‹ Médecine pratiqueChapitre 30 sur 115 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

Fièvres intermittentes

Sec ION I savans hommes n’ont pas de

ECTioN , j^onte d’avouer ouvertement leur ignorance dans

ces sortes de choses , je ne vois pas qu’on doive me blâmer si je n’entreprends pas d’expliquer une chose qui n’est pas moins difficile , et qui est peut-être entièrement inexplicable , étant trèspersuadé , comme je suis , que, dans la production des fièvres intermittentes , de même que par-tout ailleurs, la IN^ature suit une méthode et un ordre certain. Car la matière de la fièvre cjuarte et de la fièvre tierce n’est pas moins soumise aux lois de la Nature , et n’est pas moins gouvernée par elle que tous les autres corps.

Description 6. Toutcs Ics fièvrcs intermittentes commen-

des symptô- .I’t - r • . .

nies et des es- ccut ci Ordinaire avec un irisson et un tremblepèces particu- meut aiiouel succède une chaleur qui est suivie Très intermit- d’uD.e sueur. Dans le temps du froid et dans |€fttes. celui de la chaleur , le malade a des envies de vomir ; il se trouve fort mal , il est altéré , sa langue est sèche , etc. Tout ces symptômes disparaissent à mesure que la sueur augmente; et quand elle soit abondamment , l’accès finit (i).

sage de nous en tenir à la volonté et au bon plaisir du Créateur , sans prétendre vouloir pénétrer des mystères qu’il a couverts d’un voile impénétrable, et de nous appliquer à remarquer les effets et l’action des causes pour en tirer des règles de pratique , lesquelles étant appuyées sur un si solide fondement , et d’ailleurs appliquées judicieusement , et variées suivant les circonstances particulières , pourraient servir à nous conduire d’une manière sûre dans la plupart des occasions.

Si la plupart des Médecins , par exemple , qui ont mis inutilement leur esprit à la torture pour découvrir les causes éloignées et secrètes des effets simples et sensibles , n’avaient eu que ce but et oette vue dans leurs recherches , quel riche fond de connaissances utiles n’auraient-ils pas amassé pendant ce temps-là ? C’est une chose étrange , que durant un si long espace de temps ils n’aient pas compris qu’ils n’étaient nullement capables de recherches si sublimes, et que toutes les connaissances certaines et vraiment utiles qu ils pouvaient jamais se flatter d’acquérir , devaient être uniquement le fruit da l’obsei-valion et de l’expérience , tout le reste étant sujet à des disputes éteraelles , comme n’existant que dans l’imagination.

(i) Comme la maladie est ici décrite très-imparfaitement , nous donnerons

DES AJN'Nl^ES î66l, 62 , 63 , 64* 69

Le malade se trouve ensuite assez bien, jusqu’à ce que l’accès revienne au temps ordinaire ; savoir, toutes les vingt-quatre heures dans la fièvre quotidienne , de deux jours Fun dans la fièvre tierce, de trois jours l’un dans la quarte , en comptant depuis le commencement de Faccès jusqu au commencement de 1 accès suivant.

Ces deux derniers genres de fièvres ont assez souvent des accès doubles ; en sorte que la tierce attaque tous les jours, et la quarte deux jours de suite , ne laissant que le troisième de Fion. Quelquefois même elle revient trois jours de suite, et alors c’est une triple quarte , parce qu’elle tire son nom du type qu’elle a pris d’abord.

7. Cette multiplicité d’accès est produite quelquefois par une abondance et une activité excessive de la matière fébrile , et alors Faccès secondaire dévance le principal. D’autres fois elle vient d’un épuisement causé par des remèdes trop rafraicliissans ou des évacuations trop copieuses, qui ont jeté le malade dans une extrême faiblesse, et ont trop diminué la violence de Faccès précédent. Dans ce cas-là Faccès secondaire arrive plus tard que le principal , il est moins violent , et dure plus long-temps.

CiiAi*. Y.

