Tome IL
Réponse de Thomas Sydenham
mort d’un grand nombre de malades , surtout
d’entre les enfans. . ,
Quelle est 4g. Voilà ce qu’une longue expérience m a appris. J’entends par expérience , une pratique de&ine. fondée sur la connaissance exacte des pheno* mènes des maladies , et sur l’observation des opérations de la nature ; une pratique qui tire des symptômes memes des maladies ses indications curatives. C’est en cela que consiste la vraie Médecine , et toute autre est pernicieuse.
En effet , que n’a-t-on pas à craindre dun Empirique , qui , ignorant entièrement 1 histoire des maladies , et la méthode de les traiter , ne s’appuie que sur de vaines recettes et de prétendus secrets ? Que n’a-t-on pas aussi à craindre ci un Médecin à systèmes , qui, voulant éblouir le Public par un vain étalage de science , ne se fonde que sur des spéculations chimériques et des principes arbitraires? Tous deux se jouent indignement de la vie des hommes , et tous deux semblent être réunis pour le malheur du genre humain , et ils font plus de ravage que ne feraient les maladies memes destituées de pareils secours.
Sur quoi 5o. La seule Médecine utile aux hommes , pour «oit être fon- |e ^re enGOre une fois , est donc celle qui , se
P at réglant sur la connaissance des véritables phénomènes des maladies , se trouve ensuite confirmée par l’expérience. C’est la route qu a suivie le grand Hippocrate , et qui lui a justement acquis une si haute réputation. Plût à Dieu que l’on n enseignât point d’autre médecine , elle serait infiniment plus utile , et ne serait pas moins estimée. , -,
Il est vrai quelle demande beaucoup plus de
génie , de lumières et de prudence que celle qui s’exerce aujourd’hui ; car comme il est bien
dée la
que.
a B-Obert Brady,
plus difficile d apercevoir les operations de la nature , que de forger les plus magnifiques hypothèses , l’art de guérir que prescrit la nature doit en conséquence être beaucoup plus au-dessus de la portée du vulgaire , que celui qui n’est fondé que sur des spéculations.
5i. Les fièvres qui composent les deux tiers des Preuve de maladies sur lesquelles s’exerce la Médecine , ^respar îe8 prouveront la vérité de ce que j’avance ; et pour cela je m’en rapporte à la décision de tout homme impartial , et qui raisonne tant soit peu. Si donc pour guérir les fièvres , il ne s’agit que de remplir les deux indications ordinaires , qui consistent à évacuer par les sudorifiques la matière morbifique, et à calmer les symptômes qui suivent une telle évacuation , le plus misérable Empirique ne pourra-t-il passe flatter d’en venir à bout?
Car pour faire suer , ce qui est le but qu’il se propose toujours , principalement s’il entend parler de malignité dans la maladie , il n’aura qua donner intérieurement de la thériaque , de la poudre de pattes d’écrevisses composée , de l’eau épidémique , et autres choses semblables.
Quant aux symptômes , si le malade ne dort point , n’y a-t-il pas le sirop diacode pour procurer du sommeil ? Si le ventre est resserré , n’y a-t-il pas des îavemens ? Et ainsi du reste.
Cependant notre Empirique n’est pas capable de connaître par lui-même , ni par les ordonnances des Médecins , quelle est l’espèce de fièvre qu’il a à combattre ; car c’est une vérité incontestable qu’il y a différentes sortes de fièvres , chacune desquelles demande un traitement différent ; et outre cela , que la même fièvre , de quelque genre quelle soit, doit être traitée d’une ma-
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nière un peu différente dans son commencement et dans ses diverses périodes.
Un homme qui ignore l’histoire d’une maladie , et par conséquent la véritable méthode de la traiter , pourra-t-il tirer des indications curatives d’un symptôme peu remarquable , puisqu il ne saurait même juger si ce symptôme est l’effet des remèdes qu’il emploie , ou de la maladie même ?
02. Je serais trop long si je voulais rapporter en détail toutes les légères circonstances auxquelles il est nécessaire de faire attention dans le traitement des fièvres et des autres maladies. Ces circonstances qui paraissent si peu de choses, et qu’il est quelquefois si difficile de remarquer , sont néanmoins très-importantes pour la conservation de la vie des hommes : ausr nos descendais auront-ils toujours de nouvelles observations à faire sur la variété presque infinie des causes naturelles des maladies , et sur la manière de les traiter en conséquence.
De pareilles observations étant mises au jour, ne pourront qu’augmenter la gloire de la Médecine ; et comme elles la rendront en même temps plus difficile , cet art n’admettra dans ses mystères que des hommes d’un génie supérieur joint avec beaucoup de sagesse et de prudence. Mais cela soit dit en passant.
