‹ Médecine pratiqueChapitre 109 sur 115 · Il y a une autre sorte d’érysipèle aui esî · texte numérisé non relu

Il y a une autre sorte d’érysipèle aui esî

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Autre espèce plus rare et qui attaque indifféremment dans tous les temps de l’année. Elle est ordinairement causée mes. par des excès de vins subtils et fumeux, ou de semblables liqueurs spiritueuses. Elle commence par une petite fièvre qui est suivie d’une éruption de pustules presque sur tout le corps ; ces pustules qui ressemblent à des piqûres d’orties , s’élèvent quelquefois en forme de petites vessies qui disparaissent bientôt après , se cachent sous la peau, excitent une démangeaison insupportable, et se montrent de nouveau dès qu’on les gratte tant soit peut (i).

(i) Les Praticiens divisent ordinairement l’érysipèle en deux espèces , savoir, le 'vrai ou simple , et le faux ou scorbutique.

Le premier cède aisément aux remèdes convenables internes et externes *, et il a son siège à la surface de la peau. Le second dure plus long-temps, et â cause du vice des liqueurs , il est situé plus profondément, est plus difficile à guérir , et dégénère facilement en ulcère malin ; c’est pourquoi on le sousdivise encore en érysipèle avec ulcération et en érysipèle sans ulcération. L’érysipèle avec ulcération est le pius dangereux , est soïfvent de longue durée , et se cicatrise difficilement.

La fièvre érysipélateuse est quelquefois idiopathique, ou maladie primitive; quelquefois sympathique, ou maladie secondaire. L’érysipèle symptomatique succède souvent à l’anasarque , à l’ascite, à un ictère invétéré , jaune on noir, et emporte bientôt le malade ; souvent aussi il se joint aux blessures des parties nerveuses; sur-tout du crâne et de ses membranes , et aux factures des os ; et dans ce cas-là il est dangereux. Hoffmann , Med. rat. Syst. torn. 4* part. i. p. 3o4. 3o5.

Cet Auteur observe , par rapport au pronostic , que l’érysipèle n’est pas dangereux quand il vient tout à coup , et sans causer beaucoup de trouble , que c’est dans un bon tempérament , qu’il n’attaque point une partie principale , ni les parties nerveuses ; et qu’au moyen d’une transpiration plus abondante et des remèdes convenables, l’enflure se dissipe successivement dans un jour ou deux, la chaleur et la douleur cessent , la couleur rouge se change en jaune , l’épiderme se déchire et s’en va par écailles , etla maladie se termine heureusement.

L’érysipèle est même quelquefois un signe de santé ; car on a vu d’autres maladies , particulièrement l’asthme convulsif, et la colique convulsive , èesser par un érysipèle qui leur succédait.

Mais lorsque l’érysipèle est grand , qu’il est situé profondément , qu’il survient dans un corps cacochyme , qu’il attaque une partie douée d’un sentiment exquis , il n’est pas sans danger ; alors la rougeur devient livide et noire,

De la Fièvre érysipélateuse.

4. Pour guérir ceüe maladie , je trouve qu’il y a trois indications à remplir, qui sont d’éva- CLier dune maniéré convetiable la matière pec- rérysipèie. cante qui est mélée dans le sang , d’appaiser par des remèdes rafraîchissans l’effervescence de ce liquide , de résoudre la matière qui , étant fixée dans la peau , cause la tumeur (i).

et aboutit bientôt à une mortification faneste , ou bien rinflammation ne pouvant se résoudre , tourne en suppuration , et produit des ulcères malins, des fistules , et la grangrène.

Dans les corps cacochymes , et dans les tempéramens en partie sanguins <?t en partie phlegmatiques , l’érysipèle laisse une enflure considérable au pied , en sorte quo la cheville paraît trois fois plus grosse qu’elle n’est naînrellement , et cette enflure s’en va très- difficilement. Ceux qui meurent de cette maladie , périssent d’ordinaire par une fièvre qui le plus souvent est accompagnée d’une difficulté de respirer ; quelquefois d’un délire , quelquefois d’uu assoupissement , et les malades ne vont guères au-delà du septième jour.

