu’il faut être peu expérimenté, et peu attentif pour priver les malades d’un si grand secours.
Narcotique Ai. Ce que je dis sur l’usage quotidien et la dose
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être donné de du sirop diacode dans la petite- verole confluente , mjeaux en- r]e doit pas s’entendre des enfans qui ont cette maladie , à moins que le danger ne soit extreme , et cela par deux raisons: la première c’est que les enfans ne sont pas si échauffés que les adultes; la seconde, c’est qu’à cause de leur âge tendre et de leur faiblesse ils ne sont pas si en état de soutenir Paction des narcotiques réitérés chaque jour; d'ailleurs les enfans dorment d’eux-mèmes pendant presque toute la maladie.
Néanmoins lorsqu’ils sont attaqués du transport, ou lorsque les pustules sont d’un mauvais caractère , deux aecidens qui marquent de reste un mouvement désordonné du sang et des esprits, on ne peut se dispenser de recourir aux narcotiques (i). testespm* 42, Les deux points sur lesquels nous nous som- Æ" ^es S1 ^ort étendus, dont l’un regarde la méthode ves dans d’empêcher la prompte assimilation de la matière wa^e*' morbifique les premiers jours de la petite-vérole, et l’autre regarde les moyens 'de prévenir les désordres des esprits que cause l’inflammation des parties intérieures, sont comme les deux pivots sur lesquels roule tout le traitement de la maladie.
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(t) Le? enfans semt quelquefois si inquiets et de si mauvaise humeur dans cette maladie , que les narcotiques leur sont aussi nécessaires qu’aux i&llltes * et nç leur saut pas moms utiles. Il y eu a plusieurs exemples.
Ce sont les principales indications qu’il s’agit de remplir , si I on veut éviter les funestes symptômes qui rendent la petite- vérole mortelle, et s’acquitter des devoirs d’un vrai Médecin , dont la science ne consiste pas à prescrire des formules , mais à combattre directement les maladies en suivant les indications naturelles qu elles présentent.