Mais quelle est cette disposition morbifique
de l’air, et quelle en est la nature ?. C’est ce que cUe à conaau nous ignorons absolument, de meme que plu-’-'^e. sieurs autres choses sur lesquelles de prétendus Philosophes, également orgueilleux et insensés , débitent mille niaiseries f ri. Cependant nousavons de grandes actions de grâces a rendre à la bontéet à la miséricorde divine, de ce qu’elle a voulu que les constitutions de l’air qui produisent la peste, c’est-à-dire la plus terrible et la plus pernicieuse de toutes les maladies, arrivassent beaucoup plus rarement que celles qui causent d’autres maladies moins funestes. De là vient qu’en Angleterre il n’y a guere plus souvent de peste que tous les trente ou quarante ans , du moins de peste qui so.t furieuse , et qui fasse des ravages extraordinaires (2).
(t ) Il y a beaucoup de pbénomènes qui surpassent la petitesse de notre intelligence , et qu’on ne doit pas cependant mépriser ; mais quand on ne saurait connaître par le raisonnement la nature d’une cause, on doit toujours en rema quer soigneusement l’effet sensible , afin de tirer de là des règles sûres de pratique.
(2) C’est une opinion commune et répandtie par des Auteurs d’un grand WOm , que la peste vient d’oidiaaire eu Augielerre une lois dans trente ou
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Fièvre pestilentielle
SECTION II maladies contagieuses qu’on voit de côté
et d’autre pendant quelques années après une peste considérable, et qui diminuent et disparaissent insensiblement, doivent être attribuées à une disposition pestilentielle de l’air, laquelle subsiste encore en partie , et n’a pas été entièrement changée en une disposition plus salutaire. Ilfaut les regarder comme des reliquats delà peste qui a précédé. De-là vient aussi que les fièvres qui régnent un ou deux ans après une grande peste, sont ordinairement pestilentielles; et quoiqu’elles n’aient pas certaines marques d’une véritable peste, elles en ont néanmoins le plus souvent la nature et le caractère , et doivent être traitées de la même façon , comme nous le montrerons plus bas.
Causes qui 4- Mais outre cette constitution de l’air, qui est quelque manière une cause générale , il faut encore une cause particulière , c’est-à-dire un miasme ou virus, qui soit communiqué par quelque corps pestiféré , et qui soit reçu ou immédiatement et par une communication personnelle, ou xfiédiatement et par un foyer ; et si cela arrive pendant la constitution de l’air dont nous avons parlé (i), une petite étincelle produit bientôt un horrible incendie ; et la peste , en mettant une infinité de gens au tombeau , corrompt l’air dans tout le pays où elle règne, et le rend contagieux, tant par la respiration des malades , que par les cadavres des morts; en sorte que pour la multiplica-» tionde cette affreuse maladie , il n’est plus besoin alors d’un foyer, ou d’une communication personnelle ; mais que tout homme, quelque soin qu’il
quarante ans ; mais c’est une pure imagination qui n’est fondée , ni sur ta raison , ni sur l’expérience , et ne doit rien faire craindre de pareil. Voyez 1//7 discours sur la contagion pestilentielle , par le Docteur î}Iefid.
(i) Voyez num. 3.
Chap. II.
ET PESTE DES ANNEES T 665 Ct l666. I O9
oîîde se teniréloigné des pestiférés, peiitaisément prendre la peste par le moyen de Fair qu’il respire, pourvu que les humeurs de son corps se trouvent disposées à recevoir la vapeur contagieuse.
5. Quand cette maladie n’est que sporadique, En quel elle attaque indifféremment en toute saison un petit coSence^t nombre de^ gens auxquels elle se communique, sa durée. Mais quand la constitution de l’air est outre cela épidémique , la maladie commence entre le printemps et l’été, qui est le temps de l’année le plus propre à produire tme maladie dont l’essence consiste principalement dans l’inflammation des humeurs, comme nous le montrerons ensuite. Au reste la peste a son accroissement et son déclin , de meme que les autres choses naturelles. Elle commence dans le temps que nous avons dit; elle se fortifie à mesure que l’année s’avance ; et elle diminue vers le déclin de l’année , jusqu’à ce qu’enfin le froid de l’hiver cause à l’air une disposition I qui est contraire à la maladie.
