CHAPITRE V
Fièvres intermittentes des années 1661,62, 63, 64.
Chap. Y.
Trois temps dans les lièvres
I. ,N^ous avons dit auparavant que la constitution de ces années-là produisit des fièvres intermittentes de toutes les sortes. Ainsi je vais donner les observations que je fis alors avec soin sur ces fièvres; j y ajouterai ce que j’ai observé sur un petit nombre d’intermittentes sporadiques qui ont paru depuis ce temps-là, afin de n’étre pas obligé d’interrompre le fil de mon discours, lorsque je donnerai l’histoire des années suivantes.
2. Pour avoir au moins quelque idée de la nature et du caractère des fièvres intermittentes dont intermittentes, il s’agit ici, il faut considérer trois différens temps dans leurs accès : le temps du frisson ; 2.^ le temps
de l’ébullition ; 3.® le temps que j’appelle de la despuination. Disons quelque chose de chacun de ces trois temps.
Le frisson vient, à mon avis, de ce que la matière fébrile qui a été mal travaillée et mai assimilée avec le sang, étant devenue non-seulement inutile, mais encore nuisible à la ]\ature , elle la fatigue et l’irrite ; d’où il arrive que celle-ci voulant en quelque façon se délivrer de ce qui l’incommode , excite dans le corps un frisson et un trémblement, comme pour marquer l’horreur dont
Dcscriptloa du premier temps.
car il est beaucoup plus exact daus les traités suivans , où l’ou trouvera d’ordiuaire une juste et entière description de la maladie d’ont il s’agit , un detail circonstancié de ses symptonies ordinaires et extraordinaires , et des méthodes de pratique sûres et judicieusement adaptées aux. divers cbangcmens f|ui lui arrivent.
Fièvres intermittentes
Bescriptlou
du
second temps
elle est saisie : c’est ainsi qu’une potion purgative Section I. prise uiie personne delicate, ou bien un
poison avalé par niégarde, cause aussitôt le frisson et d’autres symptômes de ce genre.
3. La nature étant donc irritée de la sorte, et cherchant à se débarrasser de son ennemi , elle a recours à la fermentation qui est le moyen ordinaire dont eile se sert dans les fievres et dans quelqîies autres maladies aiguës , pour délivrer le sang de la matière peccante qu’il contient: car, au m uyen de cette effervescence , les particules nuisibles qui étaient séparées les unes des autres , et melées egalement dans toute la masse du sang, commencent à se réunir en quelque manière; par conséquent , elles peuvent plus aisément être atténuées , et devenir propres à la despumation.
Cette despumation est si importante, que ceux qui meurent pendant l’accès des fièvres intermittentes , meurent dans le temps du frisson ; car , s’ils vont jusqu’au temps de l’effervescence , ils réchappent du moins pour cette fois. Or, durant ces deux premiers temps , les malades sont en danger.
Descriptioii Eusuite viciit la despumation, pendant laquelle tous les symptômes s’adoucissent d’abord, et enfin disparaissent entièrement. Par le terme de despumation ^ je n’entends autre chose que l’expulsioii ou la séparation de la matière fébrile atténuée et comme vaincue; et dans cette action, il se sépare des parties subtiles et des parties grossières , de même que dans les autres liqueurs.
4. La fièvre ayant donc cessé, voyons comment Faccès revient ensuite. C’est que toute la matière fébrile, n’ayant pas encore été expulsée , elle se manifeste de rechef au bout d’un certain temps plus ou moins long, suivant la différence des
D’où vient le retour de l’accès.
i)£s anisi<:es i66i , 62, 63, 64. 67
types j et irritant de nouveau la nature , cause les mêmes symptômes que nous avons expliqués auparavant.
5. Si l’on me demande maintenant pourquoi ce foyer , qui , ayant résisté à l’ébullition précédente, est demeuré dans les premières voies pour causer ensuite de nouveaux troubles, et par conséquent n’a pas été e^xpulsé avec le reste de la matière peccante , ne garde pas les mêmes périodes dans toutes les fièvres intermittemes , et a besoin tantôt d’un , tantôt de deux, tantôt de trois jours pour se mûrir et pour exciter un nouvel accès ; si, dis-je, on me presse là-dessus , je répondrai que je n’en sais rien du tout : et je ne crois pas non plus que personne ait découvert la raison d’un tel phénomène.
Je n’ambitionne pas le nom de Philosophe ; et quant à ceux qui se flattent de mériter ce titre, et qui me blâmeront peut-être de n’avoir pas essayé de pénétrer dans ces mystères, je les prie de vouloir bien , avant que de condamner les autres , m’expliquer certaines opérations de la Nature qui sont communes et ordinaires. Par exemple , je leur demanderais volontiers d’où vient qu’un cheval arrive à sept ans à son plus grand accroissement, et un homme à vingt et un ans ? D’où vient qu’entre les plantes, les unes fleurissent au mois de Mai, les autres au mois de Juin , et d’autres en d’autres temps , pour ne rien dire d’une infinité d’autres choses (r) ?
Chap. V.
(1) S’amuser à rechercher les causes efficientes ou matérielles des choses de la nature , est certaiuemeut une occupation de.s plus inutiles , et on ne saurait plus mal employer les facultés de son entendement. Comme ces causes passent de bien loin la poi’tée de nos sens , nous ne pouvons manquer de nous égarer dans cette recherche ; et quand nous viendrions à bout de les' découvrir , il y a apparence qu’elles serviraient plutôt à contenter une vaine curiosité , qu’à nous procurer q[uelque Yériuble utilité. iSie serait il pas plus