‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 92 sur 156 · DE LA PETITE-VÉROLE · texte numérisé non relu

DE LA PETITE-VÉROLE

1. La petite-vérole est discrète ou confluente. Celle qu’on nomme discrète , commence par un froid ou frisson , qui est suivi d une grande chaleur , d’une douleur considérable à la tète et aux dos , d’envies de vomir , d’une douleur vers la fossette du cœur, et d’un assoupissement, quelquefois 'd’accès épileptiques , sur tout dans les enfans ; et si ces accès leur arrivent après qu’ils ont leurs dents , on peut assurer que la petitevérole paraîtra bientôt , c’est-à-dire que si un accès épileptique survient, par exemple, le soir, la petite-vérole paraîtra le lendemain matin , et sera ordinairement douce et bénigne , et très- r a-

rement confluente. Les adultes ont beaucoup de disposition aux sueurs , ce qui fait juger que leur petite-vérole ne sera point confluente.

2. Le quatrième jour , depuis le commencement de la maladie , quelquefois plus tard , rarement plus tôt, les pustules se manifestent, et alors les symptômes diminuent , ou cessent tout-à-fait. On aperçoit d’abord au visage, puis au cou , à la poitrine , et enfin sur toutes les parties du corps, de petites pustules pas plus grosses que des pointes d’épingle. Le malade sent alors une douleur de gosier , qui augmente a mesure que les pustules s’élèvent.

3. Vers le huitième jour , les intervalles des pustules qui étaient blancs auparavant, commencent à devenir rouges et à s’élever , ce qui est accompagné d’une douleur tensive ; les paupières grossissent tellement, qu on ne peut ouvrir les yeux. L’enflure des mains et des doigts succède immédiatement à celle du visage , dont les pustules qui , auparavant , étaient rouges et lisses , deviennent blanchâtres et inégales , ce qui est le premier signe de suppuration , et elles jettent un suc jaunâtre. L’inflammation du visage et des mains est alors au plus haut degré ; les intervalles des pustules sont d’un rouge vif, et ils le sont d autant plus que la petite-vérole est plus bénigne.

A mesure que la suppuration avance , les pustules du visage deviennent plus inégales et plus jaunes ; celles des mains et du reste du corps deviennent au contraire plus lisses et plus blanchâtres.

4. Le onzième jour la tumeur et l’inflammation, du visage diminuent , et les pustules ayant acquis une juste grosseur , qui est celle dun bon pois, commencent à se dessécher et à sen aller. Le

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quatorzième ou le quinzième jour elles disparaissent entièrement ; celles des mains durent un jour ou deux de plus , et s’ouvrent enfin ; celles du visage et de tout le reste du corps sen vont par écailles farineuses ; ces écailles laissent sur le visage de petits creux. Durant toute la maladie le ventre est entièrement constipé, ou du moins les selles sont très-rares.

5. La plupart de ceux que cette maladie emporte , meurent le huitième jour dans la petitevérole discrète, et le onzième dans la confluente. Car lorsque dans la petite-vérole discrète on excite les sueurs par des cordiaux et un régime échauffant , il arrive le huitième jour que le visage qui aurait dû être gonflé et enflammé dans les intervalles des pustules , se trouve au contraire flasque et blanchâtre , quoique les pustules restent rouges et élevées, même après la mort du malade; la sueur qui avait coulé jusqu’alors , disparaît tout d’un coup ; la frénésie survient avec des inquiétudes et des agitations violentes ; le malade est extrêmement mal , il urine souvent et peu à la fois , et il meurt au bout de quelques heures.

6. Les mêmes accidens , savoir , la fièvre , l’accablement , les inquiétudes , les envies de vomir , etc. , se rencontrent dans les petites-véroles confluentes , excepté qu’ils sont beaucoup plus violens . cependant le malade ne sue pas aussi promptement que dans la petite-vérole discrète. La diarrhée précède quelquefois l’éruption , et dure un jour ou deux apres; ce qui est rare dans la petite-vérole discrète. L’éruption se fait le troisième jour, quelquefois plus tôt, rarement plus tard. Quelquefois aussi elle est retardée par un fâcheux symptôme , comme par une violente douleur dans les lombes , qui ressemble à un

accès de néphrétique, par une douleur de côté, qui ressemble à celle de la pleurésie , par une douleur dans les membres , qui ressemble à celle du rhumatisme , ou enfin par une douleur d'estomac , qui est accompagnée de grands maux de cœur et de vomissemens.