Fièvre pro- 53. Lorsque les toux dont nous avons parlé venant du cpdevant n’étaient pas bien traitées , il s’y joi-
mauvais trai- . , . 1 r , i i i î ' n
tement de la gnait ordinairement une nevre semblable a ceiie toux‘ qui fut si épidémique pendant l’hiver de 1675, et dont j’ai donné l’histoire dans la section Y, Manière de la Chapitre Y , du Traité des maladies aiguës, traiter. Qomme cette fièvre n’était que le produit et l’effet
de la toux épidémique, j’employais contre elle, et toujours avec un heureux succès, les mêmes
a Robert Brady.
gation
j accompagnée ? d’une fluaioa,
remèdes que j'ai décrits dans le traitement de la toux; savoir, la saignée , l’emplâtre vésicatoire appliqué sur la nuque du cou , et ensuite la purréitérée trois fois.
Quand la toux était sans fièvre , il fallait purger jusqu’à ce que le malade fût entièrement guéri , ou du moins jusqu’à ce que les symptômes fussent beaucoup diminués , comme je l’ai remarqué ci-dessus. Mais, dans la fièvre qui dépendait de la toux , il suffisait , pour la faire cesser entièrement, de purger pendant trois jours; et c’est ce que j’ai souvent remarqué dans la constitution présente.
54. Lorsque cette fièvre commençait , elle était Elle étale accompagnée d’une abondance de sérosité ( se jetant sur le poumon , incommodait extrêmement le malade ; mais , au bout d’un mois
ou deux , cette sérosité venant à se séparer peu à peu du sang , la fièvre ne laissait pas de subsister quelquefois , sans qu’il y eût de toux , à cause de la mauvaise impression qui restait encore dans le sang ; c’est pourquoi elle devait être traitée de la même façon que la toux.
55. Cette fièvre subsista de la sorte jusqu’au Elle continua commencement de l’an 1680 , auquel temps les JUSC£U fièvres intermittentes dont j’ai parlé auparavant , commencèrent aussi à paraître. Elles durèrent jusqu’au commencement de i685 , qui est le temps auquel je prépare une nouvelle édition de mes ouvrages. Il est vrai qu’à Londres elles ne sont présentement ni si- épidémiques , ni si violentes quelles étaient les quatre années dernières: mais, dans les autres endroits, elles sont toujours de même ; car la constitution générale de l’air est encore maintenant si favorable aux fièvres intermittentes , que je puis assurer n’avoir jamais vu
’en zÉi8of
Fièvres àépuratoires de 1661 , etc. reliquats de fièvres intermittentes.
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dorant tout ce temps-là une seule fièvre véritablement continue , à moins qu’on ne l’eût rendue telle par un mauvais traitement, ou que ce ne fût une fièvre intercurrente , c’est-à-dire , une de ces fièvres qui attaquent presque indifféremment dans toutes les années.
Il faut nécessairement que la constitution présente qui est si favorable aux fièvres intermittentes , s’affaiblisse avant que la fièvre continue que j’ai nommée dépuratoire , puisse régner épidémiquement. En effet , il semble que , dans les fièvres intermittentes , la Nature se presse trop, et que , par la violence avec laquelle elle agit, elle n’emploie pas assez de temps pour digérer la matière morbifique , et ensuite l’évacuer. Il n’en est pas de même dans la fièvre dépuratoire ; ce n’est qu’après treize ou quatorze jours qu’on aperçoit dans celle-ci des signes de coction de la matière fébrile, qui est ensuite évacuée par les sueurs ou par une transpiration plus abondante.
56. Tout cela bien examiné , je suis persuadé que les fièvres dépuratoires qui régnèrent dans les années 1661 , 62 , 63 , 64, 11’étaient , pour ainsi dire , que des reliquats de certaines fievres intermittentes qui avaient régné avant ce tempslà , pendant un certain nombre d’années , lequel ne m’est pas connu. Car , lorsque la constitution qui favorisait les fièvres intemittentes fut sur son déclin , les fièvres qu’elle produisit alors étaient plus humorales , c’est-à-dire , dépendaient d’une matière plus grossière , d’où il arrivait que la dépuration du sang ne se faisait que lentement et peu à peu ; au lieu que , dans les premières années de cette constitution , les fièvres dépendaient d’un levain subtil, et qu’étant de véritables
a Robert Brady.
intermittentes, elles parcouraient rapidement les temps de leurs périodes.
Si la chose est ainsi , il me paraît vraisemblable que la fièvre dépuratoire reviendra dès que la constitution présente se ralentira , et que cette fièvre . subsistera pendant un certain nombre d’années, avant que la peste prenne sa place. Durant toutes les années que régnera la fièvre dépuratoire , il y aura de temps en temps des fièvres intermittentes , et qui peut-être seront quelquefois épidémiques pour un peu de temps ; savoir, lorsque les qualités manifestes de l’air contribueront à leur épi démicité.