En effet, un aussi grand homme, et un aussi
sage qu’Hippocrate , ne pouvait ignorer que eo recherches anatomiques les plus exactes ne sauraient donner qu’une idée très-imparfaite ae lu structure du corps humain. On peut bien, par la dissection des cadavres, apercevoir les principaux organes dont la nature se sert pour exercer ses fonctions, et quelques-uns des vaisseaux qui distribuent les sucs aux différentes parties du corps, mais nos yeux ne nous apprendront pas que e est l’origine et la première cause de ses mouvemens ; et même avec le meilleur microscope il est impossible de découvrir, par exemple, les petits conduits qui , des intestins, portent le chyle dans les vaisseaux chylifères, et ceux qui font la communication des artères avec les veines. Il en est de même d’une infinité d’autres petits vaisseaux dont la finesse surpasse tout ce que nous pouvons imaginer; aussi nos connaissances sont-elles tort grossières et fort superficielles. Nous savons bien
DE l’HyDROPISIE. 277
quelquefois que tel phénomène arrive; mais nous en ignorons presque toujours la cause et la manière.
Quoiqu’il en soit , il n’est pas difficile d’acquérir autant de connaissance de l’anatomie qu’il nous en faut pour nous diriger dans le traitement des maladies qui demandent cette connaissance, et sur-tout pour nous faire admirer la puissance du divin Ouvrier qui a fabriqué des ouvrages si merveilleux , et si fort au-dessus de notre intelligence.
Au reste, comme Hippocrate blâme ceux utiiit qui donnent plus à une étude curieuse de l’ana-tleIsi tomie qu’aux observations de pratique , on peut blâmer de même aujourd’hui ceux qui croient que les nouvelles découvertes chimiques sont le meilleur moyen pour perfectionner la Médecine.
Ce serait assurément une ingratitude extrême de ne pas reconnaître les obligations que nous avons à la chimie de ce qu’elle nous a donné des remèdes utiles et très-propres à remplir différentes indications , entre lesquels un des principaux est l’infusion émétique dont il s’agit maintenant ; et par cette raison , la chimie mérite de grandes louanges , pourvu qu’elle se contienne dans les bornes de la pharmacie, et n’entreprenne pas de donner des lois à la Médecine.
Mais ceux-là se trompent grossièrement qui s’imaginent et se persuadent que le principal défaut de la Médecine est qu’elle manque de remèdes puissans et efficaces que la chimie seule peut lui fournir. Au contraire , si on examine les choses comme il faut , on verra clairement que ce qui manque de plus à la Médecine , n’est pas de .savoir le moyen de remplir telle ou telle indication , mais de savoir précisément quelle est cette indication qu’il s’agit de remplir. Le moindre Garçon
é ef abus Chimie..
Traité
Moyen de perfectionner la Médecine.
Hypothèses frivoles, et hypothèses utiles.
Apothicaire m’apprendra dans un demi-quart d’heure les remèdes dont je dois me servir pour faire vomir ou pour purger , pour faire suer ou pour rafraîchir un malade ; au lieu que pour m’apprendre , avec la meme certitude , quand et dans quel cas je dois employer tel ou tel remède dans les différentes maladies , il faut être extrêmement versé dans la pratique de la Médecine.
a4- Bien n’est si propre à former le jugement sur cette matière , que d’observer exactement les symptômes naturels des maladies , les effets des remèdes , les choses utiles ou nuisibles aux malades , et les effets qui en résultent. Toutes ces choses bien examinées et bien pesées , feront infiniment mieux connaître la nature d’une maladie, et montreront beaucoup plus sûrement les véritables indications curatives, que ne peuvent faire des hypothèses uniquement fondées sur des spéculations physiques et des principes non prouvés; car les hypothèses de ce genre les mieux conçues, ne sont autre chose que de belles imaginations qui ne sont soutenues par rien de solide , et qui ne manquent pas aussi de tomber et de s’évanouir au bout d’un certain temps ; au lieu que les axiomes , fondés sur la vérité des choses , sont aussi immuables que la nature même (i).