D*où vient la multiplicité des accès.

un détail pins exact et plus circonstancié des symptômes , qui sont : pesanteur du corps , mal de tête, douleur dans les meiabres et dans les lombes , pâleur du visage , froid des extrémités , bâillement , extension , et souvent secousse violente ; pouls petit et lent, soif, envie de vomir, et quelquefois vomissement de matière bilieuse. Dans le cbaud de la fièvre , chaleur de tout le corps , rougeur et tension de la peau , pouls fort et fréquent , veille , respiration courte , et quelquefois rêverie , urine haute en couleur, sans sédiment. Ces symptômes diminuent peu à peu , et il vient une sueur universelle qui termine bientôt l’accès , lequel dure ordinairement dix ou onze heures , et quelquefois vingt , suivant la diversité des terapérameiis et la nature de la cause morbifique. Le malade est indisposé le jour suivant , se trouve froid , et frissonne aisément ; sou pouls est petit et lent, son urine pâle et épaiss« , avec un sédiment pu un nuage suspendu dans la liqueur.

Fièvres intermittentes

' Dans les premiers cas , Torgasme de la matière icxiow . n’attend pas le temps ordinaire du retour

de l’accès, et par conséquent l’évacuation de cette matière s’opère plutôt. Dans le second cas, le sang n’ayant plus assez de force pour se débarrasser de la matière fébrile dans un seul accès, il en produit un nouveau , afin d’expulser les restes de cette matière. C’est peut-être même par ces deux causes contraires c[ue les accès des fièvres intermittentes ordinaires et régulières, anticipent le temps accoutumé , ou arrivent plus tard ; et cela se voit souvent dans les fièvres dont les accès durent vingt-quatre heures entières.

EièYres 8. Les fièvrcs intermittentes sont les unes de printemps et les autres d’automne: car, quoiprintemps, ou qu’il en paraissc quelques-unes dans les autres

a automne. ^ n

saisons , neanmoins , comme elles sont moins fréquentes, et qu’elles peuvent se réduire à celles du printemps ou de l’automne , dont elles sont les plus proches, je les comprendrai toutes à cause de cela , sous les deux genres de fièvres de printemps et de fièvres dÜ automne.

Le temps où elles régnent principalement sont les mois de Février et d’Aoùt ; cependant elles se font sentir quelquefois plus tôt, et quelquefois plus tard , suivant qu’il y a dans l’air plus ou moins de disposition à les produire ; et de là vient aussi qu’elles sont plus ou moins épidémiques. C’est de quoi nous avons un exemple sensible dans les fièvres intermittentes d’automne de l’an i66i ; car je me souviens que cette annéelà, une femme de mon voisinage eut un premier accès de fièvre quarte le propre jour de la St.-Jean. Plusieurs autres personnes furent attaquées vers ce temps-là de fièvres intermittentes qui devinrent ensuite épidémiques. Et cela prouve

DES ANNEES l66l , 62 , 63 , 64. 7I

bien qu’il y avait dans la température de l’air une grande disposition à produire ces maladies, lesquelles devenaient plus fréquentes à mesure que l’année avançait.

Q. La distinction que ie fais des fièvres intermittentes , est si necessaire , que , si on ne 1 a rent essentieu continuellement devant les yeux dans la pratique, lement. on ne pourra faire aucun pronostic certain sur leur durée, ni ordonner un régime salutaire conformément à la saison de l’année et à la nature de la maladie. Il est vrai que les fièvres des deux saisons ont entre elles quelque ressemblance , soit à l’égard du premier accès qui commence d’abord par le frisson , produit ensuite la chaleur , et se termine par la sueur; soit à l’égard de la différence des types , y ayant des fièvres tierces au printemps et en automne. Je ne doute pas néanmoins que ces deux sortes de fièvres ne soient essentiellement différentes.

lo. Et pour parler d’abord des fièvres inter- intermittentes du printemps , elies sont presque toutes pimtemps ; ou quotidiennes ou tierces , et elles attaquent

1 ^ \ 1 i'' • iiT/’- leurs progrès,

plus tôt OU plus tard , suivant la diilérente disposition de la saison. En hiver , les esprits étant concentrés par le froid , se fortifient ; ensuite la chaleur du printemps les met en modvement.

