‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 46 sur 156 · Tome IL i · texte numérisé non relu

Tome IL i

24 2 Traité

quitter tout d’un coup les liqueurs fermentées et spiritueuses , pour passer à une liqueur aqueuse et non fermentée. Mais quand une fois on aura commencé l’usage de cette deinière il faudra le continuer ensuite tout le reste de la vie, tant dans les acéès que dans leurs intervalles. On usera en même temps de l’électuaire décrit ci-dessus, c està-dire qu’on en prendra tous les jours, soit durant les accès, soit hors des accès. Il suppléera à la faiblesse de la liqueur aqueuse, par la chachaleur modérée qu’il communiquera au sang et aux humeurs , sans les agiter comme font les

liqueurs fermentées (i).

5o. Gn dira peut-être que ce n’est pas vivre que de se passer ainsi entièrement de vin et de toute boisson spiritueuse. Mais je demande , s il n’est pas infiniment plus fâcheux et plus insupportable de souffrir chaque jour les cruelles douleurs d’une goutte invétérée, je dis d’une goutte invétérée , car je n exige pas la meme chose dansune goutte nouvelle et légère. D’ailleurs, avec cette boisson on pourra se donner beaucoup plus de liberté à l’égard des alimens, et 1 habitude la rendra agréable. Ceux qui ont éprouvé ce que c’est que la goutte, ne balanceront pas, s ils sont raisonnables sur le parti qu’ils doivent prendre.

6î le ■vin est 5i. Toutefois si le malade , à cause de son Vin grand âge ou de sa faiblaisse , ou pour avoir usé â’ Espagne, depuis long-temps et avec excès des liqueurs

fermentées, ne peut faire la digestion sans en boire, il serait dangereux deles lui retrancher entièrement tout à coup , et ce retranchement k été funeste à plusieurs goutteux. Ainsi il n’usera pas de la tisane que nous avons décrite ci-devant.

(i) Voyea ci-dessus , num. 3i.

jdé la Goutte.

ou s’il veut en user, il faudra qu’il s’y accoutume peu à peu , et que durant quelque temps il boive à chaque repas un verre de vin en qualité de remède , jusqu’à ce que son estomac soit fait à la tisane. Le vin d Espagne vaut beaucoup mieux pour cela que celui de France ou du Rhin , parce qu’il est plus travaillée plus cordial, plus stomachique, et que d’ailleurs il ne met pas les humeurs en mouvement, et n’augmente pas le levain morbifique , comme fait le vin de France ou du Rhin. Mais en voilà assez sur la nourriture et la boisson des goutteux.

5a. Un autre moyen dont ont fait peu de cas, Lesgfmttenx et qui néanmoins est d’une grande utilité pour doivent se coudigérer l’humeur morbifique pendant l’accès, et bonue' heure, pour empêcher sa génération hors de l’accès, c’est de se coucher de bonne heure , sur-tout en hiver.

Après la saignée et la purgation , rien n’épuise tant que de veiller la nuit. Les personnes délicates et valétudinaires l’éprouvent assez , et elles savent bien qu’elles sont beaucoup plus fortes et plus légères le matin quand elles se sont couchées de bonne heure ; et qu’au contraire , elles sont extrêmement pesantes et abattues lorsqu’elles ont veillé une bonne partie de la nuit. Il semblerait d’abord que de se coucher plus tôt ou plus tard, cela reviendrait au même , pourvu que l’on demeure aussi long-temps au lit : par exemple , que c’est la même chose de se coucher à neuf heures , et de se lever à cinq, ou de se couchera onze heures et de se lever à sept. U y a cependant bien de la différence, etje crois qu’en voicilaprincipaieraison.

Durant le jour il se fait une dissipation des esprits , soit par les exercices du corps , soit par l’application de Fame. Dans les personnes valétudinaires j les esprits sont si faibles , qu’ils ont besoin

Traite

chaque sour d’etre réparés de bonne heure par le sommeil ; et comme la nuit relâche en quelque façon toutes les fibres du corps , et que le jour les fortifie par le moyen de la chaleur du soleil , il est nécessaire que la chaleur du lit supplée pendant la nuit à celle du soleil , sur tout en hiver. Or , quand les esprits ont été réparés par le repos de la nuit et par la chaleur du lit, il est moins nuisible au corps de se lever de très-bonne heure, et même de se retrancher une heure ou deux du sommeil du matin, que de veiller autant de temps le soir. D’ailleurs le jour qui survient donne du ressort et de la vigueur aux fibres.

C’est pourquoi je conseille aux gens qui sont Sujets à la goutte , de se coucher de très-bonne heure , principalement en hiver , et de se lever de grand matin , quand même ils n auraient pas beaucoup dormi : car lorsqu’on dort dans la matinée , c’est autant de retranché sur le sommeil de la nuit suivante ; et comme on force alors la nature , et qu’on en trouble l’ordre en faisant du jour la nuit , et de la nuit le jour , il est impossible qu’on ne s’en trouve mal.

Bs doivent 53. La tranquillité de fame est extrêmement nécessaire , et on ne doit rien oublier pour se la procurer ; car les passions , en troublant les esprits qui sont les instrumens des digestions , contribuent beaucoup à augmenter la goutte. Ainsi le malade doit sur-tout éviter avec grand

soin la colère et le chagrin.