I 6. Si les vicissitudes des saisons n’influaient en ! rien sur la peste, et que le virus pestilentiel se saisons sur la transmît perpétuellement d’une personne à l’autre sanspouvoir être détruit par aucun changement de l’air , il arriverait nécessairement que quand ce
I virus aurait une fois pénétré dans une ville considérable, il enlèverait tous les habitans les uns après ' les autres autres, jusqu’à ce qu’il n’en restât aucun. Cependant on a vu le contraire , puisque le nom- I bre de ceux qui moururent de la contagion dans une seule semaine du mois d’Août , montait à plusieurs milliers, et que sur la fin de Novembre il mourait très^peu de monde, et presque personne.
J’avoue néanmoins que la peste peut commencer en d’amres temps de l’année, suivant le témoignage de quelques Auteurs , qui disent que cela est
Fièvre pestilentielle
arrivé : mais la chose se voit rarement , et alors la
SicriojN" U. . , P . , ^
contagion n est pas tort violente.
Aîrpestiien- 7* h)’un Rutre côté , j ai dé grands soupçons que tiei, incapable |.^ disDositioo dc Fair , quelque pestilentielle qu’elle
de iui-meroe . ^ . i i ^ i i ^
de causer la soit , cst incapable d eile-meme de causer la peste ; pe».te. gj. cette maladie subsistant toujours en
quelque endroit, ou par un foyer, ou par sa communication avec quelque pestiféré, elle est apportée des lieux infectés dans les autres , où elle ne devient épidémique qu’au moyen d’une certaine disposition de l’air qui la favorise. Sans cela je ne comprends pas comment il peut se faire que , dans un même pays, une ville est affligée de la peste, qui y fait de grands ravages, tandis qu’une ‘ autre ville peu éloignée de la première, s’en garantit absolument, en s’interdisant tout commerce avec la ville pestiférée. C’est ainsi que par les soins et la prudence du grand Duc de Toscane, la peste qui ravageait, il y a peu d’années, presque toute Tllalie , ne pénétra point du tout dans la Toscane. Syn^ptômesde ha maladie commence presque toujours par k peste, un frisson , de même que les accès des fièvres intermittentes; ensuite des vomissemens énormes, une douleur vers la région du cœur, comme si elle étaitserrée par un pressoir, une fievre ardente accompagnée de ses symptômes ordinaires, tourmentent sans cesse les malades, jusqu’à ce que la mort vienne terminer leurs souffrances , ou qu’un bubon ou une parotide, venant heureusement à paraître , les mette hors de danger , en attirant au dehors la matière morbifique. ,
Il est rare que la peste attaque sans fièvre, et qu’elle tue tout à coup ; auquel cas il paraît , même lorsque les gens sont encore sur pied, des taches de pourpre qui annoncent une mort prochaine. Mais cela n’arrive guère que dans le commencent
i ET PESTÉ DES ANNEES! 665 Ct 1 666.
■ d’une peste extrêmement funeste , ce qui est digne I de remarque; et jamais on ne Fa^observé clans le I déclin de la contagion , ou dans les années qu’elle S n’est pas épidémique.
I Quelquefois aussi les bubons ou les parotides > se manifestent sans qu’il y ait auparavant ni lièvre i ni aucun fâcheux symptôme. Je crois cependant qu’il y a toujours eu un petit frisson, c|iioiqu’il n’ait pas été sensible : ceux à qui cela arrive peuvent aller librement par- tout, et s’accjuitter de toutes leurs fonctions ordinaires, comme les gens qui se portent bien , sans être obligés de garder aucun régime.