Et comme iis se trouvent mêlés parmi des humeurs visqueuses que la Nature durant l’hiver a accumulées dans la masse du sang , quoique ces humeurs soient encore moins visqueuses que celles qui ont été desséchées et épaissies par les chaleurs de Tété , et qui causent les fièvres d’automne ; les esprits , dis-je , se trouvant embarrassés et comme emprisonnés dans des humeurs visqueuses, font effort pour s’en dégager , et , par cet effort j produisept l’ébullition qui arrive

Fièvhes iîttermîttentes

SüCïXOüï Is

dans les fièvres du printemps. C’est ainsi que , si on approche du feu des bouteilles pleines de bière , et qui ont été long-temps gardées dans le sable ou dans une cave froide, la liqueur bouillonne aussitôt , et cherche à s’échapper.

Le sang, agité de la sorte, travaille à se dépurer, et, par le secours des esprits qui sont de nature volatile , il en vient assez promptement à bout, à moins qu’il ne soit surchargé de sucs visqueux qui retardent la fermentation commencée. Quoiqu’il en soit , il est rare que la fermentation du printemps soit continue , et aille d’un même train ; mais elle se partage d’ordinaire en divers accès : car , comme le sang se

trouve alors abondamment fourni d’esprits vigoureux , la Nature entreprend avec précipitation son ouvrage , et , par des accès particuliers , se débarrasse entièrement de certaines portions de la matière morbifique , avant que d’opérer une séparation générale.

Peu de fié- Voilà , à mon avis , pourquoi au printemps ^

^rres continues . ' i n ^ • ^*1

m printemps, ct suE-tout vcrs la lin de cette saison , il y a peu

^ de fièvres continues, à moins que la constitution

ne soit épidémique. Car les fermentations qui se font alors , s’arrêtent tout- à-coup , ou bien ont des interruptions, ou enfin les parties de la matière peccante qui sont plus disposées à se séparer de la masse du sang, s’en séparent a\’ant le temps , et se jettent avec violence sur d’autres endroits : d’où s’en suivent bientôt des esquinancics , des péripneumonies , des pleurésies, et d’autres maladies dangereuses qui se montrent sur-tout à la fin du printemps.

Fièvres inter- jj remarqué que les fièvres intermittentes

rnittentesdu , . ^ r ^ i i i

priutemiis x'a- du printemps ont ete tort rarement de ionguedu- ^ ont toujours été saliitaires 5 ce qui me fait

DES ÆNNÉEs i66i , 62 , 63 , 64- ^3

croire que même dans les vieillards et les personnes les plus délicates , elles ne sauraient presque être mortelles , quand même elles seraient traitées par le plus ignorant médecin , pourvu qu’il fût bon* nête homme. J’ai cependant vu des fièvres tierces de printemps qui , parce qu’on avait saigné et purgé mal à propos , et que le régime qu’on employait ne convenait pas , ont duré jusqu’au commencement de celles d’automne ; car, comme ce tempslà est fort contraire à la nature des fièvres tierces du printemps, il lesfait cesser aussitc)t. Cependant les malades sont tellement affaiblis par le grand nombre et la durée des accès, qu’ils semblent ne pouvoir en revenir; et néanmoins je n’ai pas observé jusqu’à présent qu’aucun en soit mort»

12. Je n’ai jamais vu non plus dans les conva- Quelquefois lescents ces fâcheux symptômes qui , comme nous

dirons ci-après , viennent à la suite des fièvres intermittentes d’automne qui ont duré long-temps; je veux dire l’inflammation mortelle des amygdales ^ la dureté du ventre , l’hydropisie, etc.; mais j’ai vu plus d’une fois que des malades réduits à la dernière faiblesse par la longueur de la maladie , par le grand nombre des accès , et , pour comble de malheurs, par des évacuations réitérées , ont été attaqués de manie , sitôt qu’ils ont commencé à se mieux porter, et que la manie cessait à mesure que les forces revenaient,

13. Les fièvres intermittentes d’automne sont Fièrres inteu? bien différentes de celles de printemps. Il'‘ibord ,

quant à la fièvre tierce, quoique dans les années quefois daoge* où elle n’est pas épidémique et où elle attaque les personnes saines, elle dure quelquefois très-peu, et n’a pas d’autres symptômes que ceux de la tierce du printemps ; néanmoins , lorsqu’elle est épidémique et qu elle attaque des gens âgés , ou d’un

Fièvres intermittentes

mauvais tempérament , elle n’est pas sans danger ;

Section . (Jyre même deux ou trois mois , et peut aller

jusqu’au printemps suivant.

