CHAPITRE II
P elites^ Véroles régulières des années 1667 ; 1668, et dune partie de 1669.
Eb <peî î. Lorsque les petites-véroles sont épidémiques, mriTcent^^Ts eo même temps régulières et bénignes , comme petites - véro- celles doiît Fious parloiis, elles commencent vers l’équinoxe du printemps; lorsqu’elles sont nonseulement épidémiques, mais encore irrégulières et dangereuses , elles commencent quelquefois plus tôt, savoir, dès le mois de Janvier (i); ellesattaquent des familles entières , sans épargner personne, de quelqu’âge qu’il soit, à moins qu’on ait déjà eu cette maladie. Ceux même qui ont eu des petites-véroles bâtardes , lesquelles sont d’une nature bien différente des autres (a) , ne sont pas exempts de celles-ci.
(1) Boerrliaave observe que si la petite-vérole vient à se faire sentir dans un lieu où il n’y en ait pas eu depuis six ans , soit qu’elle commence vers la fin de Janvier, ou dans le mois de Février, il régnera l’été suivant des petites-véroles épidémiques très-dangereuses, mais que la maladie est facile à guérir dans le commencement ; c’est pourquoi il faut avoir beaucoup d’attention à sa nature et au traitement qu’elle demande, etc , en sorte que l’été , quand elle sera extrêmement dangereuse , on soit prêt à lui opposer les remèdes les plus convenables , quoiqu’aiors elle soit ordinairement mortelle; mais si la petite-vérole ne paraît qu’au mois de Mai , elle sera bénigne , et d’une bonne espèce. Voyez Prax. Med. 'Vol. 5 , p. 299.
(2) De mille personnes qui ont eu la petite-vérole , à peine une seule l’a t-elle une seconde fois , à moins qu’elle ne soit d’une espèce différente. Ainsi une personne qui a eu une petite-vérole discrète , peut en avoir une confluente ; mais si elle en a eu une confluente , elle ne sera jamais plus attaquée de celte maladie. £e même.
DES ANNÉES 1667, iGGSjetC. 143
Les petites-véroles , soit régulières , soit irrégulières, sont de deux espèces, savoir, discrètes ou Deu^sorU confluentes ; et quoique ces deux espèces ne diffè- de petitcs-vé' rent pas essentiellement, on les distingue néan-^^^^’ moins sans peine Fune de l’autre par certains symptômes considérables qui accompagnent l’une et non pas l’autre.
2. Les petites-véroles discrètes commencent par Petites -véun iroid et un irisson , qui est suivi dune grande tes, et leurs chaleur, d’une douleur considérable à la tête et au dos , d’envies de vomir , d’une grande disposition à suer ( ce qu’il faut entendre des adultes; car je n’ai observé cette disposition dans les enfans, ni avant ni après l’éruption des pustules ) ; d’une douleur vers la fossette du cœur quand on la presse; d’un assoupissement , sur-tout dans les enfans , et quelquefois même d’accès épileptiques. Si les enfans qui sont attaqués de ces accès ont déjà toutes, leurs dents, je soupçonne toujours que la petitevérole va paraître; et en effet, elle paraît ordinairement quelques heures après, ce qui justifie mou pronostic. Par exemple , si l’enfant a un accès épileptique sur le soir, comme il est ordinaire, la petite-vérole paraîtra le lendemain matin ; et j’ai très-souvent observé que les petites-véroles qui arrivetit aux enfans immédiatement après des accès épileptiques, produisent de grosses pustules, sont bénignes , d’un bon caractère , et rarement confluentes.
Voilà à peu près les symptômes qui accompagnent la petite-vérole dans son commencement, et qui , le plus souvent, précèdent l’éruption des pustules. Néanmoins, il arrive quelquefois dans les sujets dont le sang est d’un tissu lort lâche et fort susceptible d’altérations, que la séparation de la matière morbifique se fait insensiblement et
P£TlTES‘VÉROLES RÉGULIÈRES
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Section 111,
Temps et m anière de réruption.
Commence' ment et pro grès de la suppuration.
par degrés, sans auciuie incommodité considérable, jusqu’à Féruptioii des pustules, qui n’est autre chose que l’expulsion de cette matière.
3. L’éruption des petites-véroles discrètes se fait ordinairement le quatrième jour de la maladie , en comprenant dans ce nombre le premier jour: quelquefois elle se fait un peu plus tôt, fort rarement plus tard. Alors les symptômes diminuent extrêmement , ce qui est le plus ordinaire , ou même ils disparaissent tout-à-fait , et le malade est assez bien, si ce n’est que les adultes ont des sueurs dont on ne saurait presque les garantir , quelque légèrement qu’on les couvre. Cette disposition à suer ne cesse que quand les pustules paryiennent à maturité ; et alors elle cesse d’ellemême.
Yoici la manière dont se fait l’éruption. On aperçoit d’abord au visage des pustules rougeâtres trèspetites, puis au col, à la poitrine, et enfin sur toutes les parties du corps. Les malades ont une douleur de gorge , et cette douleur augmente à mesure que les pustules croissent. Quand elles ont acquis une certaine grosseur, elles enflamment la peau et la cîiair voisine.
4- Environ le huitième jour depuis le commencement de la maladie ( car c’est ainsi que je compte toujours ), les intervalles qui auparavant étaient blanchâtres, commencent à devenir rouges, et à se tuméfier à proportion du nombre des pustules dont ils sont environnés: ils causent une douleur tensive et lancinante qui augmente toujours , et par conséquent ils s’enflamment. Les paupières sont quelquefois si chargées de pustules et si grossies, que le malade ne peut plus voir , et alors elles ressemblent assez bien à une vessie gonflée et transparente qu’on leur aurait mis dessus. Les malades
ms AN^^ÉEs ’1667 , 1668, etc. î45
perdent quelquefois la vue plus tôt; savoir, lorsqu’il sort une grande quantité de pustules dès la première éruption. xiussitôt après renflure du visage, vient celle des mains , et meme des doigts quand les pustules sont en grand nombre.