9. Au reste je n’entreprends pas de déterminer précisément en quoi consiste essentiellement la peste (i). Les gens de bon sens trouveront peutêtre qu’il serait aussi absurde à quelcpi’un de me demander ce qui constitue formellement telle ou telle espèce de maladie, qu’il le serait à moi de faire la même question à cet homme, au sujet du cheval par exemple, entre les animaux, ou au sujet de la l3étoine entre les plantes. La nature produit toutes choses par des lois invariables , mais avec un art qui n’est connu que d’elle seule; et elle couvre d’épaisses ténèbres les essences de ses productions, et les formes qui constituent leurs différences. Aussi chaque espèce de maladie, de même que chaque espece d’animal ou de plante, a des propriétés constantes qui ne conviennent qu’à elle-même seule, qui coulent de son essence, et qui en sont
(i) Il est absolument impossible de déterminer h prioriXii nature spécifique du miasme pestilentiel, en quoi consiste Tessence de la peste, d’autant que ce miasme ne tombe pas sous les sens ; ainsi toute la connaissance que nous en pouvons avoir vient uniquement de ses effets , lesquels donnent lieu de croire qu’il est en partie d’une nature putride , sulfureuse et fermentative , et en partie d’une nature très-âcre et très-caustique , mais plus alcaline qu’acide.
Chap, II.
Essence de la peste et des autres maladies est iufcspîicable.
SiCTION ir.
llÈ\aiE pestilentielle
inséparables. Et qu’on ne me demande pas comment on pourra guérir les maladies, tandis qu’on Ignore leurs causes : car ce n’est pas par la connaissance des causes qu’on guérit les maladies, mais par la connaissance d une méthode convenable et confirmée par rexpérieiice.
En quoi con- t O. Muls pour re Veil ir à HO tre Sujet , com me nous
Msteia poste, avons coutume de déduire l’origine de toutes les maladies similaires , du vice des premières ou des secondes qualités, qui est tout ce que nous pouvons taire dans une si grande obscurité, je suis à portée de croire que la peste est une fièvre d’un genre particulier (i), et qui vient d’une inflammation des particules les plus spiritueiises du sang, lesquelles, à raison de leur ténuité, semblent être fort proportionnées à la nature très-subtile de cette maladie.
Pourquoi elle Si (lonc le virus pestilentiel se trouvé au plus haut point de subtilité ou il puisse être, comme on le voit dans le commencement et dans la force dune constitution épidémique, il dissipe tout à
« (i) La peste , ou la fièvre pestilentielle , est définie par Hoffmann , la
- plus aigue de toutes les fièvres, qui vient d’un miasme ou virus contagieux 01 apporte ordmairemeot des pays du Levant, et qui est mortel , à iLius
- que le virus ne soit promptement poussé en dehors par la force des mou- « vemens vitaux, au moyen des bubons ou des charbons. «
Elle différé des autres fièvres malignes, contagieuses et exanthématiques par les particularités suivantes. i.V Elle est la plus aignè de toutes les fiévres et quelquefois se trouve mortelle dès le premier ou le second jour. 2. Dans notre climat , elle n’est m épidémique , ni sporadique , mais causée simplement par une contagion apportée des lieux infectes. 3.« Elle ne se termine pas, comme d’autres fievres putrides et malignes, par une sueur copieuse, un cours de ventre, etc., mais par des tumeurs critiques qui viennent a suppuration. 4.-^ Le miasme ou virus pestilentiel , s’attache facicment aux matières spongieuses et poreuses , et peut ainsi être porté à une •grande distance sans rien perdre de sa qualité pernicieuse. 5.^ La peste a cela e particulier , que le froid arrête sou progrès ; c’est pourquoi elle régne raremeot dans nue sa.son froide et dans les pays froids ; au contraire , elle se
clilr chand!!'“““‘ chaude et dans les
tue tu peu de temps
ET PESTE ms ANNÉES i665 et 1666. Îl3
coupla chaleur naturelle, et enlève promptement les malades , laissant leurs cadavres tout couverts de taches de pourpre, à raison de la fonte et delà ' dissolution entière qu’a causées au sang la violence du combat intérieur.
TI. L’extrême 'subtilité du virus pestilentiel est cause qu’il produit tant de ravages, sans exciter dans le sangaucune ébullition fébrile, et sans faire sentir auparavant aucune incommo-dité; tout au contraire de ce qui arrive ordinairement lorsque la cause morbifique est moins subtile , et qu’elle porte, pour ainsi dire, des coups plus faibles. Montrons cette différence par un exemple sensible.
Si on met sous un coussin un aiguille, ou qiielqu’autre chose pointue , et qu’on la pousse de force contre , elle ne soidèvera pas le coussin , comme ferait un instrument qui ne sera pas pointu, mais elle le percera (i).