Mais les fièvres quartes sont bien plus dangereuses et bien plus opiniâtres que les tierces. Car, lorsqu’elles attaquent des gens âgés, elles les enlèvent quelquefois dans peu d’accès; et alors les malades meurent le plus souvent dans le frisson , c’est-à-dire au commencement de l’accès. Si le malade est seulement à l’entrée de la vieillesse, il risquera moins d’être enlevé dans les preiîiiers accès ; mais il ne guérira guère que l’année suivante, et vers le temps auquel il a commencé d’être attaqué. Quelquef ois aussi la maladie demeure incurable, et jette dans une langueur qui ne finit que par la mort.

Fâciieux i/j. La fièvre quarte change de temps en temps aon^FaTè^re dc form,e , et produit plusieurs symptômes funestes, quarte scorbut , la dureté de ventre , riiydro-

est suivie. . . ^ i ^ i

pisie , etc. Les jeunes gens sont plus en état de soutenir cette maladie, et ils en sont quelquefois délivrés vers le solstice d’hiver; mais plus souvent ils n’en sont quittes que vers l’équinoxe du printemps, ou même l’automne suivant, après qu’ils ont été saignés et purgés. J’ai souvent vu avec surprise de petits enfans au berceau qui , ayant eu cette maladie pendant six mois entiers, en sont heureusement réchappés.

Eiiedurepeu T 5. Il cst boH dc remarquer ici quc , de quclquc quand elle re- OU dc quelciue tempérament que soit la per-

«onde fois, sonne attaquée de fievre quarte , si elle vient à en être reprise dans quelque autre temps de la vie que ce soit, même dans un temps fort éloigné de celui auquel elle en a été attaquée la première fois , la maladie ne sera pas fort longue cette seconde fois,

DES ANÎs'ÉES t66l , 62 , G3 , 64. 7^

et se terminera d’elle-même après un assez petit nombre d’accès (i).

16. Pour ce qui est de la curation des fièvres Curationdes inîermittentes du printemps , j ai toujours cru ^ittentes du qu’il fallait les abandonner à elles-mêmes, et ne

rien faire du tout, puisque jamais personne, que je sache, n’en est mort; et qu’au contraire, ceux qui ont voulu les faire passer, sur-tout par des remèdes évacuans , n’ont eu d’autres succès que de les rendre plus opiniâtres et plus rebelles (2). Toutefois, si le Médecin est obligé de céder aux importunités et à l’impatience du malade qui veut absolument des remèdes, il pourra traiter ces sortes de fièvres de différentes manières, et avec succès, comme je l’ai appris par de fréquentes observations.

1 7. Un vomitif donné à propos , c’estdi-dire , de façon qu’il puisse avoir opéré avant l’accès , a quelquefois parfaitement réussi; principalement si 00 fait prendre une dose médiocre de sirop diacode ou de quelque autre narcotique, après l’opération du vomitif, et immédiatement avant l’accès.

D’autres fois la maladie se guérit par les diapho- Ou par retîques, lesquels augmentent la sueur c|uiaconi- ticpes. mencé dans l’accès. Pour cela, il faut tenir le malade bien couvert dans son lit, et le faire suer autant et aussi long-temps C[ue ses forces le permeîtent. Cette méthode a souvent réussi dans les fièvres intermittentes du printemps , sur-tout dans lescjuo-

Eiïes sont quelquefois guéries par uu.

vomitif.

(1) Cette observation est contredite par l’expérience.

