D’abord j’en appelle aux Médecins 'qui Commentia
' .1. (loi%
restèrent a Londre pendant la derniere peste , et être employée, je leur demande si quelqu’un d’eux a observé que des saignées copieuses et en grand nombre , faites avant qu’il parût aucune tumeur, aient été funestes aux pestiférés. Il n’est pas étonnant qu’on se trouve toujours mal de saigner peu , oa de saigner quand la tumeur paraît déjà; car lorsqu’on ne tire qu’une médiocre quantité de sang^ on arrête Faction de la nature, qui emploie toutes ses forces à produire la tumeur, et on ne lui fournit d’ailleurs aucun moyen suffisant pour évacuer la matière morbifique ; et si on saigne quand la tumeur paraît, comme la saignée attire de la circonférence au centre , elle cause un mouvement entièrement opposé à celui de la nature , lequel se fait du centre à la circonférence. Rien, néanmoins de plus ordinaire aux défenseurs du sentiment contraire, que d’alléguer les mauvais effets de la saignée ainsi faite en petite quantité et hors de saison, comme un puissant argument
Fièvre pestile:ntielle
Il saignée en général dans la peste , comme
on voit dans Diemerbroeck et dans les autres Ecri¬
vains qui ont donné des observations. Pour moi , je ne saurais me rendre à leur raisonnement, jusqu’à ce que je sache ce qu’ils répondent à la question que j’ai proposée ci-dessus.
EHe est re- 2^. Grand nombre d’Au leurs très-célèbres ont
co3nmandee 'f'I’* ’l T'*'!
i>ar plusieurs € te Cl avis , il J R Qcja long-teiTips , que la saignée ^^tivenaitdansla peste. Les principaux sont Louis Mercatus, Jean Cosîæus, INicolas Massa, Louis Septalius, Trincavel , Forestus, Mercurialis, Alto- ^ marus , Paschalitis, Andernach, Pereda, Zacutus Lusitanus , Fonseca , et d’autres. Mais Léonard
du dernier siècle, est le seul que je sache qui ait fait consister tout le traitement de la peste dans des saignées copieuses, telles que nous les demandons; et afin qu’on ne croie pas que nous soyons seuls de notre senti¬
ment, nous mettrons ici les propres paroles de cet Auteur.
28. « Je pense, dit-il (i), qu’il n’y a aucune sorte » de peste où la saignée ne puisse être utile au- » dessus de tous les autres remèdes, pourvu qu’on la fasse dans le temps convenable, et qu’on tire une quantité sufiisante de sang. Si elle s’est trouvée quelquefois inutile, cest quelle a été faite » Irop tard, ou en trop petite quantité, ou qu’on J) a manqué en même temps dans ces deux points.»
Il ajoute un peu après: « Mais quand on est si » timide , et qu’on tire si peu de sang, comment :» pouvoir juger de ce que la saignée peut faire de » bien ou de mal dans la peste ? Si une maladie » où il était nécessaire pour ]a guérir de tirer » quatre livres de sang , et où l’on n’en tire qu’une,
(j) Cap. 7. de curatione per venœ sectioncm.
r.T PESTE DES ANNEES lG65 Ct l666. 123
vient à tuer un homme , elle ne le tue pas parce » qu’on a saigné, mais parce qu’on a trop peu » saigné , et peut-être aussi parce qu’on n’a pas » saigné à temps. Mais des gens de mauvaise » volonté ne manquent jamais d’accuser un re- » mède innocent, qu’ils veulent injustement dé- » créditer; ou s’ils n’agissent pas par malice, c’est » au moins par ignorance, deux choses qui sont » assurément pernicieuses , quoique la premiere le soit encore davantage. «
Botal confirme tout cela par l’expérience , en ajoutant un peu plus bas: « Après cela tout Mé- :» decin raisonnable, loin de blâmer la saignée » dans la peste, doit au contraire la louer et la » recommander comme un remède merveilleux , » et l’employer avec confiance, ainsi que je fais moi-même depuis quinze ans. Aussi dans les » maladies pestilentielles qui régnaient durant le » siège de la Rochelle , dans celles qui régnaient y) à Mons en Hainaut il y a quatre ans , dans celles » qui ont régné à Paris durant ces deux dernières » années entières, et à Cambrai l’année passée, » je n’ai rien trouvé de plus utile et de plus salu- » taire po,ur tous mes malades, dont le nombre » était infini , que de saigner copieusement et y) promptement (ly »
(i) La saignée paraît dangereuse au couimenceineut de celte maladie , parce qu’elle ralentit toujours à un certain degré le c(»urs du sang vers les parties extérieures, et par conséquent diminue la transpiration ; d’où il arrive que le virus est retenu au dedans. D’ailleurs la terreur et l’efïroi dont les malades sont ordinairement saisis , poussent le sang vers les parties internes ; et comme la saignée a un effet semblable , elle doit par cette raison être nuisible ; mais si la coutume , l’abondance du sang , ou l’usage de la bonne obère , la rendent nécessaire , on peut saigner le second ou le troisième jour, après avoir donné auparavant un doux sudonnque , car en diminuant le volume du sang , on facilite l’expulsion du virus dans les glandes, et cela réussit encore mieux , si l’on donne ensuite de doux sudorifiques , ülin d’aider le cou^s du sang vers les parties extérieures.
