‹ Médecine pratiqueChapitre 41 sur 115 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

Fièvre pestilentielle

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Aîexipliar* îhaques , comment y sont utiles.

"savoir, entre le printemps et l’été, que surviennent les pleurésies , les esquinancies, et les autres ma» ladies épidémiques qui viennent d’un sang enflammé. Aussi ne les ai-je jamais vues plus fréquentes que durant quelques semaines avant la derniere peste de Londres.

Une chose remarquable , c’est que cette année-là même , qui vit périr tant de milliers d’hommes, fut d’ailleurs très-saine et exempte de toute autre maladie; que ceux qui n’eurent pas la peste , se portèrent mieux que jamais ; et que ceux qui en réchappèrent, ne lurent point ensuite sujets à la cachexie, ni aux autres indispositions qui sont les suites ordinaires des maladies précédentes. De plus , les abcès et les charbons , quelque grands qu’ils fussent , guérissaient aisément par les remèdes ordinaires de la Chirurgie , dès qu’une fois la suppuration avait dépuré le sang.

17. Mais, dira peut-être quelqu’un, si la peste consiste dans une inflammation , d’où vient que les remèdes chauds , comme sont presque tous les alexipharmaques,sontsi utiles, tant pour la guérir que pour la prévenir? Je réponds que si les remèdes chauds réussissent dans la peste, ce n’est que par accident; savoir, à cause de la transpiration qu’ils excitent , laquelle débarrasse le sang de ses parties enflammées. Mais s’ils ne font pas suer , comme cela arrive souvent, ils augmentent par leur chaleur l’inflammation du sang; en quoi ils sont manifestement pernicieux.

Quant à la vertu de préserver de la peste , qu^on leur attribue communément, rien n’est plus mal fondé. Bien loin delà, le vin et d’autres prétendus préservatifs encore plus forts, pris chaque jour à des heures réglées , ont causé la peste à quantité

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de gens qui , vraisemblablement, ne l’auraient point eue sans cela,

18. Pour ce qui est du traitement de la fièvre pestilentielle et de la peste, on m’accusera peutêtre de présomption et de témérité, de ce qu’ayant demeuré loin de Londres, pendant la plus grande partie du temps que la dernière peste a ravagé cette ville, et par conséquent ne pouvant avoir fait un assez grand nombre d’observations, j’ose néanmoins traiter cette matière. Mais comme les habiles Médecins qui ont eu la hardiesse et le courage de braver la mort , et d’exposer continuellement leur vie pendant toute la contagion, n’ont pas eu jusqu’à présentla volonté de publier ce qu’une longue expérience leur a appris sur la nature de cette horrible maladie , j’espère que les gens de bien ne trouveront pas mauvais , si j’en dis ici mon sentiment, qui est fondé sur mes propres observations, quoiqu’elles soient en petit nombre.

19. Il faut parler d’abord des indications curatives. Elles consistent en général, ou à aider la nature , en suivant exactement la conduite qu’elle tient pour détruire la maladie , ou si l’on ne croit pas devoir se fier à la méthode que la nature emploie contre la maladie , à lui en substituer de notre invention une autre plus sûre. Quelqu’un dira peut-être que les remèdes alexitères contre la peste, dont on trouve un grand nombre chez les Auteurs praticiens, réussissent assez heureusement dans cette maladie. Mais il y a très-grand sujet de douter si les bons effets de ces remèdes ne doivent pas être attribués à leur faculté manifeste, par laquelle en excitant abondamment les sueurs, ils donnent issue à la matière morbifique plutôt qu’à une vertu spécifique qu’ils aient reçue de la nature pour détruire le virus pestilentiel,

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Fijevre pestileiytielle

Section II. , 20. II yâ 0gal6rnent lieu de douter, touchant

Doute sur la remèdcs des autres maladies, s ils les guéris-

spécifique, qu’en progissent. curaut quclqu évacuation. Car si on objecte, par

exemple , que le mercure ou la salsepareille sont les remèdes spécifiques de la vérole, il faut que celui qui fait cette objection, apporte des exemples de véroles guéries par le mercure sans salivation ni cours de ventre , ou par la salsepareille sans sueurs ; ce qui lui sera, je crois, fort difficile. Pour moi , je pense que le remède propre et spécifique de la peste est encore caché dans les secrets de la nature, et quon ne peut

guérir cette maladie que par une voie mécanique.