L’érysipèle devient extrêmement dangereux , et souvent mortel , quand il n’est pas bien traité. On l’a vu rentrer après que le malade avait pris un vomitif et un fort purgatif , d’où s’ensuivit une inflammation d’estomac , et enfin la mort. La saignée l’a fait aussi quelquefois rentrer , et l’a rendu vagu^ï et ambulant ; ce qui était très-incommode. Une autre fois ayant été répercuté à la jambe par un topique composé de camphre , de minium et de bol d’Arménie , il fut suivi d’uue violente lièvre , d’une insupportable douleur d’estomac , d’une grande difficulté de respirer , d’un vomissement bilieux , d'une perte de forces et d’appétit ; symptômes qui ne cessèrent pas jusqu’à oe qu’on eût rappelé l’érysipèle à l’endroit qu’il occupait d’abord , et cela par le moyen d’un vésicatoire , et par des antispasmodiques , et de doux sudorifiques donnés intérieurement.

Un érysipele à la tête ayant été traité par des répercussifs , des rafraîcbissans , des astringens , des applications trop spiritueuses , et des linimens avec le camphre , causa un vertige , une léthargie , une esquiuancie , ua délire , et une paralysie de la langue ; accidens qui ont souvent été funestes aux gens âgés et aux sujets scorbutiques. Les applications rafraîchissantes et huileuses , comme celles où entre le plomb , les linimens spiritueux , et ceux qui contiennent beaucoup de camphre , sont cgalemcut nuisibles dans l’érysipèle , et le font dégénérer en des ulcères d’un mauvais caractère , comme ou voit par Hlldanus , Cent. 1. Observ. 82 , Moinichen , Obseiv. 11 , p. 245. Timœus à Giildenklee , lib, 6 , cap. 28.

(i) Les indications curatives , selon Hoffiiiann , sont i.° d’entretenir la fièvre dans un état de moderation, c’est-à-dire , delà diminuer si elle est trop violente , et de l’augmenter si elle est trop faible ; 2.® d’adoucir l’humeur subtile et caustique qui est logée dans les parties nerveuses ; 3.^ de résoudre l’inflammation, et d’évacuer parfaitement la matière morbifique.

C’est une règle certaine dans la pratique , suivant l’observation du même

De la Fièvre érysipélateuse.

Voici comment je remplis ces différentes in-

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dications. Des la premiere lois que je suis appelé, j’ordonne une bonne saignée du bras; et le sang qu’on tire est presque toujours sembla-

auteur , que dans les fièvres aigues et accompagnées d’éruption , il faut toujours entretenir une douce moiteur , de façon que le sang se porte par un mouvement continu et uniforme à la surface du corps , et que la matière excrémentielle qu’il entraîne soit évacuée par les pores de la peau. Ainsi on doit faire la même chose pour l’érysipèle , tanta l’égard de tout le corps qu’à l’égard de la partie affligée ; parce moyen on adoucira la douleur, et on aidera beaucoup la résolution.

L’usage des topiques demande une extrême attention , de peur qu’ils ne nuisent , soit en répercutant l’érysipèle , soit en le changeant en ulcère. D’ailleurs , comme beaucoup de personnes ont une idiosyncrasie , c’est à-dire, une sensibilité particulière et individuelle , sur-tout à la peau , à raison de çe qu’elle est une partie nerveuse , il faut , à cause de cela , une circonspectien encore plus grande danà l’application des topiques dans les maladies de la peau , chaque personne ne pouvant pas supporter toutes sortes de topiques. J’ai souvent observé dans des érysipèles de la poitrine , continue le même auteur , que l’application d’un emplâtre innocent qui avait cent fois réussi en d’autres sujets , avait augmenté en peu de temps l’inflammation et la douleur , lesquelles diminuaient au contraire dès qu’on avait ôté cet emplâtre, Ainsi le plus sut est de n’appliqüer que des choses adoucissantes , comme les fleurs de camomille , de sureau , de mélilot , de fève , etc. , en forme de sachet , ou en poudre.