Il doit aussi éviter l’excès d’étude , et le trop d’application aux choses sérieuses ; ce qui épuise les forces , et dérange entièrement l’économie

animale. .

Exercice du 54 Mais de tous les moyens capables de pre-

ïient dans la venir l’indigestion des humeurs , qui est, selon

de la Goutte.

moi , la cause primordiale de la goutte , et de donner de la vigueur au sang , et de l’élasticité aux parties solides , il n’en est aucun qui égale l'exercice du corps. Mais comme dans la goutte , encore plus que dans toute autre maladie chronique , il est nécessaire , ainsi que j’ai dit plus haut , de produire un changement dans toute Fhabîtude du corps, l’exercice doit être quotidien ; car s’il est interrompu , il ne servira de rien , ou de très-peu de chose : il pourra même être nuisible, et attirer la goutte , sur-tout lorsqu’on le reprendra après avoir demeuré long-temps dans l’inao tion.

Il ne doit pas être violent , mais tel qu’il convient aux vieillards ; car les vieillards sont les plus sujets k la goutte. Un exercice violent cause une trop grande dissipation , et par conséquent affaiblit les digestions ; au lieu qu’un exercice modéré et constant les fortifie. Cet exercice paraîtra sans doute une chose bien fâcheuse à un vieillard faible qui, outre qu’il ne saurait presque se remuer , souffre encore de cruelles douleurs.

Sans cela néanmoins tout le reste sera inutile , les accès ne tarderont pas long temps à revenir, et la pierre , qui est encore plus dangereuse et plus cruelle que la goutte , se formera aisément.

55. D’ailleurs , un long repos augmentera ex- res e«neré. trêmement la matière tophacée dans les articula- augmentions , et sur- tout dans celles des doigts, qui , à tent faute d’ela fin seront privés de tout mouvement. Quel- xeicice’ ques-uns prétendent que cette matière tophacée n’est autre chose que la partie tartareuse du sang.

Mais si on y fait un peu d’attention , on verra aisément qu’elle est une production de l’humeur goutteuse , qui se jetant en grande quantité sur les articulations , et ne pouvant s’y atténuer et s’y

assimiler , à raison de sa grossièreté et de Fatonie des fibres , y séjourne > s’y accumule de jour en joufè, détruit les chairs et la peau de l’articulation , et devient une substance semblable à de la craie ou à des yeux d’écrevisse.

Or , l’exercice pratiqué chaque jour , et long’ temps continué, prévient cet accident , en dissipant par la transpiration l’humeur de la goutte : et j’ai éprouvé moi même , que non-seulement il empêche la génération de la matière tophacée , mais encore qu’il la ramollit et la résout, pourvu qu’elle n’ait pas détruit jusqu’à l’épiderme.

te meilleur 56. Quant au genre d’exercice qu’il faut choisir, ttràœl est £-l' équitation est préférable à tous les autres , lorslui d’aller à que la personne n’est pas trop âgée , et qu’elle n’a pas la pierre. Et certes j’ai souvent pensé qu’un homme qui connaîtrait un remède aussi efficace pour la goutte et pour la plupart des maladies chroniques , qui est l’exercice du cheval longtemps continué , et qui voudrait en faire un secret , pourrait aisément gagner beaucoup de bien. Ceux qui ne peuvent pas aller à cheval, doivent aller en carrosse, ce qui revient presque au même. La plupart des goutteux ont un avantage ; c’est que les richesses qui ont fourni matière à leurs débauches , et par-là ont occasioné la goutte qui en provient , leur donnent le moyen de se faire traîner en carrosse , et de pratiquer au moins cet exercice , s’ils ne peuvent en pratiquer d’autre.

L’exercice pris en bon air est beaucoup plus utile que celui que Fou prend dans un mauvais air. L’exercice pris à la campagne vaut mieux que celui que Fon prend dans les villes , et surtout dans les grandes villes , où l’air est étouffé , et rempli de vapeurs nuisibles. Les goutteux sen-

be la Goutte. ^4?

liront bientôt la différence qu il y a de s exercer

dans la ville , ou à la campagne.

Ô7. Pour ce qui est des plaisirs vénériens , un Le* pout-

/ J- ^ 4 , • t . teux doivent;

vieillard goutteux dont les esprits sont épuisés, et s’abstenir des dont , par conséquent les articulations et toutes p^s YéKe" les parties ne sont que trop relâchées et affaiblies, serait aussi imprudent , à mon avis , de se livrer à ces sortes de plaisirs , qu’un voyageur qui , ayant une longue route à faire, dépenserait tout l’argent dont il a besoin pour son viatique , avant que de se mettre en 'chemin. Déplus, outre le mal qu’il se procure en ne réprimant point les désirs languissans d’un âge avancé , il renonce au grand privilège de jouir de ce jubilé que la nature accorde aux vieillards comme présent spécial et un don excellent , lorsqu’elle les affranchit dans les dernières années de leur vie , de la tyrannie de ces passions qui , comme autant de bêtes féroces , les tourmentaient sans cesse durant leur jeunesse. Le plaisir de satisfaire leurs passions ne peut en aucune manière compenser cette longue chaîne de maux qui l’accompagnent , ou qui en sont les suites.

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