Or, quoique les hypothèses , qui ne sont appuyées que sur des spéculations philosophiques , soient entièrement frivoles , d’autant qu’elles n’ont aucun fondement solide, il y a cependant d’autres
(1) La Médecine tire sans doute son origine des observations , soit qu’elles aient été faites par hasard , ou avec dessein , et n’est pas une invention humaine ; ainsi l’expérience est le meilleur moyeu de perfectionner la Médecine. C’est pourquoi le Médecin doit se regarder comme le ministre et l’interprète de la nature ; et s’il n’eu étudie pas les voies , et ne les suit pas exactement , il ne saurait rien faire de grand dans le traitement des maladies , mais seulement beaucoup de mal.
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hypothèses qu’on ne saurait rejeter ni ébranler ; j’entends celles qui sont fondées sur les faits et les observations que fournissent les symptômes naturels des maladies , et qui doivent , pour ainsi dire , leur naissance à la pratique médicinale , je m’explique.
Dans la passion hystérique , par exemple , la raison qui me détermine à employer les remèdes martiaux , à m’abstenir des purgatifs , excepté dans certaines circonstances , et à me servir des caïmans , n’est pas parce que j’ai préalablement supposé que cette maladie provenait d’un affaiblissement des esprits animaux , mais parce qu’une observation constante m’a appris que les purgatifs ont toujours augmenté les symptômes vaporeux , et que les remèdes contraires les ont ordinairement appaisés.
C’est en conséquence de cette observation et des autres que j’ai faites sur les symptômes naturels de la passion hystérique , que j’ai formé mon hypothèse par laquelle j’ai établi l'affaiblissement des , esprits pour cause de cette maladie ; en sorte que ce raisonnement n’est venu qu’après l’expérience ; et certes , si j’avais commencé par raisonner , au lieu de commencer par observer , j’aurais bâti en l’air, et j’aurais été aussi imprudent que celui qui voudrait placer le toit d’un édifice , avant que d’en avoir jeté les fondemens.
2 6. Mais pour revenir à notre sujet , quels que /nflJfdoTi fIe
. J safran des !«;-■-
puissent etre les conduits par ou les eaux des hy “ taux, puissant dro piques passent de la cavité de l’abdomen dans îl)'drad0S!ieles intestins , il est très-certain que l’infusion de safran des métaux les évacue puissamment par haut et par bas ; car après que le malade a vomi deux ou trois fois , il se fait pour ainsi dire une débâcle , et les eaux rompent leurs barrières et
â8o Traité
sortent à plein canal ; ce qui arrive même quelquefois dans les intervalles des vomissemens.
1 27. Au mois d’Aout dernier , une pauvre fem¬
me âgée d’environ cinquante-cinq ans , me pria de vouloir bien la traiter. Elle avait eu pendant long-temps une fièvre intermittente , après quoi elle fut environ trois ans en prison , où elle souffrit beaucoup du froid ; enfin son ventre devint si gros , que je n ai jamais vu d’enflure pareille.
Je lui donnai d’abord une once et demie d’infusion de safran des métaux trois jours de suite , et après cela je lui en donnai trois autres fois , mais seulementde deux en deux jours, afin de ménager Ses forces. Les premières fois qu’elle vomit , elle eut une suppression totale d’urines ; ensuite elle urina par iniervalles , mais fort rarement. A mesure qu’elle réitérait la prise de linfusion émétique , elle rendait une plus grande quantité d’eaux , et sur la fin elle en rendait par haut et par bas. Après la troisième prise , l’enflure du ventre commença à diminuer , et au bout de quatorze jours la malade s’éîant mesurée par mon ordre avec le même fil dont elle s était servi pour cela dans les commencémens , elle se trouva de trois pieds plus mince qu’elle n’était auparavant.
Suivant le rapport qu’elle me fit , je jugeai qu’elle avait bien rendu , tant par haut que par bas, douze pintes d’eau. Alors elle pouvait s’étendre dans son lit , la tête posée sur l’oreiller , et se tourner librement d’un côté ou d’un autre , au lieu qu’auparavant elle était obligée de dormir assise , crainte d’être étouffée par le poids des eaux.
