‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 49 sur 156 · Au reste, si l’on trouve que je suis pauvre Remues te · texte numérisé non relu

Au reste, si l’on trouve que je suis pauvre Remues te

Lucien contre en remèdes pour la guérison de la goutte, et que

ïs goutte. je n’en aie pas rapporté un assez grand nombre, je proposerai ici tous ceux que Lucien a ramassés dans sa pièce comique intitulée Tragopodagra . Il y en a d’internes et d’externes. Chacun choisira ceux qu’il voudra , et il les trouvera peut-être aussi efficaces que la plupart de ceux que certaines gens élèvent jusqu’au ciel. Dans cette pièce, Lucien personnifie la goutte, et la fait ainsi parler à ceux qui se vantent d’avoir des secrets pour la guérir.

' « Qui est-ce qui ne connaît pas la mère des » douleurs, l’in Jomtable goutte , née pour toury> menter les malheureux mortels ? Rien ne peut » appaiser mon courroux , ni le sang des victimes » immolées sur mes autels, ni la fumée de l’en- » cens , ni les plus riches offrandes. Tous les ef- » forts d’Apollon, le Médecin des Dieux, et ceux 3> de son fils, le savant Esculape, sont inutiles » contre moi. De tout temps les hommes ont » travaillé à se dérober aux traits de ma colère. v Encore aujourd’hui ils n’oublient rien pour » cela. Il n’est sorte de moyens qu’ils ne mettent y > en usage. Les uns se servent des feuilles de » plantain, de laitue , de pourpier sauvage ; les » autres ,de marrube ; d’autres, d’orties ; d’autres ,

» de grande consolide. Ils emploient la lentille » d’eau , les panais , les feuilles de pêcher , le » pavot, lajusquiame, les écorces de grenade ,

» l’herbe aux puces , la racine d’ellébore , les . » feuilles de choux , le fenugrec , la noix de cy- » près, la farine d’orge , celle de fève. Iis ont re- » cours aux os , aux nerfs, à la peau , à la graisse,

» au sang , à la moelle , au lait , et même aux excré- » mens des animaux. Quel métal, quel suc d’herbe,

$ quelle gomme ? quelle résine ne mettent-ils pas

de la Goutte.

en usage ? Les uns prennent des médicamens » au nombse de quatre; les autres, au nombre de » huit; la plupart, au nombre de sept. Les uns se » purgent avec de l’hiéra-picra ; les autres cher- » client un remède dans le nid d’hirondelles;

» d’autres ont recours aux enchantemens , et se x> laissent tromper par des imposteurs. Tous ces » gens-là sont des insensés qui ne font qu’irriter » ma colère ; aussi je les traite sans miséricorde;

■» mais, pour ceux qui n’entreprennent rien con- » tre moi , j’en use avec indulgence et avec bonté » à leur égard. »

Je ne doute pas que ceux qui souffrent depuis long- temps les douleurs de la goutte, désespérant d’une entière guérison , ne s’écrient avec le chœur qui termine cette pièce.

« Redoutable goutte, qui exercez votre empire » dans tout l’univers, jetez sur nous quelque re- » gard favorable , et ne nous traitez pas impitoya- » biement. Faites que nos douleurs soient courtes » et légères , qu’elles ne nous empêchent pas o> de marcher, et que l’habitude nous les rende » faciles à supporter. Ainsi , mes compagnons ,

» prenez patience , et ne vous désespérez pas ;

» souffrez tranquillement qu’on se raille et qu’on » se moque de vous ; car tel est le partage des » goutteux , on se rit de leurs maux au lieu d’y » compatir, »

71. Pour conclure enfin ce tràité, la méthode Tôndernpat que j’enseigne ici est fondée sur l’examen des^yA“^d9 symptômes de la maladie. C’est celle que j’ai suivie, et dont je me suis bien trouvé, tant pour moimême, que pour les autres. La cure radicale et parfaite de la goutte est une de ces choses cachées dans les mystères de la nature , et je ne sais ni quand, ni par qui elle sera découverte. Je crois

Traité

néanmoins avoir rendu quelques services aux hommes par ce traité , en marquant fidèlement les écueils où j’ai fait naufrage moi-mème , et tant d’autres avec moi, et en y joignant la meilleure méthode curative que j’ai découverte jusqu’à présent. C’est tout ce que je puis faire. Néanmoins après y avoir bien pensé , je suis porté à croire qu’on découvrira un jour le remède spécifique de la goutte; et si cela arrive jamais, on verra clairement par là quelle est l’ignorance des Médecins spéculatifs , et combien ils se trompent grossièrement dans la connaissance des causes des maladies , et dans le choix des remèdes qu’ils donnent pour les guérir. Nous avons une belle preuve de cette vérité dans le quinquina , ce grand spécifique des fièvres intermittentes. Pendant combien de siècles les Médecins les plus ingénieux s’étaient-ils exercés à rechercher les causes des fièvres intermittentes, et avaient-ils employé les méthodes curatives les plus conformes aux diverses théories qu’ils avaient inventées ? Mais on voit combien ces méthodes ont fait peu d’honneur aux théories qui leur servaient de fondement , par l’exemple récent de ces praticiens qui , attribuant les différentes sortes de fièvres intermittentes à une surabondance de diverses humeurs , tentaient ordinairement la guérison par l’altération et l’évacuation de ces humeurs. Les mauvais succès qu’ils ont eus ont montré la fausseté de leurs systèmes. Mais rien ne l’a mieux fait voir que l’heureux usage du quinquina , par le moyen duquel, sans nous embarrasser de toutes ces humeurs, ni du régime, et en le donnant seulement suivant la méthode convenable , nous réussissons d’ordinaire, à moins que nous n’obligions sans nécessité le malade de garder le lit pendant l’usage de

be la Goutte. ^63

ce remède ; lequel est néanmoins si efficace , qu’aiors même , nonobstant que la chaleur du lit augmente la fièvre , il ne laisse pas de la guérir le plus souvent.

En attendant donc que l’on découvre la cure radicale de la goutte , ce que tous les Médecins doivent souhaiter, et moi particulièrement, j’espère que le public recevra favorablement cette faible dissertation. Mais si la chose arrive autrement, je connais si bien le caractère des hommes, que je n’en serai pas fort surpris, et je sais assez mon devoir pour que cela ne me décourage pas. Que si les cruelles douleurs , et les autres maux dont j’ai été affligé durant la plus grande partie de ma vie, et qui, en me rendant perclus , ont fait un grand tort à mes affaires domestiques en m’empêchant si souvent de pratiquer la Médecine, peuvent procurer aux autres quelque soulagement, je me croirai, en partant pour l’autre vie, dédommagé, en quelque façon, des misères que j’ai souffertes dans celle-ci.

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