Il me paraît aussi que le mouvement fébrile
(i) Dans les fièvres accompagnées d’éruptions , les désordres du pouls cessent entièrement , ou diminuent beaucoup lorsque l’éruption s’est faite aisément ; et dans la petite-vérole , la matière que coutiennent les pustules devient contagieuse au bout d’yn certain temps. Ainsi il y a lieu de croire <3ue c’est originairement la matière morbifique qui , tandis qu’elle circulait avec le sang , y causait cette grande agitation , conformément à l’idée, de notre Auteur.
DES ANIS^ÉES i66r , 62 , 63 , 64.
du sang ne tend assez souvent à autre chose,” qu’à procurer à ce liquide un nouvel état et une nouvelle disposition , et qu’un homme dont le sang est pur et fort bon, peut avoir la fièvre. En effet, on sait par de fréquentes observations, qu’elle survient à des corps d’ailleurs fort sains, en qui il n’y a aucune disposition morbifique , soit du côté de la pléthore^ soit du côté de la cacochymie, et en qui la fièvre ne saurait être occasionée 'par aucun mauvais air. Ces gensdà néanmoins en sont quelquefois attaqués lorsqu’il est arrivé quelque changement considérable dans l’air , la nourriture et les autres choses non naturelles, parce qu’alors leur sang travaille à acquérir un nouvel état et une nouvelle disposition qui soient conformes au changement d’air ou de nouriiture ; mais cette fièvre ne vient nullement d’une irritation causée par des particules vicieuses qu’on supposerait séjourner dans le sang(T).
Je ne doute pas néanmoins que la matière qui a coutume de se séparer du sang après le mouvement que la fièvre y a excité , ne soit vicieuse, quoiqu’auparavant le sang fût louable. Cela ne
Chap. IV.
(l) On ne -voit pas pourquoi le régime , l’air , etc. , ne pourraient pa# avoir déjà altéré le sang , avant que la fièvre commence. Il y a en tout ceci trop de spéculation sur les causes , avec lesquelles, et sur - tout avec les finales , la pratique n’a presque rien de commun. La théorie qui , en. se perfectionnant , nous développe les causes , nous découvrira apparem-' ment aussi l’usage qu’on en doit faire ; mais nous sommes encore bien loin de là. Le plus grand éloge qu’on puisse donner à celle de notre Auteur , c’est qu’elle paraît avoir été formée sur sa pratique , et y tendre entièrement. Au reste , la théorie n’est le plus souvent qu’une manière probable de raisonner et d’amuser une imagination inquiète qui vondiait qu’on lui fit toucher au doigt la manière dont les causes produisent leurs effets. Beaucoup de gens exigent trop des Médecins , en leur demandant des explications des choses ; mais souvent aussi ils se contentent de trop peu. Une métaphore frappante , uii ingénieux contraste de mots , c’en est assez pour les salisfaiie.
FxeVRE COTfTIlVUE
doit pas surprendre davantage, que la corruption et la puanteur que contractent certaines portions des alimens, ajirès quelles ont subi une altération considérable dans le corps, et quelles se sont séparées des autres 1 1 j.
.elt',."”'- r l'®"’ J® q”® la véritable
ve„,ont ü„ '«idioalion qn’on doit remplir dans cette maladie
Plwaîf' contenir le mouvement du sang dans des tjornes proportionnées au dessein de la nature • de telle manière que d’un côté ce mouvement ne soit pas trop grand , ce qui produirait des symptômes dangereux ; et que d’un autre coté 1 ne soit pas trop laible, ce qui empêcherait J evacuation de la matière morbifique , et rendrait inutiles les efforts que fait le san^j iiour acquérir un nouvel état. Ainsi, soit que la fièvre ait pour cause une matière étrangère qui irrite les fibres , ou le sang qui tend à quelque changement, i indication est toujours la même. Ces
principes étant établis, voici comment je traite la maladie fa).
it )’«' affaire à des sujets dont le sang
est faible i^3', comme il est ordinairement dans
Cas où «aignée Buisible.
