VOICI
Prenez trois poignées dècorce intérieure de sureau , que vous ferez bouillir dans une pinte d eait et autant de lait mêlés ensemble , et que vous réduirez à la moitié , pour deux prises. Le malade en prendra une le matin , et Vautre le soir , continuant ainsi tous les jours jusqu à sa guérison.
Ce remède , de meme que le safran des métaux, ne guérit l’bydropisie qu’en purgeant par haut et par bas , et nullement par une vertu spécifique ; car s’il n’excite ni le vomissement , ni les selles , ou s’il ne les excite que foiblement , il ne sert de rien ; mais quand il produit abondamment l’une de ces deux évacuations , et surtout quand il les produit toutes deux , il réussit admirablement.
31. Il y a cependant des cas où , quoique les En quel cas eaux soient epanchees dans les jambes et les cuis- rer ies fortifies, et même dans la cavité de l’abdomen , on ne fiansaux é™doit les évacuer ni parles émétiques , ni parles purgatifs : c’est, par exemple , lorsque l’hydropi-
sie succède à une longue phthisie , ou bien lorsqu’elle provient d’une lésion , ou corruption , de quelque viscère, ou d’un affaiblissement total du
i RAITE
sang, et d’un épuisement des esprits ; ou d’anciennes fistules qui , étant situées dans les parties charnues , ont rendu beaucoup de pus ; ou bien d’une faiblesse exîreme causée à un malade , parce qu’on l’aura épuisé en le faisant trop saliver ou suer, ou en le purgeant trop violemment, ou en lui faisant garder une diète trop exacte pendant le traitement de la vérole. Dans tous ces caslà , et en d’autres semblables , les émétiques et les purgatifs , loin de diminuer le mal , ne feront que l’augmenter, parce qu’ils affaibliront encore davantage le sang.
Ainsi la seule vue que l’on doit avoir pour lors, c’est de fortifier par tous les moyens possibles le sang et les viscères. Outre les remèdes toniques proprement dits , et dont je parlerai ci-après , j’ai trouvé, par expérience, que le changement d’air , et l’exercice en pleine campagne, tel que le malade pourra le soutenir, ont très-bien réussi à remplir cette indication; ils ontranimé les esprits et rétabli les organes secrétoires et excrétoires dans leur état naturel.
En quel cas 3a. Il y a encore d’autres occasions où l’on ne ployer les diu- fi oit employer ni les purgatifs , ni les emetiques xétiques. pour évacuer les eaux : c’est lorsque le malade est d’une complexion très-faible, ou lorsque la personne hydropique est une femme extrêmement sujette aux vapeurs ; alors il faut se servir des diurétiques. On en trouve un grand nombre qui sont fort vantés dans les livres des Médecins ; mais les meilleurs, selon moi, pour 11e pas dire les seuls, sont ceux qui sont composés de sels lixiviéls , et il n’importe pas de quelle espèce de végétaux i es cendres soient tirées. Or , comme il n’est guère de plante plus aisée à trouver que le genêt, et que d’ailleurs cette plante est bien venue dans
be l’Hybropisie, 28 5
Lhydropisie, j’ai coutume d’en employer les cendres de la manière suivante :
Prenez cendres de genêt , une livre \ feuilles d ab- Yin fliur-:ti* sinthe commune , une poignée ou deux : mettez infuser tout cela à froid dans quatre livres de vin blanc ; filtrez la liqueur dont vous donnerez quatre onces , trois fois par jour: savoir , /e matin , d cinq heures après-midi , e/ /e «yo/r; continuant ainsi j usqu ci ce que f enflure soit dissipée.
J ai vu des hydropisies désespérées qui ont été guéries par ce seul remède , dans des sujets qui étaient trop faibles pour soutenir les purgatifs.
33. Lorsque les eaux d’un hydropique ont été il faut for» évac fiées , il n’y a ordinairement que la moitié de qa<?a“ef l’ouvrage de fait; pour l’achever d’une manière eau* sont évacapable de prévenir un nouvel épanchement C]ecuees* sérosité, il reste à remplir la seconde indication curative , qui consiste à fortifier le sang, dont la faiblesse a été la première cause de la maladie.
Cette indication se remplit parmi long et constant usage de remèdes échauffa ns et fortifians.
Il est vrai que les malades qui sont encore jeunes, guérissent souvent après que les eaux ont été évacuées, sans qu’il soit nécessaire d’employer aucun autre remède; d’autant que leur chaleur naturelle n’étant plus accablée par le poids des eaux, peut aisément suppléer à la vertu des remèdes; mais, dans les gens âgés, ou d’un mauvais tempérament, il est absolument nécessaire, aussitôt que les eaux ont été évacuées , de recourir aux remèdes propres à ranimer et à fortifier le sang.
34- Ceux que nous avons recommandés ci- Remèdes prodessus pour la goutte, soit qu’on les tire de la jyes eu ce matière médicale , ou des six choses non naturelles, conviennent ici , indépendamment de ceux que nous indiquerons ensuite. Le vin, paj* exem-
Traité
pie, qui est très-nuisible aux goutteux, est trèsutile aux hydropiques pour boisson ordinaire.