1 24 Fièvre pestilentielle
. . . Ensuite il cite des exemples de guérisons
Section II. • . • ^ i
que je ne rapporte pas , crainte detre trop long; mais je ne saurais m’empêcher dejoindre ici une chose arrivée en Angleterre , il y a quelques années. L’histoire est très-singulière, et convient à mon sujet
Histoire de Entre Ics autres misères et calamités qui
guérisonc par rn’' ' u » i 1 i * •!
ia saigné CO- airiigereiit 1 Angleterre pendant la guerre civile, pieuse. J peste qui ravagea plusieurs endroits.
Ayant pénétré dans le for t de Dunstar , qui est situé dans la Comté de Sommerset , elle attaqua un grand nombre de soldats de la garnison, dont quelques-uns moururent tout à coup avec des taches de poui pre. Un certain Chirurgien qui, après avoir long-temps voyagé dans les pays étrangers , servait alors en qualité de soldat , pria instamment le Commendant du Fort de lui per- ^ mettre de traiter à sa manière ses camarades pestiférés. Le Commandant y consentit : le Chirurgien les saigna tous dès le commencement de la maladie , et avant qu’il parût aucune tumeur ; et il leur tira une grande quantité de sang , c’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils commençassent à chanceler sur leurs pieds; car il les sagnait de bout et en plein air , n’y ayant pas de vaisseaux pour mesurer la quantité de sang qui coulait à terre ; ensuite il les envoya se coucher dans leurs logemens , et ne leur fit aucun autre remède après la saignée. Cependant, chose merveilleuse, d’un très-grand nombre qu’il traita de la sorte, iL n’en mourut pas un seul (i).
(t) Le succès dont fut suivie cette méthode singulière, n’engagera pas, suivant toute apparence , un Pdèdecin prudent à l’essayer en pareille occasion , et ne mettra pas l’Auteur à couvert des justes reproches que mérite une conduite si violeatç çt §i léinçraire. Saigner d’une manière si outrée daoc
ET PESTE DES AJ^NEES i665 et i666. faS
Je tiens cette histoire deM. François Windham,
Colonel, qui était alors Commandant du Fort de Dunstar. C’est un homme de tres-grande distinction , recommandable par sa probité et sa bimne foi , et d’ailleurs très-poli. Il est encore vivant , et peut confirmer la vérité du fait à tous ceux qui en douteraient.
Je rapporterai plus bas ce que j’ai observé moimémede singulier et de remarquable sur cet article, lorsque je ferai part au lecteur de ce que l’usage et l’expérience m’ont appris durant la dernière peste de Londres.
3o, Or, quoique je reconnaisse Futilité de la Sucur pr^-
• . lî , • •) férable à la
saignee dans la peste , et que i experience m en saignée, ait convaincu il y a déjà long-temps , je trouve néanmoins que la méthode de dissiper par la transpiration le levain pestilentiel , est préférable par plusieurs raisons, à celle de l’évacuer par la saignée , d’autant qu’elle n’épuise pas tant les forces du malade, et n’expose pas la réputation du Médecin ; mais elle ne laisse pas d’avoir ses inconvéniens.