(1) Tout cela a besoin detre vérifié par l’expérience, indépendamment
de I analogie ■
(2) La pratique , comme on voit ici , doit être réglée sur le degré de mouvement du sang ; et le mouvement du sang , comme on verra bientôt doit eüe regie sur les symptômes. Mais pomquoi ne pas régler tout de
symptômes, sans s’amuser à une hypothèse si dimci e a exp iquer et à établir .P Ceei doit être un bon averiissement à tous les Medeems de se tenir sur leurs gardes , puisqu’un si excellent Piattcten , et si ennemi de la specuiatiou , n’a pu s’empêcher de mêler d(tns sa pratique une hypothèse qui est plutôt une description figurée, qu un detail reel des mouvemens qu’il attribue à la nature , sans le prouver par aucune aulonté solide et tirée des faits.
(3) Qu est-ce que la faiblesse du sang ? et par quel signe sensible la reeoRname . Lsl-ce par le peu tie sétliment ? Quoiqu’il en soit , il fallait
du*‘moins'’‘’"™“'“f"‘.'’p donner la raison , on
ùw LiOiii§ GU appeler a l experience,
DES AMJÉES 1661 , 62 , 63 , 64. 27
les enfans , ou n’a pas une suffisante quantité d’esprits (i), comme dans les vieillards 2\ et meme dans les jeunes gens qui ont été long-temps malades, je m’abstiens de la saignée: car si je l’ordonnais en pareil cas, le sang qui est déjà trop faible, sans être diminué, ne pourrait absolument point se dépurer ; d’où s’en suivrait la corruption de toute la masse , et peut-être même la mort du malade* : comme lorsque la fermentation du vin ou de la bière vient à être arrêtée mal à propos, ees liqueurs prennent ordinairement une mauvaise qualité. En effet la nature ne peut plus supporter la présence des particules qu’elle a une fois commencé d’évacuer, et qui , quoiqu’elles fussent pures, tandis qu’elles é4aient distribuées également dans la masse du sang, sont devenues capables de se pourrir, et de corrompre les autres humeurs.
Je sais qu’il se trouve des malades qui , après avoir été épuisés par des saignées faites mal à propos, guérissent quelquefois par un usage convenable des cordiaux, et qu’on peut remettre le sang en état de se dépurer. Mais il valait mieux ne pas faire le mal, que d’être obligé à le guérir.
7. Au contraire lorsque j’ai à traiter des malades Cas où eîi§ dont le sang est spiritueux , comme il est d’ordb"''
^ (1) Voilà eucore uue chose qui, à ce que je crois, ne pourra iatnais etre rendue sensible,
(2) Les gens âges soutiennent souvent mieux la saignée que les autres, .epeudant la docinne-pratique qu’enseigue ici notre Auteur, est Ibrt bonne; mais u eut mieux fait de la fonder sur rexpérience , ou moms .-ur des raisonnemens sensibles qui en résultent immédiatement. Ainsi dans les enfans et dans les personnes épuisées par une maladie précédente , la partie rouge du sang est en moindre quantité, à proportion, de celle des autres tiuides , que dans les gens robustes et d’un âge fait , et leurs vaisseaux relâches ne compriment pas si fortement les liqueurs , et ne les changent pas si promptement en la partie rouge du sang ; c’est pourquoi ils u® supportent pas si bien la saignée.
Fièvre coimtinue
ÜjtCTXON I,
naire clans les jeunes gens vigoureux et d’un tempérament sanguin, je commence par la saignée ; car, excepté les cas dont je parlerai plus bas , on ne peut l’omettre ici sans danger: autrement Fébullition excessive du sang pourrait causer des pbrénésies, des pleurésies, et autres inflammations de cette sorte ; et de plus , sa trop grande abondance se ferait obstacle à elle-même, et empêcherait entièrement la circulation (i).
Quelle quan- g. Je fais tirer la quantité de sanef que je juge faut tirer. ncccssaire pour garantir le malade des accidens que j’ai dit pouvoir être causés par le mouvement immodéré de ce licpiide (2) ; ensuite je gouverne et je modère son effervescence, en réitérant ou en omettant la saignée, en faisant usage ou en m’abstenant des cordiaux, enfin en lâchant ou en resserant le ventre , suivant que je vois ce mouvement augmenter ou diminuer.
