OU SECONDAIRE
Qui arrive dans la petite-J^érole confluente .
En quoi la i. (jomme mon grand âge et les maladies dont je discrlteVetr°k suis depuis long-temps affligé, ne me laisseront conüu nte dif- peut-être pas le moyen de publier quelques nouj autre, veiles observations que j ai fanes ( quoique trop tard dans ma vie ) sur la fièvre secondaire qui arrive dans la petite-vérole confluente , j’espère que le lecteur voudra bien me permettre de les joindre ici, malgré le peu de rapport qu’elles ont avec la maladie dont je viens de parler.
2. J’ai montré ailleurs, il y a déjà long-temps , la grande différence qui se trouve entre la petitevérole discrète et la confluente ; en ce que la première n’a presque pas besoin du secours de la Médecine, et qu’elle se guérit d’elle-même par les seules forces de la nature, à moins que le malade n’ait gardé le lit dès le commencement , et ne se soit procuré des sueurs continuelles , ainsi qu’il se pratique d’ordinaire. En effet , le malade se voyant beaucoup de disposition à suer , et s’imaginant que les sueurs lui sont excellentes, n’oublie rien pour les exciter, soit par l’usage des cordiaux , soit par un régime échauffant; et il le fait d’autant plus volontiers , que d’abord il croit se trouver mieux de cette méthode, et qu’elle est approuvée par les assistans.
DE LA FiÈV. SECOND. DANS LA PET.-VÉR. CONFL. 33g
Mais la fin de la maladie ne répond pas au commencement. La sueur ayant dissipé les particules qui devaient servir à grossir les pustules et à faire enfler le visage, les pustules ne grossissent point , et le visage ne s enfle point; au contraire, il se trouve flasque le huitième jour , et les intervalles des pustules sont blanchâtres, au lieu d’etre rouges et enflammés. La sueur qui jusqu’alors avait coulé sans peine, se supprime tout à coup d’elle-même, sans qu il soit possible de la rappeler, meme en donnant les plus puissans cordiaux. Cependant le transport survient. Le malade est fort agité, et se trouve très-mal; il urine souvent, et peu à la fois; et enfin il meurt contre l’attente de presque tout le monde; au lieu que s’il se fût abandonné à la nature, sans s astreindre à un régime particulier, il aurait guéri , et n’aurait même couru aucun risque (i).
3. Les choses sont bien différentes dans la petite- Danger de vérole confluente. Cette maladie, les premiers £ jours, n’épouvante pas beaucoup les assistans, et ne met pas même le malade en danger , à moins qu’il ne rende du sang par la trachée artère , ou par les urines. Mais sur la fin de la maladie il se fait un changement subit, et le malade tombe dans un état où l’on a tout à craindre. Le onzième jour, en comptant depuis le commencement de la maladie, est le plus redoutable dans les petites-véroles confluentes les plus ordinaires, et où la matière morbifique est dans le moindre degré de crudité. Le quatorzième jour est le plus redoutable dans les confluentes où il y a une plus grande crudité : le dix-septième, dans celles où la crudité est au plus haut degré.
(i) Voyez Tom . I , Sect. 3 , Ç hap. 3 t nutn. io.
34o de la Fièvre secondaire
4. Quelquefois néanmoins le malade ne meurt pas avant le vingtet unième jour; mais cela est rare , et auparavant les pustules sont tellement durcies et desséchées , et comme enfoncées dans les chairs , sur-tout celles du visage, qu’il n’y a aucun moyen de les faire élever (1). Mais le onzième jour est ordinairement le premier ou il y a du danger ; caralors il survient une violente fièvre , avec des agitations , et d’autres symptômes funestes qui le plus souvent emportent le malade , à moins qu il ne soit puissamment secouru ; et s’il ne succombe pas le onzième jour , il a encore a craindre le quatoizième et le dix-septième , qui ne sont pas moins redoutables. Dans l’intervalle qui est entre le onzième jour et le dix‘septième , il a tous les soirs un redoublement qui le met à deux doigts de la mort.
d’où provient 5. J’ai fait voir ailleurs que le grand danger de
aedanger. petite-vérole confluente, les jours dont j’ai parlé , vient de l’abondance extraordinaire du pus et de vapeurs putrides que fournissent alors une infinité de pustules, devenues , par la suppuration, autant de petits abcès dont tout le corps est chargé. Ce pus et ces vapeurs putrides rentrant dans le sang , l’infectent et le corrompent , allument la fièvre , et accablent la nature (>) ; au lieu que dans la petite-vérole discrète, les pustules étant en petit nombre , il rentre peu de pus dans le sang , la nature s’en débarrasse aisément, et l’on lia pas à craindre une fièvre violente.
