Tome IL r
Traite
Topiques sont 4o. Pour ce qui est des topiques , ou remèdes peu unies. extérieurs , je n’ai jamais vu qu’ils aient produit grand effet dans cette maladie. Les cataplasmes et les linimens appliqués sur l’abdomen , sont les moins malfaisans ; je ne vois pas cependant qu’ils puissent dissiper les eaux ; mais il y a d’autres topiques que quelques-uns ordonnent , au lieu des remèdes internes , et qui , au lieu d’être utiles , sont au contraire très pernicieux. Tels sont des onguens préparés avec de forts purgatifs , et appliqués sur le ventre. Tels sont aussi les vésicatoires que l’on met sur les cuisses et les jambes, afin d’en tirer les eaux , lorsque ces parties sont fort enflées. Les particules purgatives des onguens s’insinuent quelquefois très-avant dans les muscles elles membranes , et causent des superpurgations que rien ne peut arrêter. Les vésicatoires que les Empiriques ont coutume d’appliquer sur les jambes et les cuisses , achèvent d'éteindre la chaleur naturelle de ces parties, et attirent la gangrène , comme on ne voit que trop souvent ; car La moindre plaie dans le corps d’un hydropique , sur-tout dans un membre pendant , est très-difficile à guérir ; parce que la sérosité qui inonde les chairs, et qui sort continuellement par l’ouverture qu’elle trouve , empêche la réunion des lèvres de la plaie , et par conséquent la cicatrisation. La ponction et les scarifications légères dont se servent quelques-uns , ne sont , à mon avis , ni plus utiles , ni moins dangereuses que les vésicatoires (1).
(i) L’opération de la paracentèse, ou ponction, n’était pas pratiquée si communément du temps de notre Auteur qu’elle a été depuis, et qu’elle est maintenant. D’ailleurs on attendait ordinairement trop tard , c’est-à-dire qu’on n’y avait recours que lorsque ia faiblesse du malade, l’état squirrheux des viscères , leur corruption , ou leur érosion , la rendaient inutile. Ainsi
DE l'HydROPISIE.
4i. Enfin , quoique l’hydropisie ait toujours passé pour incurable , lorsqu'elle est devenue une véritable ascite , cependant , ' si on la traite de la manière que nous avons dit , on verra qu’elle est aussi guérissable que beaucoup d’autres maladies qui sont estimées moins dangereuses , pourvu toutefois que les viscères ne soient pas endommagés (1).
/p. Si quelqu’un s’avisait de condamner les La simplicité remèdes que j’emploie dans l’hydropisie , comme d(^etined^ étant trop simples et trop peu recherchés , je tes faire mepourrais, avec plus déraison, l’accuser lin-même pnser' de malice et de mauvaise foi ; car , tandis qu’il ne voudrait pas qu’on se servît pour les autres de remèdes simples, il serait certainement bien aise, s’il tombait lui-mème malade , ou sa femme , ou ses enfans , qu’on employât les plus simples et
on ne doit pas être étonné que Sydenham en eût si mauvaise opinion. Théodore Mayenne qui fut en partie son contemporain , ne dit pas un seul mot de cette opération dans le Chapitre où il traite de l’hydropisie.
Mais pour montrer combien elle est utile, il suffira de rapporter ce qu’eu dit M. Sharp , Chirurgien Anglais, lequel , dans son Traité des opérations, à la fin du Chapitre de la Paracentèse , s’exprime de la manière suivante. « Quoique cette opération ne guérisse pas souvent d’une ma* » nière radicale , elle ne laisse pas quelquefois de prolonger la vie de bien » des années , et même de la rendre fort supportable , principalement si » les eaux ont été long-temps à s’amasser. Je sais différentes personnes » à qui on a fait , durant plusieurs années , la ponction une fois le mois , » et qui ne sentaient aucune incommodité dans les intervalles , jusque vers ;» le temps de l’opération , que la tension du ventre leur causait de la » douleur. Il y a même des exemples de malades qui , après cela , ne » sont pas retombés. Au reste , l’opération est si peu douloureuse et si peu « dangereuse , qu’à raison des grands avantages qu’elle procure quelque- » fois , je ne puis que la recommander comme extrêmement utile.. »
(1) Une ascite qui survient par-dessus d’autres maladies , où les viscères étaient actuellement lésés , ou prêts de l’être , et qui est accompagnée d’un épanchement de sérosité par ki rupture de quelques vaisseaux iimphatique,s , et d’hydatides , d’un amaigrissement des parties supérieures, d’une ^grande soif, d’une évacuation d’urine fort rouge, en petite quantité, et qui laisse un sédiment étant reposée, peut en général être regardée comme incurable.