Car , en premier lieu , il y a beaucoup de per- Ses inconTé-
^ ..J. J’ ^4. ' mens.
sonnes, et sur-tout de jeunes gens d un temperament chaud , qu’il est très-ditficile de faire suer; et si ou donne de forts sudorifiques à ces sortes
une maladie ordinairement accompagnée d’une extrême faiblesse , est uiV5 pratique très-déi’aisonnable et très-dangereuse ; mais traiter de la sorte uu grand nombre de personnes , sans aucun égard à la différence dn tempérament , de la disposition , et des autres circonstances , c’est le comble de l’ignorance , de l’impéritie , et de l’extravagance , sans parler que certains sujets perdent beaucoup plus de sang qne d’autres avant que de tomber en faiblesse ; ce qui néanmoins paraît avoir été la seule raison qui déterminait notre empirique à arrêter le sang , et que la quantité qui en coulait devait être fort différente dans les sujets , selon que l’ouverture était plus grande ou plus petite , et le sang plus ou moins épais ; par où l’on voit clairement que cet homme agissait plutôt par caprice que par raison.
Fièvre pestilentielle
'7£ction IL i^alades , et qu on les couvre beaucoup , on risque de leur causer une frénésie; ou, ce qui est encore plus fâcheux, au lieu des sueurs que
ion espérait, on verra paraître des taches pestilentielles. ^
tiiJndeïesrrt Commc la peste attaque princi^ialement les
pourquoi. parties les plus spiritueuses du sang, il arrive de là, que le mouvement des parties grossières de cette liqueur est ordinairement plus faible que dans les autres inflammations : mais ses parties plus fines recevant un surcroît d’agitation par la nouvelle chaleur que leur communiquent les sudorifiques, elles entrent comme en fureur, et faisant effort contre la partie fibreuse , la brisent et la divisent entièrement. C’est à cette dissolution des fibres du sang, que je crois qu’on doit attribuer les taches de la peste , lesquelles semblables à des vibices que laissent des coups violons sur une partie musculeuse, sont d’abord fort rouges, et peu de temps après deviennent noires , ou livides.
second lieu , si dans les corps qui suent aisément on arrête trop tôt la sueur, c’està-dire avant que toute la matière morbifique soit dissipée , les bubons qui avaient commencé sur la fin de la sueur à sortir heureusement , prennent un mauvais train ; car , comme une partie de la matière qui devait les grossir leur a été soustraite , ou ils rentrentfacilement, ou du moins ils ne suppurent jamais parfaitement , ainsi qu’il arrive aussi dans la petite-vérole , quand le malade a trop sué les premiers jours. Or, le mal étant rentré en dedans , il s excite dans le sang une effervescence qui cause souvent des exanthèmes , de la rnanière que nous avons dit ci-dessus; et ces exan^ themes sont des signes d’une mort prochaine.
ET PESTE DES AIYJNÉES i665 Ct l666. I27
QQT\/r* • 1* M. J.
oo. Mais pour mieux taire voir comment on peut — — ~obvier à ces inconvéniens et à d’autres semblables, je vais rapporter fidellement ce que j’ai fait et observé danscette maladie depuisle commencement de la dernière peste.
34* commencement de Mai de l’année, i665, Cas extrAorje fus appelé auprès d’une Dame de condition, âgée d’environ vingt et un ans , et d’un tempérament sanguin. Outre une fièvre ardente dont elle avait été prise peu de temps auparavant, elle était tourmentée de vomissemens violens, et avait d’autres symptômes fébriles. Je commençai par la faire saigner. Le lendemain, je prescrivis un vomitif, afin de prévenir la diarrhée qui, comme nous avons dit au commencement de cette Section , survient dans le déclin de la fièvre, parce qu’on a manqué au commencement de la maladie de donner un émétique, nonobstant qu’il y eût des envies de vomir (i). Le vomitif vida assez bien l’estomac.