Pourquoi le 6. Ainsi, puisque le salut du malade dépend du
ïégimeéchauf- t-t nombre de pustules, et que le danger, au
faut et les cor- 1 JT •
diaux sont contraire, dépend de leur grand nombre, la raison.
mauvais.
(1) Voyez ci-dessus p. 90 , num. 5.
(2) Voyez p. 90 , num. 6 , etc.
et le bon sens nous dictent qu’un Médecin prudent ne doit pas dès le commencement de la maladie , travailler par des cordiaux et un régime échauffant , à mettre en mouvement la matière morbifique , dont il se formerait parce moyen une trop grande quantité; mais qu’il doit, au contraire, ne rien oublier pour appaiser l’extrême inflammation du sang et des humeurs.
Et, pour cet effet, si la jeunesse du malade , ou Méthode ..-eal’usage immodéré qu’il a fait des liqueurs spiri- ratlvetueuses , ou les douleurs violentes qu’il a ressenties dans quelques parties du corps, ou, enfin, de grands vomissemens énormes donnent lieu de soupçonner que la petite-vérole sera confluente, dans ce cas-là le Médecin doit d’abord faire saigner du bras, et ensuite donner un vomitif.
Mais comme rien n’échauffe tant le malade, et n e«ttrès-miipar conséquent ne produit une si grande abon- îoujourfieiin dance de matière morbifique, que de faire garder continuellement le lit , j’ai toujours soin que le malade se tienne levé pendant la journée jusqu’au sixième jour , en comptant depuis le commencement de la maladie , ou jusqu’au quatrième, si l’on compte depuis le commencement de l’éruption ; car alors toutes les pustules sont sorties (i).
Depuis ce temps là je fais garder le lit jusqu’à la fin de la maladie ; mais je ne veux pas que le malade soit plus couvert , ni qu’il y ait plus de feu dans sa chambre que lorsqu’il se portait bien. Je lui permets de boire abondamment de la petitebière, ou de quelque liqueur rafraîchissante qui soit de son goût.
7. Et comme nonobstant le régimeplus tempéré, n faut tous le malade ne laissera pas d’avoir souvent le délire ua
(1) Vojez p. 102 , mnn. 22 . p. 108 , numt 28. p. 112, num 32.
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avec des bouffées de chaleur et des inquiétudes fâcheuses, j’ordonne tous les soirs un narcotique; mais je le fais prendre un peu de meilleure heure qu’à l’ordinaire , à cause d’une espèce de redoublement, c’est-à-dire, d’une augmentation de chaleur et d’inquiétude que le* malade ne manque guère d’éprouver chaque jour sur le soir.
La méthode que j’enseigne ici est très-propre à empêcher la trop grande quantité de pustules , qui est extrêmement dangereuse pour le malade , comme j’ai montré ci-devant , et à procurer aux pustules , quand elles sont sorties, une juste grosseur, et une suppuration convenable (i).
Ce quon doit Malgré tout cela néanmoins, et malgré tout lafièvreseco^- ce qu’on peut faire d’ailleurs , il survient trèsdaire survient, souvent, le onzième jour, ou le quatorzième, ou le dix-septième , que j’ai dit être les plus dangereux dans la petite-vérole confluente , et sur-tout le onzième, il survient, dis-je , une fièvre violente, avec une oppression et une agitation extarordinaires ; le malade étouffe , et il meurt tout d’un coup , au grand étonnement des assistans qui, jusqu’alors, avaient bien auguré de sa maladie.
Dans un cas si délicat, le Médecin doit redoubler ses efforts. Pour cela, il doit bien faire attention quela nouvelle fièvre qui survient le onzième jour de la petite-vérole confluente est une maladie entièrement différente de la petite-vérole même, de la fièvre qui précède l’éruption , ou de celle qui produit quelquefois l’inflammation des pustules.
Cette fièvre est q. Cette nouvelle fièvre n’est autre chose qu’une pinnae, fièvre putride proprement dite. Elle doit son origine aux particules de pus que fournissent les pustules alors en suppuration , et qui étant re-
(0 Voyez p. 116 , num. 35 , etc,*
pompées dans le sang l’infectent par leur qualité virulente et nuisible (i). Cette fièvre est extrêmemente dangereuse : ainsi on doit travailler uniquement à la domter. Or, de tous les remèdes qui La saignée est,
# *« • i 9 • i i es- utile,
conviennent pour cela, il n en est point de plus
efficace que la saignée Copieuse , car elle évacue
aussitôt une partie de la matière purulente qui a
pénétré dans le sang, et qui cause tout le mai.
