PESTILENTIELLE
SECTION n.
Bol sudorifique.
Juîep sudorifique.
Temps de donner les sudorifiques.
Après la saignée, que je faisais faire dans le lit, lorsque toutes choses étaient déjà prêtes pour pro^ voquer la sueur, j’ordonnais aussitôt qu’on couvrît bien le malade, et qu’on lui mît autour de la tête une bande de flanelle. Cette bande de flanelle aide plus à la sueur qu’on ne s’imaginerait d’abord : ensuite , s’il n’y avait pas de vomissement, je donnais les sudorifiques que voici, ou d’autres semblables.
Prenez thériaque d Andromaque , demi-gros ; électuaire dœuf \, un scrupule ; poudre de pattes décrépisses composée ^ douze grains \ cochenille , huit grains \ safran , quatre grains ; suc de kermès , quantité suffisante. Faites un bol , que le malade prendra de six en six heures , bupant par dessus six cuillerées' du julep suipant.
Prenez eaux de charbon bénit , et de scordium composée , de chacune trois onces ; eau thériacale distillée , deux onces j sii'op d œillets y une once. Mêlez tout cela pour un julep.
L\\. Lorsque le vomissement empêchait l’usage des sudorifiques , comme il arrive très- souvent dans la peste et dans les fièvres pestilentielles , j’attendais pour les donner , que le malade commençât à suer par le seul poids des couvertures, et en lui mettant de temps en temps un bout du drap sur le visage, pour retenir les vapeurs de la respiration. Car comme le cours de ventre et le vomissement viennent de ce que les particules de la matière morbifique sont repoussées en dedans , et se déposent sur l’estomac et les intestins, ces deux accidens ne manquent pas de cesser d’eux-mêmes, dès que les particules de cette matière se portent vers la superficie du corps ; et c’est une chose qui mérite infiniment d’être remarquée. Ainsi quelque violent qu’ait été
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le vomissement avant que le malade ait commencé à suer , les remèdes que Ton donnera ensuite ne seront plus revomis , et ils contribueront à augmenter les sueurs.
4^. Je me souviens , qu’ayant été une fois appelé par un apothicaire , pour voir son frère qui était fort mai d’une fièvre pestilentielle , et ayant proposé de donner au malade un sudorifique ^ TApothicaire me répondit qu’il lui en avait déjà donné plusieurs , et des plus forts , mais inutilement , parce qu’il les avait tous revomis. Làdessus , je dis à l’Apothicaire d’apporter le plus disgracieux et le plus dégoûtant de tous ceux qu’il avait donnés à son frère , et que je ferais aisément en sorte qu’il ne le revomîl pas. chose arriva comme j’avais promis , car le malade ayant commencé à suer, sans autre secours que le poids des couvertures , il prit un gros bol de thériaque de Vénise , et le garda. Ce remède lui procura une sueur copieuse qui le tira d’affaire.
43. Quand la sueur avait une fois commencé, je l’entretenais en faisant avaler de temps en temps au malade un verre de petit-lait altéré par la sauge , ou de bière dans laquelle on avait fait bouillir un peu de macis ; et je continuais la sueur durant vingt-quatre heures , défendant d’essuyer en aucune façon le malade pendant ce temps-là: je ne permettais pas même de changer de chemise, quelque sale et trempée qu’elle fût, que ving-quatre heures après que la sueur était finie : et c’est à quoi il faut avoir grande attention; car si la sueur cesse plus tôt, les symptômes recommencent aussitôt avec violence ; et la vie du malade , qu’une plus longue sueur aurait mise en sûreté , reste pardà en très-grand danger.
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44» Aussi ne puis-je assez m’étonner de la conduite de Diemerbroeck et de quelques autres Médecins qui , sur un prétexte aussi léger que celui de ménager les forces du malade, interrompent la sueur : car quiconque est tant soit peu versé dans le traitement de la peste , doit nécessairement avoir observé , que lorsque le malade est trempé de sueur , il a plus de forces qu’auparavant. Je ne craindrai pas de rapporter ouvertement , et de soutenir ce que l’usage et l’expérience m’ont appris sur cette matière.
Plusieurs malades que j'ai fait suer l’espace de vingt-quatre heures , bien loin de se plaindre que cela les eut affaiblis , assuraient au contraire qu’ils étaient plus forts à proportion qu’ils suaient davantage. J’ai souvent vu avec étonnement , que quelques heures après la première sueur, qui était l’effet des remèdes , il en venait une autre plus naturelle, plus abondante, qui soulageait beaucoup plus, et qui semblait être véritablement critique, et emporter jusqu’à la racine de la maladie.