(2) En général , les fièvres iuterroitlentes du printemps ne sont pas dangereuses, et on peut les abandonner à elles-mêmes ; cependant il est qnelqnelbis necessaire d’y faire des remèdes , autrement elles durent long-temps dans certains tempérameus , et produisent d’autres maladies opiniâtres. II est remarquable qu’elles se guérissent d’ordinaire par des évacuans, comme les vomitifs, les laxatifs, les sudorifiques, les vésicatoires, et quelqueiois la .«îaignée. Ainsi il est étonnant que notre Auteur condamne cette metbode , tandis que dans l’arûcle suivant il ia donne comme benne et avarütagcusc.

7^ Fièvres intermittentes

maMMuatetLs rssmc, • * 1 * i i

*7c r~ tifliennes. Car , comme les humeurs ne sont pas lort épaisses dans cette saison , la crise qui, sans cela , aurait été imparfaite , devient alors parfaite , ce qui n’arrive jamais en automne.

Ou^par des J’ai même quelquefois guéri des fièvres tierces, emem. donnant un lavement dans les jours d’intermission, durant trois ou quatre jours.

i8. A^éanmoins si , pour avoir trop saigné(i), ( à quoi la saison porte aisément les Médecins peu circonspects) ou si , à cause de la faiblesse antérieure du malade , les esprits qui devraient produire la dépuration, sont appauvris et sans vigueur, il peut arriver que les fievres intermittentes du printemps, quoiqu’on ait mis en usage toute sorte de remèdes, soient aussi longues que celles d’automne. Mais cela ne leur est pas ordinaire ; car elles se terminent d’elles-mêmes, ou bien on les guérit facilement avec peu de remèdes.

Description ip. Lcs fièvECS intermittentes d’automne ne sont îermittenter si traitablcs. Il faut en dire maintenant quelque d'automne, chosc. Si la coostitution de l’automne est épidémique , elles ont coutume de commencer vers le milieu du mois de Juin ; sinon elles attendent le mois d’Août et le commencement de Septembre. Elles sont plus rares dans les mois suivans.

Lorsqu’il en survient un grand nombre tout à la fois , on pourra observer que leurs accès viennent le plus souvent à la même heure du jour, et c|u’ils avancent ou retardent précisément de la

(i) Souvent il n’est point nécessaire de saigner du tout ; néanmoins la saignée peut être utile quand la lièvre intermittente ressemble dans son commencement à une continue , et qu’elle est accompagnée de grande chaleur , de délire, que le malade est jeune , d’un tempérament sanguin, et accoutumé à boire beaucoup de vin; mais lorsque l’estomac est chargé d’impuretés, que ie malade n’est pas pléthorique , la saignée est nuisible , parce qu’elle empêche les évacuations salutaires qui se feraient par les pores; ce qui rend la maladie plus longue et plus opiniâtre , comme l’expérience le prouve.

Chap. V.

DES ANNÉES i66r ,62, 63 , 64. 77

meme façon. Seulement il peut arriver que cet ordre soit dérangé dans certains sujets par des remèdes capables d’avaneer ou de retarder les ' accès.

20. Il faut encore remarquer que dans les fiévres intermittentes , sur-tout les épidémiques d’automne, il n’est pas facile de bien distinguer leur type les premiers jours , parce qu’en commençant, elles sont accompagnées d’une fièvre continue. Il n’est pas facile non plus, durant un certain temps, à moins que d’y apporter une grande attention , d’apercevoir autre cliose qu’une diminution de la fièvre, laquelle néanmoins, au bout de quelque temps, devientparfaitementintermittente,et prend un type conforme à la saison.

21. Quant au type, les fièvres intermittentes d’automne sont tierces ou quartes. On peut dire avec raison, touchant les fièvres quartes , qu’elles sont un vrai produit d’automne. Cependant les unes et les autres ont tant de rapport ensemble, que souvent on voit une tierce devenir quarte', ou une quarte devenir tierce, au moins durant un certain temps, et reprendre ensuite son premier type.

Mais les tiercesdu printemps ne deviennent jamais quartes , parce que ces deux sortes de fièvres sont entièrement différentes les unes des autres. Au

i reste, je n’ai jamais vu de fièvre quotidienne en I automne , à moins qu’on ne veuille donner improprement ce nom à une double tierce, ou aune triple quarte.