Traité
les plus communs. D’ailleurs , cette censure serait fondée sur une erreur grossière , puisque l’honneur et la dignité de la Médecine ne consistent pas à donner de belles et élégantes formules de remèdes , mais à guérir les maladies.
Apologie des Zj3. Voilà ce que j’avais à dire sur la goutte et de°i’Aufeur. l’hydropisie , et je ne crois pas que j’écrive jamais sur d’autres maladies. Quant aux ouvrages que j’ai publiés jusqu’à présent , si quelqu’un se contentait de les lire une seule fois , je serais fâché de lui avoir donné cette occasion de perdre son temps : mais , s’il veut prendre la peine de les relire plusieurs fois , et de les imprimer profondément dans son esprit , je ne doute nullement qu’il n’en retire une utilité qui réponde en quelque sorte à mes désirs , et aux peines qu’ils m’ont données. Ceux qui seront versés dans la pratique de la Médecine , et qui apporteront le même soin que moi à observer , verront avec quelle bonne foi je les ai publiés.
Que si , dans le peu que j’ai écrit , j’ai suivi uniquement la Nature , sans jamais m’asservir aux opinions de quelque Auteur que ce soit , je suis assuré que les personnes sages m’en sauront bon gré. Elles n’ignorent pas qu’il y a deux sortes de gens qui empêchent également le progrès de la Médecine.
Deux sortes Les premiers sont ceux qui , ne faisant euxwpfc?entqie memes rien du tout pour la perfectionner, trouprogrès de la yent mauvais que d’autres fassent la moindre chose. Ils aüegnent , pour couvrir leur ignorance et leur paresse , le faux prétexte du respect extraordinaire qu’ils prétendent être dû aux anciens dont ils n’osent s’écarter en rien (i).
(g llieti do plus absurds et de plus ridicule que cette prétention. <Ori
DE l’HyDROPISIE
44. Mais je voudrais bien savoir pourquoi nous croirions faire tort aux anciens en avouant qu’ils nous ont laissé la Médecine fort imparfaite, tandis que nous ne croyons pas leur faire tort , en avouant qu’ils nous ont laissé de même tous les autres Arts qui assurément intéressent bien moins le genre humain.
Les inventeurs de la navigation sur le pied où
ne saurait douter que plusieurs d’entre les plus anciens Médecins ne fus» sent très-habiles , comme il est évident par les écrits qu’ils nous ont laissés ? particuliérement sur l’histoire des maladies, oùl’on trouve de si excellens diagnostics et pronostics. Hippocrate , par exemple , pour ne rien dire des autres , a peut-être surpassé en cela tous ceux qui l’ont précédé ,ou qui fout suivi ? ayant été un exact et infatigable observateur de la nature. Nous sommes pareillement redevables aux anciens de la méthode de guérir certaines maladies invétérées , par un usage convenable et long-temps continué de choses non naturelles , et d’avoir introduit dans la Médecine l’usage des bains , rétabli dans ces derniers temps , et pratiqué aujourd’hui si universellement et avec tant de succès , celui des ventouses , et d’autres remèdes capitaux.
Mais ce serait être bien partial que de refuser aux modernes la gloire qu’ils méritent si justement pour tant de découvertes utiles qu’ils ont faites , •entre lesquelles je regarde comme les deux principales celle de la circulation du sang par Kervey , et celle de la transpiration insensible par Sanctorius , deux découvertes qui ont délivré la Médecine du mépris et de l’obscurité où elle était auparavant , ont mis dans un nouveau jour la théorie et la pratique de fait , lui ont donné des fondemens plus-assurés.
Peut-on nier que les modernes , par leur application et leurs travaux , n’aient extrêmement perfectionné la Chimie, la Pharmacie, l’Anatomie et la Chirurgie ? Tout homme intelligent et impartial ne convieudra-t-il pas que nous surpassons de beaucoup les anciens dans ces branches de la Médecine , s’il vient à comparer l’état brillant où elles sont aujourd’hui avec l’état méprisable où elles étaient anciennement ?
Avoir donc une déférence sans bornes pour les anciens , c’est faire entendre, contre l’évidence même, que la Médecine est arrivée à son plus haut degré de perfection ; c’est vouloir ne faire aucun usage de sa raison ; c’est autoriser l’erreur à cause de sou antiquité , et rejeter la vérité à cause •de sa nouveauté , ce qui est de la dernière absurdité , sur-tout dans une science qui est fondée principalement sur les faits , et qui ne peut se perfectionner que par l’expérience.