7. Les symptômes ne diminuent pas aussitôt après l’éruption , comme dans la petite-vérole discrète ; mais ils durent encore plusieurs jours ensuite avec la même violence. Les pustules ressemblent tantôt à celles delà rougeole, et tantôt à un érysipèle , quoiqu’il soit facile de les distinguer. Elles ne s'élèvent pas comme dans la petite-vérole discrète ;« mais étant pressées les unes contre les autres sur le visage , elles le couvrent entièrement , comme ferait une pellicule rouge , et le tuméfient de meilleure heure que dans la petite-vérole discrete ; ensuite il paraît sur le visage comme une pellicule blanche qui n’est pas fort élevée au-dessus de la surface de la peau.

8. Après le huitième jour , la pellicule blanche devient de jour en jour plus rude, et prend une couleur brune ; on ressent à la peau une douleur plus vive ; et quand la maladie est violente , ce n’estqu’après le vingtième jour que la pellicule s’en va par de grandes lames. Plus les pustules appro-

Ichent de la couleur brune, à mesure qu’elles mûrissent, plus elles sont d’un mauvais caractère, etpluslentement elles s’en vont ; au contraire , plus elles sont jaunes, moins elles sont confluentes, et

Splus tôt elles disparaissent.

9. La pellicule blanche étant tombée , il ne reste aucune inégalitésur le visage; mais il paraît bientôt après des écailles farineuses d’une nature trèsî corrosive, et qui laissent sur la peau de grandes fosses, et souvent des cicatrices, Quelquefois lepb

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derme du dos et des épaules s'en va. On ne doit juger du danger de la maladie que par le nombre et la quantité des pustules du visage. Celles des pieds et des mains sont plus grosses que les autres, et à mesure qu’on s’éloigne des extrémités, on les voit plus petites et plus serrées les unes contre les autres.

10. Les adultes ont ordinairement une salivation, et les enfans une diarrhée, quoique cette dernière n’accompagne pas si constamment les petites-véroles confluentes. La salivation vient quelquefois dès que l’éruption commence , et d’autres fois deux ou trois jours après. La matière des crachats est d’abord claire et ténue, mais le onzième jour elle est épaisse, et ne sort qu’avec beaucoup de peine. Le malade est altéré, il a la voix rauque , il tombe dans une stupeur profonde , avec de grandes envies de vomir ; il tousse en buvant, et sa boisson revient par le nez. La salivation cesse le plus souvent vers ce temps-là , et le gonflement du visage diminue peu à peu, mais il ne doit cesser entièrement qu’au bout d’un jour ou deux. Dès que la salivation disparaît , les mains doivent se tuméfier considérablement, et demeurer assez long-temps dans cet état, sans quoi le malade périt immanquablement.

11. La diarrhée ne survient pas sitôt aux enfans que la salivation aux adultes. Dans les deux sortes de petites-véroles la fièvre est considérable dès le commencement de la maladie jusqu’à l’éruption , ensuite elle diminue jusqu’au temps de la maturation des pustules, après quoi elle cesse entièrement.

12. Le mauvais régime cause divers symptômes funestes , comme l’affaiblissement et l’aplatissement des pustules, la pleurésie, le coma , des

POUR GÜERIR LES MALADIES. joi

taches de pourpre dans les intervalles des pustules et a leur sommet de petites taches noires dont le rnd.eu est enfoncé, le pissement de sang et l’hémoptysie des le commencement de la maladie, la suppression d urine.

f -’te V* séParation de Ia matière morbifique se

, 1 ,I°lsrou filtre premiers jours, et c’est aJors que la fievre est plus violente. L’éruption se fait ensuite par le moyen d’une infinité de petits aboes qui couvrent la superficie du corps. 1

’4' Le J°ur cI“ P1 us grand danger dans les peùtes-veroles confluentes les plus ordinaires et où la matière morbifique est moins crue, c’est le onzième jour, en comptant dès le commencement de a maladie. Dans une éruption plus tardive , c’est e quatorzième; dans la plus lente, le dix-septième * quelquefois néanmoins , mais plus rarement , le malade meurt le vingt et unième jour. Entre le onzième elle dix-septième jour le malade ne manque jamais d avoir tous les soirs un fâcheux redou- Idem en t dans lequel il est fort agités

15. Quanta la cure, il faut tirer au malade neuf ou dix onces de sang l’un des trois premiers jours depuis le commencement de la maladie, et le faire ensuite vomir avec une once et demie d’infusion de safran des métaux.

16. Pendant ces premiers jours, il faut délaver le sang en buvant souvent de la pelite-bière“ houhlonnee , dans laquelle on mêlera l’esprit de

vitriol , jusqu’à ce que les pustules paraissent entièrement.

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