‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 8 sur 156 · Je ne saurais assurer si le quinquina guérira Quinquina · texte numérisé non relu

Je ne saurais assurer si le quinquina guérira Quinquina

' n y 1, . 1 -, 1 , . .y sera appa-

cette nevre dépuratoire, comme il guérit main- remmcm nuitenant les fièvres intermittentes ; mais, dans la Slblepeste et dans les fièvres continues épidémiques, qui ne manqueront pas de la suivre , on ne doit pas attendre d’autres effets de l’usage du quinquina , que ceux que nous lui voyons produire aujourd’hui dans la pleurésie , la péripneumonie , Fesquinancie , et autres semblables fièvres inflammatoires , dans lesquelles , bien loin d’être utile , il est au contraire tout-à-fait pernicieux. Quoiqu’il en soit , si la Nature garde à l’avenir le même ordre qu’elle a gardé pendant les vingtquatre dernières années , les maladies épidémiques se succéderont les unes aux autres de la manière que nous avons dit.

58. Voilà à peu près , Monsieur , tout ce que inconvénient j’ai observé sur les maladies épidémiques des beaucoup années précédentes. Quant au rhumatisme surdaiiS le rllu‘'

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lequel vous m avez aussi consulte , je me suis souvent affligé avec vous, de ce qu’on 11e pouvait le guérir sans répandre beaucoup de sang ; d’où il arrive que non-seulement les forces du malade

4o Réponse de Thomas Sydenham

se trouvent épuisées durant un certain temps ; mais lencore que , s’il est d’un tempérament un peu faible , il devient , pendant quelques années , sujet à d’autres maladies : car , par exemple , s’il vient à avoir froid , l’humeur rhumatismale tombe aisément sur les poumons; et d’autres causes encore plus légères suffisent pour occasioner une maladie , à raison de la mauvaise disposition du sang qui a été appauvri par le grand nombre de saignées.

C’est ce qui m’a déterminé à chercher quelque autre méthode de guérir le rhumatisme , sans avoir recours à tant de saignées. Considérant donc sérieusement que cette maladie est inflammatoire, comme je l’ai déjà dit dans l’histoire des maladies aigues , et comme le prouvent les symptômes dont elle est accompagnée , et principalement la couleur du sang qui est absolument semblable à celui des pleurétiques , j’ai cru qu’on pourrait la guérir aussi sûrement par un régime simple , très-rafraîchissant , et médiocrement nourrissant, que par des saignées réitérées , et qu’on éviterait en meme temps les inconvéniens qu’il y a à beaupetit-lait suts- coup saigner dans cette maladie J’ai donc substitué utile- tué à la saignée l’usage du petit-lait pour la nour-

inent a la sai- . ° , , | 1 .

guée. riture des malades , et cela m a réussi.

Preuve par un 5q. L’été dernier, un Apothicaire de mon voiexempie. sinage , nommé M. Malthus , homme de probité et d’esprit , me fit appeler. Il était cruellement tourmenté d’un rhumatisme dont voici les symptômes : le malade boita d’abord de la hanche pendant deux jours , ensuite il ressentit à la poitrine une douleur gravative , avec une difficulté de respirer. Cette douleur se dissipa au bout d’en viron deux jours; mais elle fut suivie d’un violent mal de tète , puis elle se porta à la hanche qui

A Robert Brady.

avait souffert la première , ensuite elle parcourut alternativement presque toutes les articulations tant-dès bras que des jambes , suivant l'ordinaire du rhumatisme.

Comme le malade était très-faible , et d’un tempérament sec , je craignis de l’épuiser entièrement si je le faisais beaucoup saigner , d’autant plus que la saison étant avancée , il y avait toute apparence quil n’aurait pas le temps de reprendre ses forces avant l’hiver ; c’est pourquoi je lui ordonnai de ne vivre que de petit-lait pendant quatre jours ; et au bout de ce temps-là , je lui permis d’ajouter au petit-lait du pain blanc à dîner , c’est-à-dire une fois le jour , jusqu’à ce qu’il lut tout-à-fait guéri.