Au reste , je ne vois pas qu’il y ait aucun inconvénient de donner au malade , dans le fort de Ja sueur , des bouillons propres à le fortifier. Ainsi on a tort d’objecter qu’il n’est pas en état de supporter de longues sueurs. Que si l’on a lieu de craindre qu’il ne tombe en défaillance vers la fin de la sueur, je permets de lui donner un peu de bouillon de poulet , un œuf, ou quelque autre chose semblable. Tout cela joint aux cordiaux et aux boissons que j’emploie pour entretenir la sueur, empêchera ‘suffisamment que les forces ne s’épuisent. Mais il n’est pas besoin d’apporter un plus grand nombre de raisons en faveur d’une pratique, dont l’iitililé est manifeste; et ce qui
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le prouve démonstrativement, c’est ce qui arrive tandis que le malade est baigné de sueur ; cap alors il croit se bien porter, et les assistans jugent de meme qu’il est hors de danger. Mais dès que le corps commence à se dessécher et que la sueur est interrompue, tout va plus mal, et la maladie devient pire que jamais.
45. Durant vingt-quatre heures, depuis que la sueur est finie , il faut éviter soigneusement le froid, et laisser la chemise se sécher d’elle-méme sur le corps ; il faut que tout ce que l’on boit soit un peu chaud , et continuer encore alors l’usage du petit - lait altéré par la sauge. Le lendemain, je donne un emédecine ordinaire savoir, une infusion de tamarins , de feuilles de séné et de rhubarbe , oit Von ajoute la manne ^ elle sirop de rose solutif il). Ce fut par une telle méthode, que l’année qui suivit la peste ^ je guéris un grand nombre de gens qui avaient la fièvre pestilentielle; en sorte qu’il ne me mourut pas une seule personne de cette maladie , depuis que j’eus commencé à suivre cette méthode (2).
(1) 'VojeiSect. i , Chap. 4, nuin, 35.
(2) Les indications curatives dans la peste , dit le célèbre Hoffmann , sont , 1 .0 d’aider la nature à évacuer le virus par les émonctoires propres , et sur-tout par ces tumeurs critiques qui sont le moyen ordinaire pour cela ; 2.0 de soutenir les forces , et d’obvier aux symptômes urgent II conseille de ménager les remèdes , et observe que le moins qu’on en donne est le meilleur. Il avertit judicieusement d’éviter les remèdes cbauds , ou alexipliarmaques , comme on les nomme d’ordinaire , parce qu’ils augmentent la chaleur et l’anxiété , aident la dissolution des fluides , font rentrer dans le sang le virus pestilentiel , et le poussent sur les parties nerveuses. Dé «e genre sont tous les esprits volatils urineux et huileux , et les sels volatils. Les mixtures avec des acides sont ici très-utiles et très-sures. Les narcotiques sont généralement nuisibles ; mais les cordiaux modérés sont utiles. Il faut donner un émétique dès qu’il y a des maux de cœur , après quoi un sudorifique donné tout de suite a quelquefois guéri la maladie dès le commencement. Le nitre est excellent dans les corps replets , dans les tempéramens bilieux et jajjguias y et lorsque la chaleur est considérable , la lièvre violenttî
Ciïi.ï, lï.
Ge qu’il fan?
faire après I4 sueur.
Fièvre pestileintielle
Sficrjü^ if.
46. Mais quand la tumeur a une fois paru, je n"ai jamais osé tirer du sang, même clans les sujets les moins disposés à suer, appréhendant
est accompagnée de soif et de mal de tète. Il est toujours plus sur de mêler le nitre avec le camphre , car le nitre corrige la qualité vaporeuse du camphre , et celui-ci corrige à son tour la froideur du nitre , et Ton a un remède qui est en même temps alexiphaimaque et antiphlogistique. Les laxatifs sont tres-nuisibl. s au commencement de la maladie , mais excellens dans le déclin. Les extrémités du chaud et du froid doivent être également évitées pendant le traitement.
Si les bubons sont lents à paraître , il faut les exciter par les topiques attractifs , par les ventouses , et même les vésicatoires. Quand ils paraisîsent , il faut aider la suppuration par des cataplasmes digestifs faits avec les ligues , les oiguons de lis , les oignons mis sous la cendre , la farine de graine de lin , le miel et le safran; ou par des emplâtres maturatifs , comme le diach'vlum avec les gommes, l’emplâtre de raélilot , ou de mucilage. Lorsque la suppuration est formée , il faut ouvrir les bubons , et ensuite les panser avec le baume d’Arcæus , mêlé quelquefois avec le basilicum , donnant le temps à la matière de s’écouler , et ne se bâtant pas trop de cicatriser.
On traitera les charbons en frottant leurs bords avec un liniment digestif, cl les couvrant ensuite d’un cataplasme fait avec l’ail rôti, la fiente de pigeon , la thériaque de Venise, et l’huile de térébenthine; et quand ,1‘escare sera tombée . on frottera l’endroit avec l’onguent égyptiac , ou autres semblables ; mais s’il y a uae corruption gangréneuse , et qu’eile se répande , il faut scarifier la partie affectée, et y appliquer une liqueur capable d’arrêter l’inflammation et la corruption , telle que la suivante dont j’ai souvent éprouvé les bons effets.