9. Après la saignée , quand elle me paraît nécessaire dans les cas mentionnés ci-devant , je m’informe soigneusement si le malade n’a point vomi, ou n’a point eu des envies de vomir, au commencement de la fièvre. Si je trouve qu’oui , je ne manque pas alors d’ordonner un émétique, à moins que le malade ne soit trop jeune , ou trop faible pour cela. Il est tellement nécessaire de donner un émétique , lorsqu’il y a eu d’abord des envies de vomir, que si on névacue pas Fhu-
Eii quel cas le vomissement est nécessaire , ou ne l’est pas.
(1) Il eût fallu certainement décrire d’abord la maladie qui doit être traitée , et cela en donnant un détail exact des symptômes. Il est vrai qu’une personne d’un tempérament vigoureux ne peut guère avoir la fiè- Tre sans qu’il soit besoin de saignée ; mais le dénombrement des symptômes précédons et actuels aurait éclairci et conürmé admirablement cette doctrine , comme on voit par le petit nombre des symptômes conséquens qui sont rapportés.
(2) Il aurait été nécessaire de spécifier en particulier en quoi consiste ce mouvement" inunodéfé.
Chap. iV.
DES ANNÉES iG6i, 62, 63, 64* ^9
meur c[ui les cause, elle sera la source -de mille accideiis fâcheux qui, durant tous le traitement, embarrasseront extrêmement le Médecin, et mettront le malade en grand danger.
Un des ])rincipaux et des plus ordinaires de Dianhee ces accidens, c’est la diarrhée qui survient après la fièvre, lorsqu’on a manqué de donner à temps les vomitifs; car dans le progrès de la fièvre, l’humeur âcre et nuisible qui séjourne dans Testomac, étant un jjeu digérée par la nature, et continuellement poussée dans les intestins, elle les ronge de telle sorte qu’il s’ensuit nécessairement un cours de ventre (i). J’ai observé néanmoins Eiienesur-
•1 iir*\ 5 1 vient pas tou-
dans les nevres inrlammatoires , qu on regarde or- jours dansie* dinairement comme malignes , que lorsqu’on a manqué de donner un vomitif, quoiqu’il y eut au commencement des envies de vomir, la diarrhée ne survient pas toujours comme dans la fièvre dont-il s’agit maintenant. Mais nous traiterons cet article plus an long dans la suite (2).
JO. Le danger de cette diarrhée consiste en ce Danger de qu’elle augmente la faiblesse du malade déjà affaibli parla maladie ; et ce qui est encore pis, c’est qu’elle empêche entièrement la dépuration critique du sang, laquelle devait se faire dans le déclin du jour.
1 1 . Or , pour s’assurer que l’humeur nuisible qui Elle s’arrO« séjourné dans 1 estomac, prodüit cette diarrhée par «u toquand on. ne l’évacue pas par le vomissement , il n’y a qu’à examiner ce qui s’est passé , et 011 trouvera presque toujours que les malades, en qui la diarrhée accompagne la fièvre , ont eu des
(i) C’est assurément une raison suffisante pour donner un vomitif j «nais elle est du moim aussi forte pour donner ua purgalif.
(i) Voyez plus bas, num. xi, 5o. 5i,
3 O Fièvre continue .
envies de vomir au commencement de la maladie,
Sectiojs 1. , , . , , , . . ^ ,
et qn on ne leur a point donne de vomitif (i). On trouvera aussi que nonobstant que (es envies de vomir soient passées depuis long temps , la diarrhée cessera pour l’ordinaire dès qu’on aura Et non pardonné un voiuitif, pourvu que le malade puisse
lés â.£triXl^C213* 1 • -|r^ • 1 ^ "11
le soutenir. J ai souvent observe que quand le cours de ventre a une fois commencé , les astringens internes ou externes servent de peu ou de rien du tout pour l’arrêter (ol).