Il se contenta , pendant dix-huit jours , d’une nourriture si légère , si ce n’est que les derniers jours je lui permis de manger du pain blanc pour son souper. Il buvait chaque jour le petitlait de huit livres de lait , ce qui le nourrissait assez bien. Après ces dix-huit jours , comme il ne restait plus aucun symptôme , et que le malade commençait à prendre l’air , je lui permis de manger du poulet bouilli , et d’autres choses aisées à digérer. Je voulus néanmoins que , de trois jours l’un , il ne vécût que de petit lait , jusqu’à ce qu’il eût recouvré une santé parfaite.

De cette manière , il évita les inconvéniens dont j’ai parlé ci-dessus , et qi/il avait éprouvés , à son grand malheur ^jdix ans auparavant , lorsque je le traitai de la même maladie par des saignées réitérées.

60. Si quelqu’un méprise cette méthode , com- ta simplicité me trop simple et trop peu recherchée , je lui thodfue doit répondrai qu’il n’appartient qu'à de petits esprits Pa? la rendre de mépriser les choses , par la raison qu elles mtt)U abks

Réponse de Thomas Sydenham

sont simples et communes. D’ailleurs je suis bien aise d’etre utile au Public , même aux dépens de ma réputation ; et si les préjugés du vulgaire ne s’y opposaient pas , je ne ferais aucune difficulté d’appliquer cette méthode à d’autres maladies que je ne veux pas nommer présentement. Elle serait assurément plus utile aux malades que ce fatras de remèdes pompeux dont on accable mal à propos les mourans , comme des victimes que l’on couronne pour les immoler bientôt après (i).

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(i) Les vertus admirables du petit-lait ont paru à Hoffmann si dignes d’attention , qu’il a écrit exprès une dissertation sur ce sujet. Il observe que les Anciens faisaient grand cas de cette liqueur, et l’employaient souvent dans les maladies qui proviennent d’une âcreté des sucs , comme les ulcères du poumon , de la vessie et des reins , la lèpre , différentes éruptions cutanées , ulcérations des parties charnues , et obstructions des viscères , etc. ; ils l’ordonnaient souvent en grande quantité , et le faisaient continuer un temps considérable ; mais avec cette différence et cette précaution , que quand il ne fallait que nettoyer les premières voies , ils en donnaient moins, et seulement pendant quelques jours ; au lieu qu’ils en donnaient davantage et plus long-temps dans les maladies invétérées et opiniâtres.

Le même Hoffmann recommande le petit-lait dans la superpurgation , soit qu’elle ait été causée par des purgatifs violens , ou par un poison , dans le seorbut , dans toutes les maladies qui viennent ou qui sont accompagnées d’uue àcreté , ou d’une impureté des humeurs, dans l’affection hypocondriaque et hystérique , et dans le commencement de la dissenterie. Il ajoute que c’est un excellent laxatif dans toutes sortes de fièvres , dans la petite-vérole, la rougeole, et dans toutes les maladies accompagnées de fièvre , étant donné seul , ou avec la manne , le sirop de rhubarbe , la crème de tartre, le sel poîychreste , et autres choses semblables qu’on y fait dissoudre , suivant le besoin. Il règle la quantité suivant les circonstances; savoir, une chopine à prendre le matin en plusieurs fois , pour les personnes d’un estomac faible, et une pinte pour les personnes vigoureuses. Il veut quelquefois qu’on en prenne l’après-dîné , mais en moindre dose , et il règle la longueur du temps qu’on doit le prendre , suivant la durée et l’opiuiâtreté de la maladie.

Il observe que si on laisse le lait jusqu’à ce qu’il s’aigrisse, ou si ouïe fait aigrir en y mêlant un acide , le petit-lait qui en vient perd beaucoup de sa bonté et de sa douceur , et contracte une acidité qui le rend nuisible. Ainsi pour éviter ces inconvénieus , le même Auteur fait le petit-lait de la manière suivante ; il fait évaporer sur un feu doux jusqu’à siccité , une certaine quantité de lait frais , remuant toujours pour empêcher de brûler ; ensuite versant sur le résidu autaut d’eau qu’il s’est évaporé de lait , il fait bouillir cela ensemble pendant quelques minutes , et enfin fi passe la liqueur pour l’usage. Dissert, de Salub. scr. laçt. virtut. sparsirn.

a Robert Brady. 43

61. Les choses que Ton regarde comme les plus viles, et dont on ne fait aucun cas , peuvent opérer des guérisons merveilleuses entre les mains d’un Médecin habile et prudent. Voici un exemple qui le prouve bien , et que je vais rapporter , quoiqu’il n’ait aucun rapport à la maladie dont il s’agit maintenant.