Mais si nonobstant l’usage des discussifs les plus efficaces , irïternes et externes , l’enflure subsiste , si la rougeur commence à se dissiper , et qu’il lui succède une couleur bleue , si la douleur est située plus profondément , si elle semble s’étendre au périoste , et que l’érysipèle tende à la suppuration, alors il faut avoir recours à des suppuratifs , mais qui en même temps puissent empêcher la putréfaction. Le diachylon simple où l’on ajoute suffisante quantité de camphre et de safran , et l’emplâtre de plomh de Barhette avec le savon , couvrant cela d’épithêmes halsamiques qui empêchent la corruption , sont des topiques fort utiles en pareil cas. Lorsque le pus est situé profondément , et occupe peu de place , il faut ouvrir la tumeur avec une lancette , et faire sortir la matière à diverses reprises , et non pas tout d’une fois ; mais de peur que l’abcès , sur-tout dans les endroits glanduleux , ne dégénère en ulcère fistuleux et malin , après l’évacuation du pifs , il faut y injecter une liqueur balsamique faite avec la teintnre de fleurs de millepertuis , l’essence de baume du Pérou et de myrrhe , et quelques gonttes d’huile de térébenthine.

Lorsque l’érysipèle est fort étendu et situé profondément , et qu’il menace delà grangrène, ce que l’on connaît par sa couleur qui tire sur le rouge-brun, et par la continuation des symptômes après l’éruption, alors, outre les remèdes internes qui arrêtent l’inflammation et la pourriture, comme le nitre, 4vac une petite quantité de camphre, il sera nécessaire d’appliquer fréquem-

De la. FlèVRE ÉRYSÏPÉLA.TELSE.

ble à celui des pleurétiques. Le lendemain , je fais prendre la potion purgative douce, dont je me sers ordinairement dans ma pratique ; et si le malade a été purgé un peu copieusement, je donne à l’heure du sommeil un remède calmant , par exemple, le sirop diacode dans l’eau de fleurs de primevère, ou quelqu’autre narcotique semblable.

Après la purgation , je fais fomenter la partie malade avec la décoction suivante.

Prenez racines de guimauve et de lis , de chacune deux onces ; feuilles de mauve , de sureau et de bouillon blanc , de chacune deux poignées ; fleurs de mélilot , sommités de millepertuis et de petite centaurée , de chacune une poignée \ graines

Chap. VI.

Fomeatatio»

émolliente.

ment sur la partie affligée des liuges en plusieurs doubles , trempés dans des liqueurs spiritueuses et fortifiantes , composées avec de l’eau de chaux , l’eaude-vie camphrée , le vinaigre avec la litharge, et où l’on mêlera aussi l’esseace de scordium et la myrrhe.

La saignée est quelquefois nuisible dans l’érysipèle , et quelquefois utile.

Si une fièvre érysipélateuse attaque des sujets pléthoriques , ou des gens ac’^ coutumes à boire des liqueurs spiritueuses, la saignée du bras convient dans le commencement de la maladie , parce qu’elle rend la circulation plus libre, et facilite l’éruption de la matière morbifique. Elle est beaucoup plus utile sî l’éiysipèle attaque la tête, parce quelle prévient des symptômes dangereux,' Quelquefois , au lieu de saigner, il est à propos d’appliquer des ventouses entre les épaules; mais après la saignée il faut toujours avoir soin 'd’entretenir une libre et égale transpiration.