L’état de suppuration où est alors la petite- vérole
ne doit nullement empêcher de saigner ; car comme
les pustules sont alors revêtues d’une croûte dure,
il n’y a pas à craindre qu’elles rentrent ou qu’elles
s’affaissent ; et quand le malade viendrait à mourir
. en ce temps-là, et qu’on exposerait son corps dans
un lieu froid , elles ne rentreraient pas pour cela,
et ne diminueraient pas le moins du jnonde de leur
volume.
Ainsi nous n’avons plus affaire à la petite-vérole, mais à une maladie entièrement différente, savoir, à une fièvre putride. C’est pourquoi , depuis les dernières observations que j’ai publiées sur la petite-vérole , j’ai employé avec succès dans le cas présent la méthode que je vais exposer , et qui me paraît la meilleure et la plus sûre.
i o. Quand donc le onzième , ou le quatorzième , ou le dix-septième jour d’une petite-vérole confluente, on trouve le malade attaqué des redoutables symptômes dont nous avons fait mention , et qui le réduisent à la dernière extrémité, il faut tirer aussitôt dix ou douze onces de sang de l’un des bras , savoir , de celui où il y aura moins de pustules, et où l’on pourra saigner plus aisément.
(i) Les causes de cette Lèvre sout clairement et savamment expliquées le Docteur Hillary , Anglais , au huitième Chapitre de son excellent JLssai sur la petite- Vérole , auquel nous l'envoyons le lecteur qui voudra £>ire instruit à fond sur -cette matière.
Il faut donner le narcotique en grande dose.
Comment il faut lâcher le rentre , lorsqu’il est resserré.
Qn j) eut don-
344 de LA Fièvre secondaire
La situation des choses est bien différente alors de ce qu’elle était les premiers jours de la maladie. Alors, par le moyen des narcotiques et en faisant tenir le malade levé pendant le jour, on peut, sans qu’il soit besoin d’en venir à la saignée, dissiper le redoublement qui arrive ordinairement sur le soir. Mais dans le cas présent la saignée copieuse est le seul remède sur lequel on doive compter , et qui puisse appaiser la violence de la fièvre.
On continuera cependant le narcotique , et on le donnera , comme auparavant, en grande dose, matin et soir, et quelquefois même plus souvent ; car dans certains sujets l’orgasme est d’unesi grande violence , qu’une forte dose de narcotique n’est pas capable de l’appaiser l’espace de douze heures ; et alors , il est absolument nécessaire de réitérer de huit en huit heures la même dose de ce remède.
11. Il arrive souvent, vers les derniers jours de la maladie, que le ventre est extrêmement resserré, tant par la nature de la maladie même , qu’à raison du grand usage qu’on a été obligé de faire des narcotiques. En conséquence de ce resserrement du ventre , le malade se sent presque étouffé , et la fièvre augmente à un point, que tout semble presque désespéré. Le remède qui convient alors est un doux purgatif , et il est bien moins dangereux qu’une fièvre si violente.
J’ai donné avec assez de succès , en pareil cas , une once et demie de lénitif , dissous dans quatre onces d’eau de chicorée , ou de quelque autre semblable. Il est vrai que cette potion ne lâchera pas aussitôt le ventre qui est si fortement resserré. Néanmoins si on la prend le matin , elle produit ordinairement quelques selles avant la nuit.
Mais si elle n’opère point, et que le danger con-
DANS LA PETITE-VÉROLE CONFLUENTE. 3/j5
tinue, il faudra donner un narcotique le soir, et ner un doux même plus tôt, parce qu'en attendant l’effet da tJ"tresat^re** purgatif , le malade pourrait bien mourir.
D’ailleurs , quand le purgatif ne ferait rien , il est si doux qu’il ne nuira en aucune façon au malade. Supposé donc qu’il n’agisse point le premier jour , on le réitérera le jour suivant , et alors il manquera très-rarement de produire son effet.
Mais si dès le premier jour il évacue une quantité suffisante de matière , et que le malade se trouve mieux, on pourra attendre quelque temps avant que d’y revenir (i). C’est ainsi qu’on réitérera par intervalle la saignée et la purgation , jusqu’à ce que le malade soit hors de danger.
12. Toutefois , de peur qu’on abuse de ce que n ne fautpurje dis , et qu’on ne nuise au malade , au lieu de |^rdqeuelasu^ lui être utile , j’avertis expressément qu’il ne fàutiadîe. purger que sur la fin de la maladie , par exemple
le treizième jour, ou même plus tard , et seulement après avoir saigné depuis que la fièvre secondaire est survenue (2).