22. Voici en peu de mots quelle est , selon moi, Cause des flè* l’origine des fièvres intermittentes d’automne. Au commencement de l’année, le sang vient à s’exal-

ter , et à mesure que l’année avance, il s’exalte de ]dus en plus, jusqu’à ce qu’il soit arrivé au plus haut point de force et de vigueur , semblable en

78 Fièvres intermittentes

aux plantes qui augmentent et diminuent à ECTxoî. , proportion des divers temps de l’année. Or , comme dans les ctiangemens qu’il subit , il suit régulièrement la différence des saisons, il ne manque pas de s’affaiblir sur la fin de l’année, sur-tout lorsque des causes particulières, telles qu’une perte excessive de sang, du froid, des aiimens grossiers, des indigestions , des bains pris mal à propos , et plusieurs autres choses contribuent encore à produire ce mauvais effet.

Le sang , dans cet état de faiblesse , se trouve exposé aux impressions morbifiqties que peuvent faire surlui toute sorte de constitutions de l’air, lesquelles en ce temps-là sont épidémiques pour les fièvres intermittentes ; de là l’ébullition qui se fait bientôt après. Et comme le sang est quelquefois extrêmement altéré , la fièvre qui résulte de cette ébullition, est ordinairement d’un mauvais caractère, et est accompagnée de symptômes très-dangereux. Au moins se trouve-t-il que le sang, dénué de la plupart de ses esprits , et brûlé par les chaleurs de l’été précédent , ne peut avoir qu’une ébullition très-faible , et demande un temps fort long pour se dépurer (i).

^ Poimiuoîeî- q,3. Maintenant, si l’on veut connaître la difiidkïà guérir" ficulté qu’il y a de guérir les fièvres intermittentes d’automne, il faut considérer ici que la différence entre les continues et les intermittentes de cette

(i) Cette explication de la c^use des fièvres intermittentes d’automne n’est ni claire ni satisfaisante. Il est étonnant que ce grand homme , qui blâmait si hautement les hypothèses et les spéculations , ait essayé néanmoins si souvent de raisonner sur des matières tellement au-dessns de la portée des esprits les plus subtils, qn’nn peu d’attention doit convaincre de l’impossihilité d'arriver là-dessus à un certain degré de connaissance démonstrative. D’ailleurs n’est-ce pas se moquer, de vouloir approfondir des causes qui , selon toute apparence , demeureront toujours cachées , taudis qu’on néglige les effets qui seuls peuvent être de quelque utilité ?

Chap. V.

DES aîh’Nées i66i , 62) 63, 64. 79

saison, consiste principalement en ce que l’effervesceiice clans les continues se fait tout de suite et d’un meme train, au lieu que dans les intermittentes, elle se fait en divers temps et à diverses re- Temps que prises. Néanmoins, dans les unes et dans les autres , p^iobTseïé" la Nature opère la fermentation dans l’espace de trois cent trente-six heures ou environ ; car ordinairement , il faut ce temps-là, ni plus ni moins, à la masse du sang pour se dépurer , lorsqu’on abandonne l’ouvrage à la Nature ; de meme que le vin, le cidre et la bière ont besoin chacun d’un certain temps pour leur dépuration.

24. Or, quoique dans les fièvres intermittentes, C’est le même par exemple, dans la quarte, le sang travaille ^ “Je"/ quelquefois pendant six mois à sa dépuration, en vient enfin à bout; néanmoins, si l’on compte bien , il n’y emploie pas réellement plus de temps qu’il ne fait d’ordinaire dans les continues abandonnées à la Nature ; car quatorze jours naturels ^

font trois cent trente-six heures. Ainsi, en mettant cinq heures et demie pour chaque accès des fièvres quartes , vous aurez dans une quarte la valeur de quatorze jours, c’est-à-dire de trois cent trente-six heures.