Dans l’érysipèle scorbutique qui a duré long-temps, il faut employer des remèdes propres à purifier le sang , des laxatifs et des sudorifiques , purgeant d’abord pendant quelques jours, et ensuite donnant des sudorifiques et des diurétiques pendant quelque temps , et réitérant ces remèdes alternativement plusieurs fois. La boisson ordinaire du malade doit être une décoction adoucissante, faite de racines et de bois mucilagineux , avec des amers , comme la racine de chicorée et de dent de lion , et les raisins.

Pour empêcher le retour dangereux de cette maladie , le meilleur moyen est, après avoir préparé le corps par la saignée ou la purgation , ou par tous les deux , selon le besoin , de faire prendre des eaux minérales , avec un régim e convenable ; mais si eela est impossible , on pourra y substituer commodément la saignée, sur-tout au printemps et en automne ; la purgation , et les remèdes qui purifient le sang , avec un régime coavenabile quant aux aliœens, l’exercice , etc.

De la. Fièvre érvsipélateüse.

Sectxoïj Vi.

Mixture spintueuse.

lin et de fonugrec , de chacune demi-once : faites bouillir tout cela dans suffisante quantité d eau que vous réduirez à trois livres ; coulez la liqueur , et ajoutez sur chaque livre trois onces dl eau-de-vie .

On trempera clans cette liqueur un morceau de flanelle, et l’ayant exprinm , on l’appliquera chaudement deux fois le jour sur la partie malade. Après avoir ainsi fomenté cette partie , on se servira de la mixture suivante.

Prenez eau-de-vie , une demi-livre ; thériaque , deux onces ; poivre long et clous de girofle , tous deux en poudre bien fine , de chacun deux gros : mêlez tout cela ; et après y avoir trempé un papier brouillard , couvrez-en la partie malade (ij.

(i) La pratique d’aujourd’hui ne' s’accoinmode pas en pareil cas d’un re- ' mède si chaud et si violent , qui est plus propi'c à augmenter l’inflammation et la douleur , qu’à l’adoucir , du moins dans un érysipèle simple. Heister recommande une poudre digestive faite avec les fleurs de sureau , la racine de réglisse , la craie préparée , la céruse et la myrrhe, mêlées ensemble , en quantité égale , et auxquelles on ajoute un peu de camphre. On enferme cétte poudre dans du papier brouillard, ou dans un linge, et on l’applique chaude sur la partie malade. Il recommande aussi la poudre de Minsicht contre l’érysipèle , et eu vante l’efficacité.

Entre les remèdes liquides , il observe que l’eaU-de-vie camphrée seule , ou mêlée avec la thériaque et le safran , et appliquée chaude par le raoven d’un papier brouillard , ou d’une compresse de linge trempée dedans , fait merveille dans le cas présent ; et il dit , d’après sa propre expérience , que l’eau de chaux et l’cau-de-vie camphrée, mêlées ensemble, et appliquées de la même manière, sont un excellent remède. Heister, Inst, chirurg. Fart, i, Lit. 4. Cap. 6. p. 292.

Voici un exemple d’un érysipèle des plus violens et des plus étendus qu’on ait peut-être jamais vu. Unepersoune d’unnioyen âge, d’un tempérament chaud et bilieux , et un peu replète , ayant perdu pendant quelque temps l’usage d’un de ses bras , je ne me souviens pas pourquoi , on lui conseilla de le fomenter avec une liqueur chaude et stimulante , et d’y appliquer un liniment chaud et nervin pour lui rendre le mouvement ; mais dès qu’elle eut commencé l’usage de ces remèdes , qui toutefois ne la soulagèrent point , il survint au bras malade un érysipèle qui de là gagna l’épaule et un côté du visage , et s’étendit ensuite sur tout un côté du cou et du tronc , tant devant que derrière. Les parties affligées étaient si sensibles et si douloureuses , qu’elles ne fmuvaient souffrir la inoindre fomentation, quelque émolliente , et quelque

De la. Fièvre érysipélateuse.

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