Le lendemain matin étant retourné voir la malade , je trouvai qu’elle avait le dévoiement, ce qui me parut extraordinaire , et me donna beaucoup d’inquiétude. Je jugeai de là que la fièvre n’était pas d’un caractère ordinaire , ce qui fut confirmé par l’événement , et qu’ainsi il fallait la traiter d’une manière différente de celle que j’ai expliquée cidessus, etque j’avais toujours employée jusqu’alors avec succès. C’est pourquoi je crus devoir appeler avec moi un Médecin plus ancien. Nous réitérâmes d’un avis commun la saignée, qui nous parut nécessaire à cause de l’âge et du tempérament de la malade , et de l’ébullition violente du sang. Noua fîmes donner des cordiaux médiocrement rafraîchissans, et des lavemens de deux en deux jours. Vers
—— B— WB— — lilJlWin ■■ ni
(i) Voyez ScjC. i. Chap, 4, iium, 9,
SECT10i( II,
Reflexions qu’il occasion»
Méthode surative qui ea résulta.
i ‘^8 Fièvre PESTiLEjNTiELLE
ia fm de la maladie , comme il survint de symptômes extraordinaires , qu’on regarde ordinairement comme des signes d’une excessive malignité, nous ordonnâmes quelques puissans alexipharmaques. Mais tout fui inutile , et la malade mourut vers le quatorzième jour.
35. Le caractère extraordinaire de cette fièvre me tourmenta l’esprit durant quelques jours ensuite; et je ne savais qu’en penser Enfin me rappelant que, même apres qu’on eût réitéré la saignée, la chaleur brûlante avait persévéré, que la malade avait les joues rouges, qu’un peu avant sa mort elle avait rendu quelques gouttes de sang par le nez , que le sang qu’on lui avait tiré, étant refroidi dans les pœlettes. ressemblait à celui des pleurétiques; qu’elle avait eu un peu de toux et de légères douleurs de poitrine ; qu’on était alors à la fin du printemps et au commencement de l’été , qui est un temps où il n’y a guere de fièvres continues, car alors elles cessent d’elles-mêmes, et deviennent interrniltentes , ou tournent en pleurésies et en d’autres inflammations de ce genre; qu’enfin les pleurésies étaient alors très-épidémiques :
Toutes ees circonstances bien examinées , je fus d’avis que la fièvre dont il est question, n’était que le symptôme d’une inflammation , ou fluxion de poitrine, quoiqu’elle ne fût pas accompagnée des signes pathognomoniques de la pleurésie ou de la péripneumonie , et qu’il n’y eût ni douleur de côté, ni difficulté considérable de respirer. En un mot, je me persuadai que j’aurais dû traiter cette maladie entièrement de la même façon que j’avais souvent traité avec succès la pleurésie.
Cette idée fut ensuite heureusement confirmée
par l’expérience; car peu de temps après , ayant été appelé auprès d’un homme qui avait absolu-
ET PESTE DES ANNÉES lÔ65 et l666. Ï29
ment la même maladie, je le traitai et le guéris par ^ le remede qui convient dans la pleurésie, c’est-àdire, par des saignées réitérées. Vers la fin de Mai et le commencement de Juin de la même année, quantité de malades qui avaient la même fievre, laquelle était déjà fort épidémique , eurent recours à moi , et je les guéris de même par des saignées.
Ce fut alors que la peste commença à faire d’horribles ravages à Londres; et elle vint à un tel degré de violence , que dans cette seule ville elle enleva sept mille âmes en sept jours.
36. Je n’ose pas décider si on doit donner le nom de peste à la fièvre dont je parlais tout maintenant. Ce que je sais indubitablement, c’est que tous ceux de mon voisinage qui , en ce temps-ià et quelque temps après, furent attaqués de la peste et de tous les symptômes qui lui sont particuliers ^ eurent les mêmes accidens , soit au commencement, soit dans le cours de la maladie.
Au reste , voyant le danger qui me menaçait de près , je me déterminai enfin par le conseil de mes amis, à fuir avec les autres, et je transportai ma famille à quelques lieues de Londres. Mais je revins Fièwepesb. en cette ville avant mes voisins , et dans le temps y-g 3^"^' où la contagion était encore assez violente, pourgnées, qu’on fût obligé d’avoir recours à moi , faute de meilleurs Médecins. Peu de temps après je vis un. grand nombre de malades qui avaient la fièvre ; et je fus extrêmement surpris de trouver que cette fièvre ressemblait à celle que j’avais traitée avec tant de succès avant mon départ. C’est pourquoi, fondé sur ma propre expérience, et la préférant à tous les préceptes qui ne sont appuyés que sur la théorie , je ne fis pas difficulté d’employer pareillement la saignée dans cette occasion.
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