Il y a deux mois qu’un homme de mon voisinage me fit appeler pour voir un de ses domestiques qui , dans un dépit amoureux , comme je l’appris ensuite , a fait avalé une forte dose de sublimé corrosif. Il y avait environ une heure qu’il avait pris ce poison , lorsque j arrivai auprès de lui. Déjà sa bouche et ses lèvres étaient fort enflées; il ressentait dans l’estomac une violente douleur avec une ardeur brûlante , il était extrêmement mal.

Je lui ordonnai sur-le-champ de boire à difféférentes reprises, mais le plus proptement qu il pourrait, douze pintes d’eau tiède, et que chaque fois qu’il vomirait, il recommençât à boire. J ordonnai aussi que, dès qu’on s’apercevrait, par les tranchées du ventre , que le poison prenait son cours par en bas, on donnât quantité de lavemens avec de l’eau tiède, sans y rienv ajouter. Le malade fit tout ce que je voulus , et il but encore un plus grand nombre de pintes d’eau que je n’avais ordonné. Les premières eaux qu’il revomit étaient extrêmement âcres , à cause de la quantité de sublimé corrosif dont elles étaient imprégnées ; celles qu’il rendit ensuite avaient toujours moins d âcreté chaque fois, jusqu à ce qu enfin elles n’en eurent plus du tout. Les tranchées qui survinrent furent adoucies par les lavemens d’eau tiède.

Une méthode si simple me réussit, tellement ?

Grands effets des choses les plus communes.

Exemple de cela.

44 Réponse de Thomas Svdenhvm

qu’au bout de quelques heures le malade fut hors d’affaire. Il lui restait seulement une enflure des lèvres avec des excoriations dans la bouche , causées par lacreté du poison , dont l’eau qu’il avait revomie était imprégnée ; mais par l’usage du lait que je lui fis prendre pour toute nourriture pendant quatre jours, ces symptômes disparurent bientôt.

Les ignorans donnent inutilement de l’huile en pareil cas. Pour moi , je préférai l’eiu à l’huile et à toutes les autres liqueurs , parce que , pouvant être avalée en plus grande abondance , elle me sembla plus propre à se charger des particules du sublimé corrosif, que toute autre liqueur plus grossière , ou déjà imprégnée des particules d’un autre corps.

62. Mais, pour revenir au rhumatisme, quoique l’usage du petit - lait pour nourriture convienne dans les jeunes gens et dans les personnes qui ont vécu sobrement , ce serait une imprudence de traiter de la sorte les gens âgés et ceux qui ont fait pendant long-temps des excès de vin et d’autres liqueurs spiritueuses ; car le petit-lait leur ruinerait l’estomac , et en rafraîchissant trop le sang, il disposerait à Fhydropisie. On doit, dans ce cas-là, employer la méthode que j’ai enseignée dans le Traité des Maladies aigues , section VI , Chap. V.

Néanmoins, depuis que j’ai écrit ce Traité, l’expérience m’a appris qu’il valait encore mieux , après avoir saigné deux fois, ou tout au plus trois fois, réitérer fréquemment les purgatifs, jusqu’à ce que les symptômes aient entièrement cessé , que d’employer la saignée pour tout remède : car la purgation suppléera à la saignée, et on pourra alors mettre en usage les narcotiques , dont autre-

a. Robert Brady.

ment il faudrait s’abstenir, quelque violente que fût la douleur, parce qu’ils fixent le mal, et empêclient qu’il ne cede si aisément à la saignée.