Si on objecte qu’une fièvre quarte, par exemple ( ce qu’il faut entendre également des autres intermittentes ), dure c|uelquefois au-delà de six mois avant que d’achever son période, je réponds que la meme chose arrive assez souvent aux fièvres continues de cette constitution, lesquelles durent quelquefois plus de quatorze jours. En effet, dans ces deux sortes de fièvres, si on a soin d’entretenir l’effervescence , autrement la fermentation, dans le degré de force et l’ordre convenable , sur-tout vers la fin de la maladie, la dépuration se fera daos l’espace de temps que j ai dit , c’est-

8o FlÈVllES ilS'TERMlXTEx^TES

iBg-iBMLBiiaafJuiii/aM \ t« . * • . . .

— — ~ a-dire, eo quatorze jours, ou en trois cent trente-

DüCTION 1* * ^

SIX heures.

Mais si alors , je veilx dire Ters le déclin de la fièvre , on arrête mal à propos la fermentation par l’usage des remèdes rafraîchissans , ou des lavemens , il n’est pas étonnant que les fièvres tournent en longueur, puisqu’on a troublé l’ordre de la Nature; car, de cette manière, ou affaiblit en quelque façon le ressort du sang , ensuite de quoi il ne saurait opérer la dépuration. Et même dans les corps faibles et épuisés, il est quelquefois de lui-même incapable de l’opérer , et a besoin pour cela du secours des cordiaux , afin de ranimer la Nature languissante.

Il ost diffé- 35 Mais je crois devoir remarquer ici que ce

ciclXîS Cd*" ^ JL J.

taînes üèvresT quc j’ai dit plus haul touchant la durée et la continuité de la fermentation , doit s’entendre seulement de ces fièvres qui ont acquis un caractère fixe. Car il faut savoir , et je ne l’ignore pas, qu’il y en a certaines, soit continues, soit intermittentes , dont le caractère est variable , et qui , dans leurs fermentations , ne parviennent point au terme ordinaire. Telles sont les fièvres qui viennent quelquefois de l’abus des six choses non naturelles; savoir, les alimens , la boisson , l’air et autres semblables ; car ceux qui sont attaqués de ces sortes de fièvres , guérissent souvent en très-peu de temps. La même chose arrive aussi quelquefois aux jeunes gens dont le .sang est pur et fort spiritueux ; d’autant que leurs fièvres étant causées par une matière spiritueuse, volatile et très-subtile, elles achèvent promptement leur fermentation, et disparaissent bientôt.

Cequiestné- J} faut, Dour la fermentation, que la ma-

cessaire pour .. ^ - i

îa fermeata- tiere qui doit lermenter , soit que ce soit du

tion,

DES AîSTNi^Es i66i , 62 , 63 , 64. ' Br

sang 5 OU du vin, ou quelqu autre liqueur, ait ^

assez d’épaisseur et de viscosité pour embarrasser et rele^nir les esprits , afin qu’ils puissent se mouvoir et s’agiter dans la masse de la liqueur, de la même façon à peu près que des oiseaux pris dans de la glu, ou des mouches et des abeilles prises dans du miel , peuvent bien se remuer et se tourmenter , mais non pas s’envoler. Toutefois, pour le dire en passant, les liqueurs dont j’ai lait mention , ne doivent pas être tellement épaisses , qu’elles accablent et étouffent les esprits , jusqu’au point d’empêcher tout-à-fait leur mouvement (i).

27. Je ne sais si les principes que j’établis Traitement paraîtront aux autres fondés en raison. Pour moi , ils me paraissent tels ; ainsi , on n’aura d’automne, pas sujet d’être étonné si en conséquence , je ne propose d’autre méthode pour le traitement des fièvres intermittentes d’automne, que celle qui semble devoir être employée dans les continues , pour que la dépuration se fasse comme il faut.

(lar les premières ne diffèrent en rien dessecondes, si on regarde le moyen dont se sert la Nature pour l’évacuation de la matière fébrile , je veux dire la fermentation qui s’achève dans un certain espace de temps.