Mais comme la violence avec laquelle agissait i’infusionémétique causait de grandes vapeurs à la malade, il aurait été dangereux de continuer plus
DE lHydROPISIE.
long-temps ce remède. Néanmoins comme l’enflure du ventre , qui était encore considérable,
3a fluctuation des eaux , que l’on sentait toutes les fois que la malade se tournait d’un côté à l’autre , et les fosses que l’impression des doigts laissait sur les jambes , faisaient assez voir qu’il restait encore beaucoup d’eaux à vider , je fus obligé d’achever la cure par les purgatifs proprement dits.
Ainsi j’ordonnai la potion purgative dont j’ai parlé ci-dessus , ou un autre hydragogue , et cela plus ou moins fréquemment , à proportion des forces de la malade , et suivant qu’elle était plus ou moins tourmentée de vapeurs; car les simples purgatifs ne laissent pas d’en exciter quelquefois, quoique non pas d’aussi violentes que celles qui étaient causées par les émétiques. Je continuai cette méthode jusqu’à ce que la malade me parut entièrement guérie.
28. Durant le traitement j’eus occasion de faire choses remar-
i i • - , J •• il quabîes dans
les observations suivantes. Premièrement , les Jette cure, jours que la malade ne prenait pas médecine , elle ne laissait pas de rendre quelquefois par les selles une grande quantité d’eaux , et sur la fin elle en rendait par les urines jusqu’à quatre pintes , quoique je ne lui permisse pas de boire chaque jour plus d’une livre et demie ou deux livres de liquide ; en sorte que tous les conduits paraissaient ouverts chez elle.
Secondement , lorsque sur la fin du traitement les purgatifs excitaient des vapeurs , le ventre se gonflait , sur-tout vers le haut , comme s’il eût été rempli de nouvelles eaux ; ce que je savais bien néanmoins ne pouvoir être , la malade ayant si peu bu ; c’est pourquoi j’attribuais uniquement sette enflure à des vents que produisait le désor-
Traité
dre des esprits causé par les purgatifs , et Févéïiemerit confirma mon opiniort. Car quoique la malade rendît jusqu’à quatre pintes d’eau le jour qu’elle était purgée , son ventre ne laissait pas de gonfler aussitôt après , l’enflure montait jusqu’au gosier , causait une difficulté de respirer , et ne se dissipait , non plus que les autres symptômes, que lorsqu’on discontinuait de purger ; mais chaque fois qu’on revenait aux purgatifs , elle recommençait , et avec elle les autres symptômes.
Troisièmement , les règles revinrent abondamment à cette femme qui était alors âgée de cinquante-cinq ans, et qui depuis quelques années n’avait rien vu du tout. Cet écoulement , joint à la faiblesse 011 elle était , et aux évacuations précédentes , lui attira plusieurs symptômes hyteriques; savoir , des douleurs violentes dans le dos et vers la région de la rate , des maux de tête et une toux convul* sive.
Enfin, quoiqu’il y eut apparence qu’après une si grande quantité d’eau que la malade avait rendue par la bouche , par les selles , et par les urines , il ne lui en restait pas beaucoup dans le corps , toutefois son ventre était gonflé comme si elle n’eût souffert aucune évacuation ; et cela , avec les autres symptômes , dura pendant une semaine entière depuis la dernière purgation. Je fus contraint , pour y remédier , de faire prendre pendant quatre soirs desuite à la malade une once et demie de sirop Diacode, et il fallait même réitérer cette rlose lorsque le sommeil ne venait pas au bout de trois heures. Par ce moyen l’enflure se dissipa , et fous les autres symptômes cessèrent.
Cn quel cas les 29. Il est bon de remarquer une chose, c’est que Suent dans quanc^ 1 hydropisie ascite est légère , et qu’ainsi piydropisie. les eaux contenues dans l’abdomen sont en pe*
DE l’HydROPISIE.
tite quantité , l’infusion de safran des métaux ne les évacue pas aussi promptement que dans une hydropisie considérable , où elles sont en grande quantité ; car alors l’ébranlement et la secousse que leur donne Faction de l’émétique, contribuent merveilleusement à accélérer leur évacuation,
Yoilà pourquoi , lorsque l’enflure du ventre est considérable , on ne doit vider les eaux que par en bas.