Je n’entreprendrai pas ici de faire une comparaison entre les anciens et les modernes , et je n’en suis pas capable mais le bon sens demande qu’on garde uu juste milieu dans le jugement que l’on porte des uns et des autres , en sorte qu’on ne montre ni partialité en laveur des anciens ; ni mépris îual fondé des mudernes.
Traité
elle est aujourd’hui , n’ontdls donc pu mettre en usage la boussole qui leur est très-utile , sans déshonorer ces premiers et grossiers navigateurs qui ne réglaient leur route que par l'aspect des étoiles , et n’osaient perdre la terre de vue ? L’art de bâtir les vaisseaux , ou de les gouverner dans un combat naval , art qui s’est si fort perfectionné , et dans lequel les Nations Occidentales de l’Europe excellent par-dessus tous les autres peuples de l’Univers , déshonore-t il ceux qui construisirent les flottes qui combattiren t autrefois près d’Actium ? Deshonore- 1 il Auguste et Marc-Antoine qui com* mandaient ces flottes, et qui étaient les chefs de cette fameuse guerre.
Les modernes ont inventé une infinité de choses qui surpassent de beaucoup tout ce que les anciens nous ont laissé. Or, les Auteurs de ces découvertes ne font pas plus de tort à la gloire des anciens, qu’un fils en ferait à la mémoire de son père , parce qu’il augmenterait par son travail et son industrie l’héritage qu’il en aurait reçu.
45. La seconde sorte de gens qui empêchent le progrès de la Médecine , sont des gens naturellement vains et légers * qui voulant se donner la réputation de génies supérieurs , vous accablent de raisonnemens et de spéculations qui ne servent de rien du tout pour la guérison des maladies, et qui , au lieu de montrer le bon chemin aux Médecins , ne font que les jeter dans l’erreur.
Ces Messieurs-là ont assez d’esprit pour débiter sur la nature de savantes bagatelles ; mais ils n’ont pas assez de jugement pour comprendre qu’on ne peut la connaître que par le moyen de l’expérience , qui seule est capable d’en dévoiler les mystères. Car telle est la bassesse de la condition humaine, que tontes nos connaissances des
be l’Hydropisie. sqS
choses naturelles dépendent uniquement des sens , et ne vont pas au-delà de ce qu’ils nous apprennent. Yoilà pourquoi nous pouvons bien acquérir une certaine capacité proportionnée à notre état; mais personne ne sera jamais vraiment Philosophe suivant toute l’étendue de ce nom. Quant au Médecin , toute sa philosophie consiste à connaître l’histoire des maladies , et à savoir employer les remèdes que l’expérience a fait voir être les plus efficaces pour les guérir (i); et en même temps , comme j’ai dit ailleurs , il doit suivre une méthode qui soit fondée , non sur clés spéculations chimériques , mais sur une manière de raisonner ordinaire et naturelle.
(i) La vanité ridicule d’avoir la réputation de génies heureux et inventifs, a engagé de tout temps certains Médecins à se jeter dans des spéculations philosophiques , et à former des systèmes , au lieu de s’appliquer à éclaircir K h istoire des maladies , et à établir de meilleures méthodes curatives, en se donnant la peine de faire de nouvelles observations , et de vérifier celles que leur avaient transmises leurs prédécesseurs.
Ces gens-là se sont uniquement occupés à des minuties anatomiques , ou à i tehercber les causes cachées , éloignées , et absolument inexpliquahles des maladies , la figure et la grosseur des parties constituantes des médicamens , et leur manière d’opérer ; ils ont étudié les mathématiques, et tâchent d’expliquer les phénomènes du corps humain par l’application des principes de cette science ; ce qui les a souvent induits en erreur , et n’a servi qu’à obscurcir et embrouiller encore davantage la matière.
Il est certain que nous ne saurions connaître la nature des corps , ni les causes des effets naturels , et que toutes les peines que l'on se donne pour y réussir , sont absolument inutiles. Les différentes opinions des Auteurs de systèmes suffisent pour nous en convaincre , et doivent nous tenir eu garde contre les découvertes que fou prétendrait avoir faites en ce genre.
La véritable science d’un Médecin consiste à savoir distinguer non-seulement les maladies les unes des autres , mais encore les symptômes qui demandent qu’on varie le traitement , à connaître les remèdes les plus convenables , et la manière de les employer avec le plus d utilité. La connaissance de toutes ces choses est si essentiellement nécessaire à un Médecin , que s il en ignore une seule , quaud même il saurait toute autre chose , on peut dire que c’est un mauvais Médecin ; comme au contt aire celui qui les connaît parfaitement , est un bon Médecin , quand même il ne saurait rien de p.lus. Voyee Tom. / , Sect, i , Chap. 5 , page 67 , note 1.
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