Prenez esprit de 'inn rectifié , quatre onces ; camphre , deux gros ; safran et nitre artificiel , de chacun un gros mettez à infuser ces drogues ensemble.
Le nitre artificiel est fait avec l’esprit de sel ammoniac et l’esprit de nitre , et se dissout parfaitement dans l’esprit de vin.
Si ces remèdes sont inutiles , il faut avoir recours au cautère actuel , et emsuiie adoucir i’escare en la frottant avec du beurre frais.
Les meilleurs movens de se garantir de la peste, sont, i.o d’abandonner les lieux infectés; 2.0 d’éviter tout ce qui affaiblit le corps, arrête la transpiration , et cngeiâdre des crudités dans les premières voies , comme le travail excessif, la trop grande application d’esprit, les longues veilles, le baia chaud , les trop grandes évacuations , le trop de nourriture , etc. ; 3.o si le corps est plein de mauvaises humeurs, d’en corriger le vice par le moyen des balsamiques tempérés , mêlés avec les acides , pris à une dose modérée , et non pas trop souvent ; 4.0 de boire des liqueurs généreuses dans les temps convenables , et avec modération, particulièrement du vin du Rhin , qui, à raisiOn de sa légère acidité, est estimé excellent contre la putréfàction ; (t.o enfin , d’eviter les passions violentes, tâchant de conservçr une constante Acrmetc d’ame , et eloiguaut de soi toute crajnte et tout abattemeuî de cœur.
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que la matière morbifique venant tout à coup à rentrer dans les vaisseaux désemplis , ne causât la mort sur-le-champ. Néanmoins on pourait peutêtre saigner sans beaucoup de danger, pourvu qu’on fit suer incontinent après la saignée, et que la sueur fût continuée aussi l’ong-temps que nous avons dit ci-dessus, afin qu’elle pût dissiper insensibiement toute la tumeur. Cette méthode serait bien moins dangereuse, que d’attendre trop longtemps la parfaite maturation de l’abcès, laquelle, dans une maladie aussi rapide que la peste, est • extrêmement douteuse et incertaine.
47. Enfin, pour finir cette matière, si le Lecteur trouve que je me sois trompé en quelque chose par rapport à la théorie , je le prie de m’excuser ; mais pour ce qui est de la pratique , je déclare que je n’ai rien dit que de vrai , ni rien proposé qui ne me soit parfaitement connu. Aussi, quand le dernier jour de ma vie sera arrivé, ma conscience me rendra témoignage, nomseu< lernent que j’ai travaillé avec toute la diligence et la bonne foi possible à la guérison de tous les malades , de quelque état et condition qu’ils fussent, qui se sont confiés à mes soins, n’y en ayant aucun que je n’aie traité comme je voudrais qu’on me traitât moi-même, si j’avais les mêmes maladies; mais encore que j’ai employé toute l’application d’esprit dont j’ai été capable , afin de pouvoir laisser apres ma mort une méthode plus sûre de guérir les maladies : car je crois que la moindre nouvelle découverte dans cet art , quand elle n’apprendrait autre chose qu’à guérir le mal de dents, ou les cors des pieds , est infiniment plus estimable que toutes les spéculations subtiles et les hypotèses , qui ne servent peut-être pas davantage au Médecin pour la guérison des
Fièvre pestilehtielle
s^cTior, u, qu’il servirait à un Architecte d’etre
habile Musicien pour construire des édifices
f une remarque , afin défaire
gué. entendre ma pensée, et d’empêcher qn’on ne la prenne dans un mauvais sens. On a vu qu’en parlant de la peste je me sers souvent du mot de nature et que j attribue à cette nature divers effets , ni plus ni moins que si c’était une substance particulière, mais répandue par tout l’univers , et qui gouvernât tous les corps avec jugement et avec intelligence , comme quelques Philosophes semblent 1 avoir entendu quand il parlent de Vamedumonde.
Pour moi , qui n affecte la nouveauté ni dans les choses ni dans les paroles, je me suis servi a un mot ancien , mais dans un bon sens , ce me semble, et dans le même sens que l’entendent et que 1 emploient tous les gens sages; car par la nature J entends toujours l’assemblage des causes naturelles , qui , quoique brutes et entièrement destituées d intelligence , sont néanmoins conduites avec une extrême sagesse dans leurs opérations et leurs effets ; d’autant que le souverain i.tre dont la puissance les a produites , et de la volonté duquel elles dépendent , les a tellement disposées par sa sagesse infinie , qu’elles suivent dans les operations qui leur sont propres, un ordre fixe et une méthode constante ; et quoiqu elles ne fassent rien au hasard , et qu’elles agissent toujours de la manière la plus avantageuse au bien commun de l’univers et la plus convenable à leurs natures particulières, ellefne laissent pas d’etre de purs automates , qui ne se meuvent point d eux-mêmes , mais seulement par ^ volonté du Créateur (i). ^
nii'e «^Plisué par notre Auteur d’une ma-’
Ü orme au seus dans lequel il se prend d’ordiualre en