2 1 -.Ainsi, pour examiner plus au long (i; la minée plus au premiere vue , qui est d’aider convenablement la nature à chasser au dehors la matière morfibique il faut observer que , dans la véritable peste , lors’ que la nature ne s écarte point elle-meme de son chemin , et qu on ne la force point à se dérouter , elle donne issue à la matière morbifique, au moyen d’un abcès qui se forme dans quelque émonctolre. Mais dans la fièvre pestilentielle, elle évacue la matière en excitant la sueur par tout le corps : d’où I on peut conclure que, la nature prenant nne difserente route dans ces deux maladies, il faut aussi les traiter par une méthode différente. 'Vouloir évacuer par les sueurs la matière de la véritable peste, c’est s’écarter de la voie de la nature, qui emploie pour cela les abcès. Au contraire, vouloir évacuer autrement que par les sueurs la matière de la fièvre pestilentielle , s’est s’opposer également à la nature.

quefo^^pré^u^ rcslc , daus la véritable peste, on ne

dioiable daus -r

la peste, ''

(i j \ oyez ci-dessus , num, 20,

ET PESTE DES AWi^fÉES i665 et l666. T 19

connaît point encore de remède sur pour aider l’évaciialion naturelle de la matière morbifique , c’est-à-dire l’éruption des abcès , à moins qu’on ne regarde un régime fortifiant et les cordiaux comme capables d’y contribuer. Cependant je doute fort qu’ils n’augmentent encore la chaleur du malade, qui n’est déjà que trop grande. Je sais du moins très-certainement que les sueurs sont inutiles en ce cas-là; quoique je ne nie pas que la tumeur ne se manifeste quand le malade , après avoir sué abondamment durant trois ou quatre heures, cesse de suer. Mais je ne crois nullement cpi’elle vienne ‘de la sueur, puisque, tandis que la sueur coule , elle ne donne aucun signe d’éruption; et que, quand la sueur est finie , elle paraît comme par accident, savoir , lorsque la sueur a déjà enlevé une certaine quantité de la matière qui surchargeait trop la nature , et que le corps est fortement échauffé par les cordiaux qui ont été donnés pour exciter la tianspiration.

Mais ce qui prouve combien est trompeuse et infidèle la méthode de vouloir procurer par les sueurs l’éruption des abcès, afin d’évacuer la matière peccante , c’est ce qui est arrivé aux malades qui ont été traités de la sorte; car de trois à peine en est-il réchappé un, pour ne rien dire déplus. Au contraire, plusieurs dont les abcès étaient fort bien sortis, dans le temps meme qu’ils vaquaient à leurs affaires ordinaires, et sans leur avoir causé aucune lésion des fonctions naturelles, vitales ou animales , ont recouvré en peu de temps la santé. Il faut en excepter ceux qui ont eu le malheur de tomber entre les mains de quelque charlatan , et qui, par ses avis, se sont tenus au lit pour suer; car aussitôt ils ont commencé à se trouver plus mal, quoique aiqiaravant ils fussent en très-bou

Fièvre restilejs^tielle

état ; et la maladie allant toujours en augmentant, £ci.oN . ont payé aux dépens de leur vie la faute de leur imprudence.

Effet incer- D’ud Rutrc côté , rien de plus incertain et

tain des tu- ^ i T 1 ’ ^ l .

meurs criti- de plus clouteux quc 1 événement des tumeurs cri» tiques dans la peste. Une chose qui le montre clairement, c’est que quelquefois un bubon, qui était d’abord très-bien sorti, et qui avait fait diminuer, les symptômes, disparaît ensuite tout à coup; et qu’au lieu du bubon, il vient des taches de pourpre qui annoncent une mort certaine. Il y a sujet de croire que les grandes sueurs par lesquelles on a dessein de procurer l’éruption du bubon, sont justement ce qui te fait rentrer, d’autant qu’elles détournent vers toute la superficie du corps, et emportent au dehors une bonne partie de la matière qui devait servir à grossir et à entretenir la tumeur.

Pomt de 24. Quoiqu’il en soit , il est du moins trèsmethode sûre coïistant OLie dans les autres maladies , la bonté guérir la peste, divine fournit des moyens assurés pour éloigner la cause morbifique, au lieu que dans la peste dont Dieu se sert pour châtier les grands crimes, il ne fournit que des moyens très-incertains et trèséquivoques ; et on pourrait peut-être attribuer avec autant de raison à cela , qu’à la malignité de cette maladie, les ravages étonnans qu’elle fait , car la goutte et d’autres maladies où l’on ne soupçonne guère de malignité, causent aussi sûrement la mort , lorsque la matière morbifique vient à rentrer dans le sang.

Il suit manifestement de tout cela , que le Médecin qui, dans le traitementdes autres maladies est obligé de suivre exactement la conduite et le penchant de la nature, doit y renoncer dans la peste. Comme très-peu de gens ont connu jusqu’à

ET PESTE DES ANNEES i665 et 1666. lai présent la vérité de cette maxime , cela a été cause — ^

, 1.1-1 I Chap. u.

que la peste aenleve une bien plus grande quantité de monde.

‘iS. Aussi puisqu’il n’est nullement sûr de vou- n «e fau« loir suivre les traces de la nature pour guérir cette maladie, ils’agit maintenant de remplir lasecnnde vue dont nous avons parlé, c’est-à-dire d’employer une meilleure méthode contre la peste, que celle dont se sert la nature. Je crois qu’on peut y réussir de deux façons, savoir, par la saignée, ou parles sueurs. Quant à la saignée, je n’ignore pas que la La saîgnée plupart des gens Font en horreur dans la peste. cLyLnntotr Mais, sans nous arrêter aux préjugés du vulgaire, examinons avec toute l’équité et la bonne foi possible les raisons de part et d’autre.

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