Je ne disconviens pas néanmoins que les intermittentes ne diffèrent beaucoup des continues ,

(i) Il u’est pas surpreoant que nous ayons ici un détail si imparfait des «boses qui sont nécessaires pour la fermentation , si l’on considère que notre Auteur n’était peut-être pas fort habile eu cîiimie , et que de son temps cet art si utile était encore bien éloigné de l’état florissant où nous le voyons aujourd’hui. Ceux qui souliaiteront avoir une explication exacte de la fermentation, pourront consulter la Chimie de Eoerbaave , vol. II , où ils trouveront cette matière traitée au long ; ou bien les leçons chimiques du docteui' Sbaw , qui U traita avec beaucoup de netteté , d’ordre et de précision.

8 ‘2 I^IÈVRES liVÏÉRMrrrElNTES

et les unes des autres, par rapport à leur espèce section!, ^ nature. Ainsi, en observant a\ec soin la méthode que la INiature emploie d’ordinaire pour se débarrasser de la maladie, il faut se régler làdessus , afin d’achever la fermentation commencée, et de rendre par ce moyen la santé au malade ; ou bien en découvrant la cause spécifique des fièvres, il faudra les combattre par des remedes efficaces et spécifiques. Voilà les deux points sur lesquels on doit prendre ses indications.

28. Jai essayé quelquefois ces deux méthodes avec tous le soin et l’attention possible; mais je n’ai pas encore eu le bonheur de pouvoir , par une méthode sûre, guérir les fièvres intermittentes d’automne , avant qu’elles aient achevé leur fermentation ordinaire , quelque fâcheux que cela soit pour les malades qui se voient obligés , bon gré mal gré , d’attendre jusqu’à ce temps-là leur guérison.

Si donc il se trouve un homme qui , par une méthode sûre ou par un remède spécifique , sache non-seulement arrêter le cours des fièvres intermittentes dont nous parlons , mais encore les déraciner entièrement; je crois cet homme obligé, par toute sorte de raisons, de faire jjart au Public d’un secret si important ; et s’il manque à ce devoir , j’ose dire qu’il ne mérite le nom ni d’un bon citoyen, ni d’un homme prudent. Il ne convient pas à un bon citoyen de se réserver par un motif d’intérêt la connaissance d’une chose si avantageuse à tout le genre humain ; et il n’est pas d’un homme priulent de se priver soi-même des bénédictions qu’il pourrait attendre de la bonté divine, en contribuant au bien public. D’ailleurs un homme de bien fait beaucoup moins de cas de la gloire et des richesses que de la vertu et de la sagesse.

DES AIYNEES l66l , 6*2 , 63^ (ôL\. 83

29. Quelque difficile qu’il soit de guérir sùre- Bueiit les fièvres intermittentes d’automne, je vais néanmoins proposer ce qui m’a paru le meilleur pour cela.

De fréquentes observations m’ont appris, il y a long-temps , qu’il est extrêmement dangereux de tenter la guérison de ces fièvres jiar les purgatifs ( à moins qu’on ne les emploie de la manière que nous dirons ensuite ), et que la saignée y est encore plus dangereuse ; car , lorsqu’on traite les fièvres tierces par cette dernière méthode, et principalement lorsque la constitution régnante est fort épidémique , si la saignée ne les emporte pas aussitôt , on ne pourra en venir à bout qu’après bien du temps, même dans les gens les plus vigoureux et du meilleur tempérament. Mais les personnes âgées , après avoir long-temps souffert , ne manquent pas d’en mourir â la fin; l’inflammation des amygdales, de laquelle nous avons fait mention (i), annonçant assez souvent que la mort est proche. De plus , la saignée attire d’avance les autres symptômes qui , comme nous avons dit , accompagnent les fièvres intermittentes dans leur déclin , ou viennent à leur suite.

Quant aux fièvres quartes , la saignée y convient si peu , que des jeunes gens qui sans cela auraient été guéris dans six mois, restent malades une lois plus long-temps; et que des veillards qui auraient pu être guéris dans un an, si on ne les eût pas saignés , risquent de garder leur fièvre au-delà de ce terme , et d’y succomber à la fin. Ce que je dis de la saignée , convient aussi à la purgation , avec cette différence que la pur-

MOBiiuiiBuigamaa»

Chap. V.

La saigné© et les purgHtifs y soziî dangereux.

(i) Voyez ci-dessus numéro 1 2.

Page 1