Jusqu’alors, c’est-à-dire jusqu’au huitième jour , les pustules du visage sont rouges et polies ; mais ensuite elles deviennent blanchâtres et rudes , ce qui est le premier signe que la suppuration commence, et elles rendent une liqueur jaune de couleur de miel. Comme l’inflammation du visage et des mains est alors à son plus haut degré , les in tervalles des pustules sont d’un rouge vif et fleuri; et plus les petites-véroles sont bénignes et naturelles , plus aussi les pustules et la peau c[ui est dans leurs intervalles , approchent de cette couleur. A mesure que les pustules du visage mûrissent , elles deviennent chaque jour plus rudes et plus jaunes. Au contraire , celles des mains et du reste du corps deviennent chaque jour moins rudes et plus blanches.
5. Le onzième jour l’enflure et l’inflammation du visage diminuent visiblement; et les pustules, tant du visage que du reste du corps, ayant alors acquis la maturité et la grosseur convenable ( qui, dans les années dont nous parlons, égalait celle d’un pois médiocre ) , elles commencent à se desséeher et à tomber, et pour l’ordinaire elles disparaissent entièrement le quatorzième jour. Néanmoins les pustules des mains sont ordinairement plus opiniâtres que celles des autres parties , et durent un ou deux jours davantage. Les pustules du visage et du reste du corps s’en vont par écailles, et celles des mains se crevent. Les pustules du visage sont suivies d’écailies farineuses. Qui laissent quelquefois des creux dans la peau. Ces creux ne s’aper-
Chap, li.
Temps où.
les piîsîuk-.>i commencent à se desséclier.
PeTITES'VÉROLES régulièües
çoivent point encore lorsque les pustules coramen- SEcrioiaii. ^ tomber ; ils ne se font que lorsque les écailles
se forment et se détachent successivement , et souvent ils persistent bien du temps après la maladie.
Il est cependant très-rare que ceux qui ont eu une petite-vérole discrète, en soient marqués, à moins qu’ils ne l’aient eue dans les six derniers mois de l’année; car alors elles laissent des marques, au lieu que la petite-vérole confluente en laisse toujours, comme nous dirons ensuite. Durant toute la maladie, le malade ne va point à la selle, ou n’y va que très-rarement. Voilà ce que nous avons à dire sur les petites-véroles discrètes. Description 6* Les sjm ptômes des pctitcs-véroles «es petite™- gQut les mêmes que ceux des discrètes , si ce n’est Intel, ^ qu’ils sont plus violens. La fièvre, l’inquiétude, l’agitation , les envies de vomir , etc. , sont plus grandes ; et c’est par ces signes qu’un Médecin habile reconnaît, même avant l’éruption , qu’une petite-vérole sera confluente. Cependant le malade ne sue pas si facilement que dans les discrètes , où cette grande disposition à suer marque par avance ce qu’elles doivent être« De plus, la diarrhée précède quelquefois l’éruption , et dure un ou deux jours; ce cjue je n’ai pas encore vu dans les petites-véroles discrètes.
Temps de 7. L’éruption des confluentes se fait d’ordinaire réniption. Ye troisième jour, quelquefois avant, presque jamais après ; au lieu que celle des discrètes arrive ou le quatrième jour, en comptant dès le premier commencement de la maladie, ou ensuite, et trèsrarement plus toc. Plus l’éruption des confluentes précède le quatrième jour , plus aussi elle est abondante (i). Or, quoique ordinairement elle
(i) La plupart dea Praticiens remarquent que plus la petite-vérole sort
DÈS ANNÉES 1 667 , 16G8 , etc.
^’attende presque jamais le quatrième jour , il arrive neanmoins quelqueiois, mais tort rarement , qu’à raison de quelque symptôme cruel , elle ne se fait que le quatrième ou même le cinquième jour; par exemple, lorsqu’auparavant le malade est tourmenté d’une douleur aiguë, tantôt aux lombes , comme dans la colique néphrétique ; tantôt au côté, comme dans la pleurésie; tantôt dans les membres, comme dans le rhumatisme; tantôt enfin dans l’estomac avec de grands maux de cœur et un grand vomissement. Ces cruels symptômes sont rares, mais ils retardent par leur violence l’éruption des pustules ; et comme ils paraissent des premiers , ils me font c onnaître assez clairement que la petite-vérole qui doit les suivre , sera confluente et dangereuse.
8. Nous avons dit que dans les petites-véroles discrètes , les symptômes qui se font sentir dès le commencement de la maladie , cessent aussitôt après l’éruption. Mais dans les petites-véroles confluentes les choses sont bien différentes ; car la fièvre et les autres symptômes subsistent plusieurs jours après l’éruption.
9. Lorsque les petites- véroles confluentes sor» nies testent, elles ressemblent quelquefois à l’érysipèle ,
et d’autres fois à la rougeole, et il n’y a qu’un Mé- ,ou à decin fort expérimenté qui puisse les en distinguer du moins quant à leur apparence extérieure; car autrement la distinction est aisée, si l’on fait une attention sérieuse au temps de leur éruption , qui n’est pas la même , et aux autres circonstances qui
lentement , pins elle est bénigne , et mieux elle suppttre ; celle qui paraît dès le premier jour de la maladie , est estimée la plus mauvaise 5 celle qui parait le second, moins mauvaise ; celle qui paraît le troisième, encore plus douce , et celle qui paraît le quatrième , la plus bénigne de toutes, PiQçrhauve , Prax. Med. 5 , 3o2.