Les purgatifs qu’on emploiera dans le rhumatisme ne doivent' être que des léniîifs , comme tamarins, séné, rhubarbe, manne et sirop de roses solutif : il ne faut ni scammonée , ni jalap , parce qu’ils agitent trop le sang et augmentent les douleurs ; mais tous les soirs après l’opération du purgatif, on donnera une once de sirop diacode, un peu de meilleure heure qu à l’ordinaire.

63. Pendantla constitution présente, j’ai observ e Maladie par» une certaine maladie qui tantôt ressemblait au rhu- JXaaL îièmatisme, et tantôt à la colique néfréiique, par la vres iutcrmitdouleur cruelle qu’elle causait dans les lombes. ttûies* Comme cette maladie venait ordinairement à la suite des fièvres intermittentes , elle devait manifestement son origine à la matière fébrile qui se jetait sur les parties musculeuses du corps. Ainsi elle voulait être traitée de la même façon que la fièvre intermittente dont elle dépendait. Les saignées réitérées , et toutes les autres évacuations ne faisaient que l’irriter et mettre le malade en danger. C’est ce que j’ai cru devoir remarquer , afin que personne ne s’y trompât.

64. Voilà , Monsieur, ce que des observations exactes m’ont appris touchant les maladies sur lesquelles vous m’avez fait l’honneur de me consulter.

Je serai content si mon travail peut mériter votre approbation , et contribuer à l’utilité des autres ; du moins je me saurai bon gré d’avoir eu occasion de vous donner cette faible marque de la considération infinie avec laquelle je suis, etc.

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LETTRE

DE HENRI PAMAN,

A THOMAS SYDENHAM

.Monsieur,

V ous avez rendu im service insigne à la Médecine par votre Histoire des Maladies aiguës ; je la regarde comme un ouvrage achevé, parce qu’elle est fondée sur des observations exactes et des expériences certaines , et qu’elle est écrite avec toute la sincérité et la fidélité possibles. Ce n’est pas l’intérêt ou le désir d’une vaine réputation qui vous a mis la plume à la main , mais le noble motif d’être utile aux hommes. Pour moi, en vous donnant les louanges qui vous sont dues, je prétends vous engager à faire sur les maladies chroniques ce que vous avez fait si heureusement sur îes maladies aiguës : car vous rapportez exactement tous les symptômes de ces dernières, et vous marquez ce qu’il convient de faire dans les divers temps de la maladie. Rien de plus difficile néanmoins que d’écrire sur les Maladies aiguës , parce qu’elles durent si peu, que, si l’on manque l’occasion de donner les secours nécessaires , on ne la retrouve plus ensuite , et le malade périt sans ressource : au lieu que dans les maladies chroniques on a le temps d’examiner, de se retourner, et de prendre le meilleur parti.

Nous nous sommes souvent entretenusensemble

Let. de Henri Paman a Thomas Sydenham, 47

de cette honteuse maladie , que les Européens prétendent être originaire des Indes Occidentales , je veux dire du mal vénérien, que l’on peut regarder comme la juste peine de la débauche , et le fléau de l’impudicité. Celui qui souhaitait que cette vilaine maladie ne put être guérie qu’une seule fois, me paraît l’avoir souhaité, afin que les hommes fussent par là détournés du crime; mais, comme aujourd’hui la curation du mal vénérien est souvent abandonnée à des Charlatans , à des Barbiers et à quiconque veut s’en mêler, les malades se trouvent les victimes de ces prétendus guérisseurs qui , soit par intérêt, soit par ignorance, alongent si fort le traitement, qu’il devient pire que le mal, et font tellement souffrir les malades, qu’ils leur rendent la vie insupportable.

Vous m’avez promis , Monsieur, de donner quelque chose sur cette matière. Je vous somme de votre parole. Ayez la bonté de m’expliquer sincèrement quelle est la meilleure manière de traiter une si cruelle maladie. C’est assez que les malades soit châtiés de Dieu , sans qu’ils souffrent encore davantage de la part du Médecin. Le Public vous aura une obligation singulière , et moi je participerai en quelque manière à la gloire qui vous reviendra de cet ouvrage, puisque vous l’aurez publié à ma sollicitation. Je suis, Monsieur, avec un dévouement infini , etc.

A Lambeth , le 12 Février 1680.

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