Car , quoique les symptômes évidens de la goutte et de l’hydropisie, et les choses utiles ou nuisibles nous aient appris que la première cause de ces deux maladies , de même que celle de plusieurs autres maladies chroniques, consiste dans la faiblesse et l’indigestion du sang , nous ne pouvons néanmoins aller plus avant, ni connaître les différences essentielles , et les dépravations spécifiques que produit dans les humeurs cette faiblesse du sang mal travaillé; et par conséquent il 11e nous est pas possible de connaître précisément la nature de ces maladies , mais seulement leur cause générale. Il en est de même des maladies aiguës qui proviennent d’une cause commune ; savoir, de l’inflammation du sang : nous ne connaissons point leurs différences essentielles.
Ainsi , dans les maladies aiguës et dans les chroniques, nous manquons de remèdes spécifiques; et tout ce que nous pouvons faire , c’est d’attaquer leur cause générale, et de varier le traitement, soit en suivant la route que la nature nous indique d’elle-même , soit en s’attachant à ce que l’expérience nous apprend être le meilleur dans chaque maladie.
Lone^def il 35. Au reste, pour remplir l’indication dont il queurs géné- s’agit maintenant , et qui consiste à fortifier le sang, Rs eaiT ont soit qu’on ait évacué les eaux par des diurétiques, commencé à 0u par des purgatifs , ou par des vomitifs, il est nécessaire que le malade boive du vin pendant le traitement , mais il ne doit commencer à en boire , que lorsque les passages sont ouverts , et que les eaux commencent à couler. Au défaut de vin, il boira de la forte bière ; car les liqueurs légères et rafraîchissantes , quel qu’agréables qu’elles soient
BE l’IIyBROPISIE.
au malade qui est presque toujours altéré , ne feront qu'augmenter l’hydropisie. Ainsi , on ne doit jamais les permettre , ou du moins trèsrarement.
Au contraire , les liqueurs généreuses , pourvu que ce 11e soit pas des esprits distillés, sont extrêmement utiles,, et elles ont même quelquefois guéri , elles seules , la maladie ; savoir , dans le commencement, et lorsqu’il n’y avait pas encore beaucoup d’eau épanchée dans l’abdomen. Ces liqueurs généreuses réussissent encore mieux quand elles sont imprégnées de la vertu des herbes échauffantes et fortifiantes.
Lorsque j’ai eu , par exemple, à traiter des pauvres qui n’étaient pas en état d’avoir de meilleurs remèdes, je leur ai donné pour boisson ordinaire, et pour tout remède, de la bière forte où l’on avait mis infuser une suffisante quantité de racine de raifort sauvage, de feuilles d’absinthe commune, de cochléaria des jardins, de sauge , de petite-centaurée et de sommités de genêt.
On peut employer pour les riches une infusion des memes herbes dans le vin de Canarie, dont le malade boira un verre deux ou trois fois par jour dans l’intervalle des remèdes que nous avons recommandé ci-dessus. Ou, s’il trouve cette infusion trop désagréable, il pourra y substituer le vin d’absinthe dont il boira pareillement un verre trois fois par jour; savoir, le matin, à quatre heures après-midi , et le soir, après avoir avalé chaque fois deux gros de l’électuaire digestif qui a été décrit dans le Traité de la Goutte. Cet électuaire est excellent dans le cas dont nous parlons, et il l’emporte de beaucoup sur tous les autres remèdes fortifians(i).
(1) Voyez Traité de la goutte , nu ni. 3i.
II faut éviter les ligueurs faibles.
Le fer et l'ail bons
fortifians.
36. Mais ii est absolument nécessaire que le malade use en très-petite quantité des liqueurs faibles et aqueuses , supposé qu’il ne puisse tout*à-fait s en passer; car ces sortes de liqueurs ne manquent pas d augmenter le mal : de là vient que quelques hydropiques ont été guéris en s’abstenant de toute boisson. Néanmoins, comme la maladie est ordinairement accompagnée d’une grande altération t] ui est encore augmentée par l’abstinence des boissons aqueuses, il faut que le malade se rince de temps en temps la bouche avec de l’eau froide, où Ion aura mêlé de l’esprit de vitriol jusqu’à une agréable acidité , ou qu’il mâche des tamarins , ou des tranches de citron , mais sans rien avaler, parce que cela étant trop froid, ne convient pas dans Ihydropisie.
3y. Un des meilleurs remèdes dans le commencement de la maladie, c’est le mars, car il fortifie et échauffe le sang. L’ail est aussi très-utile par la meme raison, et je sais que d’autres Médecins ont guéri des hydropisies par le seul usage de cette plante, sans aucun évacuant.
purgatifs ue ^8. Quand il n’y a que les jambes d’enflées, ou «out pas néces- lorsque le ventre ne l’est nas encore beaucouia , il
us les hydro- 11 Pas necessaire d en venir d abord aux émétiques et aux purgatifs , et les liqueurs échauffantes et fortifiantes suffisent assez souvent pour guérir la maladie ; mais il faut bien prendre garde que , quand on traite Thydropisie par les seuls fortifians , ou meme par les remèdes Jixiviels , on ne doit en aucune façon purger le malade durant ce temps-là; car on détruirait, d un côté, tout ce qu’on aurait fait de 1 autre , et l’enflure qui aurait commencé à diminuer par 1 usage des remèdes fortifians, reviendrait bientôt par celui des purgatifs, comme elle était auparavant. Il est vrai que, quand on travaille
pi aies.